vendredi 12 juillet 2013

Elections, un piège à…

Depuis le début, la question est posée : qui a intérêt et donc qui veut réellement aller aux élections ? La réponse est sans appel : personne ou presque.
Le nouveau système électoral, avec notamment l’augmentation des taux de proportionnelles, assure à tous, même les plus faibles, une part des sièges à pourvoir. Il est sûr donc que chacun des partis actuellement plus ou moins bien pourvus, y perdront des plumes.
Côté Majorité, l’Union pour la République (UPR) est loin d’être assuré de garder son poids électoral actuel. Héritier de ADIL, le parti du Président Ould Cheikh Abdallahi, l’UPR n’a pas eu l’expérience d’une compétition électorale depuis sa création autre que la présidentielle dont la dynamique était lancée et soutenue ailleurs.
Les partis satellites de l’UPR, comme l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) ou le Parti républicain pour la démocratie et la réforme (PRDR) pour ne citer que les plus significatifs en termes de représentativité électorale, ces partis n’ont pas les moyens de rééditer leurs exploits passés. La conjoncture a changé et arriver aux mêmes scores relève de l’impossible pour eux.
Les nouveaux partis, comme ceux des jeunes, n’ont pas encore l’expérience requise pour être assurés de résultats «acceptables». Ils pourront certes profiter des mécontentements que susciteront les choix de l’UPR pour récupérer les plus déterminés des postulants à la candidature. Mais ce ne sera pas suffisant pour leur donner assez de confiance pour aller aux élections sans appréhensions sérieuses.
Côté Opposition, le statut du chef de file de l’Opposition répond à de nouveaux critères qui écarteront certainement Ahmed Ould Daddah, le président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). D’abord l’esprit du Statut consiste à mettre en lace une Institution et non un homme : l’«Institution de l’Opposition démocratique» et non le «chef de file». Ensuite, il faut être un élu pour accéder à ce statut. Le président du RFD est donc sûr de ne pas pouvoir briguer ce poste de chef de file de l’Opposition. Pas besoin de parler du recul très probable du parti, ni de l’avancée d’autres partis d’Opposition, les nouvelles règles suffisent à elles seules pour assurer une alternance à la tête de l’Institution de l’Opposition.
Avec les évènements d’Egypte, mais aussi le positionnement quelque peu hasardeux au niveau national, les Islamistes de Tawaçoul doutent désormais de pouvoir faire le raz-de-marée qu’ils assuraient depuis deux ans. La récente visite de terrain du Président Ould Abdel Aziz a démontré combien est factice l’implantation du parti dans certains milieux : c’est dans les agglomérations «acquises» - jusque-là à Tawaçoul – qu’il a eu les accueils les lus fervents (le triangle Rosso-Rkiz-Mederdra). Le reflux «révolutionnaire», les prises de position sur la Syrie où la guerre civile a détruit tout un pays et le changement de stratégie chez les Qataris pèsent déjà sur l’analyse de la situation favorable jusque-là.
L’Union des forces du progrès (UFP) est poussée par son élite dirigeante vers le boycott. Même si le «centralisme démocratique» qui dicte au parti d’écouter la base, pousse déjà vers la participation. Le courant du boycott et du refus de la tenue de telles élections travaille sérieusement pour empêcher le débat sur la question.
Côté Opposition participative, on voit désormais l’initiative lancée par le Président Messaoud Ould Boulkheir comme une manœuvre visant à reculer l’échéance. Sinon comment comprendre que celui qui a diligenté le dialogue avec le pouvoir après avoir tout fait pour tenir ses compagnons à l’écart, qui a abouti à des résultats probants parce que significatifs pour l’organisation d’élections transparentes et régulières, qui a participé au tri d’une Commission électorale indépendante chargée d’organiser ces élections… comment comprendre que cet homme-là cherche aujourd’hui à reprendre un dialogue «inclusif», exige la mise en place d’un gouvernement de consensus (ou d’ouverture, ou d’union) chargé d’organiser les élections et reconnaisse ainsi l’échec de l’entreprise menée avec d’autres et dont les résultats ont été loués par tous ?
Finalement, on se rend compte que seuls El Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, le Président Ould Abdel Aziz lui-même, les petits nouveaux partis qui n’ont pas de grandes influences sur l’opinion publique et un petit peu Tawaçoul, seuls ceux-là ont intérêt à voir se dérouler ces élections.
El Wiam parce que c’est un parti qui allie héritage de Taya, notabilisme et moyens, ce qui l’assure d’aller au-delà de ses espérances, surtout qu’il ne sera jamais perçu comme «opposition radicale». Ni par le pouvoir qui le traitera en partenaire et non en adversaire, ni par les éventuels mécontents qui voudront exprimer leur état d’âme sans aller trop loin.
Le Président Ould Abdel Aziz concoctera une Majorité à partir de la configuration politique qui apparaitra après les élections qui seront pour lui un teste avant l’échéance de 2014.
Pour les petits partis, ce sera l’occasion de profiter (au moins) de la proportionnelle et de se faire une place sur l’échiquier.

