lundi 15 avril 2013

Laurent Fabius en Mauritanie

Une visite attendue depuis longtemps. Depuis le rendez-vous raté du Ramadan passé. Quand Laurent Fabius avait fait le tour des capitales ouest-africaines pour préparer la reconquête du Nord du Mali. Après avoir passé un peu plus de 24 heures à Dakar, partageant les goûts festifs des jeunes contestataires de «Y en a marre», le ministre français avait programmé un passage furtif à Nouakchott, au moment de la rupture du jeûne. Ce que les autorités mauritaniennes avaient mal pris. Le passage n’eut pas lieu…
La Mauritanie étant un pays incontournable dans la construction de la paix au Mali, il fallait donc faire l’effort de venir et de rester le temps nécessaire pour embarquer le pays aux côtés de la France. Le prétexte de la réunion des ministres des 5+5 était l’occasion de réparer ce qui peut l’être.
A son arrivée à Nouakchott, le ministre français a donné le la en déclarant que les relations franco-mauritaniennes sont exemplaires et couvrent plusieurs domaines d’intérêt commun. Quand il a été reçu par le Président de la République, il a poursuivi : «j’ai eu l’honneur d’être reçu par le Président de la République en compagnie de mon ami et collègue le ministre des affaires étrangères et de la coopération. Nous avons abordé les relations bilatérales entre la Mauritanie et la France. La Mauritanie est un ami solide de la France et la solidité de cette amitié s’est traduite dans des actions concrètes».
Annonçant que «dans quelques instants, je signerai ce qu’on appelle un document de partenariat qui permet d’organiser un certain nombre d’appuis concrets de la France à des projets en Mauritanie qu’il s’agisse de la formation professionnelle, de l’éclairage, des services publics... Il y a une amitié solide entre la Mauritanie et la France».
Et de poursuivre : «nous avons évidemment parlé de la situation régionale et de la situation internationale notamment au Mali puisque la Mauritanie suit ce qui se passe au Mali avec énormément d’intérêt et nous avons une analyse extrêmement convergente. Le Mali a besoin de sécurité comme toute la région. L’intervention qui a eu lieu a permis de rétablir la sécurité mais il faut conforter cet élément là. Vous savez sans doute que d’ici quelques jours l’ONU va adopter ce qu’on appelle une opération de maintien de la paix qui permettra d’avoir une force de sécurité très importante au Mali qui va continuer à sécuriser le Mali et nos amis mauritaniens envisagent y prendre part et ils définiront eux-mêmes la manière de le faire».
Reprenant quelques-unes des conditions de la Mauritanie : «Mais il y a aussi l’aspect politique, parce qu’il faut que le Mali s’engage dans le dialogue et la concertation pour aller vers les élections. Nous avons également parlé de cela avec le Président mauritanien qui a une analyse très fine des choses et nous partageons - ce qui m’a frappé dans nos conversations - l’approche qu’il faut qu’il y ait un véritable dialogue entre le sud et les populations du Nord pour que chacun se sente à l’aise et qu’un certain nombre de difficultés, qui ont existé dans le passé, puissent être résorbées. Puis, il y aura des élections qui sont prévues au mois de juillet. Donc, il y a l’aspect de la sécurité, il y a l’aspect des élections et du dialogue et il y a l’aspect économique puisque le Mali comme l’ensemble de la région a besoin d’un soutien économique. Souvent, l’origine des questions est dans une difficulté économique.
Bref, des conversations très chaleureuses, avec le Président de la Mauritanie qui est un ami de la France et vous savez que maintenant je vais avec le collègue ministre des affaires étrangères et de la coopération ensuite, nous aurons à dîner ensemble avec le Premier ministre. Demain, nous passerons, si je puis dire, à un autre exercice celui du dialogue 5+5 : les 5 pays du nord de la méditerranée et les 5 pays du sud. Là aussi nous travaillons la main dans la main avec nos amis mauritaniens. Donc une rencontre excellente avec des amis très solides».
Au même moment, la France proposait au Conseil de sécurité des Nations-Unies d’autoriser le déploiement d’une force de maintien de la paix au Mali à partir du 1er juillet prochain. Ce qui devra occasionner le changement de la MISMA (mission panafricaine au Mali) en MINUSMA (mission intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali).
Il s’agira de déployer un maximum de 11.200 soldats et 1440 policiers. Cette force sera appuyée par une force guerrière française qui interviendra en cas de besoin.
L’absence de la Mauritanie à l’effort de maintien de la paix la privera de suivre de près la situation d’une région qui constitue un espace vital pour elle. Moralement injustifiable, cette absence est un lâchage d’un pays frères, le Mali, et de ses populations.

