mercredi 26 décembre 2012

Kobenni, toujours aussi loin


Ce n’est pas l’autre bout du monde, pas encore… mais c’est une porte qui ouvre sur un autre monde. Pas parce qu’il s’en passe des choses dans le Mali voisin, en fait de ce côté-ci le Mali est ce qu’il a toujours été : un havre de paix, un lieu de solidarité entre les populations riveraines, un creuset où les souks hebdomadaires sont le lieu des convergences permettant une animation sociale évidente et bénéfique… Ici, les gens partent et reviennent jusqu’à la lisière de Bamako, sans problèmes.
Si Kobenni peut sembler aussi loin, c’est surtout à cause de l’état de la route qui devient dangereuse par moments, et à cause encore du comportement des postes de contrôle…
«…’arrvouna brouçkoum !» L’ordre est donné par un policier mal habillé, délavé lui-même par le soleil de ces contrées où il exerce depuis quelque temps. Ce qu’on peut reprocher aux agents – policiers et gendarmes – des postes de contrôle, c’est qu’ils sont rarement en tenue réglementaire d’abord. C’est le fait ensuite de procéder de manière traditionnelle pour avoir les identités. Et c’est enfin cette enquête sur la provenance et la destination, enquête toujours suivie par une requête. Ça ne rate jamais : si un agent me demande d’où je viens et où je vais, je suis sûr que c’est pour me coller quelqu’un ou pour me demander quelque chose. C’est pourquoi j’ai décidé depuis très longtemps de ne jamais rendre de service dans ces conditions.
Je suis toujours en règle, Dieu merci. Et je refuse de prendre quelqu’un que je ne connais ou de répondre à une doléance dans ces conditions. «Vous m’avez déjà embêté en voulant savoir qui je suis, où je vais et d’où je viens, c’est le maximum que vous pouvez me faire en terme d’inconvenances, pourquoi j’accepterai de vous rendre service…»
Et pour revenir sur ce «’arrvouna brouçkoum» (une invite à se présenter), doit-on décliner son identité tribale, ce que je fais parfois sans susciter l’étonnement de mes interlocuteurs, c’est juste pour me dire «wakhyart» même s’ils sont incapables de répéter «Idjathfaqa»… Ce sont des réactions standardisées en milieu maure et qui ont fini par ne plus vouloir dire grand-chose.
La réaction de l’agent aurait dû être autre : corriger en demandant la pièce officielle d’identité, mais en fait il se rend compte qu’il s’est lui-même mis dans une situation où il doit supporter le sarcasme de l’usager de la route. Cela relève du mépris que nous avons cultivé à l’égard de nos institutions. Cela vient de décennies de mauvaises pratiques. Cela demande un travail de fond déterminé…

mardi 25 décembre 2012

La solitude d’El Karkaar


Tu es encore là ! sacré pic qui n’a l’air de rien et qui reste le cœur de «son» milieu. Quand je suis passé la dernière fois, tu m’avais sérieusement inquiété avec tes airs de jeunesse. Le bon hivernage t’avait donné une nouvelle vigueur, avec la verdure qui arpentait tes flancs et les arbres bien debout comme prétendant à toucher les cimes des cieux… Tu paraissais alors heureux de vivre et d’être là.
Ce n’est pas parce que le soleil descend inexorablement que tu es aujourd’hui tout décrépi. Ce n’est pas la peur de la nuit qui prend possession du Monde qui te donne cet air inquiétant. Ce n’est pas le froid glacial de ces jours qui t’affecte. C’est vrai que tu as repris tes couleurs d’antan, celles qui s’apparentent à la «grisaille» des vieilles pierres, des pierres tellement vieillies qu’elles laissent pousser des «poils». C’est vrai que tu es toujours là alors que tous ceux qui ont compté pour toi sont partis…
Tu as appris la mort récente de Shaykh Mouhammad Ould Hmahalla, ce monument de piété, de savoir et de dignité… Comme tous les autres, il s’en est allé pour un voyage qu’il avait très bien préparé.
Je suis venu dans cette maison où il prodiguait un enseignement religieux complet. Comme des temps anciens. Sa candeur, sa force de caractère lui permettaient de maintenir cette école à travers le temps. Une école certes de savoirs, mais aussi de valeurs immortelles.
C’est peut-être le moment de me dire la cause profonde de cette tristesse qui semble te gagner. Tu vois les gens partir, ceux qui t’ont célébré et ceux qui n’ont fait que passer à côté préférant parfois te contourner pour ne pas avoir à escalader cette hauteur que tu es. Ce n’est pas ça… Tu étais fier de rester là malgré le temps qui passe, malgré les flétrissures du temps qui passe, malgré les changements du temps qui passe… De rester, unique témoin d’un temps qui ne sera plus, de gens qui ne seront plus… Où est passée cette fierté ? Cette fierté qui faisait de toi un «quelqu’un» de supérieur… pas comme Aqangass ou Bou’leyba, ni El Barraaniya… tous ceux-là n’ont pas survécu au temps qui passe, toi si ! Alors où est passée cette fierté de vivre qui t’animait, toi «l’objet inanimé» ?...
…La solitude… c’est la solitude qui a eu raison de toi… de toi aussi… même de toi… 

