lundi 21 octobre 2013

Leonarda, un prétexte

A peine une semaine après les drames de Lampedusa où près de 400 personnes sont mortes lors de leur traversée méditerranéenne, alors que les larmes coulaient encore et que les blessés et les traumatisés tentaient de retrouver leurs corps et leurs esprits, tandis que les survivants se débattaient encore dans leurs cauchemars, à peine une semaine et voilà qu’éclate l’affaire Leonarda. Du nom de cette jeune fille de 15 ans expulsée avec sa famille par les autorités françaises vers le Kosovo d’où ils sont supposés venir. Une affaire qui éclabousse déjà le Président François Hollande risquant de lui faire perdre le maigre taux de satisfaction (23% selon les derniers sondages) qu’il gardait encore.
Tout commence par une intervention policière au cours d’une expédition scolaire le 9 octobre dernier, intervention qui visait à extraire une jeune fille de 15 ans, Leonarda Dibrani, en vue de l’expulser du territoire français avec sa famille en situation irrégulière.
Quelques jours après, l’affaire est révélée par les associations de l’éducation et par les professeurs de la jeune fille qui trouvaient «inhumaines» et «inacceptables» les conditions dans lesquelles l’opération a été menée. Surtout que la jeune fille a été interpellée «en pleine activité scolaire».
L’occasion pour les détracteurs du ministre de l’intérieur Manuel Valls de l’accabler, lui qui a laissé faire. Pour les antisocialistes de monter au créneau pour dire que rien n’a changé depuis la bande à Sarkozy (Brice Hortefeux, Claude Guéant…), que la même politique est appliquée en matière d’immigration. Une politique visant à séduire dans le camp de l’extrême-droite qui a le vent en poupe. Ce n’est pas pour rien que Manuel Valls reste le plus apprécié des ministres du gouvernement actuel…
L’occasion de voir aussi la Gauche se déchirer en laissant apparaitre ses divergences sur une question fondamentale dans le débat français : l’immigration et la gestion des flux migratoires. Une distance phénoménale sépare les perceptions des Communistes, des Verts et des Socialistes, les Socialistes eux-mêmes restent divisés sur la question.
Mais le plus grand coup est sans aucun doute l’intervention malvenue du Président Hollande lui-même. Cherchant à calmer les esprits, le Président Hollande est sorti de son silence pour, d’une part soutenir son ministre de l’intérieur et, d’autre part proposer à la jeune fille de revenir sans ses parents terminer sa scolarité. Tollé général devant ce qui a été apprécié comme «un chantage fait à une mineure» (ou la France ou sa famille). Le Président n’avait pas besoin de ce faux pas lui qui était déjà au plus fort de sa désaffection par le public.
Mais au-delà des conséquences politiques de l’affaire – conséquences qui peuvent être immédiates avec la démission du ministre de l’intérieur ou «dans le temps» avec les remaniements de plus en plus probables dans l’Appareil politique des Socialistes – peut-on comprendre cette passion pour une affaire qui n’en est pas ? comment se fait-il que médias et opinion publique ne prennent pas la peine d’exposer les faits ? pourquoi se passionner pour des gens qui n’ont aucun mal à trouver refuge (la famille vient de l’Italie où elle ne risquait rien et non du Kosovo) ?
Notons que les drames de Lampedusa n’ont suscité aucun remous au sein de la classe politique européenne, les habitants de l’ile italienne étant les seuls à avoir fait du bruit sur les deux drames. En France, l’élite a regardé de loin si elle n’a pas superbement ignoré ce qui se passait à moins de deux heures de vol de Paris… mais passons.  
D’après les enquêtes menées ici et là, la famille Dibrani est composée de huit membres : le père qui a quitté le Kosovo depuis 35 ans, la mère qui est italienne et les six enfants dont un seulement est né en France, les autres sont nés en Italie. Quand ils sont venus s’installer en France, ils ont prétendu venir d’un Kosovo encore instable. Pour éviter d’être contredits, ils avaient déchiré leurs papiers italiens. Le père cherchant à profiter des subventions promises en France à tout demandeur d’asile ayant régularisé sa situation. Il y comptait tellement qu’il refusait toute proposition de travail. C’est cette première constatation qui fonde les conclusions du rapport administratif aujourd’hui mis en ligne par le ministère de l’intérieur : «La décision d’éloigner la famille Dibrani est justifiée en droit ; aucun des recours de M. Dibrani n’a été jugé recevable». Parce que «M. Dibrani n’a jamais donné suite aux propositions d’embauche qui lui étaient faites, et il ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille».
Impliqué plusieurs fois dans des affaires de vol, le père a toujours eu des versions différentes de son passé et de sa provenance. Il a toujours affiché un mépris total des lois françaises. Le piteux état dans lequel la famille a laissé l’appartement qu’elle occupait au titre de demandeur d’asile, indique une volonté de prédation avérée : selon les rapports, sa réoccupation nécessite de grands travaux préalables.
Sa fille, Leonarda Dibrani, séchait régulièrement les cours et découchait tout aussi régulièrement. «Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège dont de 66 demi-journées en 6ème, 31 en 5ème, 78 en 4ème et 21 ½ depuis le début de l’année scolaire actuelle». On est loin de l’image angélique présentée par les médias.
Que les policiers n’aient «pas fait preuve du discernement nécessaire» lors de l’exécution de la décision, est un fait mais il reste qu’ils ont appliqué une décision judiciaire plusieurs fois confirmée. Alors ?
Je suis toujours surpris par ces émois collectifs qui secouent de temps en temps les opinions publiques occidentales en général, françaises en particulier. Des émois sélectifs souvent. Quand on s’émeut pour la scolarité interrompue de Leonarda (dont la famille a eu la chance de recourir à des juridictions qui l’ont finalement déboutée), on doit avoir un mot, une pensée pour les milliers d’enfants libyens privés parfois à jamais de leur scolarité à cause des bombes françaises lâchées par des avions français dans une bataille qui ne concernait en rien la France.
Un mot, une pensée pour les milliers de Syriens déchirés, assassinés, qui voient leurs écoles détruites, leur avenir à jamais compromis parce que la France et derrière elle une partie de l’Occident, a jugé qu’elle avait un devoir moral d’armer une partie contre l’autre dans un conflit qui n’est pas le sien.  
Un mot, une pensée pour tous ceux qui ont souffert à cause de la folie guerrière des gouvernements français, à cause des soutiens abusifs de l’élite, à cause de l’indifférence générale vis-à-vis de ce qui se passe ailleurs…
S’émouvoir pour Leonarda Dibrani n’absout rien. Ce ne peut être une prophylaxie collective à moindre prix. On n’oubliera pas les milliers de sans-papiers africains et arabes, habitant en France, lui offrant le meilleur d’eux-mêmes et qui n’arrivent pas à bénéficier d’une régularisation de leurs situation. Ni ces milliers de jeunes, diplômés ou non, cherchant à aller en Europe pour trouver de quoi vivre et qui meurent, violemment emportés par des vagues de plus en plus puissantes, de plus en plus hautes… aussi hautes que les murs érigés pour les empêcher d’arriver sur ces terres où ils estiment avoir une chance…