jeudi 11 juillet 2013

Retours sans commentaires

Deux dossiers ont suscité de grandes polémiques ces derniers mois. Le premier est celui de l’Accord de pêche entre la Mauritanie et l’Union Européenne. Où le principal reproche fait au négociateur mauritanien est d’avoir pu «arracher» des avantages de plus au profit de la Mauritanie (une plus grande compensation, plus d’emplois, moins d’effort de pêche et donc la préservation de sa ressource…). C’est important à dire quand on se rappelle qu’aux termes de chaque négociation dans le passé, les négociateurs étaient accusés de corruption, parfois d’incompétence, pour avoir bradé la ressource du pays. Cette fois-ci, personne n’a osé faire allusion ou prétendre une faiblesse de la partie mauritanienne. C’est déjà ça de gagné.
Tout de suite après la signature de l’Accord, les armateurs espagnols se sont mobilisés et derrière eux leurs élus, leurs ministres et finalement leur pays, pour tenter de le remettre en cause. Remettre en cause notamment l’interdiction pour les étrangers d’accéder à la ressource céphalopodière, mais aussi le versement des compensations plus importantes au pays et le recul des zonages.
De discussions en discussions, de manœuvres en manœuvres, les Espagnols réussissent à embarquer avec eux d’autres pays dont le Portugal et la Hollande. Le Portugal les abandonne en cours de route. Et au moment où la commission technique pêche dominée par les Espagnols réussit à faire transmettre un avis contre l’Accord au Parlement qui doit en décider en octobre prochain, ce sont les Hollandais qui abandonnent la partie de bras-de-fer avec la Mauritanie. En effet, leur flotte vient d’arriver dans les eaux mauritaniennes. Ils attendaient visiblement la haute saison. Les crevettiers espagnols sont donc seuls dans leur mouvement d’humeur. Mais à quoi cela va-t-il servir ?
Deuxième retour, celui de la conformité aux normes ITIE. On se souvient du grand tapage produit autour du gel du statut conforme du pays à la suite du retard pris dans la rédaction des rapports 2010 et 2011. Qu’est-ce qui n’a pas été dit à l’occasion ?

La plupart des députés, anciens ministres et experts d’occasion confondaient «Transparency International» et «ITIE», ne savaient pas de quoi ils parlaient quand ils essayaient de commenter. Montrant ainsi leurs limites intellectuelles et professionnelles. Que ceux-là et que d’autres apprennent que la suspension a été levée la semaine dernière et que la Mauritanie est revenue au cercle prisé des pays conformes aux normes ITIE. Félicitations au Comité national de l’ITIE et au gouvernement mauritanien.

mercredi 10 juillet 2013

Quel rôle pour l’armée ?

