samedi 19 mai 2012

Dérives dangereuses


C’est à Radio Mauritanie (Radio du Coran) que j’ai entendu un faqif parler des statuts dans la question de la tutelle en cas de mariage. Il commença par le statut du… maître, puis passa à celui de …l’esclave. Sur Radio Mauritanie !!!
Quelques jours avant, je lisais sur le site alakhbar.info que le conseiller en matières religieuses du Premier ministre avait tenu des propos sur les mêmes antennes, des propos pour le moins réactionnaires sur la possibilité pour la femme d’accéder à des postes de commandement, y compris la présidence. Il aurait dit qu’il fallait éviter d’avoir une femme à la tête du Sénat parce qu’il y avait «un risque» de la retrouver à la tête des affaires. Pour la Magistrature et certains postes, il n’était pas «permis», selon lui, de nommer des femmes à ce poste.
Le vendredi de la semaine d’avant, le prêche de l’Imam de la mosquée centrale de Nouakchott avait profité de la cacophonie produite par l’autodafé de Riyad, pour demander une réforme constitutionnelle pour conformer tous les textes à la Chari’a. Oubliant que le texte fondamental a toujours mentionné que la Chari’a était la source de la législation mauritanienne. Que par conséquent, tous les textes adoptés par les organes législatifs sont supposés se conformer à la Chari’a. Que seul le Haut Conseil Islamique (HCI) est habilité à en juger…
C’est justement le lieu de faire jouer un rôle à cette institution de la République qui semble ne rendre aucun service à la Nation qui l’entretient pourtant. Il est temps que le HCI se prononce pour réguler les propos des Ulémas et autres Fuqahas d’aujourd’hui. De remettre de l’ordre dans le secteur des prêches qui ont une prétention religieuse. Il est temps de dire à ceux qui s’instituent en législateurs, que la République à ses institutions qui sont seules habilitées à légiférer. De leur dire qu’ils doivent impérativement adapter leurs propos aux exigences de cette République qui se fonde sur l’égalité des citoyens, sur la reconnaissance de leur liberté.
Il ne doit pas y avoir des règles qui valent pour les uns et non les autres. Il n’y a plus de «maîtres» et d’«esclaves» au sens de la loi qui vaut pour tous.
Le statut du personnel, adopté il y a quelques années en Mauritanie comporte certes quelques aspects «obscurantistes», mais reconnait les droits fondamentaux des individus, hommes et femmes, et fixent les règles du jeu social. A l’époque, il avait même fait un passage devant le HCI, ce qui lui donne une force de plus.
Aujourd’hui, le HCI doit intervenir pour rappeler à tous qu’il n’existe qu’une seule loi en Mauritanie, celle qui reconnait à chacun sa liberté, ses droits dont la possibilité de disposer librement de sa personne et de ses biens.
A la HAPA aussi d’interpeller les organes publics pour leur rappeler les desseins de la Mauritanie moderne. Le contrat social qui nous lie est celui qui vise à travailler en vue d’instaurer une conscience citoyenne, une société égalitaire, libérée des pesanteurs du passé.
Aux Ulémas, surtout ceux qui interfèrent facilement dans les affaires publiques, de réagir pour nous dire ce qu’ils pensent de ces questions qui se posent à notre société d’aujourd’hui. Des questions dont la réactualisation signe une régression – au sens psychanalytique – qui commence par l’énonciation d’une logomachie qu’on peut juger anodine, tout en se terminant par la remise en cause des principes fondateurs de la Modernité.
Tous les Mauritaniens sont concernés par cette bataille-là. Cette bataille qui ne fait que commencer chaque fois que l’on croit l’avoir vidée.

