lundi 11 mars 2013

Le Mali qui était


"La France a favorisé une fiction de démocratie", c’est le titre d’un article écrit par l’ancienne responsable du service culturel de l’Ambassade de France à Bamako, Mme Danielle Rousselier, écrivaine de son état. J’ai lu le papier sur noorinfo.
La dame dit avoir travaillé de 2007 à 2009 à Bamako et qu’elle fut témoin d’une attitude de complaisance qui a caractérisé les relations des puissances occidentales, de la France qu’elle représentait, avec le Mali de Amadou Toumani Touré (ATT). Une complaisance qui engage, selon elle, une «responsabilité partielle» de la France dans l’engrenage qui a mené à cette guerre».
La «fiction de démocratie au Mali» a servi de faire-valoir d’une politique africaine qu’on a voulu nouvelle depuis la conférence de La Baule et qui ne faisait en fait que répéter une attitude condescendante de la France vis-à-vis de l’Afrique. C’est ainsi qu’une indulgence a caractérisé les rapports avec un régime qu’on savait corrompu. Parmi les exemples cités par l’auteur, nous retiendrons celui-là :
«En novembre 2009, les autorités maliennes ont tenté de camoufler l’incendie en plein désert, près de Gao, d’un Boeing 727 transportant six tonnes de cocaïne «évaporée» dans les sables. L’affaire du Boeing «Air Cocaïne» a révélé ouvertement à la fois que le paisible Mali était bien devenu le carrefour du trafic de drogue en Afrique et, plus grave, que les trafiquants avaient bénéficié de complicités dans l’administration et dans l’armée au plus haut niveau. En a-t-on pour autant tiré toutes les conséquences sur la nature profondément corrompue du régime d’Amadou Toumani Touré, faisant le lit des trafiquants de drogue et favorisant par là le narcosalafisme avec les conséquences que l’on sait sur le fragile équilibre avec le Nord et les Touaregs ?»
l’auteur expliquait ensuite comment la scène malienne s’était appauvrie et pourquoi elle devenait le lieu où se développaient les discours religieux les plus radicaux. C’est bien parce que le débat politique n’existait plus et parce que l’élite intelligente (ou supposée l’être) a démissionné après avoir été corrompue.
«La France n’était, certes, pas la seule à fermer les yeux. L’aveuglement fut international : on avait trouvé un pays à qui dispenser l’aide, et les bailleurs de fonds comme les ONG se précipitaient sur ce pays modèle dont la façade démocratique a volé en éclats lors du putsch du 22 mars 2012.» C’est ainsi, selon elle, qu’au nom de «la bonne gouvernance», «nous avons été complices d’un Etat malien prédateur, appuyé sur une «société civile» artificielle profitant de la faiblesse et de la corruption du régime pour s’enrichir à vive allure sur le dos du pays.»
Cela nous rappelle, nous Mauritaniens, les sautes d’humeur, légèrement feintes de ATT, quand notre pays avait décidé de réagir à la menace en usant de son droit de poursuite. A l’époque, ATT faisait tout pour atténuer l’engagement de la Mauritanie, engagement qui dérangeait (déjà) les affaires dans cette partie du Mali. On ne peut faire l’économie de l’évaluation de cette époque qui a vu les autorités du Mali démissionner et s’effacer devant le diktat des bandes criminelles. Le résultat fut une politique de consensus qui était en fait une sorte de fuite en avant qui n’en finissait pas de commencer.
Pour ne pas tomber dans le panneau et pour avoir les bons résultats de l’intervention militaire au Mali, les amis de ce pays (dont nous sommes) doivent dire la vérité. A ses dirigeants, à son élite, à son Armée. Vous êtes responsables de ce qui vous arrive. Vous êtes les seuls à pouvoir trouver, entre vous, la porte de sortie de la crise qui a mis à terre l’Etat et les Institutions.

