jeudi 6 juin 2013

Le calvaire des gens de Nouadhibou

Les habitants de Nouadhibou souffrent trois odeurs dont «chacune fait oublier l’autre» par son aigreur, sa répugnance, sa fétidité… Elles alternent selon les moments de la journée et peuvent submerger la ville en même temps. Elles sont plus fortes selon les saisons et touchent tous les quartiers. Ce qui fait que nulle part à Nouadhibou, l’on peut respirer l’air marin sain.
La première odeur est celle produite par le traitement des déchets ménagers. La mairie, toujours incapable de trouver la solution la bonne, déverse les déchets aux abords de la ville et ordonne de les incinérer. Fatalement, les fumées dégagées se rabattent sur la ville pour en assombrir le ciel et en empester l’air.
La deuxième odeur est celle produite par les récupérateurs de fils de fer (et cuivre) et qui, à cet effet, brûlent les pneus en grande quantité dans les environs. Les fumées se rabattent encore sur la ville pour en empoisonner l’air.
La troisième odeur, sans doute la plus insupportable pour sa pestilence, est celle des usines de farine de poisson ou «moka», comme on l’appelle localement. Depuis trois ans plusieurs minoteries ont été installées dans la presqu’île. Sans tenir compte des effets sur l’environnement. On compte aujourd’hui une bonne quarantaine d’agréments dont une dizaine est fonctionnelle. Ces minoteries posent le problème de la transformation d’un poisson dont la valeur nutritive est sans équivoque en une farine non utilisée par les populations locales. Ce qui participe aussi à la diminution de la valeur marchande du produit. L’odeur que dégagent ces usines et qui empoisonne la vie et la vue des habitants n’est qu’un aspect négatif et destructeur de leur existence. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l’installation de ces usines qui sont pour la plupart «renvoyées» du Maroc où la législation leur impose des conditions draconiennes pour éviter justement leurs effets pervers sur l’économie et sur la population. Chez nous, le phénomène a pris de l’ampleur dans l’indifférence générale…
Cela s’est traduit par la recrudescence des maladies pulmonaires. Toute la journée, vous respirez un air malsain. Le symptôme est que les gens de Nouadhibou suffoquent facilement… et continuellement. On respire difficilement ici… de plus en plus très difficilement…

mercredi 5 juin 2013

Nouadhibou, ville moderne

C’est ici que le plan de restructuration des habitats anarchiques et des bidonvilles est le plus évident. Là où l’on voit aujourd’hui les maisons en béton qui poussent, se trouvaient les baraquements d’El Moutavajirat. L’insalubrité, la promiscuité, accentuaient la misère des populations qui y vivaient depuis des décennies. Tous ces quartiers ont été lotis à présent. C’est la première chose qui frappe le visiteur habitué des lieux.
On est frappé aussi par l’absence de tas d’ordures. Des anciens dépôts qui vous accueillaient à l’entrée de la ville subsiste quelques tas, mais pas beaucoup, à la gauche en entrant dans la ville.
En réalité la ville a connu deux époques. Celle qui a duré trois ans environ et qui a vu El Qassem Ould Bellali exercer un demi-mandat qui lui a permis quand même d’imposer une gestion moderne de la cité. Nouadhibou, entre 1997 et 2001, a été la scène d’un chantier immense qui lui a valu une rénovation complète. Comme toujours ici, cela a suffi pour concentrer l’inimité des activistes politiques contre Ould Bellal : de ses anciens compagnons Kadihine aux dignitaires PRDS locaux, en passant par les responsables du renseignement et de l’administration, tous devaient se liguer pour réduire à néant l’action du Maire qui a décidé de s’investir dans sa ville. Il sera «expulsé» par le système bien ancré de la gabegie.
La deuxième période est celle qui a suivi et qui a continué jusqu’à nos jours. Elle est marquée par une absence totale de la mairie. Cela s’est traduit par l’abandon des grands projets (de la santé notamment), le retour des dépôts anarchiques de poubelles… Nouadhibou entra dans une décadence qui en fit un grand dépotoir des temps modernes…
Jusqu’au jour où les pouvoirs publics s’en mêleront. Les moyens de l’Etat furent mobilisés pour rendre quelque splendeur à la capitale économique. La restructuration des quartiers précaires permit de lotir de nouveaux espaces. Les nouveaux propriétaires ont alors construit, ils n’attendaient que leurs titres de propriété pour le faire. La ville recommença à respirer… à respirer ? Non, c’est une autre histoire que je vous réserve pour plus tard…

