jeudi 1 mars 2012

Traduire, c’est trahir


J’ai lu sur certains sites arabophones de Mauritanie, la reprise de propos que le Président Amadou Toumani Touré du Mali aurait eu sur les ondes de RFI. Comme quoi il aurait ouvertement accusé notre pays d’être derrière la rébellion touarègue. Il se trouve que j’avais entendu cette interview accordé à Alain Foka présentateur vedette de l’émission «Le débat africain». Je suis allé à la recherche de l’interview de peur d’avoir raté quelque chose. J’ai eu une transcription faite par la presse malienne. Je vous la propose en lecture :
ATT sur RFI: «Je suis prêt à partir…»
Le Mali doit organiser, au mois de juin, une élection présidentielle dans un climat de guerre dans le nord du pays. Depuis le 17 janvier dernier, le Mouvement de libération de l’Azawad (MNLA) et d’autres rebelles touareg mènent une offensive visant à obtenir l’indépendance de cette région. A ceux qui accusent le président malien de ne pas vouloir mettre fin à cette rébellion qui entraverait le bon déroulement des élections et qui lui permettrait ainsi de se maintenir au pouvoir, Amadou Toumani Touré confirme l’organisation des élections et se dit «prêt à partir».
Nous mettrons tout en œuvre pour que les conditions soient réunies et qu’au plus tard, le 10 juin, nous ayons un président de la République librement et démocratiquement élu. Cela fait 50 ans que le problème du Nord existe. Nos aînés l’ont géré ; nous le gérons et nos cadets continueront à le gérer. Ce problème ne finira pas demain. Par conséquent, je ne crois pas que cela soit censé de penser que la meilleure manière de rester, c’est de faire la guerre.
S’il y avait à choisir entre le Mali et la guerre, je choisirai le Mali. Je suis prêt à partir ; je m’en irai et je souhaite, de tout mon cœur, que le Mali ait un président démocratiquement élu. Ce sera une victoire de la démocratie, bien plus importante que celle de la guerre.
Cela me fait mal d’entendre dire que je laisse faire une guerre pour pouvoir rester au pouvoir. Rester à faire quoi ? Je suis déjà parti. Je partirai. D’abord, je respecte la constitution que j’ai faite moi-même et ensuite j’aurai une autre vie après le pouvoir.

Amadou Toumani Touré considère que l’intégrité du territoire n’est pas menacée et qu’il n’y aura pas de période de transition.
Il n’est dit dans aucun article de la constitution, qu’en cas de menace de l’intégrité du territoire, une période de transition est prévue. Quoi qu’il arrive sur le terrain, la mission fondamentale des forces armées est celle d’organiser les élections libres et transparentes.
Ceux qui parlent de transition sont ceux qui sont pressés d’être ministres et convaincus de ne pas arriver au pouvoir par la voie des élections. Vous me parlez d’officiers qui peuvent décider de prendre le pouvoir puisque – disent-ils – je ne veux pas mettre fin à cette rébellion dans le nord du Mali. Mais qui sont-ils ? Je ne les ai jamais rencontrés. Que ce soit clair dans la tête de chacun : il y a des gens (des hommes politiques et des hommes de tous bords) qui sont déjà en train de faire leur petit chemin, parce qu’ils ne veulent pas qu’il y ait des élections et je pense que le plus mauvais service que l’on puisse rendre à notre pays, c’est de ne pas les organiser.