Le 10 juillet 1978, l’Armée renversait le gouvernement civil en Mauritanie. Depuis, nous avons eu une dizaine de coups d’Etat ou de tentatives avérées. Il y a eu aussi de «fausses alertes» qui ont quand même été à l’origine d’épurations importantes : le faux coup d’Etat de 90 a été à l’origine de la chasse à la communauté négro-africaine occasionnant des morts. Quelques années avant, les Baathistes furent renvoyés des corps constitués et certains emprisonnés. Plus tard ce sont les Nassériens qui furent accusés de vouloir prendre le pouvoir à travers l’infiltration de l’Armée. Les Islamistes viendront après pour être accusés de mettre sur pieds des groupes armés pour arriver au pouvoir…
Le «complot permanent» fera partie des éléments de gouvernance de l’époque de Ould Taya. La production de la peur fut à la base de sa méthode de gouvernement. Parce qu’il a compris, très tôt, que le danger, le vrai danger pour son pouvoir ne pouvait venir que de l’Armée, et non des tribulations des politiques. Et pour éviter toute surprise, il avait construit une stratégie à double supports : entretenir un climat délétère qui rendait difficile, voire impossible, toute conspiration, et affaiblir l’Armée en la dépossédant de ses moyens et de ses facultés. Ce qui n’a pas empêché le 8 juin, encore moins le 3 août…
Cette politique de sape volontaire aboutit à la clochardisation du commandement et à une accentuation de la misère de la troupe. Ne manquait plus que la volonté de lui imposer de faire partie du dispositif du PRDS qui régnait en maître. Nous assisterons, à partir du milieu des années au «vote militaire contrôlé».
Les Mauritaniens se rendent compte de la catastrophe quand le pays devient la cible des groupes terroristes : le 4 juin 2005, le pouvoir fait appel aux groupes privés pour mobiliser une force de frappe capable de poursuivre l’ennemi. Tout, absolument tout – voitures, équipements, gasoil, armes, munitions et nourriture – est offert par des hommes d’affaires dans un élan de solidarité obligatoire.
Et quand intervient le coup d’Etat du 3 août 2005, la question de savoir «quel rôle pour l’Armée ?» est posée avec force. Mais personne ne tente d’y répondre, les politiques étant aveuglés par la perspective électorale. Parmi eux, ceux qui pensent que l’Armée doit être tenue à l’écart en attendant qu’ils accèdent au pouvoir après la présidentielle. D’autres voudraient bien que la situation reste telle qu’elle est pour pouvoir ensuite manigancer renversements et instabilité. Tous ne croient pas assez aux vertus de la démocratie pour se permettre de se mettre sur le dos le vrai facteur de l’accession et du maintien au pouvoir : l’Armée. Le plus en vue d’entre eux déclara même que «si, demain, l’armée venait à me soutenir, je n’y verrai aucun inconvénient», ouvrant ainsi la voie à l’interférence des militaires qui avaient pourtant promis une neutralité totale. Cette attitude trahissait cette profonde conviction que l’élite garde au fonds d’elle-même : pas de pouvoir sans l’appui de l’Armée. Ce ne sont pas les déclarations politiques faites çà et là qui vont convaincre du contraire. D’ailleurs ceux qui les font sont souvent les mêmes qui appellent, en désespoir de cause, à un soulèvement de l’Armée. Parfois franchement, très souvent par allusion…
Sous les latitudes auxquelles nous appartenons, nous avons vu comment les Armées ont été déterminantes dans les grands bouleversements de leurs sociétés. En Tunisie, en Egypte et même au Sénégal où c’est bien l’attitude de l’Armée qui a interdit au Président Wade de tenter de rester à tout prix. Quand l’Armée ne suit pas, on est obligé dans nos pays de se rétracter. Et quand elle suit, comme ce fut le cas en Tunisie ou en Egypte, le pouvoir abdique carrément quand elle le décide. Par contre, dans des pays comme la Lybie ou la Syrie où elle a été incapable de trancher, on va à la guerre civile.
Dans nos sociétés où les partis politiques sont incapables de fédérer et de faire rêver, l’élément stabilisateur est bien l’Armée. D’autant plus que l’émiettement qui caractérise la société à des heures pareilles, fait qu’elle paraît comme le creuset de l’a Nation, l’ultime creuset.
C’est pourquoi, il faut lui donner les moyens de parvenir à l’Excellence. Son encadrement, son commandement et ses hommes de troupes doivent être triés parmi les meilleurs. Pour ce faire des critères sévères doivent être définis pour l’accès aux grades supérieurs et même pour le recrutement.
Il est temps aussi d’accélérer les mesures prises pour en faire une armée de développement. Si aujourd’hui, le Génie militaire se voit confier la construction d’une route ici, l’alimentation en eau d’un village là, il faut voir son action dans un cadre plus global et y aller au plus vite. Intensifier aussi le rapport utile à la population : cultiver, soigner, enseigner, aider… partout où il le faut.
C’est bien par la professionnalisation et par l’implication dans la construction du pays qu’on pourra lui assurer les compétences qui doivent être les siennes pour préserver l’unité, l’intégrité et la stabilité du pays.