vendredi 18 mai 2012

La MAI dans les mailles


Les déboires de la Mauritanie Airlines International (MAI) commencent à (re)faire surface. Il y a une semaine, un avion de la compagnie est revenu après un atterrissage «compliqué» sur l’aéroport de Tunis. Officiellement «on» avait invoqué une panne technique pour justifier le retour de l’avion qui avait pour destination initiale Le Caire. C’est là-bas que l’avion devait, soi-disant, faire un entretien.
On peut se demander pourquoi choisir Le Caire, alors qu’à Casa il y a l’un des plus grands centres d’entretien Boeing de la région. Beaucoup de supputations là-dessus. Soit, les propositions au Caire sont plus «juteuses». Soit, c’est l’occasion pour quelque responsable de partir, avec famille, profiter de vacances touristiques au pays des Pharaons. Soit les deux.
Quoi qu’il en soit, on doit noter l’absence de partenaire stratégique pouvant palier aux problèmes de maintenance. Pour une flotte relativement vétuste.
En effet, les avions achetés à prix fort : une quarantaine de millions dollars. Les deux qui sont les plus vieux ont été achetés à raison de 7,5 millions à une compagnie tchèque (CSA). Ce sont ces avions qui posent problème.
Il y a quelques jours l’un de ces avions a quitté la piste de l’aéroport de Bamako, au moment du décollage. Selon les premières indications, il s’agirait d’une défaillance structurelle, une sorte d’asymétrie qui monte avec la puissance du décollage. Quand l’avion fait plein gaz, l’un des moteurs faiblit brusquement et l’appareil se retrouve porté vers le côté par la poussée du moteur en puissance. C’est arrivé plusieurs fois, au moins trois selon certains commandants de bord.
Que ce soit à Tunis ou à Bamako les pannes invoquées ne seraient donc que prétextes pour cacher quelque chose de plus grave.
Il se trouve justement que l’Inspection Générale d’Etat se trouve actuellement dans les locaux de la MAI. Les inspecteurs doivent, entre autres centres d’intérêt, s’attarder, le temps qu’il faut, sur le marché passé pour l’achat des trois appareils, en demandant notamment l’avis des avocats-conseils de Paris. Entendre aussi tout le personnel, surtout les pilotes qui ont le devoir moral de les renseigner sur l’état réel des appareils.
L’idée de juger de l’opportunité de la création d’une compagnie nationale n’est plus à l’ordre du jour. Il faut à présent lui éviter le sort de la défunte Air Mauritanie. Tout en rappelant que celle-ci a servi le pays pendant plus de quarante ans, alors que la MAI n’a pas trois ans d’existence et qu’elle se débat déjà. Sauver ce qui peut l’être encore.

