jeudi 23 août 2012

Réhabiliter, responsabiliser

Je vous disais récemment que quand en 1992 (octobre), la BCM avait décidé la dévaluation de notre monnaie nationale (47% d’un coup), ce fut bien le premier responsable de l’institution d’émission qui proposa la parade : permettre aux hommes d’affaires et banquiers de la place de rassembler leurs fonds avant de procéder au transfert de ces fonds au taux d’avant. Un tour de main, un jeu d’écritures pour procéder à la première grande arnaque contre l’Etat mauritanien.
A la base des opérations de sape de l’économie on retrouvera toujours de hauts fonctionnaires peu regardants. Favoritisme, clientélisme, corruption à ciel ouvert, gabegie… le règne de la médiocrité qui a détruit économiquement et moralement le pays. Très vite, les hauts fonctionnaires se sont transformés en entrepreneurs devenant les premiers concurrents du capital privé, et donc ses premiers ennemis. C’est ici qu’il faut trouver la source de l’échec de la politique de libéralisation entreprise depuis le milieu des années 80. Par la faute de hauts fonctionnaires corrompus et d’hommes d’affaires avides, elle s’est traduite par une privatisation des fruits du développement et une prise en charge par la communauté des passifs énormes.
Comment refonder les rapports et réhabiliter les vocations ?
Les hommes d’affaires joueront le rôle de moteur de l’économie nationale, accumulateurs de richesses par le travail, de producteurs… le jour où ils cesseront d’être associés au pouvoir et à la politique. Depuis le PRDS et l’ère Taya, ce sont les hommes d’affaires qui font et défont les gouvernements, qui congédient ou qui nomment, qui assurent à «leurs» serviteurs un happy end en leur offrant demeures luxueuses, comptes fournis et même boulots lucratifs. Ministres, ambassadeurs, directeurs… tous y passaient.
Il y a quelques années, le chef du patronat d’alors, Mohamed Ould Bouamatou avait convoqué un congrès sous le thème «entreprise citoyenne», une prise de conscience rapidement avortée par les politiques et les administratifs. Les hommes d’affaires ont compris, l’espace d’une manifestation, qu’il valait mieux pour eux promouvoir la culture de l’entrepreneur citoyen, celui qui paye régulièrement ses impôts, qui ne complote pas contre la richesse nationale avec les acteurs des marchés étrangers, qui ne compromet pas volontairement les politiques visant à améliorer les conditions de vie des populations, qui partage avec la communauté par des actions de bienfaisance, qui n’organise pas la fuite systématique de capitaux vers l’extérieur, qui s’abstient de participer à l’entretien de la corruption ambiante…, ne serait-ce que pour résister à l’avidité des hauts fonctionnaires devenus «entrepreneurs» (l’entreprenariat politique rapportant plus et demandant moins d’investissements).
A un moment donné, on a mis en marche la subordination de l’Etat au bon vouloir du capital privé. Cela s’est traduit par les ministres de l’homme d’affaires tel, les directeurs du groupe tel… une collision dont nous continuerons un temps encore à payer le prix, soit parce qu’il est difficile de s’en défaire, soit parce que d’énormes efforts sont fournis pour la restaurer.
A l’origine de tout cela : le trafic d’influence. C’est ce qui a permis justement l’appropriation des biens publics par des privés peu méritants. Cela s’est traduit par un recul de l’autorité de l’Etat. Mais aussi par le règne d’une médiocratie dont la présence se justifiait par la seule absence de règles équitables. Le moment est venu de réhabiliter l’Appareil de l’Etat et ceux qui l’incarnent. Par la revalorisation des fonctions et la restauration du mérite. Il n’y a pas d’autre choix que celui-là.
Malgré tout, il y a espoir de voir l’effort «d’émancipation de l’Etat» aboutir à une réelle libération de ces contingences : si en 2010 encore, l’Etat avait besoin de mobiliser les ressources privées pour importer les denrées de première nécessité à des périodes de grande demande (Ramadan, sécheresse…), ce n’est plus le cas avec plus de 700 millions dollars dans les réserves extérieures ; s’il avait besoin de ces ressources pour renflouer sa trésorerie ou pour assurer sa sécurité (comme ce fut le cas au lendemain de l’attaque de Lemghayti), aujourd’hui l’Etat se prend en charge et peut répondre aux besoins élémentaires de son fonctionnement. C’est tant mieux. Mais beaucoup reste à faire.