dimanche 10 mars 2013

Le «T’heydine» en question


L’émission de Cheikh Sidi Abdalla sur TVM, celle de l’espace culturel (el vadaa ethaqaafi) est finalement la plus suivie et la plus commentée de toutes ces émissions qui peuplent l’univers du petit écran. C’est qu’elle est l’occasion pour ce chercheur universitaire et grand intellectuel d’inviter des gens qui ont quelque chose à dire, quelque chose à nous dire. Soit en témoignant à travers leurs propres cursus et en parlant d’une Mauritanie aujourd’hui insoupçonnable. Soit en présentant leurs propres productions littéraires et artistiques.
La dernière fois que je vous ai parlé de cette émission, c’est qu’elle recevait quelqu’un d’aussi impressionnant (tout en étant l’humilité incarnée) que Mohamed Mahmoud Ould Wedadi… Je respecte la volonté de l’homme qui ne veut pas qu’on lui colle un quelconque titre, sinon tous les grands titres lui siéraient. D’autant plus que je crois qu’il y a des gens que les épithètes sont incapables de définir. Ould Wedadi en fait partie.
L’émission de cette semaine recevait Mohamed Ould Ahmed Ould Meidah (Demba pour les intimes). Un homme de culture. Naturellement. Un poète. Naturellement. Un narrateur. Naturellement. Un chercheur. Naturellement. Un enseignant. Naturellement… Tout ce que Mohamed entreprendra lui réussira. Tout ce qu’il fait lui va et il ne fait que ce qu’il lui va. Naturellement.
Une première partie de l’émission a été consacrée à l’œuvre d’Ehl Manou, au T’heydine en fait. Il s’agit d’une forme d’expression poétique qui est le récit épique des sociétés auxquelles les griots appartiennent. Comme la culture Bidhâne est un parfait mélange des héritages nord-ouest-africains, on peut affirmer que ce genre est un emprunt à l’aire culturelle Mandingue qui a excellé dans toutes ses formes. Peut-être que les griots Bidhâne ont évité de verser dans les aspects magiques et extraordinaires des grandes légendes épiques de leur versant sud. A part la légende de Nwefel qui n’est pas une t’heydina, mais juste une légende jouée au rythme du karr de Legneydiya, le griot Bidhâne n’a pas cultivé cette dimension extraordinaire de l’épopée.
En fait, l’épopée est restée un poème dédié aux faits et actes qui font la grandeur du cavalier, du guerrier et de sa tribu. Et comme l’a si bien dit Mohamed, le T’heydine a permis l’adoption d’une sorte de «précis» du bon comportement pour le guerrier qui avait besoin de tempérer sa force guerrière et de modérer son monopole de la violence. C’est grâce à T’heydine que l’échelle des valeurs a été fixée et qu’elle a été respectée. C’est donc grâce à cela que le plus fort devait rester humble, courageux, digne, attentif aux plaintes du plus faible, peu porté sur les biens d’ici-bas, ne craignant que la colère du Tout-Puissant… tout ce qui nous est décrit dans le T’heydine.
La particularité de ce genre, c’est qu’il est «dit» pour valoriser certains comportements guerriers dont certes le courage, la témérité, l’adresse, mais aussi la droiture, la bonne connaissance des textes fondateurs de la Loi et de la Morale islamiques, l’équité, la prévenance, l’humilité… Il oblige donc au respect de ces normes comportementales.
La langue utilisée est «vieille». C’est-à-dire qu’elle relève du Hassaniya originel qui est très proche de l’Arabe ancien. On peut déclamer une T’heydina que personne aujourd’hui ne comprend entièrement. Cette langue très recherchée indique une grande maitrise chez les auteurs, mais aussi les auditeurs qui savent apprécier. C’est ce qui renforce le côté savant de cette culture populaire qu’est la poésie dialectale Hassaniya et la musique qui l’accompagne.
Dernière remarque fondamentale, c’est l’universalité de la langue utilisée et des valeurs promues. Que nous soyons au Hodh, au Tagant, dans l’Adrar, le Gorgol, le Brakna ou le Trarza, chez les Idaw’ish ou chez les Awlad M’Bareck, chez les Awlad ‘Ammoni ou chez les Awlad Ahmed Ben Demane, chez les Awlad Abdalla ou les Awlad Nacer… partout, ce sont les mêmes valeurs qui sont célébrées, la même terminologie, les mêmes figures rhétoriques qui sont utilisées par de prodigieux griots ont porté notre culture au firmament.
Seddoum Wul N’diartou, Wul Manu, Ghardhou… des noms qui ont été les plus grands et qui ont laissé les plus belles œuvres. De vrais créateurs, de vrais génies de leurs temps.
Le T’heydine est désormais classé «patrimoine de l’Humanité». Ou comme le dit Mohamed Ould Ahmed Ould Meidah : «le jeune homme du Mozambique est aussi propriétaire que moi de ce patrimoine…». Heureusement pour nous qu’il y a encore des gens qui vont préserver pour nous ce pan de nous-mêmes que nous avons délaissé. 