jeudi 17 mai 2012

Une France nouvelle pour l’Afrique


Au moment où la victoire de François Hollande a été annoncée, ma fille me demandait : «Est-ce qu’il va garder Alain Juppé comme ministre des affaires étrangères ?» Je lui expliquai longuement pourquoi il ne pouvait le faire, pérorant sur les familles politiques et les changements promis par Hollande. «Alors crois-tu qu’il va prendre Laurent Fabius ?» Pour elle, «il n’y a que lui qui puisse préserver cette prestance, ce sérieux et cette compétence qu’affiche Alain Juppé». Je lui ai annoncé dès hier la nomination de Fabius…
La France nouvelle changera-t-elle sa vision de l’Afrique ? Une chose est sûre : quatre des grands ministères seront concernées, de près ou de loin, par les rapports avec nos pays. Que ce soit le ministère des affaires étrangères, celui de la défense, celui de l’intérieur et le ministère délégué au développement qui prend la place de la coopération. On peut ajouter l’incidence «mentale» de l’arrivée dans le gouvernement de quelques personnalités d’origines maghrébines ou encore originaires d’Outre-Mer. Mais revenons à celui que la petite de seize ans espérait pour remplacer Juppé.
A 65 ans, Laurent Fabius est l’une des valeurs sûres de la France d’aujourd’hui. Il incarne «une certaine idée de la France». Celui qui considérait en 2004 que la France «flotte», et qui appelait à relancer le «rayonnement de la France», notamment par un redéploiement diplomatique qui lui permette de reprendre la place qui est la sienne.
Indépendance, respect et co-développement. Trois mots qui permettront à Laurent Fabius de recentrer la politique extérieure de la France et à l’Afrique de reprendre confiance dans un partenariat possible.
Le premier dossier est certes celui de l’insécurité au Sahel, avec notamment la recherche d’une solution pour les otages français. C’est le sens de son entretien avec le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, entretien qui a été l’un des premiers actes du nouveau quinquennat. Une manière de dire aux Français que le Hollande accusé de méconnaitre les dossiers internationaux, de se lancer immédiatement dans le plus brûlant d’entre ces dossiers, celui du Sahel.
Autre ministre dont la relation avec l’Afrique et ses peuples sera mise à contribution pour apaiser le climat malsain entretenu par le sarkozysme durant toutes ces années, celui de l’intérieur. Les polémiques sur l’immigration qui ont largement profité au Front National, ont été le fait du ministère de l’intérieur, un moment avec Brice Hortefeux, un autre avec Guéant. Le nouveau ministre de l’intérieur, Manuel Valls est à l’opposé des méthodes et des convictions de ces deux hommes. Un peu le Messie qui va libérer de l’Antéchrist qui a sévi jusqu’à présent.
En fait tout dans le nouveau gouvernement français nous indique la rupture. La parité d’abord : 17 femmes sur 34 postes. Les ministres issus de l’immigration et ceux «colorés» d’Outre-Mer. Et, enfin, les premières déclarations du Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui a dit que «c’est l’exemplarité» qui importe en terme de philosophie dans le nouveau gouvernement. «Je proposerai également une charte de déontologie pour que les ministres ne mélangent pas les genres». Cette charte portera notamment sur les conflits d’intérêt et le cumul des mandats, et chacun devra la signer, a-t-il précisé.