dimanche 20 octobre 2013

Les gendarmes se laissent aller

C’est un spectacle que nous offrent les Gendarmes chargés de surveiller et de protéger l’entrée de l’aéroport de Nouakchott. Quand on arrive on est frappé par la rigueur affichée : tenue correcte, tailles standards, déploiements convenables, propos (plus ou moins) acceptables… «Restez de l’autre côté, n’approchez pas si vous ne voyagez pas»… C’est bien et c’est tant mieux. Nous sommes tous demandeurs d’ordre.
Seulement voilà, après quelques minutes, vous allez voir nos gendarmes pris par des conciliabules avec des civils voulant entrer sans en avoir le droit. C’est ici un parent qui est invité à briser la rigueur affichée, ici un ami, là une connaissance…
Hier soir, je n’ai pu m’empêcher de le faire remarquer à l’un d’eux en lui disant que ce qui me choque, c’est surtout la jeunesse des Gendarmes en faction. Des jeunes doivent rester rigoureux et s’interdire de faire du favoritisme. Lui rappelant que si la mission de protéger l’aéroport a été confiée à la Gendarmerie, c’est parce qu’on accusait la police de «d’excès de convivialité» avec les usagers et de manque de rigueur. Que c’est finalement ce qui est en train de rattraper les Gendarmes. Qu’ils n’ont rien à gagner en donnant aux citoyens toutes les raisons de ne pas les respecter. «Vous êtes jeunes et vous devez tenir à votre respect et à celui de votre Corps».