mardi 4 juin 2013

En route pour Nouadhibou

Prendre la route, quitter Nouakchott, cela relève toujours pour moi du registre de la décompression. Surtout quand je vais à Nouadhibou, une ville qui est pour moi ce que la Mauritanie aurait dû être : un espace d’intégration, un melting-pot, un lieu où l’on reconnait la valeur du labeur, où l’on se dépense pour gagner sa vie, où l’on se regroupe par centre d’intérêt et par corporation…
Aller à Nouadhibou, c’est aussi, espère-t-on du moins, fuir la fournaise de Nouakchott pour la clémence d’une presqu’île où la douceur règne en permanence. Même si l’on oublie qu’on doit passer par Tijirit et surtout Tasiast… un espace qui ne finit pas de finir… la monotonie dans toute sa plénitude…
Agneytir, il ya quelques semaines grouillant de cheptels et de campements heureux, est triste aujourd’hui. La plante «oum mourekba» qui verdoyait fièrement début avril sur tout l’espace, exception faite des grandes dunes, cette plante a noirci par ses racines et n’attire plus les bêtes qui continuent quand même de chercher désespérément quelques bouts comestibles pour leur tendresse.
Le mois de mai est triste sous ces latitudes. Les vents d’est apportent poussière et chaleur. Le soleil, chaque jour plus chaud que la veille, frappe avec ardeur. Il se lève très tôt pour se coucher très tard. Et garde la même force, la même chaleur… ici le midi règne en roi toute la journée. Il faut que le soleil tombe pour espérer un souffle supportable…
Au kilomètre 200, j’avais prévu trouver le mirage de restaurant qui était là il y a quelques années. Des ruines de baraquement, c’est la seule chose qui en subsiste. Je continue vers la «gare du Nord» appelée ici «bell Wul Bouamatou» pour rappeler l’investisseur Didi Bouamatou qui a mis des moyens pour participer à la rentabilisation de cette route longue de 470 kilomètres en proposant aux voyageurs éreintés une halte moderne à son milieu. Une aire de repos qui permet de s’approvisionner et de profiter pour manger, boire, prier, dormir…
Non loin de là, les autorités ont décidé de construire une nouvelle ville : Chami qui sera le chef-lieu d’un département rattaché à la Wilaya de Dakhlet Nouadhibou. Effectivement, une ville moderne a poussé au milieu de nulle part. Sur le lieu qu’on appelait «’adheym el marraar», haut-lieu de souvenirs de grands poètes…
A quelques cent mètres de la ville, un casernement dont l’emplacement intrigue. Pour son exposition et la facilité avec laquelle il pourrait être neutralisé en cas d’attaque ennemie. Pour son exposition aux vents qui soufflent tout le temps sur la zone.
Avant de descendre «dans» la plaine de Tasiast, on est frappé par une activité de recherche minière juste au bord de la route. De grosses pelles et des engins s’activent à creuser des tranchées. Le produit est déversé aux abords de ces tranchées pour former de gros amoncellements. Ça ne doit pas être un projet de construction au regard de la taille des tranchées. S’il s’agit d’un permis de recherches, ce doit être pour une surface infime : juste de quoi importuner Tasiast Mauritanie (Kinross).

La monotonie de la route est rompue par les postes de contrôles qui dépassent la dizaine si l’on compte la douane. C’est, encore une fois, le lieu de rappeler l’inutilité de tels contrôles qui sont des messages inquiétants pour le visiteur. Pour être la preuve de l’insécurité. Pour être de hauts-lieux de magouilles et d’arnaques. Pour être la preuve que quelque chose ne va pas dans ce pays…

