jeudi 20 septembre 2012

Ould Najem libéré et remis aux siens


Maouloud Ould Sid’Ahmed, son nom officiel, Loula Ould Najim, le nom par lequel l’appellent ses parents et amis. Il est le seul survivant «sûr» de la tuerie de Diabali. Lundi, je faisais ici un appel à sa faveur parce que tout le monde commençait à s’inquiéter. Il a été remis ce jeudi à l’Ambassadeur de Mauritanie par les autorités maliennes après une semaine de captivité et quatre jours de cavale dans la savane.
D’après les premières déclarations du rescapé, l’unité de l’Armée malienne a décidé de les exécuter en pleine nuit en tirant droit sur eux alors qu’ils étaient rassemblés près de la voiture. Heureusement pour lui que les éléments de l’unité n’ont pas vérifié si tous les prédicateurs étaient morts. Il a vu certains se débattre dans leur sang en psalmodiant la profession de foi des Musulmans. Légèrement abrité par la voiture, il vit le chauffeur et l’apprenti (tous deux Maliens) ramper sous la voiture et aller près du mur de l’enceinte. Un mur pas long du tout. Quand il l’enjambe, les deux autres avaient disparu. Ce fut la dernière fois qu’on les a vus. On parlera d’un lynchage public opéré par les villageois au petit matin, on dira plus tard que les deux hommes sont toujours en vie et qu’ils chercheraient à joindre la Mauritanie.
Maouloud lui erra quelques longues journées avant de tomber sur des villageois parmi lesquels vivait un proche parent à lui. Il fut soigné et remis aux autorités maliennes qui le gardèrent tout ce temps. Visiblement ceux de Kati ne voulaient pas qu’il soit remis aux autorités de son pays. C’est donc une victoire du fragile gouvernement d’union nationale à laquelle nous avons assisté aujourd’hui. Tant mieux.

mercredi 19 septembre 2012

Charlie Hebdo a manqué son challenge


Sans la fatwa des Iraniens contre Salman Rushdie, ses «versets sataniques» n’auraient pas été retenus par la mémoire humaine. Sans les colères aveugles de certains de nos peuples, le film «L'Innocence des musulmans» aurait été un coup d’épée dans l’eau, un flop, le pire de l’histoire du cinéma. Une honte pour ses auteurs dont l’objectif n’était autre qu’exciter l’esprit de la foule pour provoquer les pires incendies.
Mais il faut dire aussi que sans la politique hégémonique et inique de l’Occident en général, toute cette colère ne serait pas exprimée avec tant de violences. Je reviens quant à moi à Charlie Hebdo qui a publié, une fois encore, des caricatures offensantes pour le Prophète de l’Islam et pour les Musulmans en général.Ce serait un acte d’héroïsme que de s’attaquer à l’Islam dans une société profondément islamophobe. Ce serait un usage du principe sacro-saint de la liberté d’expression dans un pays où la liberté d’expression cesse d’être un principe inviolable quand il s’agit d’une manifestation organisée par la communauté musulmane. Je veux bien croire que l’hebdomadaire qui tire sa renommée de ses excès en tout, de la satyre iconoclaste et de la volonté de choquer. 
Mais pourquoi il ne s’attaquerait pas aux Prophètes Moïse ou Jésus ? De la même manière qu’il s’en prend au Prophète des Musulmans ?
J’ai une fois entendu l’un de ses directeurs expliquer que c’est une manière pour eux de combattre l’extrémisme religieux, est-ce à dire que l’extrémisme religieux n’existe pas en terre chrétienne ou juive ?
Depuis le 11 septembre 2001, nous assistons à une déferlante anti-islamique en Occident. Elle a donné l’occupation et la destruction de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, bientôt de la Syrie, du Yémen, pourquoi pas de toute l’Arabie pour sauver les ressources énergétiques des mains des Musulmans ?
Mais Charlie Hebdo ne dit pas que les affres de la colonisation, que les crimes perpétrés au Vietnam, en Corée, en Chine, en Indonésie, au Congo, au Nigéria, au Libéria, en Sierra Léone, au Chili, dans la forêt amazonienne… partout, sur tous les continents par les forces venues d’Europe et d’Amérique du Nord, que ces crimes ont été commis pour servir une cause religieuse, un messianisme chrétien, que leurs idéologues – en partant de Kipling aux néoconservateurs américains – ne pensent qu’à glorifier le Christ et à rendre son message éternel en tous espaces.
Que les massacres des Palestiniens arabes – Chrétiens et Musulmans -, que celui des Libanais, des Egyptiens, des Jordaniens, des Syriens…, l’occupation de leurs terres, l’usurpation de leurs droits… par une soldatesque sioniste trouve sa justification dans l’interprétation fallacieuse de la Thora, donc du message de Moïse.
Si Charlie Hebdo veut vraiment faire la démonstration qu’il veut relever un défi, qu’il entend narguer les faussaires extrémistes qui ont travesti les messages de paix et de fraternité entre les hommes, il n’a qu’à s’attaquer d’abord à l’espace auquel il appartient.
C’est toujours facile de s’attaquer à l’Islam et ses sacrés en terre européenne ou américaine, mais le vrai courage c’est quand ceux de Charlie Hebdo dénonceront les abus de leurs sociétés, abus qui trouvent leurs justifications dans des lectures des textes sacrés.
Ceci dit, j’invite mes compatriotes, à psalmodier, le temps qu’il faut, là où ils se trouvent et quand ils ne travaillent pas, de psalmodier la formule rituelle qui rend hommage à notre Prophète, Paix et Salut sur Lui. Comme réaction aux excès des autres, à leurs insultes, opposons : «Allahuma çalli wa sallam ‘alaa sayidina Mohammad».