Je le voyais me regarder sans entendre ce que je disais. Je me rappelais qu’il suffit de voir les allées et venues autour des postes de contrôle de la Gendarmerie sur les routes nationales pour comprendre que la Gendarmerie n’est plus ce Corps qui suscitait respect et considération. Il y a quelque chose qui s’est cassé au sein du commandement : le rajeunissement  de ce commandement ? ou son vieillissement ? le laisser-aller de ce commandement ? ou la mainmise de ce commandement ? C’est au fond le commandement qui détermine le comportement de tous les gens du Corps. Ici plus qu’ailleurs.

samedi 19 octobre 2013

Destinée

Il s’appelle Arnoud Van Doorn. Il est néerlandais. Il est connu pour avoir été un élu du parti d’extrême droite PVV connu pour ses engagements islamophobes. Il avait d’ailleurs activement participé à la réalisation du film «Fitna» dont l’objectif était de porter préjudice à l’Islam, aux Musulmans et surtout au Prophète Mohammad (PSL). Nous sommes en mars 2008 quand le parti de Geert Wilders avait mis en ligne ce film par ailleurs mal accueilli par l’ensemble des gouvernements européens.
Cet homme est musulman depuis quelques mois. Je l’ai vu sur une télévision arabe répondant aux questions d’une journaliste qui tenait à savoir tout sur le cheminement, sur la conversion de l’homme. Lui venait d’accomplir le Haj. Suprême récompense, grand moment d’accomplissement pour tout Musulman.
Arnoud Van Doorn qui siège toujours comme élu dans le conseil municipal de La Haye, entend dépenser son énergie pour «corriger» les torts qu’il a causés par son film et ses activités avant sa conversion.
«Je ne ménagerai pas mes efforts pour protéger les droits des Musulmans dans tous les pays européens, ainsi que pour servir l’Islam et ses croyants partout dans le monde». Puis d’ajouter : «Je ferai de mon mieux pour réparer les dégâts que j’ai faits à l’Islam et son Prophète à à travers le film ‘Fitna’».
Il va même jusqu’à envisager de créer un parti sur des bases islamiques. «Pas un parti islamiste, il est ouvert à tous», mais un parti construit sur les valeurs de l’Islam. Aujourd’hui, Arnoud Van Doorn est l’un des plus grands défenseurs de notre religion.
Quand le film a été mis en ligne des appels au meurtre ont été lancés par des fanatiques. Si quelqu’un avait tué cet homme, on n’aurait pas eu un aussi passionné Musulman. Laquelle des démarches était la plus judicieuse : celle qui consiste à tuer un homme au nom d’on ne sait quelle précepte ou celle de le laisser vivre sa vie, s’exprimer comme il l’entend et le voir évoluer sur des questions aussi fondamentale ? laquelle des situations sert le plus l’Islam et les Musulmans ?

Quand j’ai vu Arnoud Van Doorn s’exprimer, je n’ai pu m’empêcher de partager ces quelques réflexions.