samedi 9 mars 2013

Là où renaît l’espoir


Chaque fois que je suis à Néma, la première réflexion qui me venait à l’esprit était de me dire que c’est ici que se perd l’Espoir. Je m’imagine le voyage de cette route pompeusement appelée «Route de l’Espoir» et qui quitte Nouakchott pour mourir, 1200 kilomètres environ plus loin, quelque part dans ce cul-de-sac que constituent les arêtes du D’har. Ici la rocaille donne cette couleur noire à la poussière qui s’élève pour un oui ou pour un non, chaque fois que vous toussez ou que votre voisin le fait, un courant d’air se forme, un vent se lève. Il chauffe immédiatement, (re)chauffe en frappant sur les falaises rocheuses des plateaux environnants, vous revient plus chaud, vous (re)grille la peau, réabsorbe ce qui reste de fraicheur et d’humidité et repart vers les contreforts pour prendre un nouveau coup de chaleur et revenir toujours plus chaud… Un cycle infernal qui commence déjà en ces jours de tiviski, le printemps local finissant.
A onze heures, les habitants sont déjà terrés chez eux. Le soleil n’a jamais été aussi Roi de toutes saisons, pas seulement des étés. Très rares ceux qui ont le courage de sortir. Pas de bruit. Quelques voitures qui passent allant d’une administration à l’autre (la plupart des véhicules appartiennent à l’administration ou à des notables ayant l’essentiel de leurs relations avec elle)…
En ce samedi, Néma connait une forte activité. C’est que la cérémonie de clôture de l’exercice multinational Flintlock se prépare. Des ministres et les chefs de corps ont fait le déplacement (voir le reportage consacré à la question dans le journal La Tribune). Des dizaines de militaires venus de 18 pays dont la Mauritanie. Beaucoup d’Américains, de canadiens, de Sénégalais, d’Espagnols, des Algériens, des Marocains, des Tunisiens… une ambiance exceptionnel. La veille, soldats et sous-officiers ont célébré dans la joie le moment de se dire adieu. Aujourd’hui, c’est aux officiels du commandement de tirer les conclusions.
Un moment de fraternité où les frontières disparaissent et où les émotions sont les plus fortes. La ville elle vit à la marge des évènements.
Le soleil écrase toute velléité d’épanouissement. La saison n’est pas celle du faste bonheur. On n’est certes pas encore à la saison sèche synonyme de disettes et de tristesses, mais elle s’annonce rude et inquiète par ses effets qu’on imagine déjà.
Nous sommes finalement comparables à ces coléoptères qui emplissent les nuits de leurs pleurs tragiques et à qui l’on prête la crainte des chaleurs des lendemains. Ils ne pleurent pas aujourd’hui, ni ce qu’ils ont perdu hier, mais ce qu’ils attendent pour le lendemain…
Pourtant la Route de l’Espoir ne finit plus en queue de poisson. L’extension du réseau routier dans la ville de Néma quadrille désormais les quartiers qu’elle a permis de désenclaver. Revalorisant du même coup les terrains d’habitation et encourageant leurs propriétaires à investir plus et mieux. Il y a plus de maisons «bien construites», plus de boutiques bien achalandées, des épiceries qui prennent l’allure de celles de Nouakchott, les rues sont plus éclairées la nuit, plus animées aussi… Le «goudron» ne meurt plus au milieu de nulle part, mais continue pour serpenter la montée de la falaise qui mène à «El behga», la tâche blanche au milieu d’un paysage tout de noir vêtu. Il tourne dans la ville pour rejoindre la Route de l’Espoir qui, du coup, n’est plus cette route qui passait par là et qui finissait là, mais une route qui continue pour mener dans l’un des quartiers, là où vous allez probablement… Avec un rien l’Espoir renait.