lundi 24 décembre 2012

La route encore


Entre Kiffa et Tintane, rien ne semble avoir avancé depuis mon dernier passage début novembre. Moins d’engins alors qu’on attendait plus sur une route dont la construction dure depuis près de quatre ans, moins d’activité forcément. Sur tout le tronçon, deux point «petits» points d’activité, l’un non loin de Fam Lekhdheyraat et l’autre à côté de Devaa. Sur chacun des points, trois ou quatre engins pour le terrassement… Autant dire qu’on ne semble pas pressé de finir cette route qui relie pourtant la Mauritanie de part en part.
Par contre à Tintane, la construction des routes nouvelles avance considérablement. D’ailleurs la nouvelle ville commence à avoir de la forme avec le nouveau marché qui s’étale tout au long de l’avenue principale qui contourne l’ancienne ville. Quand on y passe on redécouvre le Tintane d’antan, avec des dizaines de vendeurs et d’acheteurs, de curieux, une foule multicolore et nombreuse, un monde pressé de sortir de ce tohu-bohu… Difficile de trouver le passage dans cette atmosphère de souk géant.
Et toujours ces belles villas qui prennent l’allure de châteaux pour finir par être des fiefs. Les féodaux ici, ce sont les hommes politiques qui entendent afficher leur puissance financière en écrasant la misère voisine. La demeure de l’ancien président de l’Assemblée nationale du temps de Ould Taya, l’ancien colonel député de la ville Cheikh Sid’Ahmed Ould Baba est un vestige de la première époque PRDS où il a régné en maître sur les populations du département, distribuant prébendes et cadeaux à ceux qui le méritent à ses yeux. Celle, plus impressionnante pour ses couleurs, de l’actuel député l’islamiste Ould Seyidi, celui qui vit officiellement de l’importation des médicaments (hum…), celle-là semble défier la «belle» époque du PRDS tout en reproduisant ses réflexes. Le même souci d’écraser par l’impression de richesse, d’être le bienfaiteur, le sauveur, l’omnipotent, le distributeur de richesse… Ce qui me fait dire que notre classe politique a toujours rêvé d’être simplement là où elle pourrait jouir des avantages d’avoir le pouvoir et le pouvoir du pouvoir…