mercredi 22 août 2012

Dommage collatéral


Le Liban est entrain de payer le prix de sa proximité avec la Syrie. Prolongement «naturel» de ce pays, la patrie du cèdre ne pouvait éviter de se trouver au milieu de la crise syrienne. L’exacerbation du communautarisme, le poids de la guerre civile qui ne finit pas de finir (depuis quatre décennies), l’incapacité de la classe politique libanaise à sortir de la logique sectaire pour un projet national, tout cela a servi les protagonistes de la scène syrienne, lesquels veulent à tout prix prendre en otage toute la région. Pas seulement la Syrie, complètement détruite, mais aussi le Liban, l’Irak et probablement la Jordanie. Ce sont toutes les rancœurs, toutes les adversités, les inimités, les haines ancestrales qui vont surgir et qui vont embraser la région.
Tout le monde le comprend et évite d’aller plus loin que présentement. Chacun y allant par sa «petite» vision.
Les Occidentaux sont les premiers à évaluer les risques à leur juste valeur. Ils savent que la Syrie d’après Assad, ne peut plus être un allié, ni même un élément de stabilité de la région. Jusque-là, la Syrie avait pu exprimer sa différence et même son opposition aux visées hégémoniques sans grande peine. L’Occident sachant que le régime en place ne fera pas obstacle à ses plans (Irak, Palestine), il s’est contenté jusque l’année dernière d’accompagner, parfois de soutenir ouvertement Assad. Lequel avait pu, avec l’aide de l’Iran, faire des schismes islamiques ses premiers alliés dans la région. L’axe Téhéran-Baghdad-Damas aurait été dangereux pour Israël et ses alliés s’il avait eu le temps de se constituer réellement. L’Histoire retient que chaque fois que ces trois grandes aires ont été unifiées sous une même autorité, le monde a changé… Cette réalité historique est certainement prise en compte dans les projections et autres analyses des spécialistes occidentaux.
Ceux qui se battent actuellement sous le label «révolutionnaire» en Syrie sont essentiellement des combattants salafistes ayant pour les uns désertés les champs de bataille d’Irak, d’Afghanistan, du Mali, d’Algérie et même de Somalie. C’est vrai qu’ils fonctionnent avec l’argent du pétrole des pays du Golf, qu’ils sont encadrés par les experts des services américains, français et britanniques, mais ils ne rassurent pas pour autant Israël qui voit le risque d’établissement d’un Jihadistan à ses portes. D’où les tergiversations occidentales.
Personne n’est au fond dérangé par la destruction de la Syrie, encore moins par les morts qui s’y comptent désormais par milliers. Les émotions exprimées ici et là relèvent de la mise en scène. Ce qui arrive sert Israël dans l’immédiat parce qu’il élimine une source d’inquiétude et qu’il prépare le deuxième round de ce qui pourrait prendre l’allure d’une troisième guerre mondiale, au vu des implications internationales si l’Iran est attaqué. Parce qu’il s’agit là du prochain round. Après l’Irak, le Yémen, la Libye, l’Egypte, la Syrie…, ce sera autour de «l’ennemi principal» de tomber, c'est-à-dire l'Iran.