vendredi 8 mars 2013

Aminetou ma sœur, ne vois-tu rien venir ?


Les années se suivent et avec elles les commémorations des ces journées, chacune dédiée à une cause qui ne semble jamais gagnée. C’est ici et maintenant la journée «internationale» de la femme. Cette journée est au moins l’occasion de méditer et d’évaluer le parcours des femmes, ne serait-ce que le temps d’une journée. Quid de la femme mauritanienne ?
Deux états s’offrent à nous. Le premier nous dit que la scolarisation est légèrement supérieure dans les rangs des filles que chez les garçons. Que les réformes politiques et institutionnelles permettent désormais d’assurer une représentation «acceptable» (en attendant mieux) des femmes dans l’Appareil politique, notamment le domaine électif. Qu’on a eu un gouvernement où l’on comptait six femmes dont certaines dans des postes-clés comme les affaires étrangères (le premier pays arabe et musulman à le faire), la fonction publique, la culture… Que nous avons désormais des femmes «Ambassadrices» dont l’une est encore en fonction et pas n’importe où, à Bruxelles, chez les amis européens. Que les pelleteuses, gros engins qui travaillent dans les mines du Nord, sont conduites par des femmes. Que l’Armée, la Police, la Gendarmerie, la Garde… comptent désormais des femmes dans leurs rangs. Que la femme qui a des complications quand il s’agit de donner naissance à un bébé à Adel Bagrou, à Toufondé Civé ou à Kermodii peut toujours être sauvée dans l’un des centres proches où une césarienne peut être réalisée…
Mais on peut se dire aussi qu’on est loin de réaliser ce fameux objectif d’un monde «où chaque grossesse est désirée» et où «chaque accouchement est sans danger». Nous en sommes encore loin, très loin. Les filles sont toujours «offertes» en mariage à des cousins, de riches «gentilshommes», de vieux «sages» ou «shaykhs» qui pourraient être leurs grand-pères. Qu’elles sont offertes alors qu’elles sont en âge encore d’aller à l’école (moins de 12 ans). Qu’elles se retrouvent enceintes alors qu’elles n’ont aucune expérience de la vie. Qu’il y a plus de divorcées qu’avant parce que l’homme n’a aucun mal à pratiquer la polygamie dans le temps et dans l’espace. Que la culture dominante aujourd’hui est celle qui veut «garder» la femme au foyer. Que les prêches s’attaquent plus aux femmes aujourd’hui qu’avant. Que les qualités (et qualifications) des femmes ne sont pas reconnues universellement. Que le mépris caractérise encore la perception dominante…
Et rappeler enfin que la situation actuelle de la femme est un net progrès par rapport à l’institutionnalisation de certains acquis, qu’elle constitue une régression en comparaison avec ce que la société traditionnelle offrait et en rapport avec ce qui peut être.
La place qu’occupe la femme est centrale dans la société. Elle est le gestionnaire des biens de la famille, parce qu’elle est la maitresse sous la tente ou la case. Elle est l’honneur de la famille, c’est pourquoi nos filles portent des prénoms qui évoquent la grandeur, la dignité et l’honneur (Ezza, Karama, Charifa…). Elle est l’image que reflète le groupe à l’extérieur, une image que chacun a le devoir de respecter, de soigner et de laisser passer devant…
Cela se traduit dans notre société d’aujourd’hui par sa présence dans le secteur commercial, dans son autorité à l’intérieur du foyer, dans son paraitre parfois exagérément «soigné»… Cette place se traduit aussi par une forte présence dans les batailles politiques. Une campagne électorale est d’abord un fait féminin. Une manifestation de contestation compte toujours plus de femmes que d’hommes (regarder les rues de Nouakchott). Les femmes sont sans aucun doute, meilleures chefs d’entreprises, leaders plus efficients, gestionnaires plus rigoureux… que leurs frères les hommes. Elles sont beaucoup moins corrompues (voir la situation des comptables). Elles sont moins portées sur l’exercice de l’arbitraire…
Il y a ceux qui luttent contre la mixité dans les espaces publics (écoles, réunions, rencontres…), ceux qui demandent à «réprimer la tendance naturelle des femmes à être tentées par le Mal», ceux qui veulent instituer la polygamie, ceux qui imposent un point de vue rétrograde aux femmes… Mais il y a aussi ceux qui croient que l’évolution sociale, toute évolution sociale, commence par l’émancipation de la femme mauritanienne qui est le seul front qui décidera du vrai changement dans ce pays.