lundi 3 juin 2013

Il fallait partir à point

Certes la visite du nouveau commandant des Forces armées américaines pour l’Afrique (AFRICOM) est un signe qui en dit long sur la place qu’occupe désormais la Mauritanie sur l’échiquier régional comme pôle de stabilité. Le général David Rodriguez qui avait invité le chef d’Etat Major général des Armées de Mauritanie à assister à sa prise de service, a estimé que cette visite «sera bénéfique» en terme de coopération. Au sortir de sa rencontre avec le Premier ministre, maître des lieux en l’absence du Président se trouvant actuellement en France, le commandant en chef de AFRICOM a déclaré : «Ce fut un plaisir de rencontrer le Premier ministre, Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf au cours de mon premier voyage en Mauritanie, en tant que nouveau commandant du commandement des Etas Unis en Afrique.
J'espère que cette visite sera bénéfique pour les relations entre les Etats unis et la Mauritanie et marquera une période de plus grande coopération entre nos deux pays en appuyant nos intérêts communs pour un avenir meilleur et plus prospère pour nos deux peuples
».
L’intérêt affiché pour la Mauritanie résulte des résultats probants de l’approche entamée il y a quelques trois ans pour faire face au terrorisme qui menaçait à partir du Mali. Cette approche a débuté par la réhabilitation des moyens de défense et de renseignements.
Des unités spéciales ont été mises sur pieds. Les particularités de ces unités, c’est qu’elles sont une réplique de celles combattantes terroristes : la légèreté, la souplesse, l’autonomie et la force de frappe. Ces unités sont soutenues par des  bases solides et toujours prêtes à intervenir.
Le Nord malien fut, à partir de juillet 2010, un terrain où la nouvelle force de frappe mauritanienne a pu s’exercer avec succès. Premières conséquences : la peur a changé de camp depuis que les Mauritaniens ont fait la preuve de leur capacité de frapper là où il faut et quand ils le veulent ; de sérieux coups ont été assénés aux groupes terroristes, les affaiblissants d’avantage ; ces groupes ont été chassés de la zone frontalière d’où ils constituaient une sérieuse menace (Wagadu où ils voulaient établir une base, Taoudenni d’où ils frappaient déjà…)…
Si bien que quand arrivent les événements du Mali, ces groupes s’étaient retranchés le plus loin de nos frontières, un peu s’ils voulaient éviter d’être à la portée des forces mauritaniennes. On a vu que pendant la guerre lancée par les Français, ces groupes ont évité, dans leur fuite, de se diriger vers la frontière mauritanienne. Aujourd’hui, ils sont de l’autre côté.
Parallèlement et pour stopper le flux des recrutements, le gouvernement mauritanien avait supervisé un dialogue fructueux entre de grandes figures de l’Exégèse musulmane et les jeunes perdus pour permettre leur repentance. Ce qui fut obtenu pour nombre d’entre eux. Parmi ceux qui ont été libérés à la suite de cette action, un seul serait revenu sur le terrain des combats.
Si l’effondrement de l’Etat malien n’a pas eu les conséquences qu’il aurait dû avoir pour notre pays, et si aujourd’hui la Mauritanie est courtisée par les puissances engagées dans la lutte contre le terrorisme, c’est bien parce que tous lui reconnaissent la justesse de son approche.
Mais ce n’est pour cela qu’il faille oublier la fragilité du pays et son incapacité à s’engager dans un conflit militaire quelconque. La Mauritanie a été construite sur une vocation de paix et de mesure dans les approches. Nous n’avons pas vocation à faire la guerre.
Il est vrai cependant que la Mauritanie ne peut se permettre de continuer à jouer le rôle du spectateur passif de la scène nord-malienne. Il s’agit non seulement d’un espace vital pour elle, mais d’une partie du territoire d’un pays avec lequel nous partageons beaucoup. Ce serait une défection morale que nous devrons payer un jour.

Il s’agit donc pour les autorités de trouver le point d’équilibre entre cette contrainte et cette nécessité : éviter de mettre à l’épreuve un système de défense encore jeune tout en refusant la mise à l’écart dans la reconstruction d’une zone dont le devenir est nécessairement le nôtre.