C’est aussi en s’abstenant de toujours chercher à la déstabiliser par les propos inconsidérés et inutiles.

mardi 9 juillet 2013

La faillite démocratique

Les évènements d’Egypte posent encore une fois la problématique de la démocratie dans le Monde arabe. Voilà un pays, vieux comme le temps, qui n’arrive pas à gérer sa diversité culturelle (religieuse), sa pluralité politique et son dynamisme social. C’est bien pour avoir failli dans ses tentatives de «digérer» puis de reproduire le modèle démocratique moderne que l’Egypte se retrouve aujourd’hui dans l’impasse.
Pourtant c’est ici qu’est né le premier courant de modernisation de la pensée arabe. C’est ici que la Nahda, cette renaissance avortée, a eu ses meilleurs prophètes. Tous ont malheureusement échoué à faire de la grande révolution culturelle (du 19ème et début 20ème siècles), un phénomène politique progressiste. Le génie de la pensée est alors resté au niveau de la production culturelle (musique, poésie, roman, théâtre…). La pensée politique n’a pas suivi et la soif de liberté n’a pas abouti à une exigence de participation populaire à la gestion des affaires. Sur le plan politique, le carcan est d’ailleurs resté le même.
Les révolutions se sont succédées et ont fini par se ressembler. Celle de Nasser comme toutes les autres. En terme de qualité, elle n’a pas apporté grand-chose à la pensée politique moderne arabe qui est restée là où elle était : avec une profonde aspiration au statu quo et une pressante demande d’autoritarisme.
C’est en fait en Tunisie qui semble avoir trouvé la voie dans une sorte de concorde nationale rendue possible par une alliance entre les Frères Musulmans de la Nahda et les franges laïques de la scène politique tunisienne. Le processus tunisien a été fait en douceur.
Un coup d’Etat constitutionnel a permis, avec la complicité de l’Armée qui a refusé de tirer, d’amener au pouvoir une équipe de réformateurs. Des gens qui ont travaillé avec l’ancien régime sans se salir, ayant donc une expérience de l’exercice du pouvoir et en même temps la capacité de satisfaire quelques-unes des aspirations du moment.
Des élections ont été organisées. Elles visaient à choisir les personnes qui devront faire partie de la Constituante ayant pour mission première d’élaborer une nouvelle Constitution pour le pays. Des élections régulières et qui ont donné vainqueur le parti de la Nahda, celui de la mouvance islamiste modérée. En fondant une coalition qui lui permettait non seulement d’exercer convenablement le pouvoir, mais aussi de donner les gages de sa bonne volonté à vouloir impliquer le plus de segments politiques de la société tunisienne, le parti Nahda a permis à la Tunisie de passer le premier cap de l’instabilité. Bien sûr qu’il faut compter avec la violence des Salafistes et leur volonté d’en découdre avec tous les pans de la société. Avec aussi les relents et les vieux réflexes qui tenteront de réhabiliter l’ancien. Mais il faut se dire que la Tunisie a capitalisé son passé et son expérience.
La Tunisie a aboli l’esclavage en 1846 (deux ans avant la France), a eu sa première Constitution en 1861, cette Tunisie-là avait pris forcément une longueur d’avance sur le reste du Monde arabe. Ajouter à cela tout l’héritage bourguibien (de Habib Bourguiba, le premier président tunisien) : la scolarisation systématique, l’émancipation de la femme, la désacralisation de tous les aspects de la vie… bref tout ce qui fait que la Tunisie est restée la contrée arabe la plus ouverte sur l’Occident en particulier, sur l’Autre en général. Mais cela n’empêche pas quelques secousses qui ont déjà eu pour conséquence la démission du chef d’Etat Major et les profondes divergences entre les coalisés au pouvoir.
J’écrivais ici le 9 mars 2012 pour répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’un «printemps» ou d’une «révolution» : «La Tunisie qui a le potentiel humain, devra cependant éviter les dérives dont les risques sont déjà là. Avec notamment cet activisme «débordant» des salafistes, ces tentatives de revenir sur des acquis de Modernité (place de la femme, de l’éducation moderne…) et aussi les dommages collatéraux du théâtre libyen. Quand la Tunisie aura dompté ses démons, aujourd’hui en phase d’excitation, on parlera alors d’un cheminement révolutionnaire qui aura abouti à une démocratie apaisée.
En Egypte, de quoi va-t-on parler ? d’une résurgence de l’ancien régime à travers la trop forte présence de l’Armée ? d’un blocage social à cause de la récupération politicienne de la «révolution» qui n’a pas dépassé le stade d’une rupture sociale ? d’un foisonnement qui va peut-être donner quelque chose de mieux que ces conservatismes qui ont profité du désarroi des électeurs et de leur crédulité ? de tout sauf d’une révolution ou d’un printemps.
Point de fleurs écloses, point d’oiseaux chantant, point d’herbe qui verdoie… Rien de ce qui donne un printemps n’est là. Même s’il est vrai qu’on a changé de saison. Mais comme si on changeait de partenaire au cours d’une danse endiablée dont les pas s’accélèrent sans que le rythme change…»
Le 10 juillet 2012, j’écrivais toujours ici : «Avec la guerre civile en Libye, en Syrie, au Yémen… l’instabilité au Bahreïn, et même en Egypte où les marques des nouvelles autorités restent à fixer, et en Tunisie où les pressions conjuguées des salafistes et des ténors de l’ancien régime troublent l’évolution.
Elle est loin la «révolution arabe»… Loin de nous. Comme la première (celle qui a vu l’identité se définir par rapport à l’Empire Ottoman) et la seconde (celle qui a eu la bataille de l’indépendance et de l’unité comme moteur), la troisième révolution semble avorter. Une fois de plus elle a été détournée. Et si elle a effectivement servi à libérer certains peuples d’un joug qui n’a que trop duré, elle n’a pas encore permis le recouvrement de la dignité et de l’autonomie complète des peuples concernés.
C’est à peine si elle n’a pas servi ce qu’elle nous disait combattre jusqu’à présent. Elle a permis une sorte de trêve avec Israël : la cause palestinienne est «oubliée», au moins temporairement, en tout cas elle n’occupe plus les esprits au moment où Israël fait ce qu’il a toujours fait. Elle a permis la destruction des forces qui ont tenu tête jusqu’à présent à l’ordre hégémonique de l’Occident en général. En effet, personne ne peut prévoir le temps que prendra la reconstruction d’une Syrie viable après tant de destructions.
Elle a permis de dilapider tant de ressources financières provenant des richesses des pays du Golf en vue de payer les services des Armées conquérantes de l’OTAN et/ou d’armer les mercenaires et les groupes armés pour renverser tel ou tel régime.
A qui profite tout cela ?»

