mercredi 20 février 2013

Objectif : zéro gazra

C’est l’objectif fixé par le Président de la République à un comité interministériel mercredi dernier. Il faut arriver, au plus tard le 31 mai prochain, à une situation où le phénomène gazra n’existe plus. Ce deadline arrive quelques jours seulement après la nomination de Ba Yaha au poste de ministre de l’urbanisme en remplacement de Ismaël Ould Bodde. Il intervient aussi à un an environ de la fin du mandat présidentiel qui prend fin en juillet 2014.
Le phénomène de la gazra est un phénomène urbain né au début des années 80, même si l’on peut considérer que depuis le temps de «hellet sharwita» (le premier bidonville de Nouakchott en tentes de tissus d’où le nom) dans les années 70, les centres urbains ont toujours connu une situation de laisser-aller qui a donné cet accroissement exponentiel des villes. Dans l’anarchie la plus totale, créant de nouvelles problématiques urbaines dont la moindre est sans doute l’absence d’infrastructures et de plans d’urbanisation.
Au début des années 80, le phénomène prend une ampleur nouvelle et surtout un nom : la gazra. Un mot qui recouvre le sens du squat en plus du refus déclaré de se soumettre à une quelconque règle. Pour nombre d’observateurs, c’est ici qu’il faut peut-être situer le premier relâchement de l’autorité publique qui va s’effondrer devant la volonté populaire.
On ne parle plus de «kebba», mot qui a désigné les bidonvilles construits en général en baraques en bois ou en tôles dans les périphéries de Nouakchott. «Kebbas» signifie par altération de langage «poubelles». Ces regroupements se sont construits à la suite d’une action publique visant à dégager le côté hideux de la capitale, puis des grandes villes de l’intérieur. Des habitants pauvres pour la plupart, sans revenus fixes et surtout n’ayant pas accès à la propriété.
La gazra a d’abord désigné un habitat volontairement construit parfois pour assurer à son propriétaire une résidence secondaire loin du tintamarre de la ville. Comme les premières gazras ont fini par provoquer l’établissement de grands quartiers (Arafat, Carrefour, Toujounine, Bouhdida, Aïn Talh, Dar Naim…), les pouvoirs publics ont été obligés d’organiser des lotissements chaque dix ans. Mais la corruption de l’appareil administratif, le favoritisme régnant et l’interventionnisme ont fait que ce sont toujours les plus riches, les plus forts, les plus introduits qui en ont bénéficié. Si bien qu’il existe aujourd’hui des générations de Mauritaniens qui sont nés, qui ont grandi et qui se sont «construits» dans ces univers glauques où la promiscuité pourrit les êtres.
Dans ses discours de campagne et dans ses envolées contre les régimes précédents, le Président Ould Abdel Aziz a toujours pris l’exemple de la gazra pour fustiger l’incapacité des pouvoirs publics à répondre aux besoins du citoyen. Il avait donc promis, dans l’une de ses premières visites de terrain à Hay Essakin, l’un des hauts lieux du phénomène à Nouakchott, de mettre fin à toutes les gazras de Mauritanie.
La situation a été maitrisée à Nouadhibou où il ne subsiste plus d’habitat lié à la gazra depuis que tous les habitants des anciens bidonvilles ont été pourvus de lots grâce à l’extension de la ville.
A Nouakchott par contre, même si des efforts énormes ont été faits, la situation avance moins vite. Il faut cependant louer les réalisations tels ces quartiers qui poussent dans la périphérie de Nouakchott et qui ont tout de quartiers modernes : électricité, eau, routes, parcs et espaces… Il est à noter que chaque fois qu’un lotissement est réalisé, les immeubles commencent à émerger. Comme quoi ce n’est pas la pauvreté qui forçait ces gens à habiter dans les conditions précaires de la gazra, mais le fait de ne pas avoir accès à la propriété. C’est justement l’accès à la propriété qui a été privilégié dans l’opération au lieu de construire des ensembles comme la SOCOGIM, SOCIM…
Seulement, la décision des autorités a attiré l’arrivée massive de populations de l’intérieur dans l’espoir d’avoir un lot qui pourra être marchandé après. Même si des mesures ont été prises pour éviter les abus, il n’y a que l’état civil qui peut mettre fin définitivement au trafic qui se fait autour.