dimanche 2 juin 2013

Pourquoi Belmokhtar a pris le large

Selon un document révélé par la presse américaine puis par le journal Le Monde, Mokhtar Belmokhtar alias Bela’war aurait été vertement sermonné par la direction centrale d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) avant de rompre avec elle. La lettre, découverte dans les décombres de Tombouctou après la fuite des Jihadistes, renseigne sur les rapports plutôt mauvais entre AQMI et Bela’war.
Il est reproché à Bela’war de ne pas entreprendre d’opérations «d’envergure». Et comme pour lever toute équivoque, l’organisation qu’il crée après avoir quitté AQMI, «Les signataires par le sang» réussit la plus grande prise d’otages qui finit par un massacre à In Amenas en Algérie. C’est aussi elle qui (co)revendique, avec le MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) les opérations du Niger (Arlit et Agadez).
Les 14 membres de la Shoura – conseil dirigeant de l’organisation – auraient qualifié la relation avec Bela’war de «blessure saignante». Lui qui a des fois refusé de les prendre au téléphone ou de rendre compte sur les activités administratives et financières qu’il menait au nom de l’organisation. Lui qui a jugé «inutile» l’une des réunions à Tombouctou, après l’occupation du Nord malien.
Selon la traduction faite de la lettre par le quotidien français, le conseil supérieur s’adressait à Bela’war en ces termes : «Pourquoi les différents émirs de la région n’ont des problèmes qu’avec toi ? Toi, en particulier, à chaque fois ? Ont-ils tous tort, et notre frère Khaled, raison ?»se demandent, un peu ironiquement, les leaders d’AQMI. «Abou El Abbas ne veut suivre personne. Il ne veut qu’être suivi et obéi.»
Selon toute vraisemblance, le différent ne relevait pas forcément de nuances dans la vision ou de l’idéologie, mais il était surtout question d’argent et de gestion du trésor de guerre. Dans le cas du rapt du canadien Robert Fowler, Bela’war aurait négocié pour 700.000 euros et sans attendre d’en référer à l’organisation-mère : «Plutôt que de marcher côte à côte avec nous avec le plan que nous avons imaginé, il a géré ce cas comme il l’a souhaité. Nous devons nous interroger, qui a mal géré cet important enlèvement ? Est-ce la conséquence d’une attitude unilatérale, comme celle de notre frère Abou El Abbas, qui a abouti à cette insuffisance : échanger un dossier de poids (diplomates canadiens !) contre une somme maigre (700 000 euros) !»
Autre reproche, le détournement de l’argent destiné à l’achat des armes : «Nous avons donné à Abou El Abbas un montant considérable d’argent pour acheter du matériel militaire, malgré notre grand besoin d’argent à ce moment-là. (…) Abou El Abbas n’a pas participé à l’effort d’achat d’armes. Donc, quel comportement doit être qualifié de médiocre dans ce cas, je me demande ?»
La direction du mouvement lui reproche en plus de la mal-gouvernance, sa volonté de passer outre la hiérarchie pour entrer directement en contact avec «le leadership central». On se souvient qu’à plusieurs reprises, le chef Abdel Hamid Droudkal alias Abu Mus’ab Abdel Wedoud avait essayé d’imposer des Emirs à Bela’war. Dernier en date, Nabil Makhloufi qui a essayé d’unifier toutes les branches AQMI sous un même commandement. Il avait même mobilisé une armée composée d’éléments de toutes les Katibas pour attaquer la Mauritanie : ce fut la débâcle de Bassiknou au début de l’année 2011. Ce Nabil Makhloufi mourra dans un accident de voiture.
La mauvaise relation va aboutir à la nomination de Abul Hammam par Droudkal à la tête de l’Emirat du Sahara. La goutte qui fut déborder le vase. Mokhtar Belmokhtar alias Abul Abbass, alias Bela’war décide de créer son propre groupe «les signataires par le sang».
Sa mort fut annoncée par les autorités tchadiennes. Mais démentie par les observateurs et les connaisseurs de la région. On sait aujourd’hui que le chef jihadiste est bien vivant et qu’il continue d’organiser et de lancer ses troupes contre ceux qu’il considère être les ennemis de l’Islam et des Musulmans. On sait aussi que l’homme avait, dans sa dernière interview (2012) avec nos confrères de Nouakchott-info, donné l’impression du vieux guerrier, assagi par les épreuves, cherchant à négocier une trêve. Au moins avec la Mauritanie. Est-ce pour se faire entendre qu’il intensifie ses attaques contre son pays d’origine, l’Algérie et contre le Niger ?

vendredi 31 mai 2013

Méchanceté gratuite

J’avoue n’avoir jamais su l’origine étymologique du mot «méchanceté». J’apprends qu’il vient de «m’échoir» qui veut dire «tomber par terre»… et vraiment je trouve que c’est exactement le niveau zéro de l’humanité… voyons voir cet exemple.
Depuis une semaine, une famille de Arafat cherche en vain à retrouver  son enfant unique de 9 ans. Il était allé le matin faire ses récitations coraniques habituelles auprès de la femme qui lui dispense cet enseignement. Il aurait été vu pour la dernière fois quand il jouait avec ses copains après avoir terminé ses récitations. Les recherches se poursuivent depuis une semaine donc. Vous imaginez la douleur qui mortifie la famille angoissée. Comme cela ne suffisait pas, des malins ont trouvé juste d’appeler les parents pour les importuner en leur donnant de fausses informations sur leur enfant. L’un d’eux a poussé la méchanceté jusqu’à leur dire qu’il a tué l’enfant et qu’il a balancé son corps dans la mer.
Le traçage du téléphone a permis d’arrêter le méchant monsieur qui sera heureusement traduit devant la justice.
Si j’en parle, c’est bien pour attirer l’attention de ceux qui me lisent sur cette propension à la méchanceté gratuite qui nous prend depuis quelques temps. Pas de pitié, rien que l’aigreur qui se transforme rapidement en haine de tous nos semblables. Quand vous faites attention à ceux qui vous parle d’un drame et à leur manière de le raconter, vous allez immanquablement déceler un plaisir à parler des malheurs des autres. Comme si on souhaite voir tous nos proches sombrer dans le malheur. Le cannibalisme n’est pas loin de cet état d’esprit…