Et le 2 décembre 2012 : «C’est qu’en Egypte, comme en Tunisie, les Islamistes se sont confrontés aux réalités du pouvoir, à la gestion quotidienne de la vie publique, à la soif d’avoir tout et tout de suite… le manque de maturité ou tout simplement le calcul – si ce n’est une réalité qui se révèle au grand jour -, ont fait que ce pouvoir qu’on disait «révolutionnaire» et dont on attendait de nettes ruptures avec le passé et des options claires pour la Modernité, ce pouvoir s’avère une rumination de ce que les peuples arabes ont vécu jusqu’à présent. Le risque de voir simplement la révolution se traduire par un changement d’oppresseurs est grand. Dommage.»

lundi 8 juillet 2013

Sectarisme, tribalisme…

Les évènements de Kaédi, ceux de Dowshliya (près de Mederdra) viennent nous rappeler combien il est dangereux de continuer à cultiver la haine entre les différentes composantes de notre société déjà fragilisée par les agressions d’une vie toujours plus difficile à mener.
Kaédi. Il a suffi d’une banale bagarre pour une place au marché entre deux individus pour ouvrir la voie à une confrontation ethnique qui aurait pu prendre une ampleur autre n’était le refus de la grande majorité de la population de suivre les belliqueux.
Dowshliya. Il a suffi d’une controverse religieuse d’un autre temps pour voir des populations, jusque-là modèles de passiveté et de modération, s’affronter violemment.
A l’origine des deux évènements, il y a cette culture de la violence que l’élite adopte depuis un certain temps et qui ne laisse plus de place aux ressorts traditionnels de règlement des conflits. Il y a aussi ce laisser-aller instauré au nom de la liberté d’expression et de manifestation et qui est en fait une tentative sournoise de décrédibiliser la démocratie et la liberté. En les laissant s’apparenter à un chao général.
Les débuts de tous les renversements relèvent toujours de l’anecdotique. Cela commence très souvent par une banale histoire qui finit par alimenter une atmosphère déjà pourrie par la rumeur et les analyses les plus saugrenues.
Le plus grand drame que les Mauritaniens ont vécu ces dernières décennies est bien celui des «évènements de 1989». Cela a commencé par une bagarre entre des éleveurs Peulhs (Mauritaniens) et des agriculteurs Soninkés (Sénégalais). Cela s’est terminé par les plus grands massacres de part et d’autre, le déplacement de milliers de pauvres citoyens de part et d’autre, la fermeture des frontières pendant près de trois ans et une fracture qui n’arrive pas à cicatriser.
Pourtant des évènements comme celui de Diawara le 9 avril 1989, relèvent du quotidien dans cette région frontalière. Mais la bagarre est intervenue à un moment où les esprits sont pourris par la propagande raciste et xénophobe et où les consciences sont neutralisées par la culture de la haine. C’est le contexte qui a créé 89 et non la bagarre de Diawara.
En Mauritanie, ces derniers temps, tout tourne autour du rejet de l’autre, autour de sa culpabilisation… Le reflux des idéologies unitaires et la pauvreté du discours politique en général exacerbent le recours (le retour) aux réflexes primaires dont celui de tout construire autour d’un particularisme. La Raison disparait devant le réflexe épidermique.
La haine aveugle toute l’élite et corrompt tous les discours.
Vous allez être surpris de constater combien l’élite a été indifférente aux évènements de Kaédi (et de Dowshliya). Quels sont les partis qui ont immédiatement réagi ? quels sont les sites, les chaines ou les journaux qui ont dépêché des correspondants sur place pour en savoir plus ?