vendredi 18 octobre 2013

Les fruits de l’effort

La Mauritanie vient de réussir à avoir trois «résultats» probants d’efforts consentis ces dernières années.
D’abord la victoire remportée malgré le lobbying espagnol au Parlement européen : 467 pour, 154 contre et 28 abstentions. Il s’agissait de faire passer l’Accord de pêche avec l’UE. Lequel accord consacre un profit maximal pour la Mauritanie (augmentation de la subvention, recul de la zone de pêche, «nationalisation» des céphalopodes, débarquement des captures dans les ports mauritaniens, augmentation de l’emploi pour les Mauritaniens…).
Ensuite le satisfecit des institutions financières internationales lors des assises des conférences annuelles à Washington. FMI et Banque Mondiale ont exprimé leur satisfaction quant aux résultats obtenus par la Mauritanie ces dernières années après avoir atteint les équilibres macro-économiques, condition de base d’une économie saine. Les deux institutions expriment un grand optimisme quant à l’avenir de l’économie mauritanienne.
Troisième «bonne nouvelle», celle qui fait suite au classement mondial de la liberté d’expression. Premier pays arabe, ce qui n’est pas un exploit en somme, la Mauritanie maintient le classement de l’année dernière (67ème sur 179) et qui fait suite à la libéralisation de l’audiovisuel, à la dépénalisation du délit de presse et à l’instauration effective d’une totale liberté d’expression. Ci-après, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, le communiqué de Reporters sans frontières (RSF) :
«L’Afrique du Nord a été épinglée par Reporters sans Frontières dans son dernier classement sur la liberté de la presse dans le monde. Seule la Mauritanie sort du lot en conservant son rang de l’année dernière à la 67ème place sur 179 pays classés. 
L’Algérie se classe au 125ème rang, en recul de 3 places par rapport à 2012, suivie de la Libye (131ème, +23), du Maroc (136ème, +2), de la Tunisie à la 138ème (en recul de 4 places) et de l’Egypte (158ème, + 8).
Dans le récent classement de RSF, l’Algérie a perdu 3 places du fait de la multiplication des agressions et des procès à l’encontre des professionnels de l’information et de l’augmentation des pressions économiques sur les médias indépendants. 
«Plus d’un an après le vote par le Parlement algérien d’une nouvelle loi sur l’information, censée abolir le monopole de l’audiovisuel public, l’autorité de régulation, préalable indispensable, n’a pas encore été instituée. Aucune chaîne de droit privé algérien n’a pu voir le jour. La nouvelle législation reste donc théorique, un simple effet d’annonce», constate RSF.

Libye : les conséquences positives de la fin du règne de Kadhafi

La Libye a gagné 23 places. Cette forte progression s’explique, selon RSF, par les conséquences positives de la fin de 42 ans de règne de Mouammar El Kadhafi sur la liberté de l’information. Selon l’ONG, le classement précédent avait été plombé par les exactions commises au cours de l’année 2011. Toutefois, «les améliorations attendent d’être confirmées, avec l’inscription du principe de la liberté de l’information dans la Constitution. 
Elles appellent aussi la mise en place de lois garantissant ce principe et apportant de véritables protections pour les journalistes, ainsi que des garde-fous en faveur du pluralisme et de l’indépendance des médias».

Maroc : position stable

La position du Maroc est stable, observe RSF qui pointe, cependant, les promesses non tenues du gouvernement d’Abdelilah Benkirane en novembre 2011, notamment la dépénalisation des délits de presse. Ces promesses «tardent à se concrétiser », note l’ONG. « L’arbitraire et l’absence de transparence sont souvent de mise dans les prises de décisions, notamment dans l’octroi et le retrait des accréditations», estime-t-elle.

Tunisie : multiplication des agressions contre les journalistes

La Tunisie est classée 138ème. Deux ans après la chute de Ben Ali, elle perd ainsi quatre places alors qu’elle avait nettement progressé en 2011 (+30 places).RSF explique cette régression par les agressions de journalistes qui se sont multipliées au cours du premier trimestre de 2012.
«Depuis, les autorités ont entretenu le vide juridique en retardant la mise en œuvre des décrets-lois régissant les médias », relève l’ONG qui dénonce cette pratique qui a rendu possible des nominations arbitraires à la tête des organes publics. L’ONG tient, par ailleurs, à souligner « le discours le plus souvent méprisant, voire haineux, des hommes politiques envers les médias et professionnels de l’information».