mardi 19 février 2013

Régressions dangereuses


C’est pendant une réunion de parents d’élèves, hier lundi. Une première dame prend la parole pour demander à l’administration de l’école de tout faire pour «redresser» les enfants, surtout les coiffures avec des chignons, des «crêtes» pour imiter telle ou telle star du ballon… «C’est dangereux pour notre culture si nos enfants commencent à copier les autres…»
C’est autour d’un monsieur de parler. Il rejoint la dame dans la nécessité d’une discipline de fer. «Surtout pour les filles qui ont besoin d’être surveillées de près. Nous demandons de maintenir la séparation…». Une autre dame lui emboite le pas pour dire qu’elle est éducatrice, directrice même d’établissement. Son soucis elle, c’est d’obliger les enfants à se «comporter correctement». Il faut «tuer chez les filles toute volonté d’être ce qu’elles sont naturellement» (neke’mou dhaak illi tabi’i viihum). Un autre : «Il faut faire de cette école un haut lieu islamique où filles et garçons sont habillés selon les préceptes de la Sainte religion, où il est interdit d’utiliser le khôl, de se mettre en valeur pour les filles, pour les garçons de se coiffer comme les joueurs de ballon…»
Ils étaient tous des cadres, enseignant, journaliste, médecin… Tous ceux qui ont parlé pour tenir un discours aussi rétrograde avaient moins de 55 ans, deux d’entre eux avaient à peine 40 ans.
Tout ce qu’ils disaient exprimait deux états tout aussi dangereux l’un que l’autre. Le premier nous éclaire sur les véritables raisons qui poussent certains parents à envoyer leurs enfants à l’école. En fait, c’est juste pour les occuper et essayer de trouver cette autorité qu’ils n’ont pas pu leur imposer eux-mêmes. Parce que durant l’heure de discussions, aucun père (ou mère) n’a soulevé un problème pédagogique, rien que l’exigence de discipline pour «redresser» le comportement des enfants.
Le deuxième éclairage concerne l’état d’esprit de nos concitoyens qui ont connu une régression (au sens de la psychanalyse) formidable. L’obscurantisme ambiant a eu raison de l’évolution et du modernisme de la société. Qui faisait qu’on percevait l’école comme un lieu d’ouverture et d’acquisition de connaissances nouvelles, donc d’accomplissement. Permettant aux futures générations de se construire selon les besoins du moment.
Ce qu’il reste à espérer, c’est bien un conflit de génération qui amènerait à une rupture avec cette chape de plomb que la pensée obscurantiste essaye d’étaler sur la société pour la domestiquer et l’empêcher d’avoir les ressorts nécessaires à l’intelligence pour avancer sur la voie de la Modernité. La seule qui vaille.

lundi 18 février 2013

La France moralement responsable


Des exactions, il y en a eu depuis la reconquête du Nord Mali par les forces françaises avec lesquelles ce qui reste de l’Armée malienne joue le rôle de supplétifs. Un peu les tirailleurs de la conquête coloniale, connus pour leur cruauté envers les populations des contrées conquises. Sauf qu’ici, les militaires maliens ne doivent pas oublier qu’il s’agit de leurs populations, de leur pays, de sa cohésion, de sa survie…
Des Touaregs, des Arabes, des Songhaïs, des Peulhs… aujourd’hui, hier… à Tombouctou, Gao, Konna, Djiabali… toujours le même scénario : les Français attaquent, les groupes armés s’enfuient, les éléments de l’Armée malienne entrent pour donner l’impression qu’il s’agit bien d’une opération de reconquête totalement réalisée par elle, et puis… des hommes disparaissent, d’autres sont exécutés, d’autres molestés et dépossédés de leurs biens… Les Français regardent ailleurs. Ils refusent de laisser passer des images de cette guerre qui commence d’ailleurs à déranger par l’absence d’images…
Combien de temps pour panser les plaies ? combien de temps pour oublier ? Après les survivants de la rébellion des années 60, ceux qui se sont révoltés dans les années 90 pour venger les massacres des années noires, et ceux qui les ont suivi sous prétexte de vouloir venger les exactions des années 90, après tous ces épisodes, qu’est-ce qui garantira que de nouvelles générations d’orphelins, de survivants à l’inquisition d’aujourd’hui, ne se rebellent pas dans dix, vingt ans ?
La France est moralement responsable de tout ce qui peut advenir – et qui advient déjà – aux populations du Nord malien, aux Mauritaniens qui sont pris pour cible pour le seul motif de ressembler à ces populations. Et avec elle l’Union Européenne et toute la communauté internationale dont elle voudrait incarner la volonté.