L’Egypte intéresse plus tout ce monde. Pourtant, ce sont là des évènements qui pourraient être annonciateurs de mauvais lendemains, qui sont déjà révélateurs d’un présent incertain.

dimanche 7 juillet 2013

Rencontre fortuite

C’est au détour d’une conversation que je découvre Mokhtar Ould Bouna… «El Mokhtar», s’empresse-t-il d’ajouter pour éviter l’équivoque. Avant de décliner son identité complète et son parcours.
«Je suis né en 1941…» Et d’ajouter «officiellement». Pour expliquer qu’il est né «effectivement ‘aam enneysâne», 1936 selon lui. A Legrâne en Assaba. Il a passé son brevet en 1959 pour faire une formation d’enseignant. Mais il finit rédacteur dans le journal national en 1961. Avant de faire Rédacteur d’administration générale en 1963. Son premier poste est Atar où il remplace un officier français d’administration. Il s’agit pour lui de gérer l’armement et une partie de la logistique de la base. Il n’y tarde pas.
Après quelques semaines, il est rappelé à Nouakchott pour remplacer feu Abdel Wahab Ould Cheiguer à la tête du bureau d’études et de documentation du ministère de l’intérieur. Quand son prédécesseur lui explique la nature de son travail – revue de presse et traduction des discours et documents officiels essentiellement -, il rétorque : «Je ne peux pas faire ce travail, surtout la partie traduction». On le dispense de la traduction et il accepte de rester le temps de trouver quelqu’un de plus apte. Ce sera Touradou Kamara.
Mokhtar est nommé «secrétaire confidentiel», ce qu’il traduit par «emine sirr» pour souligner la confiance qu’on place en lui. Quand est créé le centre de formation de l’administration (ancêtre de l’ENA) en 1964, il y va en stage. Pour six mois. Il revient à son poste de secrétaire confidentiel du ministre de l’intérieur. En 1966, après les évènements ethniques de février, il est envoyé comme secrétaire général de la Mairie de Kaédi. Pas pour longtemps parce qu’il est appelé par Ahmed Ould Mohamed Salah quand celui-ci est nommé à la Permanence du PPM (parti du peuple mauritanien). Il devient un peu le chef du secrétariat du Parti. Il est, à partir de 1967, envoyé dans plusieurs postes de commandement dont Aïoun, Bassiknou, Maghama…
En 1981, les autorités militaires décident de libérer l’administration de son «ancien élément». Cette «épuration» devait se faire en deux vagues. Il faisait partie de cette deuxième vague dont certains éléments sont récupérés par les organisations patronales naissantes. Lui et quelques autres sont recrutés par feu Sidi Mohamed Ould Abbass dans la fédération de commerce. Pour deux ans, parce qu’il fait partie d’un groupe qui est rappelé par l’administration. Le sens de l’utilité publique et du devoir l’oblige à accepter de quitter la planque privée pour retrouver son siège dans le public.
En 1986, le pouvoir décide de lancer la première expérience des Mairies dans les capitales régionales. A Kiffa s’affrontent deux listes dont l’une est soutenue par le ministre de l’intérieur de l’époque. Lui, Mokhtar Ould Bouna el Mokhtar, choisit le camp adverse, celui de ses cousins. Il s’investit corps et âme pour faire battre le candidat du ministre. Mal lui en a pris.
Sous prétexte d’avoir abandonné son poste, et sans préavis ni avertissement, le ministère décide de le considérer comme «démissionnaire», de le licencier sans droits. Il vit depuis dans le sud, après avoir été un intrépide voyageur se déplaçant au gré de son désir.
Il parle toujours le Français de l’administration, celui qu’on a perdu aujourd’hui. Il est toujours prêt à relater les passages les plus marquants de son expérience. Il récite encore quelques célèbres textes dont la lettre adressée par Mohmedhen Baba Ould Med dit Fall Baba à un ministre quelconque de la République. Cette lettre aurait été publiée dans un journal de l’année 1963 alors que l’intéressé venait de finir un brillant cursus scolaire et que l’un de ses anciens collègues, peu outillé pour un poste de responsabilité, venait d’être nommé ministre. Mais parce qu’elle est toujours d’actualité, je vous la propose en lecture :
«Monsieur le M.
J’ai l’honneur de mettre à votre disposition ma bonne volonté et une réelle vocation de travailler dans votre branche.
Je suis obligé de vous adresser cette correspondance sachant que j’ai peu de chance d’être pressenti pour de tels emplois à défaut de remplir la plupart des conditions nécessaires :
  1. Je n’ai jamais commis cette hérésie politique dont les ténors ont été récupérés à l’aide d’un poste de choix ;
  2. Je n’ai jamais milité de façon excessive au sein d’un parti même au pouvoir ;
  3. Je n’ai pas ce coefficient tribal qui constitue une entrée triomphale aux arènes politiques et administratives ;
  4. Maa bouya had u laa khuya