mardi 18 septembre 2012

L’ouverture des tentes vers le Sud


La visite du Président Macky Sall à Nouakchott et la chaleur de l’accueil que lui ont réservé les autorités confirme la volonté de Ould Abdel Aziz de restaurer l’ancrage africain de la Mauritanie.
En avril 1989, les choix diplomatiques néfastes d’un pouvoir qui avait commencé à cultiver le sectarisme comme philosophie politique, ont causé la gestion catastrophique de l’incident de Diawara pour y trouver l’occasion de virer à bâbord. Avec lui, le pays connaitra une dérive qui le mènera au milieu de nulle part. Détesté par les Africains avec lesquels il a rompu les amarres, suspecté par les Arabes qui ont perdu confiance en ce pays dont la caractéristique première est l’extravagance dans l’inconstance. C’est du moins l’image que le pouvoir en a reflété à partir de ce moment-là.
Pour désigner la Mauritanie, l’«orphelin géopolitique» a remplacé l’expression sibylline de «Cendrillon de l’Afrique de l’Ouest» chez les politologues les plus avertis. Après avoir été «le trait-d’union» entre l’Afrique et le Monde arabe, nous avons fini par nous trouver dans la situation du «ni, ni» : ni africains, ni arabes. Conséquences : relations avec Israël et retrait de la CEDEAO.
Depuis son accession au pouvoir, Ould Abdel Aziz a renoué avec les penchants africains de la Mauritanie. Si bien qu’il ne rate aucune occasion au sud du Sahara pour y être. Ce qui lui vaut d’être le président mauritanien le plus assidu aux conférences et aux commémorations africaines depuis feu Moktar Ould Daddah. Et c’est tant mieux, même si cela dérange une certaine intelligentsia.
En attendant la décision de revenir à notre environnement naturel – et «normal» - que constitue la CEDEAO, il y a lieu de cultiver, de renforcer les relations de l’espace OMVS. Avec le Mali, le Sénégal, la Guinée, la diplomatie mauritanienne peut aller vers la Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Tchad, le Burkina… en vue d’une intégration qui pourrait profiter – à travers des accords bilatéraux – à des milliers de nos ressortissants établis dans ces pays. Les relations avec la Gambie, la Guinée Bissau et le Cap Vert ont toujours été excellentes.
Chaque fois qu’un nouveau président est élu au Sénégal ou en Mauritanie, le lien doit être renouvelé pour que les nouvelles autorités prennent la mesure de la nécessité d’aller ensemble. Chacun des pays étant l’espace vital de l’autre.
Entre Macky Sall et Ould Abdel Aziz le courant semble bien passer : sensiblement le même âge, les mêmes réserves sur l’état ante des relations, sur la manière de gouverner, d’aborder le futur commun et la nécessité pour eux de s’entendre.
C’est du renforcement de l’ancrage dans le versant sud de notre pays que nous avons le plus besoin pour nous réconcilier notre environnement et pour réhabiliter notre vocation première qui est celle de terre de convergence, terre d’ouverture, terre d’abnégation et de tolérance et finalement «terre des hommes».