dimanche 17 février 2013

Ould Wedady, grandeur nature


Cheikh Sidi Abdallah, le présentateur vedette de TVM, l’intellectuel aussi, recevait hier soir Mohamed Mahmoud Ould Wedady dans son émission «Espace culturel». Une première partie sans doute d’une longue série car la vie de l’homme semble raconter le long cheminement d’une Mauritanie qui a – trop vite – changé.
L’ancien journaliste se raconte comme un récit. Avec humilité et précision. Il part d’une Mauritanie, lui l’enfant unique d’une noble famille du Tagant, de la prestigieuse tribu Kounta, pour se retrouver sur le chemin de l’exode… ce n’était pas cet exode que provoque la peur ou la misère. Mais celui que provoque la faim de savoir. La soif des savoirs. De ceux de l’époque : les sciences religieuses, la langue Arabe, la philosophie à travers la rhétorique…
En 1957, il arrive à Boutilimitt, la première «ville» qu’il voit et dans laquelle il va vivre et étudier. Il raconte son voyage, notamment son passage chez Lemhaba Ould Taleb Imigine, un grand érudit de l’époque, une des lumières de l’espace saharien dont la tombe est aujourd’hui vénérée dans le cimetière de N’Dar (Saint-Louis du Sénégal).
Au gré des compagnies les moins attendues, Ould Wedady accompagné de son cousin vient dans la cité qui prend déjà l’allure d’un centre culturel moderne. Avec son Institut des sciences religieuses, le premier établissement de Mauritanie à dispenser un enseignement en Arabe.
Il nous informe qu’il n’y avait pas que des Mauritaniens. D’ailleurs, quand on l’installe dans le carré des siens, il refuse. «Nous cherchions l’ouverture, un autre monde. C’est pourquoi nous avons préféré aller habiter dans l’espace commun à tous les étudiants». La cantine, les enseignants qui restent d’illustres noms comme les Addoud, les Cheikh Sidiya, les Daddah… et bien sûr celui qui le marquera le plus, Mokhtar Ould Hamidoune, le Ibn Khaldoune de notre espace.
Mais c’est quand il raconte le voyage à Dakar par Rosso et Saint-Louis, que Ould Wedady se permet d’aller au-delà du témoignage, au-delà du récit descriptif pour nous expliquer comment, avec la simple introduction d’un concours supervisé par un Français d’origine afghane, le savoir est devenu une source de revenu.
Nous sommes à la fin des années 50 et pour trouver le moyen d’insérer les centaines d’érudits sortants des Mahadras et en même temps moderniser l’enseignement dans la colonie, l’administration avait fait venir un inspecteur de la langue Arabe du nom de Akkary. Il décide de l’organisation d’un examen qui fait passer une sorte de capacité (ou habilitation) à l’enseignement dans les écoles modernes. Les sujets sont souvent des textes de la Nahda, cette époque de renaissance culturelle arabe du 19ème siècle en marge de laquelle la Mauritanie s’est tranquillement tenue.
Ould Wedady explique comment les générations de l’époque avaient dû récupérer le retard grâce notamment aux écrits et surtout au contact avec les syro-libanais vivant dans la colonie du Sénégal. Il n’est pas le seul à nous rappeler que le premier contact avec l’origine fut celui établi avec la diaspora du Sham (Syriens, Libanais, Palestiniens…).
Le futur journaliste avait déjà une grande soif de l’Autre. Ce qui le prédispose à l’ouverture d’esprit qui lui permet de ne pas souffrir l’exil et l’inadaptation. Ce qui lui donne cet air de pureté qui n’est que l’expression d’un intérieur foncièrement généreux et bon. Cet air qui a auréolé les plus de 50 ans de notre univers et qu’on appelait «el waqaar», une sorte de prestance qui est mélange de dignité et d’humilité. Un air qui disparait aujourd’hui que les parcours sont plus compromettant, plus salissant. L’ancien ministre de l’information est passé par le chemin le plus droit pour aller de la tradition, avec ses profonds ancrages, à la modernité, avec ses grandes ouvertures.
Il est tellement rare de voir des hommes pareils en ces temps nauséabonds que ce passage ne pouvait être ignoré. Dont acte.