Mais Monsieur le M., j’ai un atout que doivent m’envier tous vos sapeurs sérieux : je termine avec succès le cycle secondaire, j’ai servi honnêtement l’administration de mon pays pendant huit ans et je sais qu’ayant été votre collègue, je peux à présent devenir au moins votre collaborateur».
…Mokhtar peut parler à longueur de journée des archives qu’il a eu le temps parfois de mémoriser, et dont il se rappelle le moindre détail.

S’il vous arrive de passer à Bababé, arrêtez-vous le temps de lui parler… vous ne regretterez pas de l’entendre.

samedi 6 juillet 2013

Syndrome malien en Egypte

La classe politique égyptienne ne semble pas pouvoir trouver la voie de sortie de crise, une vraie crise cette fois-ci. Ce ne sont pas les vociférations des Frères de Mauritanie qui vont leur faire trouver la voie. Parce que le processus égyptien semble prendre «la route du Mali», c’est plutôt vers le modèle malien qu’il faut lorgner désormais et non vers celui de la Mauritanie.
Il faut s’attendre à une guerre civile, en tout cas des violences sans fin, probablement quelques mouvements autonomistes parmi les habitants du Sinaï ou chez les Coptes. Avec en prime les risques de voir les groupes armés islamistes reprendre l’option des armes.
Nous avons déjà cette forte probabilité de voir Mohamed El Baradea occuper le poste de chef d’un gouvernement de transition. Un astrophysicien, sans véritable expérience politique et très contesté par une bonne partie de la classe politique, dirigera un gouvernement dans un contexte difficile et qui demande un grand élan de solidarité et une grande force de dépassement de soi. Pratiquement dans les mêmes conditions qui ont été celles du Mali quand Modiba Diarra, l’autre astrophysicien, a pris la direction du gouvernement de transition de son pays. Il a échoué et fait perdre du temps au Mali. Très probablement comme le fera El Baradea.
Le problème pour le Monde arabe, c’est que ce qui arrive en Egypte va forcément influer sur l’ensemble des pays de cet ensemble. L’Egypte étant le plus peuplé de tous et celui dont le rayonnement a irradié tout l’espace.

Nous en sommes encore à tirer les conclusions de ce qui est arrivé pour comprendre comment en est-on arrivé à ce stade. Et nous allons dire qu’il s’agit là de la première manifestation du retour de manivelle sur les apprentis-sorciers qui ont manipulé la scène arabe ces dernières années nous amenant à croire à des révolutions qui n’étaient en fait que des mouvements sociaux dont l’élite politique n’a pas su profiter pour proposer des projets de société viables et vendables.