Egypte : influence politique sur la ligne éditoriale des médias publics

L’Egypte à la 158ème place a gagné 8 places. Une amélioration relative, selon RSF. L’ONG indique qu’en 2012, des journalistes et net-citoyens ont continué à être les cibles d’agressions, d’arrestations et de procès, soulignant qu’un journaliste a même trouvé la mort en décembre dernier.RSF note aussi que les Frères musulmans ont procédé à la nomination de nouveaux directeurs et rédacteurs en chef des journaux gouvernementaux peu de temps après leur arrivée au pouvoir.
«Ce qui n’a pas été sans conséquences importantes sur la ligne éditoriale de ces médias », souligne-t-elle, mettant également à l’index le projet de Constitution adopté fin 2012, qui contient, selon elle, « des dispositions trop vagues et clairement liberticides ». «Les possibilités de fermeture ou de confiscation de médias demeurent possibles sur ordre d’un juge», ajoute l’ONG dans son rapport.»

jeudi 17 octobre 2013

Mixité à défendre

L’école que fréquente l’une de mes filles a décidé de séparer garçons et filles. Désormais, les filles ont une cour à part et une porte par laquelle elles doivent entre et sortir. Sans avoir à côtoyer les garçons. Bien sûr que l’administration a réservé la cour la plus grande et la porte la plus large aux garçons. Même les salles réservées aux filles sont moins grandes. Elles sont désormais à l’étroit. Cela peut détériorer les conditions générales d’enseignement car l’administration et les enseignants pourraient être portés à ne pas accorder l’importance qui sied aux classes des filles. Nous sommes dans un pays où la chape de plomb de l’obscurantisme s’étale de jour en jour.
J’ai demandé à quelqu’un de l’administration de l’école en question, on m’a expliqué que c’est par «souci de respecter les normes de la Chari’a». Ma question était alors : «qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans la Chari’a qui dicte la séparation de sexe dans les classes ?»
A mon avis, nos pères étaient sans doute plus pieux que nous, meilleurs connaisseurs des préceptes religieux, plus respectueux des us et coutumes, plus conservateurs des valeurs originelles…, pourtant ils n’ont jamais remis en cause la mixité dans les espaces publics (ou ce qui en tenait lieu). Alors qu’est-ce qu’il ya ? Rien sinon la volonté de certains d’imposer des règles venues d’ailleurs pour se conformer à des préceptes très discutables  et qui nous font revenir en arrière.
Grave le fait d’institutionnaliser ses «reculs» dans les relectures des enseignements qui ont toujours été les nôtres. Grave quand on essaye de les «officialiser». A l’école publique, on a mis fin à la mixité dès les années 90 : le résultat d’une lutte acharnée menée par quelques «clients» du Centre de prêche et de prédication qui a été un moule pour cette pensée u(i)nique et rétrograde. Maintenant la «révolution» arrive dans le privé…
Mais l’on oublie que le mal de l’éducation ne situe pas à ce niveau, mais bien à celui du contenu dispensé et de la manière avec laquelle il est dispensé. Et, comme sur d’autres plans, on s’attache à quelques détails «mécaniques» ou «physiques» en tout cas élémentaires pour oublier l’essentiel. Le théâtral au lieu du fondamental.
La vision de la femme comme «source de tentation et de perdition» mène nécessairement à des excès que nous devons dénoncer pendant qu’il est temps. L’autre soir, une parente à moi a été empêchée de quitter l’aéroport parce qu’elle avait son fils de sept mois avec elle et qu’elle n’avait pas d’«autorisation parentale». En fait sans l’autorisation du père – pas de la mère, du père seulement -, aucun enfant ne peut quitter le territoire mauritanien. Qu’est-ce que cette loi qui ignore les droits de la mère, le rôle de la mère dans le devenir de l’enfant ? à sept mois, un enfant a d’abord besoin de sa mère, pas de son père. Alors pourquoi on interdit à une mère d’amener son enfant sans avoir l’autorisation écrite du père ? Scandaleux parce que cela découle d’une démarche qui met en doute la moralité de la femme et en cause son rôle dans l’accomplissement de l’individu. Autre expression du mépris que nourrissent certaines sociétés vis-à-vis de la femme. Pas la nôtre. Il s’agit là d’un comportement et d’une perception importés. Comme tout.