lundi 17 septembre 2012

Il faut sauver le prédicateur Loula


C’est le survivant mauritanien de la tuerie perpétrée par une unité de l’Armée malienne à Diabali. Visiblement le seul da’iya, prédicateur, à avoir pu échapper, par miracle, à l’exécution qui a visé tout le groupe. On parle du chauffeur qui aurait survécu lui aussi, mais il ne s’agit pas d’un prédicateur, c’est un Malien qui loue ses services aux usagers transfrontaliers. On ne sait toujours pas où il est.
Nous savons cependant que le Mauritanien se trouve depuis une semaine entre les mains des autorités maliennes qui avaient promis de le remettre à son ambassade à Bamako. Bientôt une semaine que Loula Ould Najem, un jeune de Fassala (Bassiknou) est entre les mains des autorités militaires maliennes. Seul témoin oculaire de ce qui s’est passé ce soir-là, il n’est pas sûr là où il est.
Là-bas, l’Armée qui s’accroche au pouvoir et qui veut créer des problèmes au gouvernement d’union nationale et qui surtout fait tout pour retarder l’obligation pour elle d’aller au combat pour recouvrer l’intégrité territoriale de son pays, cette Armée-là acceptera difficilement que ce témoin soit rendu aux siens. Il est donc tout à fait normal que la partie mauritanienne s’inquiète pour lui. Ses parents, ses amis, ses frères de la da’wa, les autorités… tout le monde ici s’inquiète.
Quand on sait que les enjeux sont importants, qu’aucune des questions soulevées à l’occasion du meurtre des prédicateurs n’a été éludée, que les complicités doivent exister au plus haut de la hiérarchie militaire malienne, il y a des raisons de ne pas croire que le survivant, seul témoin de la tuerie, soit livré aussi facilement aux siens.
Ce que les Maliens doivent savoir, c’est que ce soir-là des militaires ont reçu l’ordre de leur supérieur d’exécuter le groupe de 18 personnes appréhendées dans l’après-midi après avoir fait leurs formalités d’entrée sur le territoire malien auprès du poste frontière et après avoir décliné leurs identités aux éléments de l’unité. Celle-ci les gardera quelques heures avant de décider de s’en débarrasser en les exécutant.
Nos frères maliens – partis politiques, société civile, presse, gouvernement…- doivent se mobiliser pour obliger l’Armée à remettre Loula Ould Najem à la Mauritanie. Tout faire pour sauver le prédicateur Loula.