mercredi 16 mai 2012

La leçon de Cheikh Mohamd el Mamy


J’aurai pu dire «l’une des leçons de Cheikh Mohamd el Mamy», tellement la vie et l’œuvre de cet érudit, véritable génie de son temps, a été studieuse pour ses semblables, contemporains et suivants.
C’est à lui que nous devons, entre autres concepts, la formule «al mankib al barzakhi» pour désigner cet espace qui allait devenir la Mauritanie. Il décrivait cet espace comme une espèce de «transition» entre le «Bilad el Makhzen» où règne l’autorité des Monarques alaouites, où il y a un semblant d’ordre, et le «Bilad Essoudaane» des confins soudano-sahéliens où cet ordre et cette autorité étaient absents, mais où règnent des Almamys aux fortunes diverses. Ce «mankib el barzakhi» se confond pour lui avec le «bilad essiba», un espace sans loi, sans ordre…
Nous en avons conclu qu’il s’agissait de décrire ce pays comme «une portion du Purgatoire», une sorte de ressac où les vagues viennent s’écraser, avant de reprendre avec force l’assaut des berges escarpées, de revenir sur elles-mêmes pour finalement revenir s’écraser… mouvement infini de vanité, de bruit et de fureur… éternité d’un mouvement qui dicte à la vague de venir s’écraser contre les parois rocheuses et qui donne à celles-ci la force de résister devant ces assauts qui n’en finissent pas d’être lancés.
Le tournis que produit ce mouvement dans le ressac, est semblable à l’effet produit par la contemplation de cette «portion du Purgatoire», cette «transition» entre deux mondes, cette «wagha» entre deux rives… Les contemporains de Cheikh Mohamd el Mamy ne pouvaient saisir la vision du sociologue-anthropologue-érudit-poète-grammairien-astrologue-mathématicien-historien… qu’il fut…
Nous voyons depuis une cinquantaine d’années se dérouler devant nous le spectacle de ce «mankib al barzakhi», où les lois de la nature sont détraquées, où celles des hommes sont faites pour être violées. Où les jours se suivent et se ressemblent. Où l’horizon n’est jamais visible. Où la réalité n’est jamais perceptible dans sa vérité. Où l’imaginaire est prisonnier d’un sérieux qui n’en est pas. Où la vérité ne compte pas. Où tout va en se détériorant. Où le temps ne passe pas. Où l’Histoire est une négation du Progrès. Où les hommes sont pris d’une frénésie qui les empêche de voir au grand jour.
Le vénérable Cheikh Mohamd el Mamy avait trouvé que le meilleur pour lui et ses semblables, habitants de ces contrées qui ont vu s’effacer l’ordre et le temps, c’était de toujours savoir ce qu’on voulait et de ne jamais donner l’impression de courir derrière.
«wa nudriku maa nuuridu wa laa taraana/’alaa aathaarihi mutashadidiina»
Une qualité que de savoir avec précision ce qu’on veut. Une vertu que de pouvoir s’abstenir d’exprimer avec fracas ce désir. Une qualité et une vertu perdues aujourd’hui.
N’est-ce pas l’un de nos plus gros handicaps que celui de ne jamais savoir ce qu’on veut ? de toujours déclarer une intention, de déployer une stratégie qui sied pour une autre, de le dire de mille manières, de façon à noyer le sujet et à rester dans ce «flou artistique» qui laisse place à toutes les interprétations. On continue de tourner en rond à cause de cela…
Et pendant que nous tournons en rond, le monde avance autour de nous, la terre tourne, les hommes changent… et nous ?
Notre élite aspire à la Modernité, du moins normalement. Mais est-ce que son comportement quotidien exprime ce désir ? ses faits et gestes nous disent-ils ce que cette élite veut: le statu quo ou le changement social ?
Nos politiques revendiquent la démocratisation. Qu’est-ce qui nous le dit ? que font-ils pour cela ?
Nous voulons la transparence, la bonne gouvernance, la lutté contre la gabegie, une meilleure utilisation des ressources au profit de la communauté et non des particuliers… Et en même temps nous cherchons à perpétuer les comportements antérieurs, l’ordre ante, continuer à entretenir les intermédiaires politiques par les prébendes…