Le nord du Mali est confronté au problème du terrorisme avec notamment la présence du groupe terroriste al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui s’y est développé pendant les dix dernières années – les dix ans de mandat du président Amadou Toumani Touré. A ceux qui l’accusent de laxisme avec le mouvement, il répond qu’il s’agit d’une menace internationale et appelle les Etats de la région à le combattre ensemble.
Aqmi vient de tuer 70 jeunes Maliens. Vous pensez que nous avons été laxistes ?! Il y a deux, trois ans, nous avons perdu une trentaine de jeunes Maliens dans la guerre contre Aqmi. Vous pensez que nous avons été laxistes ?! Aqmi est une menace venue d’ailleurs ; c’est une menace internationale et c’est une organisation qui a des revendications plus lointaines qu’on ne le croit. Aqmi est internationale et interrégionale.
Nous pensons que pour combattre Aqmi, un seul pays n’a pas les moyens suffisants. La guerre contre le terrorisme n’est pas seulement militaire ; c’est un problème de développement, de sécurité et de défense.
La solution contre Aqmi ? Nous l’avons. Depuis 2006, j’ai demandé une conférence de chefs d’Etat et je n’ai pas réussi à l’avoir. Nous avons perdu six ans. Aqmi est une organisation internationale et transfrontalière ; la réponse doit être, par conséquent, transfrontalière. Comment font ces hommes pour vivre ? Où se rabattent-ils ? Où est-ce qu’ils mangent ? Le Mali s’est dit qu’il faut approuver un programme de cinq ans et créer une cohabitation qui ne soit pas profitable à Aqmi. Nous devons planifier et dégager des textes juridiques avec les pays de la région et occuper, avec nos armées, toute cette zone saharo-sahélienne.
Les gens d’Aqmi sont en mouvement constant, allant de frontière à frontière et c’est pour cela qu’il faut que, tous ensemble, on bloque. Le Mali est partisan de tout cela.

Le trafic de drogue est également un des points clefs de cette interview. Le président malien s’insurge lorsque des complicités au sein de sa propre armée sont évoquées et qu’on le soupçonne de fermer les yeux.
Ce n’est pas vrai ! S’il y a des complicités, c’est au niveau du MNLA. Les 300 à 350 véhicules qui se promènent dans cette bande ont besoin de carburant ; de pneus ; d’huile ; de réparations. Tous ces narcotrafiquants ont besoin de logistique et d’alimentation. Qui les nourrit ? Où se ravitaillent-ils ?
Pour quelles raisons fermerions-nous les yeux ? Nous nous battons contre un trafic transfrontalier ; nous détenons des hommes ; nous les mettons en prison… et vous pensez que nous fermons les yeux ?! C’est une accusation gratuite. Pour arriver jusqu’ici, la drogue est bien partie de quelque part. Nous, on ne plante pas de drogue dans le désert ; il n’y a pas un arbre qui pousse. Donc, d’où est-ce qu’elle vient ?
La drogue est intercontinentale ; elle ne nous est pas destinée mais nous sommes une zone de passage, malgré nous. Lutter contre ce trafic exige un large dispositif qui implique plusieurs pays, plusieurs continents et plusieurs services qui ont, chacun, une part de responsabilité. Par conséquent, dire que nous fermons les yeux, c’est trop dire. Nous nous battons avec les moyens que nous avons. (Source: RFI) 
Pas besoin de commentaires…