samedi 16 février 2013

Les desseins de AQMI


Le Daily Telegraph a rendu public un document qui serait une lettre adressée par Abdel Melik Droudkal alias Abu Mous’ab Abdel Wedoud, chef de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), une lettre adressée aux chefs des Katibas opérant dans le Nord du Mali. Elle est datée du 18 mars 2012 et a été découverte dans les ruines d’un immeuble de Tombouctou où les journalistes avaient le temps (et le droit) de fouiner.
On est déjà en pleine action de rébellion dans la région. Touaregs du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad) et ceux de Ançar Eddine avaient déjà entamé la prise des grandes villes du Nord, ensembles ou pas. La lettre de 9 pages dactylographiées, est un peu le compte-rendu de la 33ème session du Conseil de la Shura de AQMI. Il s’agit d’un précis visant à cadrer l’action des organisations jihadistes dans le tumulte qui va suivre. Le précis découle de «la nécessité d’établir un plan pour commander et contrôler le Jihad» dans la région.
Le principe, selon le journal britannique, est de couvrir ses desseins en laissant faire d’autres groupes dont l’engagement «islamiste» est moins prononcé. Quitte à reprendre les choses en main plus tard.
Le chef suprême de AQMI recommande la prudence et le sens de la mesure. «Nous devons prendre en compte l'environnement local qui rejette un islam trop rigoureux». Avant de critiquer l’application stricte de la Chari’a dans un environnement hostile et la destruction des mausolées. Il critique aussi la guerre qui couvait entre Ançar Eddine et le MNLA, intimant à ses partisans l’ordre de privilégier la coordination des actions avec les groupes locaux pour permettre une meilleure insertion sociale des combattants et une plus grande prise en charge de leurs revendications par les populations.
«Il nous faut, écrit-il, planter juste quelques graines dans un sol fertile qui, grâce à des engrais, deviendront un arbre stable et vigoureux». Termes sibyllins pour définir une stratégie mise en œuvre sans fracas. «Mieux vaut apparaitre comme un mouvement local avec ses propres causes et ses préoccupations. Nous n’avons aucune raison de mettre en avant notre projet jihadiste et expansionniste». Une approche bien huilée chez les groupes nourris par les idéologies extrémistes, obscurantistes et totalitaires.
La précipitation des combattants sur le terrain et les agendas des différents intervenants (France, CEDEAO, Burkina, Union européenne, pays du champ…) auront eu raison de cette stratégie qui visait à stabiliser l’occupation par AQMI du Nord malien. Exactions, provocations, volonté d’aller plus loin vers le sud…, les jeunes du MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) et ceux de Ançar Eddine n’ont pas attendu et ont préféré créer le chao dans la région.
La première phase de la guerre, celle qui consiste à libérer les villes du Nord, se termine. Avec autant de rapidité qu’elles avaient été prises par les groupes jihadistes, elles leur sont reprises. La deuxième phase commence. Elle est surtout une guerre de renseignements et de frappes ciblées. Dans cette phase, le plus gros risque reste celui des bavures qui entrainera fatalement le retournement de l’opinion contre les forces déployées à l’occasion.
Ce ne sera pas un Afghanistan, dans la mesure où nous n’avons pas un pays qui pourrait jouer le rôle du Pakistan dans la région. Dans la mesure aussi où le terrain, même les montagnes de l’Adrar des Ifoghas, reste un terrain connu dont toutes les passes sont répertoriées et toutes les caches facilement détectables.
Reste à savoir si l’Etat malien pourra renaitre de l’épreuve et si la population et l’Armée auront assez de ressources pour éviter les représailles qui contribueront nécessairement à renforcer la fracture entre le Nord et le Sud. 