dimanche 16 septembre 2012

Ces contrôles qui dérangent


Chaque fois que je prends la route Nouakchott-Boutilimitt, je suis écœuré par le nombre de postes de contrôle : au moins huit, c’est-à-dire un en moyenne tous les 20 kilomètres (à peu près, restons Mauritaniens, restons approximatifs). Police, gendarmerie, douane et maintenant la sécurité routière. A quoi ça sert ?
D’abord à créer des goulots d’étranglement sur une route déjà «étranglée». Ensuite à exciter des usagers déjà excités. Enfin à corrompre des corps largement entamés.
C’est quoi un poste de contrôle de chez nous ? C’est un point de collecte d’impôts plus ou moins illégaux levés par des commissariats, des brigades, des compagnies etc. Ici, les usagers, du moins les imposables parmi eux, sont obligés de s’arrêter et de «rendre service», de «graisser la barbe» pour utiliser l’expression consacrée.
Les «imposables» sont d’abord ceux qui font le transport et qui prennent du plaisir à afficher leur mépris à ces postes. Ce mépris prend différentes formes. Il y a ceux qui interpellent les agents de loin en leur disant «je fais le nécessaire au retour, meherdak». Il y a ceux qui arrivent avec une surcharge et en ayant passé outre toutes les réglementations, qui s’arrêtent convenablement, qui descendent avec un billet bien en vue et qui reviennent avec le sourire comme pour dire que la cause a été entendue. Il y a ceux qui forcent gentiment le barrage, ce sont les habitués, ceux qui sont passés au moins une fois ce jour-là. Il y a ceux qui attendent calmement derrière leurs volants, l’arrivée de l’agent et qui «lui font ce qu’ils lui font» devant tous les passagers, sans forme. Cinq minutes en observant un poste de contrôle et vous serez édifiés.
Les véhicules personnels qui inspirent le pouvoir ou la richesse ne sont pas imposables, ils passent sans problème. Verres fumés ou pas, infraction ou pas, surcharge ou pas… circulez, il n’y a rien à voir. Quelqu’un dans la voiture ne s’empêchant pas de dire : «ils vous laissent passer parce que vous pourrez constituer pour eux une perte de temps et d’occasions». Ce sont les autres qui sont les plus recherchés, parce qu’ils sont plus exposés.
Reste que les véhicules sont surchargés, qu’ils ne répondent à aucune norme, qu’ils mettent en danger les passagers et les passants. Reste que les usagers finissent par ne plus avoir de respect pour l’autorité, par être un peu plus excités qu’ils ne l’étaient avant de prendre la route, un peu moins respectueux de l’ordre et du code. Quand un accident survient dans cet environnement, il ne peut qu’être meurtrier.
En trois mois cette année, il y a eu 1.622 accidents avec un bilan désastreux : 43 morts immédiats, 531 blessés dont de graves. Selon les autorités, 49% de ces accidents sont dus au «manque de vigilance» (de qui ?), 30% à l’excès de vitesse, 13% à de mauvais réflexes sans oublier les pannes mécaniques. Ce sont les chiffres officiels d’il ya trois semaines.
On se souvient que l’année dernière, le Président a dû lui-même exhorter les autorités concernées (transport, police, gendarmerie, sécurité routière…) à prendre conscience de l’ampleur du désastre et d’agir afin de limiter les dégâts. Qu’est-ce qui a été fait depuis ?
Une campagne médiatique qui a duré le temps de faire oublier les injonctions du Président, avant de revenir à la situation normale qui est celle de voir multiplier les postes de contrôles tout en assistant à une augmentation fulgurante des accidents.
Ces postes de contrôle ne servent à rien, sinon à diluer les efforts, à donner une mauvaise image de l’autorité publique et à participer à la détérioration des conditions générales du voyage.
Si l’on vous dit que jamais, de l’histoire récente du pays, un suspect n’a été arrêté par un poste de contrôle, que rarement – très rarement – ces postes ont appréhendé des colis suspects, qu’ils émettent très, très peu d’amendes pour les infractions pourtant nombreuses et visibles…, vous n’allez pas croire qu’ils ne servent à rien. Sinon à compliquer une situation déjà compliquée. 