A toutes fins utiles, le gosse perdu s’appelle El Hadrami Ould Mohamed Mahmoud et, pour toutes informations (sérieuses), vous pouvez appeler au : 22039035 et 37192618. Merci.

jeudi 30 mai 2013

Emiettement

Le 3 août 2005, quand le régime de Ould Taya s’écroule, il laisse derrière lui une société émiettée, divisée et profondément meurtrie par les déchirements qu’on lui a imposés. Des tribus à mille têtes, des logiques régionalistes rigides dans leur confrontation et dangereuses dans leur développement. Mais, parce que c’était l’aspecte le plus grave de cet émiettement, c’est la «rupture ethnique» qui a le plus accaparé l’attention et les efforts.
La course au pouvoir – j’aurai pu dire «la soif du pouvoir» sans me sentir excessif – a aveuglé la classe politique qui n’a pas compris que le départ de Ould Taya ne pouvait pas signifier la fin d’un système dans l’édification duquel ont collaboré les plus brillants et les militants de nos hommes politiques. Des hommes qui se retrouvaient, encore une fois, aux postes de commande. A l’image de celui qui dirigea les services de police 20 ans durant et qui se retrouvait à la tête de l’Etat. Qu’est-ce qu’il fallait pour nous convaincre que le changement était encore à conquérir ? qu’est-ce qu’il fallait pour amener nos hommes politiques à avoir un peu de retenue et à chercher à imposer leur rythme (s’ils en ont) ?
Il était écrit que nous traverserons la période de transition sans comprendre ce qui nous arrivait. Vint le gouvernement civil issu d’une élection dont on pouvait tout dire, même qu’elle était irrégulière, mais dont on dira qu’elle était parfaitement honnête. Et parce que tout ça a été construit sur du faux, parce que les hommes qui ont eu la possibilité de changer les donnes ont voulu réinventer le système qui a conduit le pays là où il se trouvait, parce que les hommes politiques ont une fois encore refusé de voir loin et d’agir vite, parce qu’ils ont renoncé à compter sur leur capacité de concevoir un projet et d’y faire adhérer les Mauritaniens…, nous nous sommes retrouvés en pleine crise d’existence.
Les Chinois ont un mot pour désigner «crise» et qui désigne aussi «opportunité». Ce n’est pas le cas des Mauritaniens qui tournent sur eux-mêmes en refusant de lever les yeux, d’apprécier la situation à sa juste valeur, d’imaginer une route à prendre pour en sortir. L’échec de notre encadrement national ne s’arrêtera pas là.
Voilà qu’il est incapable de palier à l’émiettement de la société, de dénoncer les réunions tribales, les bagarres tribales, les visions sectaires… Qui de la majorité ou des oppositions – nous avons désormais trois pôles – a opposé la moindre protestation ? Au contraire, nous avons vu élus et militants de tous côtés assister à ces orgies tribales, participer à ces manifestations sectaires… L’espace «particulariste» est d’ailleurs devenu le seul espace de rencontre des protagonistes de la scène politique mauritanienne.
La presse a joué son «petit» rôle de vecteur de divisions, de promoteur de discours racistes et fascisants. Il suffit de voir qui sont les invités de tous les plateaux, à qui on donne (le plus) la parole pour savoir que cela relève d’une conspiration nationale contre l’Etat, contre ce qui nous unit, contre le rêve de Modernité qui a été – qui est encore – la seule raison d’exister pour un pays né de l’arbitraire colonial…
Au moment de l’indépendance, de nombreux cadres et notabilités ont refusé la perspective d’indépendance en disant que cet ensemble n’était pas viable. Certains ont appuyé les revendications de pays voisins, d’autres ont voulu refuser l’autorité de l’Etat à l’intérieur.
Une poignée seulement a cru au projet Mauritanie. Un pays dont les fondements moraux devront être la mesure et l’équité, selon les préceptes dictés par un Islam fait de tolérance et d’abnégation. Dont la vocation est d’être une terre de rencontre entre ses deux versants, l’Arabe et l’Africain. Dont l’ambition est d’unir une peuplade jusque-là éclatée en groupes ethniques, en émirats, en tribus, en castes… de l’unir autour d’un idéal de liberté, d’égalité et de justice.
Qui s’en préoccupe aujourd’hui ?