mardi 21 août 2012

Le pluralisme prometteur


Il y a désormais trois chaines radios privées qui émettent régulièrement sur Nouakchott, Mauritanids FM, Nouakchott info et Kobenni. La quatrième et la cinquième doivent suivre bientôt (Sahamedias et Tanwiir). Deux chaines de télévision diffusent déjà des programmes (Sahel TV et Chinguitt TV), tandis que la troisième affiche son projet (Al Mourabitoune). Si toutes les chaines radios ont eu la licence, seule Sahel TV a une licence. Les deux autres diffusent à partir d’ailleurs.
L’expérience est trop récente pour faire déjà une évaluation. Mais l’on peut dire que les radios ont ouvert le champ du pluralisme et du dialogue continu. On peut d’ailleurs leur reprocher de se laisser entrainer par l’aspect politique de la vie et par le flot des informations diffusées sur le net par les sites déjà décriés pour le traitement souvent tendancieux qu’ils font de l’information. Alors qu’on s’attendait à plus de social, plus d’économique, on est frappé par cette tendance à la facilité de coller à l’actualité politique, pourtant moins déterminante pour la vie du citoyen. Mais comme il s’agit d’une tendance générale on y sacrifie.
Ce n’est pas le cas des télévisions où le pluralisme culturel, l’innovation, le traitement des aspects sociaux de l’information semblent heureusement primer. Sur Sahel TV et Chinguitt TV, on est frappé par la richesse et la diversité des sujets qui touchent à la vie des populations. Ce sont ici des reportages sur le baobab et sur les différents usages que font les guidimankhais de ses feuilles, de ses racines et de ses fruits. Et là des visites aux commerçantes et commerçants du marché de la capitale pour savoir comment s’organise cet espace. Tandis que les deux chaînes proposent continuellement des programmes culturels : des chants (med’h principalement), reportages sur l’artisanat, portraits de grands poètes, présentation des trésors des villes anciennes… Sans oublier le côté divertissement avec des sketchs plus ou moins réussis.
Autant dire que nous avons désormais le choix de zapper et de retrouver quelque part quelque chose qui nous concerne directement et qui nous intéresse. C’est déjà bien.
Autre influence heureuse, c’est l’amélioration incontestable des prestations des médias dits officiels. Avec la réhabilitation de sa deuxième chaine (TVM2), la télévision de Mauritanie propose un package plus proche des populations avec notamment la domination du langage populaire : Hassaniya, Pulaar, Soninké et Wolof. Elle a même réussi à concevoir une émission dédiée à la jeunesse où les intervenants parlent toutes les langues nationales, où ils passent d’une langue à une autre et où ils donnent finalement la preuve qu’une Mauritanie qui communique, une Mauritanie qui met à profit sa diversité culturelle pour renforcer sa cohésion et son identité, que cette Mauritanie est possible. Grand bravo à Soya, Abdallahi et les autres.
Dans quelques jours, au plus quelques semaines, les médias officiels couvriront systématiquement toutes les activités des partis. Ils donneront la parole à tous les intervenants. C’est tant mieux. Mais ce qu’on peut exiger déjà de ces médias, c’est de s’intéresser à l’information plus qu’à celui qui la fait. Ce n’est pas un ministre qui rencontre un Ambassadeur dans ses bureaux de Nouakchott ou un président de la République qui envoie un message à son homologue de Papouasie qui font l’information, mais une pluie qui tombe sur l’Awkar, une crue dans la Vallée, une boutique Emel ouverte à Boura, une pépinière réussie à Foum Legleita, une campagne de vaccination du cheptel du côté de Adel Bagrou… Il y a de quoi meubler les 24 heures de programmes pour une télé et une radio. Surtout que sur ce plan, aucune des nouvelles structures ne peut concurrencer les chaines nationales.

lundi 20 août 2012

La pluie, le beau temps ?


On prête à feu Hassan II l’affirmation suivante : «A choisir entre un bulletin météo et un rapport de police, je privilégie le premier. Il peut être annonciateur de tensions». Pour le politique visionnaire qu’il fut, cette sentence doit valoir sous tous les régimes des pays comme les nôtres, ceux qui dépendent encore de la clémence d’un ciel souvent avare. C’est encore plus vrai pour la Mauritanie où tout dépend de la pluie.
La bonne humeur des gens, l’espoir de meilleures conditions, la bonne tenue du cheptel, les verts pâturages… tout cela participe à une atmosphère faite d’optimismes et d’indulgences. Les problèmes peuvent attendre, «les jours de sécheresse (de disette) étant plus nombreux».
Nous sommes dans la dernière dizaine d’août.
Si vous demandez à ceux qui ont 45 ans et plus, ils vous parleront déjà de «tawdji», une espèce d’automne local qui commence avec les vents chauds et qui finit par l’assèchement de la verdure, son «jaunissement». Les pluies d’août sont réputées pour leur inconstance, leur «caprice» : on dit que la pluie d’août mouille l’une des cornes de la vache sans toucher l’autre corne.
Pour un plus jeune, la saison des pluies ne prend que vers la fin de ce mois. Depuis des décennies, les temps ont changé, les prémisses annonciatrices de ces temps et des saisons ont aussi changé. Il y a eu comme un décalage qui nous fait dire que nous ne sommes qu’en début d’hivernage. Nos météorologues doivent penser à nous édifier là-dessus.
En attendant, peut-on espérer que notre encadrement national, que nos opérateurs politiques – la politique étant ici une entreprise plus qu’un hobby non lucratif -, que tous mettent à profit cet état de grâce fait d’espoirs après une année de sécheresse, pour accepter de se retrouver autour d’un minimum pouvant servir de tronc commun à un projet futur.
Nous allons devoir oublier les «dégage» et les «reste», pour changer de registre et faire de la politique. Faire en sorte de raffermir la démocratie, de faire avancer le projet d’Etat en le refondant, de réhabiliter les Institutions de la République, de renforcer le front intérieur par un minimum de cohésion nationale…
C’est possible et c’est à faire.