jeudi 7 mars 2013

La «kharja» de Noël Mamère


On savait que cela allait finir en «pschitt». Parce qu’en tenant les propos qui furent les siens, le député des Verts, Noël Mamère, faisait une confusion énorme sur la relation que le Président Ould Abdel Aziz entretiendrait avec le trafic de drogue. On sait que le coup d’Etat qui a renversé Ould Taya en août 2005, et dont Ould Abdel Aziz est l’artisan principal, que ce coup mettait fin à des années de «bonne intelligence» avec le monde des trafics et du blanchiment d’argent. D’ailleurs, c’est seulement à partir de ce moment que les plus grosses prises ont été enregistrées. L’une des explications était que l’avènement de nouveaux responsables à la sécurité (Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani) avait mis fin à la protection dont les trafiquants jouissaient à l’époque. Il est injuste de vouloir lui collet une quelconque relation avec ce trafic-là. C’est pour cela qu’il fallait s’attendre à une forte réaction de la part de la Mauritanie qui est ainsi insultée. La plainte fut déposée devant les juridictions parisiennes et le député a rendu public un communiqué où il essaye de relativiser ses propos. Jugez-en vous-même :

«Suite à divers contacts et échanges avec des amis et camarades militants-y compris mauritaniens- je découvre que j'aurais accordé bien plus d'interviews et tenu plus de propos que je ne dois et peux pas avoir tenus au sujet du malheureux malentendu qui me vaut le courroux du président mauritanien. Il ressort de tous ces échanges que ma parole libre et spontanée est abusivement instrumentalisée dans une série de manipulations économico-politiques et tribales qui déstabilisent déjà un pays et un peuple que je respecte dans une région accumulant des crises tragiques qui n'épargnent pas mon propre pays. En effet, la France est engagée militairement au Mali et je compte nombre de compatriotes otages dans cette région où la chronique de leurs éventuelles survie et libération passent aussi par la collaboration active des autorités de Nouakchott.
A tous ces titres, je tiens à préciser que mon propos télévisuel – tenu lors de l'émission «28 minutes» du 21 janvier 2013 traitant de la situation malienne - n'avait pas vocation à stigmatiser le président mauritanien dans sa personne ni lui faire porter la responsabilité des trafics de drogue ou d'influences qui gangrènent la Françafrique au sens plus large.
Autrement dit, je ne veux pas être instrumentalisé : lors de mon intervention surArte, j'ai évoqué le président mauritanien, sans doute, abusivement. Comme j'aurais pu dire «tchadien», «malien» ou «algérien»...etc. Tant je ne visais pas l'homme lui-même mais plutôt les dysfonctionnements des appareils judiciaires - y compris chez nous en Europe - qui laissent parfois échapper de gros poissons mafieux comme cet autre homme dont j'ai parlé lors de mon intervention. C'est dire que, malheureusement, l'épithète géographique peut se décliner sur tout un continent.
L'intérêt de mon propos était surtout d'attirer l'attention de l'opinion publique française sur les enjeux et risques de notre intervention en territoire étranger dont le moindre n'est pas la capacité des djihadistes terroristes à trouver refuge dans les états voisins trop longtemps abandonnés à la dictature et au sous-développement.»
Noël Mamère
Député-Maire de Bègles