mercredi 29 février 2012

Le verre à moitié plein…


A Nouadhibou, l’activité reprend. C’est une ville qui revit. La circulation de l’information et la multiplicité des débats lui donnent l’image d’un gros village. Dans chaque salon, dans chaque espace dédié à la discussion, on retrouve les mêmes thèmes. Le foisonnement social et politique est à son comble dans la perspective de la visité présidentielle prévue le 13 mars.
Ce matin on a appris que la mission de l’UPR, parti au pouvoir, ne viendra pas jeudi mais qu’elle tiendra une réunion à Nouakchott. On veut bien faire entendre que le parti ne cherche pas à exploiter la visite, qu’il n’a demandé aucune aide financière des hommes d’affaires, qu’il ne mobilise que les militants… Quelqu’un oppose que si les résultats de l’implantation étaient authentiques, et si chacun des 42000 adhérents du parti se mobilisait lui-même, on aurait le plus grand meeting de l’histoire politique du pays.
Mais au-delà des ressentiments, des discussions politiques enflammées, on sent la vie reprendre le dessus. Il y a quelques mois, on disait de Nouadhibou qu’elle s’abandonnait à un sort inéluctable : celui de se retrouver ensevelie sous la poudre dégagée par les usines de farine de poisson chassées d’autres contrées et trouvant la possibilité de s’établir ici. Chômage, rareté de la ressource, basse de l’impact des sociétés minières… Assez pour créer une atmosphère de morosité. Aujourd’hui l’activité reprend.
A l’hôtel Sahel où je suis, la présence massive d’européens est surprenante. On m’explique qu’il s’agit essentiellement d’opérateurs espagnols venus prospecter le marché du poisson et, pour certains, celui des services pour les sociétés minières surtout Tasiast qui commence à avoir une réelle incidence sur la région. On me dit qu’elle a lancé la construction de 3000 logements près de sa base, sur la mer pour héberger ses travailleurs expatriés au lieu de continuer à louer pour eux sur les Iles Canaries.
La SNIM, par l’intermédiaire de sa Fondation, va lancer la construction d’un hôpital moderne. La ville est quadrillée de routes renforcées en attendant d’être goudronnées. Partout des engins et de l’activité. Les bidonvilles ne sont plus visibles, du coup la misère frappe moins le regard.
Les opérateurs du tourisme se plaignent de la concentration des formalités au point d’entrée à la frontière nord. «Les touristes qui ont déjà perdu quatre jours pour avoir les visas à Paris ou à Rabat, sont pressés de quitter la région et ne passent pas par Nouadhibou». Ils souhaitent qu’il y ait une formalité (assurance, visa…) qui les obligerait à passer ici.
Depuis toujours, Nouadhibou est «plus ville» que Nouakchott. Les gens ont une conscience de quartier, le sens de l’anonymat, de l’individualité, en même temps le respect de l’autre… Pourtant cela n’empêche pas ces jours-ci la résurgence des particularismes régionalistes. Les autochtones face aux allochtones. Les gens du Hodh, ceux de l’Assaba, ceux du Trarza, du Brakna, de l’Adrar, du Gorgol, du Guidimakha… chaque groupe se réunit en fonction de l’appartenance régionale. On coordonne en fonction de cela. On fait des collectes…
La ruralité a fini par rattraper la ville qui devait être à l’avant-garde de la Modernité, négation de ces considérations sectaires.

mardi 28 février 2012

Les contrôleurs de pêche


Les vérités des uns… C’est devant la Wilaya de Nouadhibou que je fus interpellé par un groupe de jeunes contrôleurs des pêches. Ils sont là chaque jour pour rappeler leur situation aux autorités. En réalité, tous les foyers de mécontentement se ravivent en ces jours où l’on parle de la visite prochaine du Président de la République. A Nouadhibou, une ville frondeuse de tradition, l’esprit rebelle et contestataire a toujours refait surface.
On parle d’un groupe de jeunes qui vont prendre leur départ le 1er mars pour aller à Nouakchott à pied. Une façon pour eux de protester contre le chômage qui les frappe. On parle d’un précédent avec des jeunes qui ont finalement été rappelés alors qu’ils étaient en route, pour se voir octroyer emplois et émoluments en nature.
Pour revenir à nos contrôleurs, ils m’ont expliqué qu’ils sont au nombre de 74 dont 51 ont été suspendus par la Délégation. 5 d’entre eux viennent d’être affectés à …Foum Legleyta au Gorgol (département de M’Bout). Je ne sais pas ce que fout un contrôleur des pêches dans un coin perdu comme Foum Legleyta… Ces contrôleurs demandent la normalisation de leur situation et l’augmentation de leurs salaires. Comme tous les travailleurs mauritaniens, ils ne demandent jamais que l’amélioration de leurs traitements directs…
Et quand vous demandez à quelqu’un de l’administration, il vous explique qu’il s’agit de dizaines de personnes engagées pour des raisons socio-politiques, juste pour avoir un salaire. Le clientélisme tribal et politique à l’état pur. «La Délégation n’a pas forcément besoin d’eux et refuse donc de satisfaire leurs doléances. Ils s’organisent pour faire pression. Leur administration de tutelle prend des mesures, parfois arbitraires…»
A la porte du Point Central où se concentre l’administration de la SNIM, des hommes de la sécurité parlent d’aller en grève. A Nouadhibou, je vous dis c’est la mode. Ils appartiendraient à cet ensemble qu’on appelle «les journaliers» qui travaillent pour des sociétés ayant des contrats avec la SNIM. Ils ont obtenu l’engagement des plus hautes autorités de l’Etat qu’ils seront recrutés régulièrement. Ils espèrent cela en faisant pression par leurs mouvements ponctuels. La SNIM qui a recruté ces derniers temps près de 700 personnes ne peut cependant prendre qu’en fonction de ses besoins et des profils initialement recherchés. Les sociétés (tâcherons) vivent sur les besoins occasionnels de la SNIM.
Si la société a besoin de changer 100, 200 ou 300 kilomètres de rails sur la voie ferrée, elle aura besoin de plus de bras que s’il s’agit d’une opération d’entretien routinier. Dans le premier cas, le tâcheron aura besoin de plus d’employés.
Il y a deux ans, les autorités avaient engagé les tâcherons à avoir des contrats de travail réguliers avec l’assurance maladie pour chaque employé, des bureaux stables et une visibilité avérée. Rien ne semble avoir été respecté de ces engagements. Dans la phase actuelle, la SNIM pourrait exiger cela et l’inscrire comme conditions à remplir pour soumissionner aux marchés. En tout cas ce n’est pas à la SNIM de recruter des gens dont elle n’a pas besoin.