dimanche 19 août 2012

Le Maître Wul Al Çediq


Mohamed Abdallahi Wul Al Çediq n’est plus depuis ce matin. Je l’ai appris par Shaykh Ahmed Mezid Wul Abdel Haq, l’une de ces sommités du savoir islamique de chez nous. Il savait tout le respect que je vouais pour l’homme. Il n’y a pas longtemps, je lui demandais de m’accompagner pour le voir chez lui après tant d’années.
C’est que Wul Al Çediq a enseigné au collège de garçons de Nouakchott, la classe où j’étais entre 73 et 75. Il enseignait l’Instruction morale, civique et religieuse (IMCR), une matière qui faisait son introduction dans le système éducatif mauritanien, après avoir été réhabilitée comme enseignement originel. Cette réhabilitation participait à l’option «indépendance culturelle», axe essentiel de la fameuse trilogie de l’époque (indépendance politique avec la révision des accords avec la France, indépendance économique avec la nationalisation des ressources et indépendance culturelle avec l’arabisation et l’introduction des sciences religieuses dans le système éducatif).
La matière était détestée par les élèves qui y voyaient une exigence de plus d’efforts. En plus du mépris qu’on affichait à l’époque à tout ce qui était mauritanien, la mauritanisation du corps enseignant étant en cours, les élèves avaient plutôt tendance à déprécier l’enseignant mauritanien. Une attitude idiote certes mais qui expliquait largement les difficultés que devaient affronter les pionniers comme Shaykh Mohamed Abdallahi Wul Al Çediq, mais aussi d’autres qui ont eu à enseigner en ces moments-là et auxquels je rends hommage ici : Kane N’Diawar, Mohamed Ould Messaoud, Khadi Mint Cheikhna, El Bou Wul Awfa et j’en passe. A travers eux, c’est toute une génération d’enseignants qui ont participé à la formation de générations entières et à la mise en œuvre d’une politique éducative qui a donné un moule, un creuset… à l’époque…
 Wul Al Çediq fait partie de ces gens-là qui ont énormément apporté à la Mauritanie et aux Mauritaniens, toutes générations confondues. Je garderai cette transcription du nom qui donne la dimension «vérité» (al çedq) à son nom. Une valeur qu’il voulait cultiver chez nous en nous obligeant à dénoncer nous-mêmes quand quelqu’un perturbait le cours. Il ne demandait jamais aux élèves de dénoncer le fauteur mais faisait en sorte que celui-ci se fasse connaitre lui-même. Et comme cela n’était suivi d’aucune sanction méchante, le fauteur finissait toujours par culpabiliser et par se retirer du groupe des perturbateurs. Le dernier acte de sabotage dans la classe fut l’œuvre du plus méchant d’entre nous, celui qui trouva malin de tordre l’un des pieds du siège sur lequel s’asseyait le professeur. La chute produite ne fit rire personne. Et contrairement à l’éclat de rire attendu, ce fut une sourde désapprobation. Depuis ce jour, je ne me souviens pas que l’un des élèves de la classe a tenté un quelconque coup pour déranger le cours de Wul Al Çediq.
Je le raconte pour dire comment un être aussi frêle, aussi doux, donnant l’air d’être faible a pu imposer son ordre, sa carrure, sa loi à des adolescents un peu fous, un peu espiègles, très insouciants et peu responsables. Sans faire intervenir l’administration, sans jamais punir, au bout de quelques semaines, il réussissait là où tous les autres enseignants avaient échoué : son cours était suivi par l’ensemble des élèves qui lui vouaient un respect évident.
Le savoir de Wul Al Çediq était communiqué sans grands efforts parce qu’il venait de tout près. Il n’avait pas besoin de le maniérer pour le compliquer, il coulait à flots. Sans laisser son jeune auditoire au bord de la route. Il rapprochait les choses en nous taquinant sur nos origines sans jamais offenser, sur le «riz sec» que les uns ont mangé aujourd’hui, le «’aysh» que les autres ont mangé la veille.
Les leçons qu’il prodiguait n’étaient jamais oubliées quand elles sont assimilées. Et pour l’élève que je suis, plus de quarante ans après, j’ai toujours en mémoire trois choses de lui :
  1.  La diction que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs que chez les grands érudits de notre espace, une diction qui se perd avec les disparitions successives d’éminences comme Wul Addoud, Wul Bouçayri… Rappelez-vous ces voix et la manière de prononcer les mots, les intonations, les accents… uniques pour chacun… mais avec un fonds commun et c’est ce fond commun qui disparait sous les coups de la mondialisation.
  2. La calligraphie : Wul Al Çediq avait certainement un don extraordinaire, celui d’aligner les textes sur le tableau avec une rigueur extraordinaire et une beauté tout aussi pareille. De bout en bout sur le tableau. On hésitait parfois à effacer le tableau après un cours de Wul Al Çediq ; tellement c’était beau à voir…
  3. La simplicité qui dicte le respect. Pas besoin de muscles, pas besoin d’apparat pour se faire respecter. Dans la cour ou dans la classe, sa seule apparition faisait baisser les voix en disciplinant un espace fait de folies et d’insouciances…
… Je rends hommage ici à cet enseignant qui a finalement été l’un des géants du savoir religieux de ces contrées et dont la notoriété l’a amené à exercer dans le Conseil de l’Iftaa (fatwa) aux Emirats Arabes Unis. Ce géant a fini sa vie parmi nous, à côté de nous, en toute humilité, sans jamais nous avoir demandé de le célébrer, de le consacrer, de lui rendre ce que nous lui devons : une immense reconnaissance.