vendredi 15 février 2013

Léger remaniement


Enfin ! va-t-on s’exclamer. Tellement, rien ne se passait de ce côté-là. Enfin, un remaniement, on ne va pas dire un réaménagement du gouvernement parce que nous savons peu de ce qui a causé le limogeage de Ismael Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya (il faut aller jusqu’au bout de la filiation) et Ba Housseinou. Le premier était ministre de l’habitat et de l’urbanisme, le second celui de la santé.
Ould Cheikh Sidiya est un centralien dont la nomination répondait à deux impératifs : le débauchage dans les rangs du Rassemblement des forces démocratiques et la parentèle immédiate de son président Ahmed Ould Daddah, et son expérience relative dans le projet de reconstruction de Tintane. On avait salué cette nomination qui satisfaisait le souci du dosage politique intéressant pour l’autorité, et celui de la compétence qui importait aux administrés. Il aura été l’homme du «tarhil», celui de la création de nouvelles agglomérations et celui de la restructuration des gazras et autres habitats anarchiques. Son action est très controversée, même si au fond il a réussi à changer la physionomie des grandes villes du pays (Nouakchott et Nouadhibou). Peut-être pour cela qu’on l’attend rapidement ailleurs, probablement à la tête du projet «Nouadhibou, zone franche».
Ba Housseinou, lui, a été nommé à la santé après un passage à l’environnement. Homme dont la compétence est reconnue par tous, il reste suspecté de toujours vouloir tremper dans le système D. Ce n’est certainement pas l’affaire de la vaccination qui a emporté deux enfants du côté de R’Kiz qui a provoqué son limogeage. Avant de quitter le ministère, il aura fait une victime : l’ancien secrétaire général, Sidi Aly Ould Sidi Boubacar qui aurait été «sacrifié» pour couvrir une malversation imputable à son patron.
Ould Cheikh Sidiya est remplacé par Ba Yahya, un cadre de la BCM qui a été l’un des rédacteurs des statuts et des textes de la Banque entre 2006 et 2009. Il a été nommé comme président de la Commission centrale des marchés qu’il a dirigée pendant quelques mois. Avant de rendre le tablier suite à une affaire jamais élucidée. Travailleur et discret, Ba Yahya reste une solution de rechange : on congédie un Ba pour en prendre un autre. Celui qui est promu a une assise sociale locale assez ancrée.
Ba Housseinou est remplacé à la santé par un jeune cadre du nom de Ahmedou Ould Jelvoune. Originaire de Timbédra du Hodh Echargui, Ould Jelvoune a travaillé un peu partout et sur tous les programmes. On lui reconnait volontiers une grande maitrise de ses dossiers et une personnalité assez développée pour l’amener à dire ce qu’il pense quand il le faut. Certains de ses compagnons se souviennent encore de ses clashs pendant la mise en œuvre du PSI (le programme d’urgence du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi).
Ces nominations, ajoutées à celles du Conseil des ministres de jeudi qui a vu notamment l’ancien Wali Mohamed Ould Didi nommé au poste de président de l’Autorité de régulation du transport, nous rappellent que nous sommes déjà à la veille d’échéances électorales importantes. Pour les préparer, il va falloir, au plus vite, redéployer alliances et jokers pour s’assurer la loyauté du plus grand nombre, surtout des «grands électeurs».
En attendant de faire clairement le lien et de voir la tendance se confirmer, ce léger remaniement répond concrètement aux différentes demandes quant à la désignation d’un gouvernement d’union nationale. Le remaniement nous dit que cette formule n’est pas à l’ordre du jour. A bon entendeur, salut !

jeudi 14 février 2013

La Saint-Valentin s’invite chez nous

C’est quand même surprenant de voir les Mauritaniens fêter cette fête qui vient d’ailleurs. Des radios privées ont même essayé de célébrer la «journée de l’amour» en invitant leurs auditeurs à être …de la fête. Avec notamment des déclarations d’amour enflammées. D’autres Mauritaniens se sont contentés d’occuper leur journée du 14 à l’internet, en animant les réseaux sociaux par le thème de l’amour.
J’ai entendu de nombreuses personnes dénoncer cette célébration au nom d’une douteuse «préservation de notre culture». Certains n’ont pas hésité à demander que des mesures coercitives soient prises à l’encontre des médias coupables. Une campagne a été lancée aux abords des mosquées. Je ne sais pas si elle a été développée à l’intérieur, mais très probablement. On se souvient que les souhaits de «bonne année» marquant le début de l’année ont plus irrité certains Imams que l’arbitraire exercé au quotidien dans nos rues et dans nos foyers. Toute expression de la joie est en fait un danger pour l’obscurantisme. Et c’est en cela que cette célébration de la Saint-Valentin m’a intéressée.
J’y ai vu un acte de résistance à la morosité ambiante. Celle qui tisse, depuis deux décennies, une toile dans nos esprits.
J’ai souvent rappelé ce que m’avait dit un ami, quelque peu déséquilibré par les aléas de la vie et auquel j’ai rendu visite alors qu’il était en traitement à l’hôpital psychiatrique : «Notre grand problème est le recul de la joie dans notre pays…».
Oui, la constipation ambiante a emporté toutes les expressions de bonheur et de plénitude. Avec elles, toutes les soifs d’être bien dans sa peau, de voir loin pour soi et pour son prochain, toutes les faims de meilleurs lendemains… Nous avons perdu espoir parce que nous ne savons plus rire, parce que nous ne cherchons plus à partager le bonheur de nous amuser, d’être gais.
Nous sommes dans un pays où faire une vanne, la plus élémentaire qui soit, où s’émerveiller devant une œuvre d’art prend l’allure d’un acte fondateur, un acte révolutionnaire. Les occasions de fête célébrées ressemblent à des actes de résistance. L’obscurantisme rampant nous obligeant depuis quelques décennies à contenir de ce qui peut faire le bonheur de l’homme : se gausser de sa condition et libérer son imaginaire.
Du coup, fêter la Saint-Valentin, fut-elle une fête étrangère à notre culture, devient un acte de courage. Qu’il faut saluer comme tout acte de courage dans la vie.