dimanche 14 avril 2013

Le temps, le temps… !


La Coordination de l’Opposition démocratique (COD) a finalement accepté «le plan de sortie de crise» proposé par le président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir… Ce «plan» a été proposé il y a presque un an et lancé par son auteur fin janvier dernier… Et c’est le 12 avril que la COD a répondu «favorablement». Tout ce temps pour en finir avec un plan dont l’élément essentiel est la constitution d’un gouvernement d’union nationale. C’est quand même la seule chose que les politiques (et les média) retiennent de cette initiative.
Après deux à trois ans de lutte acharnée contre le régime et d’exigence toujours renouvelée du départ de Ould Abdel Aziz, la COD va-t-elle accepter d’entrer dans un gouvernement dont elle juge le chef illégitime ? Oui, apparemment ce n’est pas ça qui va déranger parce qu’on se précipite – après quelques mois de réflexion intense – pour «répondre favorablement» à une initiative qui a pris un coup de vieux avec la décision de la CENI de fixer les élections législatives et municipales. A partir de cette date, l’objet de toute discussion doit être l’organisation de ces élections et comment permettre de mettre en place un dispositif acceptable par tous pour les garanties de transparence qu’il offre.
En fait à quoi servirait un gouvernement d’union à ce tournant de notre Histoire ? Simplement à faire participer quelques vautours de la politique à ce qu’ils croient être un festin à ne pas manquer.
Les élections, c'est dans quelques mois. Il ne faut pas attendre d'être en septembre pour dire si oui ou non on y participe.