samedi 15 septembre 2012

Encore un débat


On devrait s’empresser d’ajouter : «heureusement !», même si… Rien à voir avec le premier débat entre Mohamed Yahya Ould Horma (UPR) et Lô Gourmo Abdoul (UFP). Cette fois-ci le face-à-face a opposé Ahmed Ould Lafdal (RFD) et Mohamed Mahmoud Ould Jaafar (UPR). Toujours les mêmes thèmes : la situation politique avec les élections en vue, l’économie, le social, la sécurité, la diplomatie… Toujours de la même manière : le journaliste – notre confrère et ami Yedaly Fall – qui pose sa question avant de donner alternativement la parole à l’un et l’autre des intervenants.
Les deux hommes politiques étaient très polémistes. Chacun cherchant la confrontation, le clash. Le mode d’expression utilisé relevait plutôt du dialectal traduit. D’ailleurs, à différents moments, les deux hommes furent amenés chacun à terminer un bout de phrase en Hassaniya. C’est peut-être ici le lieu de se demander pourquoi ce genre de débat, du reste très intéressant, n’a pas été fait en Arabe et/ou dans les langues nationales. La portée aurait été plus grande…
Je retiens que les débatteurs étaient confrontés à l’habitude de la pratique de parler devant le public. L’un était passionnément opposé, l’autre passionnément rangé du côté du pouvoir. Si bien qu’on n’a rien senti d’autre que le rejet mutuel. Avec des pics de mise à mal qui ont viré parfois au cafouillage.
Un moment fort, c’est celui qui a vu les deux hommes avancer vers l’évocation de l’héritage de Ould Taya. A une série de questions sur les marchés de gré à gré et sur les concessions rurales, Ould Jaafar ne trouve pas mieux que de dire à son interlocuteur que ceux qui ont excellé là-dedans sont aujourd’hui dans le camp de l’opposition. «Mais vous étiez ministre avec eux, mieux vaut pour vous de ne pas en parler», lui rétorque Ould Lafdal avant de relancer sur l’isolement diplomatique de la Mauritanie qui serait selon lui aujourd’hui coupée de ses ancrages africain et arabe. Décrivant étrangement une situation que l’on vivait à la veille du 3 août 2005, avec notamment une relation encombrante avec Israël, la sortie de la CEDEAO et le froid avec les voisins.
Sur ces questions, Ould Jaafar qui est pourtant secrétaire exécutif aux affaires politiques de l’UPR, est incapable de répondre. Même pas de rappeler que pour le cabotage, la société exclue appartenait à un homme d’affaires qu’on disait proche du régime et que le prix de 14$/tonne a été appliqué à la MTM qui l’a toujours eu à 22-24$. Que les 450 hectares ayant servi à financer la construction de l’aéroport ne représentaient pas 5% des concessions rurales pour lesquelles des titres fonciers ont été donnés en toute illégalité par le passé. Que les faux chiffres ne doivent pas déranger, surtout pas ceux qui défendaient le bilan économique et financier de Ould Taya jusqu’au 2 août 2005…
Le problème chez nos élites c’est toujours le manque de sérieux dans la préparation des sorties publiques. On croit ici aux vertus de la spontanéité qui demande une sincérité dans les engagements et une parfaite connaissance des sujets qui pourraient être abordés. En l’absence de la sincérité et de la maîtrise des sujets, la confrontation tourne facilement à la vulgarité. Heureusement qu’on n’en est pas arrivé à ce stade ce soir-là.

vendredi 14 septembre 2012

Cultiver pendant qu’il est temps


Nous n’avons rien d’autre à faire que la politique. L’hivernage a été excellent, mais la politique nous a assez occupés pour nous empêcher de «cultiver notre jardin» pendant que c’est possible. Les terres cultivables s’étendent partout, attendant que les hommes et les femmes décident de les défricher, de labourer, de semer, pour pouvoir, demain, récolter. Non, sur la route de l’Espoir, peu de terres semblent avoir été cultivées.
La raison essentielle est la paresse des Mauritaniens. Ils ont perdu le goût du travail qui n’anoblit plus depuis qu’il y a les prébendes, les passe-droits, les privilèges octroyés aux intermédiaires politiques, aux thieb-thiabas de toutes sortes… C’est pourquoi la réhabilitation du travail est une nécessité dont il faut faire une cause.
Il y a aussi la non application de la loi domaniale qui décourage les vrais travailleurs de la terre. Quand on sait que la propriété tribale des terres est encore forte, alors que la loi dit que «la terre appartient à celui qui la travaille», on comprend le désintérêt des cultivateurs réels. La terre ne leur appartenant pas, ils n’ont pas accès à l’outil de production et s’ils y ont accès ce sera à un prix excessif (métayage, tribut…). Un souci que notre encadrement national – autorités, opposants, société civile…- doit prendre en charge pour le poser et faire des propositions le concernant.
Que ce soit au sud, dans la Vallée, ou ailleurs, le problème de la propriété est central dans l’évolution sociale et économique du monde rural. Il se pose de différentes manières selon les régions, mais s’exprime partout dans l’incapacité pour certains, pour raisons de statuts sociaux, d’accéder à la propriété terrienne.
Rien n’est entrepris pour mobiliser les énergies et disponibiliser les terres à cultiver aux travailleurs qui veulent les travailler…