dimanche 23 décembre 2012

Elections jouables


Toutes les raisons pour que l’opposition participe aux prochaines élections législatives et municipales. D’abord parce que le boycott est une attitude négative préjudiciable à la démocratie et à l’action politique en général. Ensuite parce que tous les acteurs significatifs sont assurés d’une représentation grâce à la proportionnelle qui sera appliquée au niveau de la liste nationale qui compte quarante sièges, au niveau des 12 capitales régionales qui compte chacune trois sièges et au niveau de certains départements qui sont passés à trois sièges au lieu de deux.
Là où la proportionnelle joue, il faudra 75% et plus des voix à un parti pour rafler la majorité des sièges. Quand il s’agit de trois sièges les 75% sont nécessaires pour en avoir deux. Si l’on calcule, on trouve que si l’Opposition va ensemble au niveau des législatives, elle est assurée d’avoir au moins le quart de la liste nationale (10 sièges), le tiers des sièges départementaux (12)… dans le pire des cas. On sait par ailleurs qu’il ne faut pas compter avec «le pire des cas» pour elle. Elle devra effectivement compter sur les choix qui feront des mécontents dans les rangs des partis de la Majorité principalement l’UPR.
Mais comment éviter le piège du boycott ? D’abord fixer des doléances acceptables et discutables, quelque chose qui pourrait être perçu comme une volonté d’ouverture et une possibilité de dépasser le blocage actuel. Il s’agira d’abandonner l’exigence du départ du régime pour des revendications autour de garanties permettant d’aller à ces élections dans une atmosphère sereine. La question devra être celle de savoir comment assurer la plus grande régularité au scrutin. Comment rassurer sur les intentions de jouer franc jeu. Comment permettre à ceux qui veulent aller à la compétition de le faire à égalité sinon en toute équité.
Il y a ceux qui pensent qu’il y a nécessité d’ouvrir la CENI pour permettre à la COD ou à ceux qui veulent participer d’avoir leurs représentants au sein de cette institution. Ce serait accentuer le caractère partisan de la CENI, ce qui comporte des risques énormes dans un pays comme le nôtre où les passions politiques sont encore très fortes. La particularité de la présente CENI, c’est qu’elle peut jouir de la confiance de tous parce que, dans l’ensemble, ses membres sont plutôt «acceptables». A part deux d’entre eux, les autres ne sont pas particulièrement contestés. Revenir sur la constitution du club des Sages peut entrainer un processus de déconfiture du dialogue et de ses résultats.
Il y a ceux qui croient qu’avec un ministre de l’intérieur  moins «prononcé», plus «neutre», un technocrate sans appartenance politique déclarée et une CENI plus active et plus engagée, on peut amener les différents acteurs à s’impliquer d’avantage dans la préparation des élections et donc dans leur organisation. A ce moment-là, la convergence pourra être telle qu’elle peut amener les principaux acteurs à participer à ces élections.
Pour ce qui est de leur date, les autorités semblent croire que «techniquement, elles peuvent être organisées au plus vite». Avant mai prochain, en sachant que la session est pour le début du mois ? En septembre en sachant que l’hivernage n’est pas un moment propice ? En octobre en sachant qu’on a déjà pris trop de retard ?
C’est à la CENI de décider. A elle de faire vite et efficace.

samedi 22 décembre 2012

Evaluation


Cela devait se passer dès le 1er trimestre de 2012, cela a attendu les derniers jours de l’année. «Cela», c’est l’évaluation de la mise en œuvre du troisième plan d’action de la stratégie de lutte contre la pauvreté (CSLP) couvrant la période 2011-2015. Et comme pour justifier on vous rappelle que dans le temps, les évaluations se faisaient à la fin du cycle et non chaque année, tout en précisant d’ailleurs qu’il n’y a eu qu’une seule évaluation, celle de 2004.
Cette fois-ci, le ministère des affaires économiques et du développement (MAED) a voulu frapper très fort en organisant les assises de l’évaluation dans une ville de l’intérieur, en l’occurrence Kiffa, la capitale de l’Assaba. Une manière de soutenir la décentralisation et de signifier l’intérêt qu’on accorde à la participation des populations locales et de leurs représentants.
Il y avait là quatre maires par région tous les Walis, les députés qui ont voulu faire le déplacement. Pour l’Opposition, seul le député RFD Yacoub Ould Moïne était présent. Des ONG’s, peu ou pas de syndicats, peu ou pas de presse, de nombreux représentants locaux… En plus de trois membres du gouvernement (MAED, l’intérieur et le secrétariat général du gouvernement) et du commissaire chargé des Droits de l’Homme. De nombreux experts. Deux jours de travaux, de critiques, d’évaluation qui aboutissent, on l’espère ici à la validation du rapport 2011 avant de lancer celui de 2012 qui devrait être évalué en mars prochain. C’est à ce moment-là, à ce moment seulement, que la Mauritanie pourra prétendre à entrer dans la conformité.

vendredi 21 décembre 2012

Que de mensonges !