samedi 13 avril 2013

Maroc-Mauritanie


Dans quelques jours, se tiendra une nouvelle session de la haute commission mixte mauritano-marocaine. Elle devra évaluer les relations entre les deux pays et essayer de les approfondir et de les développer.
Cette session arrive à un moment important, vital pour les deux pays et pour la région en général. Elle est l’occasion pour les deux pays de dépasser les incompréhensions, certes passagères mais lourdes pour l’avenir des rapports entre eux.
Dans le passé, la relation entre la Mauritanie et le Maroc a été gérée dans une espèce de convivialité qui a détruit le caractère officiel et solennel de cette relation. Les individus, les particuliers essayant de se substituer aux ensembles que sont les Etats.
A un moment donné, des particuliers ont effectivement cherché à passer outre les Ambassades et les représentations de deux pays. Ce n’était plus l’Ambassade du Royaume du Maroc à Nouakchott ou celle de Mauritanie à Rabat qui demandait à l’Agence marocaine de coopération internationale de «bourser» tel ou tel étudiant, mais des particuliers. Ce sont des écrits de particuliers qui nous renseignaient périodiquement sur l’état de ces relations, essayant parfois d’interférer pour les tendre ou les assouplir.
Quand les deux pays décideront de revenir à un cadre officiel et à s’y tenir, ce sera la fin de certaines sources d’incompréhensions. La commission mixte pourra alors faire évoluer les choses vers la suppression des visas.
Il n’y a pas de raison d’avoir un visa entre la Mauritanie et le Maroc. Pour quelque raison que ce soit. Les relations historiques, sociales, humaines, politiques, économiques dictent plutôt l’institution d’un régime de libre-échange, pas l’obligation d’un visa d’entrée.
Pendant longtemps, c’est la Mauritanie qui a demandé le maintien du visa. A un autre moment, c’est le Maroc. Il est temps pour les deux pays de supprimer cette obligation pour permettre la création d’un espace de libre circulation qui pourrait être le noyau de ce Maghreb, rêve de tous.
Une trentaine d’années de «tâtonnements diplomatiques» qui nous a fait perdre nos vocations naturelles, notre âme, nos choix stratégiques, notre Histoire et surtout notre géographie. Pendant une trentaine d’années, l’autorité a travaillé pour faire de la Mauritanie un îlot de conservatismes primaires (ostracisme, racisme, «arriérismes»…). Pour faire de nos frères des étrangers, de nos voisins des extraterrestres, de nos amis des ennemis. L’extravagance est passée par là. Et avec elle les décisions les plus incongrues et les plus graves : crises avec les pays voisins, sortie de la CEDEAO, établissement de relations avec Israël, coupure de relations avec l’Irak, volte-face fréquent, inconsistance, instabilité, imprévisibilité…
Nous avons donc à réhabiliter notre vocation première qui est celle d’être une terre africaine et arabe, une terre de convergence ; d’être un pays profondément établi dans son arabité et fier de son enracinement africain. Cultiver cette double appartenance dans l’humilité et les bonnes prédispositions vis-à-vis de nos frères et de nos amis. En fonction de cela faire ses choix stratégiques de relations.
Je pense personnellement que l’adossement de la Mauritanie à un Maghreb fort et uni, son appartenance à part entière à une Afrique de l’Ouest intégrée dans la CEDEAO et son maintien de relations privilégiées avec l’Europe à travers la France, l’Espagne et l’Allemagne, avec l’Asie à travers la Chine et le Japon, avec l’Amérique (Etats-Unis et Canada d’une part, Brésil et Venezuela d’autre part), tout cela peut garantir la survie du pays dans un environnement de plus en plus exigeant en matière de production, de qualité de vie, de concurrence…
Notre relation avec le Maroc ne doit pas être dictée par les intérêts bassement matériels de quelques individus vivant sur les embrouilles. Elle ne doit non plus être conditionnée par le bon vouloir des frères algériens. L’inverse est tout aussi vrai.

vendredi 12 avril 2013

Emel 2012 au Gorgol


Le programme EMEL 2012 a permis d’apporter une bonne réponse aux sollicitations de la population dans les coins les plus reculés de Mauritanie. C’est cette réussite qui a dicté aux autorités de continuer le programme en 2013, au moins dans sa composante alimentation humaine. Cela se traduit au Gorgol où j’ai séjourné récemment par le maintien de 116 boutiques ouvertes, bien réparties dans l’espace de la Wilaya.
36 dans le département de Kaédi, 24 dans celui de Maghama, 42 dans celui de M’bout et 14 à Mounguel. De quoi permettre à toutes les populations urbaines et rurales de profiter de cette manne.
En milieu urbain, les quantités disponibilisées sont de 6 tonnes pour le riz, 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre et 1,5 tonne pour les huiles. En milieu rural, elles sont de 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre, 3 tonnes pour le riz et 1,5 tonne pour les huiles.
La célérité dans la distribution est exigée pour permettre l’acheminement en temps nécessaire des quantités demandées. De l’avis de tous, cette opération a été salutaire pour les populations. Tant mieux.

jeudi 11 avril 2013

Pourquoi tant d’aigreur ?