mardi 15 mai 2012

Satisfaisant et prometteur


Le politique éclipse l’économique. Ce ne sont pas les propos de la mission du FMI qui vont retenir l’attention plus que le retrait-objection des députés de la COD lors de l’ouverture de la session parlementaire, jugée illégale par cette même COD sans pour autant empêcher ses élus d’y participer… Retrait en signe de protestations contre les propos du président de l’Assemblée nationale…
La mission du FMI a séjourné deux semaines dans notre pays. Deux semaines qui lui ont permis de s’entretenir avec l’ensemble des segments de la société mauritanienne : partis politiques (y compris opposition), société civile, opérateurs économiques…
Il s’agissait pour la mission de faire le bilant de 2011 et, en même temps, une évaluation de la quatrième revue du programme Mauritanie. Elle aura permis d’enregistrer les résultats satisfaisants de l’économie mauritanienne.
4% de croissance du PIB malgré la sécheresse dont les effets ont fait baisser la production agricole d’environ 30% et malgré aussi les effets de la crise mondiale qui se manifeste par la hausse des prix des denrées alimentaires et des hydrocarbures. L’augmentation de la facture énergétique a coïncidé avec une baisse des prix de minerais sur le marché mondial, d’où la diminution des revenus provenant de ces minerais.
5,7% c’est le taux d’inflation enregistrée pour la période évaluée. Le FMI estime que c’est là un niveau qui indique la maîtrise de l’inflation, en considérant les chocs exogènes. Le déficit budgétaire équivaut à 0,2% du PIB, «reflétant un très bon recouvrement des recettes, y compris celles générées par le secteur minier, qui a plus que compensé les dépenses d’urgence occasionnées par le programme de solidarité 2011». Pour dire que la mobilisation exceptionnelle des ressources en vue de faire face aux effets de la sécheresse et de la montée des prix, n’a pas détérioré de façon considérable les performances budgétaires.
503 millions dollars, c’est le montant des réserves actuelles. Ce qui couvre environ 3,5 mois d’importations. Tout en entrant en jeu dans la stabilisation de la monnaie. L’excédent de trésorerie au niveau intérieur est excellent. Ce qui, aux yeux des experts du FMI, a permis à l’Etat de solder une partie importante de sa dette intérieure. Mieux, les taux d’endettement ont considérablement baissé atteignant 2,75% au lieu des 14% pratiqué durant trois décennies. Cela veut dire que l’Etat n’a plus besoin d’emprunter, du coup les intérêts sur les bons du trésor ont diminué. Ce qui ouvre la voie à l’utilisation des ressources financières des banques pour des actions de développement. Les économies ont permis à l’Etat de mobiliser 70 milliards d’autofinancements, utilisés dans les projets d’infrastructures engagés un peu partout dans le pays.
Les experts du FMI estiment que la bonne tenue des revenus miniers, l’excellence des recouvrements des douanes et de la direction des impôts, expliquent largement ces performances de l’économie mauritanienne. Même s’ils estiment qu’«il faut plus pour réduire le chômage et la pauvreté». Le chômage est chiffré à 30%, la pauvreté à 42%.
Le programme Emel 2012 a connu selon eux de grandes améliorations par rapport au programme Solidarité 2011. Il s’agit d’une réponse d’urgence qui vise à atténuer les effets de la sécheresse. Mais c’est l’enquête sur la pauvreté en cours qui va déterminer les niveaux et les méthodes d’intervention visant à améliorer les conditions de vie des populations.
Revenir à la vérité des prix des hydrocarbures est l’un des objectifs fixés pour l’année 2012. Le FMI estime que la subvention profite aux couches riches et non à celles vulnérables. C’est normal que les voix s’élèvent dans les milieux politiques et journalistiques aisés qui sont les premiers à subir les effets de la fin des subventions. Elles seront remplacées par des aides directes qui seront versées en espèce aux familles les plus nécessiteuses.
La détérioration temporairement des prix des minerais (-25%), la crise mondiale et les aléas du climat n’empêche pas de voir l’avenir immédiat en rose. Les réserves de change atteindront 520 millions dollars, soit 3,8 mois d’importations. L’inflation ne dépassera pas 6%, tandis que le taux de croissance passera la barre des 7%.
L’occasion pour la mission du FMI de féliciter les autorités pour la mise en œuvre des grandes réformes. «On a enregistré d’importants progrès dans l’amélioration du climat des affaires, de concertation avec le privé et d’élaboration d’un nouveau Code des investissements».
Suite à cette mission et vu le satisfecit exprimé, «nous comptons recommander au Conseil d’Administration du FMI qui se tient le 4 juin prochain, l’approbation de la quatrième Revue. Ce qui occasionnera des décaissements nouveaux au profit du pays».