lundi 27 février 2012

Inquiétant Sénégal

Nos peuples surprennent toujours. Par leur maturité. Alors qu’on jurait sur la faillite de la démocratie sénégalaise, le scrutin présidentiel – sans doute le plus tendu de l’Histoire du pays – s’est déroulé sans encombre. Les quelques 5,5 millions d’électeurs appelés à choisir entre quatorze candidats sont allés aux urnes sans heurts majeurs. L’affluence était celle qui indiquait le niveau de l’enjeu pour la population qui tenait à s’exprimer.
Très vite, on a compris que l’on évoluait vers un second tour. Entre le président sortant Abdoulaye Wade et son ancien Premier ministre Macky Sall. Ils seraient séparés par quelques points.
Première conclusion : le désaveu populaire de Wade qui a payé pour ses deux mandats et pour son entêtement à vouloir rester au pouvoir. Gorgui – comme on l’appelle affectueusement là-bas – paye aussi pour son bilan. C’est effectivement un Sénégal où le népotisme, la mauvaise gestion des ressources, le durcissement du gouvernement… ont occasionné un recul évident de l’image surfaite d’un «Sénégal démocratique accompli». L’exception sénégalaise en a pris un coup. Parce que Wade refuse de jeter l’éponge.
Grand risque : l’émiettement de l’opposition qui pense déjà aux marchandages et aux parts qu’elle peut avoir du gâteau. Alors que l’objectif principal est de réhabiliter l’exception sénégalaise (qui ne l’est plus d’ailleurs avec les évolutions dans la région), les candidats de l’opposition, surtout Niasse et Idrissa Seck, n’ont pas le droit de tergiverser. Ils doivent à leur pays et à la démocratie de déclarer un soutien sans condition à Macky Sall qui est désormais capable de battre le fauteur. De restaurer le régime démocratique.
Quand en 2007, le candidat Messaoud Ould Boulkheir avait apporté son soutien à Sidi Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour qui l’opposait à Ahmed Ould Daddah, il légitimait cette élection opérée aux forceps. Il remettait aussi aux calendes grecques l’éventualité pour l’opposition traditionnelle de prendre le pouvoir. Il y a de très grands risques de voir la même situation se répéter au Sénégal. A voir et à entendre les hésitations des leaders politiques sénégalais, il y a lieu de s’inquiéter.