J’ai été…nommé ce jeudi par certains de ces sites prompts à donner l’information la moins vérifiée. Pas question pour eux de confirmer, d’entrer en contact avec ceux dont ils vont parler, de s’assurer que ce qu’ils vont livrer à l’opinion est juste. Non ! la question pour eux est juste de pouvoir structurer et écrire. Ces sites induisent les radios en erreur et quand c’est la radio, cela prend une ampleur auprès du public. Imaginez la pression que j’ai vécue toute la journée de jeudi, jusqu’en fin de soirée. J’ai dû recharger deux fois mon téléphone.
Mardi dernier, c’était le limogeage du Directeur de Cabinet du Président qui avait «été fait»  la Une. Même procédé : les sites d’abord, les radios ensuite. Ce fut ensuite la mort du président irakien qui avait été annoncée. Chaque jour en fait sa «fausse» Une qui fait le tour… Jamais de démenti ni d’excuses pour le public ainsi abusé. Non pas la peine. Cela procède de la volonté de maintenir un climat de suspicion où il importe peu de savoir le vrai du faux, «de toutes les façons ce n’est pas important». Une manière de décrédibiliser le fait et par-delà, la vérité. La bataille est bien celle-là : chiffres officiels, réalités du terrain, réalisations, avancées, réussites des uns et des autres, distinctions, vraies informations… tout cela doit relever du «pas important» et du «douteux». Tant pis pour les crédules…
Je reviens à cet autre mensonge qui a effrayé quand même des milliers de gens : l’annonce de la «fin du monde», annonce faite par les Mayas dont le message aurait été décrypté par les scientifiques et les diseurs de nouvelles (bonnes et mauvaises). Voilà déjà ce que j’écrivais le 1er janvier 2012 de cela :
«On nous avait mis en garde contre cette année. La littérature relevant de l’eschatologie cosmique, mais aussi le cinéma, la poésie et finalement tous les arts nous ont prédit la fin du monde en 2012. Il y a même eu un film inspiré de cette fin des temps toute proche.
Mais au-delà de l’inspiration artistique qui a quand même donné des chefs d’œuvre comme 2012, le discours est resté le même. A chaque chiffre rond, des philosophes, des artistes, des religieux ont pensé que la fin des mondes, telle que décrite dans les textes ésotériques, que cette fin était imminente.
Nous, Musulmans, on est prémuni dans la mesure où nous croyons – c’est l’un des dogmes de la foi – que la fin du monde fait partie d’un Savoir spécifique réservé au Tout-Puissant. Personne – pas même le Prophète Mohammad (PSL) – n’est habilité à en savoir plus que ce qui a été révélé. Autant dire rien. Cela arrivera quand cela devra arriver. Nous estimons que la fin du Monde est pour chacun de nous l’instant où il meurt.
C’est pourquoi nous disons : «travaille pour ton monde comme si tu devais vivre éternellement, travaille pour ton Au-delà comme si tu devais mourir demain». Essayons de travailler pour le monde ici-bas comme si «nous devions vivre pour l’Eternité»… un peu d’efforts…
Que 2012 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorances…» 

jeudi 20 décembre 2012

Accord RIM-U-E, plutôt équitable


Après le passage devant le Conseil des ministres européens, l’Accord de pêche a été l’objet d’une évaluation de la Commission de développement du Parlement européen.
Le 3 décembre dernier, le Conseil des ministres avait ordonné la mise en œuvre provisoire et immédiate de l’Accord en attendant son passage devant le Parlement, dernière étape du processus. La compensation devrait être versée dans les jours qui viennent et les bateaux battant différentes flottes européennes devraient reprendre leurs activités dans les eaux mauritaniennes suivant les dispositions du nouvel Accord.
Les Mauritaniens ont exprimé, dans leur grande majorité, leur satisfaction quant aux termes de l’Accord dont la philosophie procède de la recherche d’une exploitation équilibrée et d’un commerce équitable entre notre pays et l’UE. De l’autre côté quelques voix s’étaient élevées pour dénoncer l’Accord qui faisait de la pêche de fonds un monopole des artisans mauritaniens, obligeait à l’embarquement de 60% du personnel sur les bateaux, limitait les zones de pêche, augmentait le prix du poisson mauritanien… Pour une fois ce n’était pas la régularité des négociations qui était en cause, ni l’intégrité des négociateurs, mais la capacité de la Mauritanie à tirer un maximum de profit de sa ressource.
La réunion du 17 décembre de la Commission de développement a jugé très positif cet Accord qui prend en compte le souci de préserver la ressource et d’équilibrer les rapports. Elle l’a donc entériné. Différentes formations politiques européennes sont représentées dans cette Commission qui fait de la préservation de l’environnement un souci premier.
Reste maintenant à trouver des solutions aux opérateurs nationaux ayant des partenaires autres que des ressortissants de l’UE opérant dans le pélagique, surtout prendre en considération la subvention dont jouissent la flotte UE, ce qui ouvre la voie à une concurrence déloyale, les produits étant vendus sur les mêmes marchés. Reste aussi à aligner tous les investisseurs autres que l’UE, les Chinois par exemple, sur les nouvelles grilles de manière à faire profiter le pays des avancées réalisées avec le nouvel Accord.
La volonté politique a fermement soutenu le processus de négociation avec les Européens, ce qui explique en grande partie la conclusion heureuse en faveur de la Mauritanie.