lundi 14 mai 2012

La cause oubliée


Nos peuples ont-ils fait une trêve avec Israël ? ont-ils oublié la Palestine et «la cause» ? Toute la mobilisation autour de la question du sort des prisonniers palestiniens dans les geôles palestiniennes, ne prend pas. L’acquittement des éléments de l’Armée israélienne coupables d’avoir tué 23 membres d’une même famille en janvier 2009 à Gaza, n’a pas lui non plus suscité d’émoi public.
Le «printemps arabe» est passé par là… L’une des conséquences «évidentes» (visible) des rébellions populaires dans les pays arabes, c’est bien qu’on parle de moins en moins de Palestine et des souffrances du peuple palestinien.
Nous sommes, en Mauritanie par exemple, passés d’une instrumentalisation excessive de la question, vers une sorte d’indifférence qui ne dit pas son nom. Avant, on ne pouvait pas nous réunir sans arborer les drapeaux de l’Etat palestinien, sans proférer les slogans des mouvements de libération, sans fustiger Israël et ses alliés. Cela fait plus d’un an que «la cause» ne mobilise plus.
On peut être heureux de voir les Mauritaniens se rassembler autour de questions qui les concernent plutôt que des questions qui sont «plus loin» géographiquement de nous. Mais on est en droit de s’inquiéter quand on voit cette absence de la scène d’une cause qui a été au centre de toutes nos préoccupations.
La première révolution arabe, celle du début du 20ème siècle, s’est faite autour de la revendication d’indépendance et de libération du joug Ottoman et Occidental. La deuxième révolution s’est faite au nom de la recherche de l’unité de la Nation arabe. Elle a eu pour source nourricière la récupération des terres palestiniennes et la lutte contre Israël, considéré la source de tous les maux de la Nation.
Profondément antioccidentale, cette révolution a produit les dictatures que la troisième révolution a emporté en partie. Cette révolution en cours est fortement soutenue par l’Occident. Sous prétexte qu’elle a pour inspiration la démocratie.
Est-ce ce soutien qui fait oublier la Palestine ?

dimanche 13 mai 2012

La liberté d’expression à la base


La célébration de la fête du 3 mai a coïncidé avec le lancement officiel de la radio privée Mauritanid FM (MFM). Dans la réalité, elle émet depuis quelques semaines. Et déjà elle est la première radio écoutée à Nouakchott. La couverture des informations, le pluralisme de l’expression, les débats, l’implication des auditeurs… tout cela participe à donner une longueur d’avance considérable à la première radio privée du pays.
Depuis l’expérience de la Radio citoyenne durant la première transition, on n’a plus d’inquiétudes concernant les dérives verbales sur les ondes. Les émissions et les échanges sur les ondes MFM confirment la responsabilité de l’auditeur mauritanien, à quelque niveau que ce soit…
Nombreux sont ceux qui s’inquiètent pour la Mauritanie qui risque selon eux des dérives inévitables. Oubliant que "là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve", selon l’heureuse expression du poète allemand Friedrich Hölderlin.
«Ce qui sauve», c’est, à la base, cette liberté d’expression qui ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. L’un des maux de notre société d’aujourd’hui, c’est justement le refus d’en user, voire d’en abuser.
Au lieu d’assumer nos écrits et nos positionnements, certains d’entre nous, par lâcheté plus que par peur des conséquences, préfèrent utiliser l’expression sous le couvert de l’anonymat. Ceux d’entre nous qui cherchent à réhabiliter les réflexes anciens, restaurer l’ordre qui prévalait, préfèrent les graffitis, les tracts… et donc fatalement la vulgarité dans l’expression, les excès dans le langage. Ce qui participe à la décrédibilisation de la parole publique, déjà largement entamée. Et fait partie des aspects de la résistance engagée pour empêcher les transformations de notre société.
En ces heures de questionnements, nous avons besoin d’entendre nos intellectuels indépendants, au sens de l’autonomie. Pas ceux qui sont liés à la ligne d’un parti ou d’une idéologie de parti. Pas ceux non plus qui se réclament d’une orthodoxie stérile.
Nous avons besoin d’une conscience critique et libérée des pesanteurs qui nous empêchent d’avancer. Nous avons besoin d’une explosion de créativité et de création pour nous miroiter des pâturages meilleurs vers lesquels nous pourrons nous diriger. Nous avons besoin d’affirmer notre diversité dans l’unité de notre espace…
…De quoi fonder une société égalitaire, une conscience citoyenne fondée sur le principe de la solidarité, ayant pour seul objectif l’accomplissement de l’homme et son émancipation. Son bonheur en somme.