Inquiétant Sénégal


Nos peuples surprennent toujours. Par leur maturité. Alors qu’on jurait sur la faillite de la démocratie sénégalaise, le scrutin présidentiel – sans doute le plus tendu de l’Histoire du pays – s’est déroulé sans encombre. Les quelques 5,5 millions d’électeurs appelés à choisir entre quatorze candidats sont allés aux urnes sans heurts majeurs. L’affluence était celle qui indiquait le niveau de l’enjeu pour la population qui tenait à s’exprimer.
Très vite, on a compris que l’on évoluait vers un second tour. Entre le président sortant Abdoulaye Wade et son ancien Premier ministre Macky Sall. Ils seraient séparés par quelques points.
Première conclusion : le désaveu populaire de Wade qui a payé pour ses deux mandats et pour son entêtement à vouloir rester au pouvoir. Gorgui – comme on l’appelle affectueusement là-bas – paye aussi pour son bilan. C’est effectivement un Sénégal où le népotisme, la mauvaise gestion des ressources, le durcissement du gouvernement… ont occasionné un recul évident de l’image surfaite d’un «Sénégal démocratique accompli». L’exception sénégalaise en a pris un coup. Parce que Wade refuse de jeter l’éponge.
Grand risque : l’émiettement de l’opposition qui pense déjà aux marchandages et aux parts qu’elle peut avoir du gâteau. Alors que l’objectif principal est de réhabiliter l’exception sénégalaise (qui ne l’est plus d’ailleurs avec les évolutions dans la région), les candidats de l’opposition, surtout Niasse et Idrissa Seck, n’ont pas le droit de tergiverser. Ils doivent à leur pays et à la démocratie de déclarer un soutien sans condition à Macky Sall qui est désormais capable de battre le fauteur. De restaurer le régime démocratique.
Quand en 2007, le candidat Messaoud Ould Boulkheir avait apporté son soutien à Sidi Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour qui l’opposait à Ahmed Ould Daddah, il légitimait cette élection opérée aux forceps. Il remettait aussi aux calendes grecques l’éventualité pour l’opposition traditionnelle de prendre le pouvoir. Il y a de très grands risques de voir la même situation se répéter au Sénégal. A voir et à entendre les hésitations des leaders politiques sénégalais, il y a lieu de s’inquiéter.

dimanche 26 février 2012

Oui, mais…


«Le combat politique, de mon point de vue, ce n'est pas de faire en sorte que Mohamed Ould Abdel Aziz tombe dans le tumulte des révolutions arabes mais de faire en sorte que les prochaines élections, prévues dans deux ans -armons nous de patience- soient organisées dans des conditions [transparentes]… Qu'ils le laissent terminer son mandat et à partir de là ils commencent à s'organiser pour une réelle transition en Mauritanie 
Si ces mots avaient été prononcés par une autre personne que Mohamed El Hacen Ould Lebatt, porte-parole de Conscience & Résistance, mouvement politique non reconnu officiellement, peut-être auraient-ils valu à leur auteur une Fatwa de mise à mort de la part de nos politiques passés maîtres dans la pratique du terrorisme intellectuel.
On ne peut prétendre défendre la démocratie, exiger l’alternance pacifique au pouvoir et revendiquer l’assise populaire, et en même temps souhaiter publiquement le renversement d’un pouvoir régulièrement élu. C’est quand même au terme d’une élection organisée par un gouvernement d’union nationale où l’opposition avait les 50% des portefeuilles dont notamment l’intérieur, l’information, les finances et la défense, en plus de la présidence et des deux tiers de la CENI, c’est au terme de cette élection que Ould Abdel Aziz avait été élu à plus de 52%.
L’opposition politique aurait pu demander sa démission, mais elle n’avait aucunement le droit ni d’appeler à un soulèvement populaire pour le chasser, ni de souhaiter – même intérieurement à plus forte raison publiquement – un coup d’Etat pour le faire partir. Je crois qu’en formulant de telles options politiques, les opérateurs de la classe politique ont fait la démonstration de leurs limites, mais aussi du peu de cohérence dont ils font preuve dans leurs démarches de tous les jours.
«Une démocratie sans démocrates», ce fut le titre d’un ouvrage écrit sur le Maghreb des années 80 ou 90. C’est très vrai pour notre pays.
Autre vérité assénée par Ould Lebatt à l’endroit de la «vieille garde», le compagnonnage de certains leaders à des périodes différentes ou concomitantes avec Ould Abdel Aziz. En réalité, Ould Abdel Aziz – et c’est l’un de ses atouts et l’une de ses caractéristiques – n’a jamais négocié avant le dernier dialogue. Il n’a jamais appelé l’un de ces leaders pour discuter avec lui les termes d’un accord politique au bout duquel il y aura un partage de pouvoir, une implication plus large ou des réformes profondes.
Avec Ahmed Ould Daddah, le rapport a découlé du rejet de Sidi Ould Cheikh Abdallahi (qui le rendait bien à son ami d’autre fois). De ce rejet est née toute la démarche du RFD dont les élus avaient préparé le terrain à ce qu’ils appelleront plus tard «le mouvement rectificatif». Avant de le soutenir. Il suffit de regarder les images de l’époque pour voir qui soutenait le coup d’Etat durant les premiers mois, finalement les plus difficiles pour la junte.
Avec le FNDD (front national pour la défense de la démocratie, constitué de plusieurs partis soutenant Ould Cheikh Abdallahi dont ADIL), c’est bien ce dernier qui a poussé à la signature des accords de Dakar et qui a finalement refusé l’idée d’un candidat unique derrière Ould Daddah (ou un autre). Il faut dire que l’erreur de l’Opposition n’a pas été seulement de signer un accord en faisant d’autres calculs comme quoi l’élection ne pouvait se tenir à cause des délais légaux, mais aussi d’avoir refusé d’unir ses efforts autour d’un seul candidat. Partie perdante, elle a voulu jouer les prolongations en contestant cette élection.
Quand ADIL ou Tawaçoul ont approché le pouvoir, ce sont eux qui en ont pris la décision. Sans discussions préalables. Sans compromis. Ould Ahmed Waghf comme Jemil Ould Mansour étaient demandeurs et non Ould Abdel Aziz.
Il est faux de dire que Ould Abdel Aziz «a roulé dans la farine» ces vieux opposants, parce qu’il n’a jamais promis de traiter avec eux ou de les impliquer. Il a toujours déclaré qu’il n’ya pas lieu de mettre en place un gouvernement d’union ou une quelconque formule du genre, mais que la démocratie a besoin d’une opposition forte qui peut être le contrepoids d’une Majorité qui gouverne en attendant les échéances futures.
Mais il est juste de dire que nos politiques font leurs calculs, leurs raisonnements et entreprennent leurs démarches comme si ce qu’ils voyaient devait être évident pour tous. Comme si aussi, ceux qui sont en face étaient assez bêtes, assez faibles, assez «aux abois», pour leur étaler le tapis rouge. Il est temps pour eux de savoir que tout se mérite. Même le pouvoir.