mercredi 6 mars 2013

Hugo, ceux qui te survivent te saluent


«Hugo Chavez n’a jamais été pour moi un ennemi, mais un adversaire que j’ai respecté et que je regrette…» Ce sont à peu près les mots que je retiens de ce que l’opposant vénézuélien Henrique Capriles a dit à la suite de la mort du Président Hugo Chavez. Un discours émouvant par lequel l’opposant a appelé à l’unité de son pays et à la vigilance de son peuple. Comme il a reconnu les qualités de l’homme. «Le moment n’est pas à souligner ce qui nous divise», a-t-il dit. «Aujourd’hui, il y a des milliers, peut-être des millions, de Vénézuéliens qui se demandent ce qui va se passer, qui ressentent même de la peur (…). N’ayez pas peur. Ne soyez pas angoissés. Entre nous tous, nous allons garantir la paix que mérite ce pays bien-aimé».
De quoi nous attrister sur notre sort, nous autres gens de ce pays, nous autres qui n’avons de cesse de chercher à créer l’angoisse là où elle ne peut se justifier, de la faire régner comme un facteur de déstabilisation. Combien nous pouvons envier le Venezuela pour une telle conscience de l’intérêt supérieur au sein de la classe politique… Mais revenons à Chavez, Hugo Chavez.
Il est arrivé au pouvoir au terme d’une élection populaire en 1998, à 44 ans (il est né en juillet 1954). En 1977, il notait dans son journal intime : «Je dois me préparer pour agir… Mon peuple est passif… Les conditions ne sont pas réunies. Pourquoi ne pas les créer». C’est par son frère, membre du parti révolutionnaire vénézuélien, qu’il a fait ses premiers pas dans la politique en se choisissant comme modèles le général Velasquez au Pérou et Trujillo au Panama. Mais son inspirateur reste Simon Bolivar, l’éternel héros et emblème des révolutions latino-américaines.
En 1983, il crée un mouvement au sein de l’Armée qu’il appelle «le mouvement bolivarien révolutionnaire 200» (MBR 200) qui finit par fomenter un coup d’Etat le 4 février 1992. Il échoue et se rend. Une tactique qui va le lancer sur la voie de la réalisation de son projet politique révolutionnaire. Dans on message de reddition, il déclare notamment : «Compagnons, lamentablement, pour le moment, les objectifs que nous nous étions fixés n’ont pas pu être atteints dans la capitale». Deux ans de prison.
Libre après la destitution du président Perez, Hugo Chavez va à la conquête du pays profond. Deux ans durant, il sillonnera le Venezuela dans une camionnette, avant de s’installer à Caracas, la capitale et de se verser dans la politique. Le discours devient populaire avec ses relents révolutionnaires et ses promesses de mettre fin au régime de la corruption et d’exploiter les richesses du pays au service de son peuple. Le ton de l’engagement est sincère et la désaffection du politique est grande. Il gagne l’élection de 1998 avec 56% et entre au Palais Miraflores le 2 février 1999. L’occasion pour lui de jurer sur «la Constitution moribonde qu’il impulsera les changements démocratiques nécessaires». Il entame une série de réformes institutionnelles et économiques qui lui permettent d’asseoir l’image de «l’homme du peuple opprimé», du «résistant à la cupidité du capital» et du «héros libérateur face à l’hégémonie des Etats-Unis». Ce qui lui vaut les surnoms de «El libertador», «El Commandante»… Et quand il est victime d’un coup d’Etat organisé par la bourgeoisie de son pays appuyé par les Américains, c’est son peuple qui se soulève et le libère pour le remettre au pouvoir.
Pour nous autres Arabes et Africains, il restera celui qui a défendu nos causes et qui a été à l’écoute de nos souffrances. Hugo Chavez est pour cela un héros bien de chez nous, nous qui en manquons affreusement en ces temps de reflux.