mercredi 16 octobre 2013

Le faux encore le faux

Il y a une semaine, je lisais une information se rapportant au croissant lunaire qui «aurait été vu un jour avant la date annoncée par la Commission nationale chargée de la surveillance des croissants lunaires». Je comprenais alors que c’était là un prélude à une action de sape qui devait être développée ultérieurement, «le moment venu» avais-je dit à quelqu’un.
La veille de la fête, la rumeur d’une remise en cause de la date initialement annoncée par la Commission a fait le tour du pays. Certains sites allant jusqu’à affirmer que la Commission est entrée en conclave pour en discuter. Alors qu’il n’a jamais été question de remettre en cause cette date.
Il y a un an la même frénésie gagnait les médias et les salons. La même tendance à propager fausses informations, à faire des analyses basées sur le faux et à cultiver le doute, cette tendance intoxiquait politiques et espaces publics. Elle induisait de mauvaises appréciations de la situation, lesquelles dictaient à leurs auteurs des positions qu’ils allaient payer très cher. Les approximations, les mensonges francs et les rumeurs savamment entretenues finissaient par procéder d’un plan de déstabilisation et de décrédibilisation des Institutions de la République et de la parole publique. On trouvait un malin plaisir à discuter des entrailles du Président de la République, comme si le malheur d’un homme pouvait assouvir une quelconque soif de pouvoir.
Nous en avons gagné cette vergogne qui fait que l’on parle de tout comme si l’on parlait de n’importe quoi. L’on se dit que ce que nous écrivons et ce que nous disons ne portent pas à conséquence. Autant donc exagérer, créer, falsifier, tourner en dérision, mentir. Sans scrupules.
Rien de ce qui est à portée ne doit être épargné. Les politiques les plus «en vue» s’attaquent aux institutions et aux espaces sanctuarisés sans prendre de gants. Il suffit de lire ce qu’écrivent les partis de la CENI. Comme si cette institution n’est pas le fruit d’un consensus qui se voulait filtre pouvant garantir le choix de l’élite de l’élite. Moralement et professionnellement. Les six Sages choisis après un long processus de tamisage méritent le respect. Tout comme le public mérite le respect. En en parlant avec tant de légèreté et tant de désinvolture, c’est le public mauritanien qu’on indispose. C’est la démocratie et ses valeurs qu’on insulte.
La Commission de surveillance des croissants lunaires est la seule institution habilitée à s’exprimer sur l’apparition ou non des croissants. Elle est la seule qui fixe fêtes et dates religieuses importantes. Elle est composée d’un groupe d’érudits qui sont supposés être assez outillés pour se prononcer sur les questions se rapportant au domaine.
La Commission nationale électorale indépendante (CENI) est la seule à s’occuper des élections, de A à Z. personne ne peut lui discuter ce rôle. Ni remettre en cause sa respectabilité et sa compétence en la matière.
Le Conseil de l’Iftaa est le seul organe qui doit s’exprimer sur la fatwa et sur toutes les questions religieuses. Pas de place pour l’informel en la matière.
La presse en Mauritanie connait actuellement un processus de dévalorisation de l’information. On ne sait plus s’il faut croire ce qu’on lit et qu’on entend. Radios et télévisions reprennent les mêmes informations publiées sur les sites, sans prendre la peine d’en vérifier les contenus ou de changer les analyses. La fausse information n’est pas écrite seulement, mais elle est répétée sur les ondes comme s’il s’agissait d’un fait. Elle est à la base d’analyses aussi erronées les unes que les autres.
Il est temps de se reprendre. 