Les acteurs politiques de la scène mauritanienne sont aveuglés par l’aigreur et la haine. On dit ailleurs que l’aveuglement est plus dangereux que la cécité. Nous sommes aveuglés par les fantasmes qui remplacent l’analyse du réel, la culture de l’imaginaire qui annihile l’action, la rumeur qui décrédibilise le fait dans sa vérité, et le manque d’esprit critique qui pourrit l’intelligence.
Depuis quelques semaines, on essaye d’accaparer notre attention par de faux dossiers, de fausses enquêtes, de faux enregistrements, de faux échanges…, comme s’il fallait créer, imaginer pour trouver de quoi démystifier l’action du gouvernement ou encore jeter l’opprobre sur le Président de la République pour déstabiliser son régime et l’amener à renoncer gentiment à son pouvoir.
En fait d’enquête, où est le journaliste qui est parti interviewer les prétendus protagonistes de la prétendue «affaire d’Accra» ? On s’est contenté ici et là de prendre pour son compte un entretien réalisé par un sombre journal qui paraitrait en Côte d’Ivoire (L’Inter) avec un citoyen malien du nom de Hamed Oumar. Il est présenté comme un «patron de société de sécurité», «natif du Nord du Mali» et avec lequel on va parler de «la guerre au Mali». Pour ne parler que de la Mauritanie et de ses relations, supposées ou réelles avec le contre-espionnage mauritanien du temps où il poursuivait les Cavaliers du Changement.
L’intéressé avoue n’avoir jamais donné de renseignements sérieux sur les Cavaliers… avant d’être orienté par une question vers une relation avec le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, alors commandant du BASEP (sécurité présidentielle). Et comme s’il n’y avait pas assez d’aventuriers mauritaniens prêts à tout à l’époque pour aller cueillir quelques magots fictifs, c’est ce malien qui n’a jamais servi à grand-chose pour ses commanditaires (selon lui) qui est délégué par le colonel dans une affaire de blanchiment d’argent irakien.
Nous avons toujours écrit, et tous les Arabes doivent le retenir, que malgré tout ce que l’Occident a essayé de leur coller comme crimes, les responsables du parti Baath irakien n’ont jamais été accusés d’avoir détourné des fonds vers l’extérieur. Vous avez entendu parler des armes chimiques, du nucléaire, des assassinats, de la répression…, de tout sauf que l’un d’eux a détourné et/ou a mis dans un compte à l’extérieur des fonds. Quand on pense à la Tunisie, à l’Egypte, à la Libye, à la Syrie, à tous les pays arabes et au comportement en la matière de leurs dirigeants, il y a de quoi regretter Saddam et ses compagnons… Mais passons.
On s’est basé en Mauritanie sur une interview «accordée» - est-ce le mot ? peut-être que «publiée» est plus adéquat – à un journal ivoirien (peu connu) pour fonder toute une stratégie politique. D’où ça vient tout ça ? Peut importe.
Si l’objectif avait été d’occuper la classe politique par un nouveau sujet sans lendemain, il a été atteint. Avec la complicité de la presse qui n’a fait aucun effort pour disséquer ce qu’on lui servait comme fond de dossier : les enregistrements n’ont fait l’objet d’aucun effort d’authentification, aucune analyse pour savoir s’il s’agit d’un montage ou non, d’un vrai ou d’un faux…
Cela importait peu. Du moment que cela puisse servir à salir l’adversaire, «l’ennemi» du moment, Ould Abdel Aziz, aucune retenue, aucun sens critique, aucune prudence n’est de mise. On en oublie qu’en s’acharnant à salir la personne, on abîme sérieusement l’image du pays et de son peuple. On déprécie l’action publique et on décrédibilise le discours politique.
Peu importe encore une fois. La révolution qui n’a pas réussi par la mobilisation de la rue ni par les appels du pied à un soulèvement de l’Armée, on semble vouloir la provoquer par un sursaut moral… C’est bien beau. Parce que le grand problème de la Mauritanie est bien la déchéance morale, c’est bien le renversement de l’échelle des valeurs, la prostitution des préceptes…
Qui en est responsable si ce n’est cette élite dont les symboles continuent d’occuper notre espace visuel et médiatique depuis toujours ? Qui peut prétendre à restaurer une quelconque Morale parmi ceux qui sont les plus bruyants ?
Quand on a plus de quarante ans en Mauritanie et qu’on n’a pas bougé ou parlé quand il y a eu la guerre du Sahara, quand il y a eu 81 et ce qui s’en est suivi, 86 et ce qui s’en est suivi, 88 et ce qui s’en est suivi, 89 et ce qui s’en est suivi, 90 et ce qui s’en est suivi… on peut égrener les dates, toutes renvoyant à l’exercice aveugle de l’arbitraire, au sac moral et économique du pays, à la constitution de maffias ponctionnant sur les richesses destinées à améliorer les conditions des populations, à rendre plus productives les zones agro-pastorales, plus efficient le système éducatif, plus généralisé et plus efficace le système de santé, à avoir de l’eau potable partout, de l’énergie, des routes… On sait tous qu’est-ce qu’il est advenu de ces richesses privatisées par de hauts fonctionnaires, politiciens sans vergogne, qui ont fait de la démocratie un jeu perfide qui permet l’ascension des médiocres et des pourris. Avec tout ce qu’ils ont amassé trois décennies durant, ces hommes (tiens, il n’y a presque pas de femmes dans le groupe) essayent de maintenir leur diktat. En refusant à la Mauritanie d’avancer. En biaisant les rapports entre Mauritaniens par l’entretien d’une culture de la haine et de l’aigreur.