mardi 5 mars 2013

La guerre continue


L’émir de la Katiba Tarek Ibn Zeyad, Abdel Hamid Abu Zeyd est bien mort. Vraisemblablement dans un raid aérien de l’Armée française. Mais c’est le Tchad qui a eu droit à crier victoire, une façon pour ce pays de compenser les lourdes pertes au sein de ses effectifs. C’est cette explication qui est retenue officieusement. Et si c’était autre chose ? Et si les avions français avaient bombardé «une colonne de terroristes» ignorant qu’il n’y avait pas que les combattants de AQMI ? Il n’y aurait pas d’autre choix pour eux que laisser passer le temps et se répandre le doute sur les conditions de destruction de la colonne.
Qu’en est-il de Belawar ? On fait circuler une photo qui serait celle de l’émir de la Katiba «El Moulathamoune» devenue «les signataires par le sang». Un guide de l’Armée tchadienne aurait formellement reconnu le corps de Belawar. Mais tout concourt à ne pas croire à sa mort.
D’abord, il s’agit d’un Emir qui plus est trafiquant notoire et peu porté sur les combats et le sacrifice de sa vie. Abu Zeyd est le chef d’une unité combattante et a dirigé quelques batailles dont celle de Djabali qui lui a permis d’occuper cette ville alors que l’Armée française était déjà passée à l’action. La seule bataille que Belawar a dirigé jusqu’au bout, est celle de Lemghayti en juin 2005. Il a par contre des hommes qui sont prêts à mourir pour lui et qui le protègent. Ses relations, tissées pendant de longues années de trafics de tous genres aux frontières des pays du champ, lui permettent de se mouvoir sans être forcément répéré par les armées officielles.
L’intervention française a coûté cher aux Jihadistes qui ont perdu des centaines d’hommes et une grande partie de leur matériel de guerre amassé ces dernières années. C’est ce qui explique les déchirements que le mouvement Ançar Eddine vit depuis la forte réaction française et africaine qui fait suite à l’offensive lancée vers le sud par le mouvement et ses alliés jihadistes, offensive qui a pris la forme d’une provocation de la communauté internationale.
Rappelons que la Katiba «Tarik Ibn Zeyad» est responsable de l’attaque de Tourine le 15 septembre 2008. En plein ramadan, la brigade de Abu Zeyd tue, décapite et mine les corps de 12 Mauritaniens en plein territoire mauritanien. C’est son groupe qui a enlevé les deux Italiens en décembre 2009.
L’assassinat des Français à Aleg, l’enlèvement des Espagnols, les projets d’attentats à Nouakchott, celle d’établissement à Wagadu, l’attaque de Lemghayti… sont le fait de la Katiba de Belawar. L’attaque de Bassiknou, en 2011, est le résultat d’un regroupement de toutes les forces de AQMI sous le commandement de Nabil Makhloufi, avec la participation directe de Abul Hamam, celui qui allait devenir l’Emir du Sahara, et d’éléments envoyés par Abu Zeyd et Belawar.
Ce ne sont pas des enfants de chœur, mais ils savent se replier devant les contre-attaques quand elles sont efficaces et déterminées. Ce fut le cas des campagnes de l’Armée mauritanienne en 2010 et 2011. Depuis, la peur a changé de camp.
Quoi qu’il en soit, la guerre continue avec moins de risques de dommages collatéraux car les Jihadistes se sont réfugiés dans des zones reculées et inhabitées. L’un des plus grands risques pour la France et ses alliés, c’est de laisser l’Armée malienne sévir contre les populations. A ce moment, l’hostilité des populations locales sera tel qu’il sera difficile de se préserver des attaques fulgurantes des groupes armés.
Il va falloir aussi trouver un rôle pour les pays du champ – Algérie, Mauritanie et Niger – afin de les obliger à s’impliquer d’avantage pour garantir la stabilisation et la sécurisation de la zone sahélo-saharienne.