mardi 15 octobre 2013

Refonder le projet

Quand le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz choisit comme symbole de campagne une banderole où s’affichent sa photo et celle du premier président de Mauritanie, Me Moktar Ould Daddah, c’est toute une page qui est ouverte dans la relation avec le passé. En effet, l’un des axes fondamentaux de la politique nihiliste de l’ère Taya fut la guerre au passé. Il s’agissait dans un premier temps de déprécier ce passé et ses acteurs, ensuite de le faire oublier.
Le livre «Le Marabout et le Colonel» de «notre ami François Soudan» fondait cette volonté de vouloir tuer le Père… de la Nation. L’entrée en scène de Moktar Ould Daddah, en janvier 1995, au lendemain des «émeutes du pain», allait concrétiser cette inimité : Ould Taya devait faire comme s’il ne pouvait exister qu’en tuant le souvenir du premier Président de la Mauritanie. Ce parallèle malvenu devait servir «le Père de la Nation» dont le retour sur la scène avait été pourtant mal fait. Quand on s’est tu tout ce temps, il fallait continuer à se taire. Cela participait à cultiver un mystère autour d’une époque et de ses hommes, principalement de celui qui les avait encadrés, dirigés et soutenus.
Le mauvais exercice du pouvoir de 1978 aux années 2000, devait servir aussi cette image qui finissait par se confondre avec «un âge d’or» mauritanien, édulcoré, travaillé par le souvenir d’une construction de la Nation mauritanienne par des gens qui n’avaient pas les moyens de leurs ambitions et qui ont fini quand même par fonder quelque chose de viable malgré les revendications de nos voisins du Nord et du Sud, malgré l’hostilité d’une grande partie de l’élite de l’époque qui ne croyait pas assez au «projet Mauritanie».
Créer un Etat et asseoir ses fondements. C’est le premier défi. Il fallait d’abord le faire reconnaitre par les voisins qui voulaient le dépecer. Tout fut bataille : de l’entrée aux Nations-Unies à celle de la Ligue arabe, en passant par la construction africaine. Il fallait ensuite le faire reconnaitre par ses habitants qui préféraient encore se retrouver dans leurs cercles restreints de tribus, d’ethnies et de régions. En moins de dix ans d’indépendance, la Mauritanie devient un élément essentiel du concert des Nations. Jouant toutes les partitions, elle entend incarner ses vocations premières. Dont «le pays d’ouverture et de convergence» ou comme disait le Président Moktar, «être la Suisse de l’Afrique», en d’autres termes «le trait-d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche».
Acquérir son indépendance réelle. Révision des accords de défense avec la France, renoncer aux subventions budgétaires versées par l’ancienne Métropole coloniale, soutenir la lutte des peuples encore sous domination coloniale, s’engager du côté du faible, de l’opprimé… tels sont les actes qui fondent «l’indépendance politique».
S’approprier ses ressources. Créer une monnaie nationale, l’Ouguiya est à la base de l’axe de «l’indépendance économique» qui prend ancrage avec la nationalisation des ressources minières, le lancement d’une politique d’industrialisation.
Renforcer «l’exception mauritanienne» en recentrant l’enracinement culturel du pays. Arabisation du système éducatif, réhabilitation de la vocation «naturelle» de la Mauritanie comme pays de convergence où se côtoient diverses cultures produisant une symbiose humaine de qualité.
La triptyque construite autour de «l’indépendance politique», de «l’indépendance économique» et de «l’indépendance culturelle» devait être à l’origine des «quinze glorieuses» que constituent les premières années du «Projet Mauritanie». Un projet servi par des hommes qui ont fait de l’humilité et de la dignité des valeurs premières.
Tout cela a fini par nous manquer. Pour devenir une sorte d’objection de conscience à tous les acteurs politiques. Ne nous étonnons point devant l’indifférence affichée vis-à-vis de l’époque et de ses hommes, les leaders d’aujourd’hui ont des comptes à régler avec le passé qui les dénude et les décrédibilise. C’est comme ça qu’il faut comprendre l’origine du «meurtre du Père».
Quand il est venu au pouvoir en août 2008, le Président Ould Abdel Aziz s’est empressé de réhabiliter ce temps-là. D’abord en faisant porter le nom du premier président à la plus grande et la plus neuve des avenues de Nouakchott. Ensuite en levant le tabou concernant la période. On a fini par célébrer les hommes et l’époque. L’affichage, des photos sur la même banderole annonçait une nouvelle relation avec le passé qui n’était plus source d’inquiétantes présomptions, mais inspiration pour rebâtir un avenir meilleur et refonder le Projet sur les bases originelles. L’espoir de voir le pays reprendre la construction d’un Etat libéré des pesanteurs sociales d’antan, de le voir promouvoir la citoyenneté par l’émancipation des Hommes et de cultiver l’unité dans la diversité, cet espoir est toujours à entretenir dans un pays où les énergies sont bouffées par «la politique politicienne».

Dix ans après le décès de Moktar Ould Daddah, nous avons encore besoin de nous remémorer les valeurs qui ont fondé la Mauritanie qui a fini par devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Pour nous-mêmes et pour le pays.