mercredi 10 avril 2013

Dénouement (plutôt) satisfaisant


Dans l’affaire Hondone, une porte de sortie de crise semble avoir été trouvée. Il a fallu remonter jusqu’à la présidence pour amener les deux parties à s’entendre sur un nouveau point de départ.
Tout a commencé il y a quelques semaines, quand la partie mauritanienne a découvert que la partie chinoise accélérait sur certains aspects du protocole d’application de la convention signée en 2011, notamment sur la pêche des céphalopodes, et qu’elle ralentissait sur les aspects, beaucoup plus importants pour la Mauritanie, de l’emploi, de la construction navale et de la pêche pélagique. Ce qu’apprenant, le Président de la République avait donné ordre au ministère des pêches de ne pas renouveler les licences de fonds avant de revoir les termes de l’accord.
C’est au colonel Cheikh Ould Baya, l’artisan de l’accord avec l’Union Européenne, que fut confiée la mission de renégocier la mise en application du protocole d’accord, et ce en sa qualité de conseiller du ministre des pêches.
Manipulations et incompréhensions (dont nous avons rendu compte en leur temps) ont amené les deux parties à aller vers une impasse. Même quand deux commissions furent constituées, la première représentant l’Etat mauritanien (Ministères des pêches, des finances, du développement…), la seconde la société chinoise (Hondone, Ambassade de Chine, intermédiaires mauritaniens…). Plusieurs rounds de négociations n’ont pas permis de trouver un terrain de convergence.
La partie chinoise faisait porter à l’administration mauritanienne la responsabilité des retards constatés dans la réalisation du projet. Elle demandait aussi l’ouverture de nouvelles possibilités pour elle pour compenser ses insuffisances (possibilité d’acheter le produit, de pêcher en-deçà de la zone des 20 miles fixés pour le pélagique, de louer le froid…).
Pour la partie mauritanienne, il s’agissait, tout en respectant scrupuleusement les termes et la philosophie de la Convention ratifiée par le Parlement, de s’en tenir aux termes du protocole qui définit les contours de sa mise en application. Après avoir payé le prix politique de la convention qui a été l’occasion de plusieurs joutes politiques qui ont été pour les détracteurs du régime, l’occasion d’accuser le Président en personne d’être le premier bénéficiaire de la Convention, après le prix politique donc, la Mauritanie ne devait pas supporter un coût économique et social par la mauvaise application des termes de l’accord.
Les appréhensions des Mauritaniens ont fini par être entendues par les Chinois. C’était au cours d’une réunion tenue ce matin à la Présidence de la République.
Le ministère laisse travailler les cinq céphalopodiers déjà présents jusqu’en juin. D’ici là, la partie chinoise va lancer sa partie pélagique. Pour ce faire, construire les cent pirogues et créer 2000 emplois supplémentaires. En réalité, la pêche aux céphalopodes ne durera plus que 20 jours avant l’arrêt biologique de deux mois (mai et juin). La troisième année finissant de la durée du premier protocole, il va falloir que la partie mauritanienne mette sur pied un comité de suivi pour s’assurer de la bonne exécution des nouveaux engagements.
Les rebondissements de cette affaire auront convaincu les sceptiques qu’il n’y avait rien derrière en termes d’intérêts «présidentiels» particuliers… Espérons que la polémique est close. 