samedi 18 août 2012

Vieux problèmes de traductions


Il y a quelques mois je fus invité par un groupe de gens de lettres à partager une réflexion autour de la traduction de la poésie locale en Français. Passer du Hassaniya, du Pulaar, du soninké, du Wolof au Français n’est pas tâche facile. Grâce à la persévérance de certains d’entre eux, nous étions parvenu quand même à traduire quelques chefs-d’œuvre dont le poème (tal’a) de Baba Ould Haddar, l’un des éminents héritiers d’une école qui a fait toute la grandeur du Sud-Ouest mauritanien et dont il reste l’une des incarnations. Une traduction en deux temps que je vous livre ci-après :
«msha yaamis maa ‘adhamnaah
e’la Llaah el hamdu liLlaah
wulyuum uura yaamis shifnaah
wuddahr ellaa dhakiivu taam
ilyuum içub’h ella vigvaah
subhaanak yalhay el gessaam
dhaak issub’h ishviih u shuraah
wajnaabu dhuuk ishviihum laam
had il yuum u haadha mahtuum
viddahr ilaa rad ittikhmaam
eddahr ella yaamis wu lyuum
wuçub’h eddahr ethlet eyaam»

Premier temps :
(hier est parti sans en exagérer/
devant Dieu son départ, Dieu merci/
aujourd’hui après hier on le voit/
et le Temps est comme cela/
aujourd’hui, demain le suit/
(Il faut trouver la traduction exacte de ces prières)
et demain est là-bas, qu’y a-t-il et quoi après/
que réserve-t-il dans ses entrailles/
si quelqu’un, et c’est fatal/
médite le Temps aujourd’hui/
le Temps, c’est hier, aujourd’hui/
et demain, le Temps c’est juste trois jours)

Deuxième temps :
(Hier est parti.
Sans en exagérer devant Dieu le départ,
Dieu merci aujourd’hui après hier se fait voir ;
et le Temps est comme cela et demain est là-bas ;
quoi en cet endroit, et quoi après, quoi dans ses entrailles,
si quelqu’un - et c’est fatal - médite le Temps, aujourd’hui/
le Temps c’est juste hier  aujourd’hui
et demain ;
le Temps c’est trois jours).

vendredi 17 août 2012

Se prononcer quand même

Sur ce qui se passe dans le Nord du Mali, nous avons entendu ceux de chez nous s’exprimer sur les dangers de la partition de ce pays, mais aucun mouvement, aucun parti, aucune personnalité n’a commenté le choix des groupuscules islamiques de faire appliquer la Chari’a. alors qu’il s’agit là d’une question fondamentale. Appliquer la Chari’a où et comment ? par qui et «sur» qui ?
L’objectif déclaré des groupes jihadistes est de faire régner la Chari’a sur la terre (toute entière) et non en terre malienne seulement. La Chari’a est déjà appliquée dans les parties occupées par les Jihadistes dans le Nord Mali. Ces mouvements entendent poursuivre pour l’imposer à tout le Mali, à la Mauritanie, à l’Algérie, au Niger, au Sénégal, au Maroc… aux pays environnants en attendant la conquête du monde et le règne de «la Justice de Dieu».
Qu’en pensent nos Ulémas toujours prompts à s’exprimer sur la chose publique ? qu’en pensent la mouvance islamiste en général, nos Salafistes en particulier ? qu’en pensent les Islamistes modérés ? et les nationalistes arabes ? et les nationalistes négro-africains ? et les anciens du PPM ? et les Kadihines ? et les communistes résiduels ? qu’en pensent les partis de la Majorité ? et ceux de l’Opposition ? qu’en pensent nos ONG, particulièrement celles des Droits humains ? et nos syndicats ? et nos journalistes ? et nos commentateurs anonymes (et lâches) ?
Il est de temps de se prononcer sur cette question. Ou avons-nous peur de trahir nos secrètes intensions, ou de nos aliéner une certaine opinion publique plutôt favorable à ces choix ?