mardi 9 avril 2013

Qui est qui ? qui est quoi ?


Hier, à la conférence de presse organisée par le président du parti ADIL, Yahya Ould Ahmed Waqf, les journalistes et les politiques n’étaient visiblement pas contents. Les uns des autres.
L’ancien Premier ministre de Ould Cheikh Abdallahi, a insisté sur la méconnaissance de son dossier par la presse qui s’abstient jusqu’à présent de faire les investigations nécessaires pour en savoir plus. Pour certains médias, on s’est contenté de relayer les rumeurs selon lui. La presse refusant d’enquêter elle-même pour prouver qu’il s’agit d’une instrumentalisation… On peut comprendre les reproches adressés à la presse par l’ancien Premier ministre poursuivi dans le cadre de l’affaire du riz avarié vendu au CSA dans le cadre du Programme spécial d’intervention (PSI) qui a fini par prendre l’allure du fameux programme d’urgence qui avait coûté très cher à la Mauritanie sous Ould Taya.
Moins compréhensible fut la «déception» exprimée par nombre de mes confrères. Les uns ont dit leur surprise quant au sujet de la conférence de presse : ils attendaient plutôt l’annonce d’un virage du parti ADIL qui devait regagner soit la CAP (coalition des partis d’opposition ayant participé au dialogue), soit la COD (coordination des partis rejetant le dialogue avec le pouvoir et exigeant le départ du  Président Ould Abdel Aziz). Le reste importe peu pour eux.
D’autres ont été déçus par les propos sur l’existence d’une liberté d’expression totale en Mauritanie. Il n’y a pas lieu selon eux de pavoiser parce qu’au fond, la situation n’a guère changé.
Dans les relations qui doivent exister entre l’homme (ou la femme) politique et le (ou la) journaliste, il y a un grand risque : celui de voir le premier chercher à inféoder le second qui, à son tour, commencerait à jouer le rôle du premier. Si un équilibre n’est pas trouvé par le politique dans sa quête légitime d’un médium qui pourra transmettre son message, et par le journaliste dans sa vocation de «fouineur» dérangeant, si cet équilibre n’est pas trouvé, de nombreux amalgames seront faits.
Surtout que nous sommes dans un pays où la lutte de classement est très forte. C’est elle qui détermine le positionnement de chacun de nous. Et chacun de nous est obnubilé par la place et le rôle qu’il doit jouer, sans pour autant savoir exactement lequel. Le «touche-à-tout» est le «’alimou koulli vannin» des temps modernes.
Quand vous suivez l’émission du Ramadan qui rassemble médecins et Erudits religieux, vous êtes inévitablement surpris par les réponses qui indiquent une inversion des rôles. C’est ainsi que le médecin fait des fatwas, l’Erudit propose des ordonnances.
Cette inversion des rôles créent des concurrences mal placées entre des gens qui ont plutôt vocation à s’entendre et à se soutenir. Comme elle ajoute à la confusion générale. Nous sommes dans une société où l’urgence est de savoir qui est qui et qui fait quoi.