samedi 25 février 2012

A qui la faute ?


Comment donner l’information quand on ne sait pas ou quand on ne peut pas l’avoir ? Vous êtes, chers lecteurs, très exigeants vis-à-vis de nous. Sans raison particulière. Est-ce que vous vous êtes demandé un seul instant ce que vous avez fait à la presse pour attendre tant d’elle ? est-ce que le société mauritanienne, élites et hommes du commun savent ou essayent de savoir dans quelles conditions nous travaillons ? qu’est-ce qui nous permet de survivre, d’exister malgré toute l’hostilité ambiante ? est-ce que nous sommes outillés, préparés pour satisfaire les multiples attentes ?
Les questions ne manquent pas, ce sont bien les réponses qui font défaut. Qui ont toujours fait défaut… tout comme l’intelligence et l’équité. Au risque de se répéter, on rétorque à ceux qui se plaignent de ne pas avoir «Le Monde, New York times ou Al Pais ici», nous n’avons pas non plus le public qui peut exiger d’avoir des journaux de cette qualité, le public qui attend la qualité à ce niveau (de ce niveau).
Nous avons un public qui attend d’être suivi individuellement. Chaque Mauritanien (qui lit, parce qu’il faut qu’il lise, il faut aussi qu’il se décide à lire un écrit), chacun veut lire exactement sa version des faits, un peu pour justifier ses positionnements. Personne – ou rarement – ne veut entendre la critique. Le 9 janvier 1992, jour du démarrage de la première campagne présidentielle plurielle du pays, le président-candidat de l’époque Ould Taya me disait ces mots : «ehna nekhteyrou e’mara takhbatna biiha ‘an tgulenna etfou» (en substance : nous préférons qu’on nous tire dessus plutôt que de nous dire un mot qui ne sied pas). Il parlait au nom de tous les Mauritaniens, en tout cas de leurs élites.
On nous reproche notre «manque d’indépendance», seulement quand on exprime autre position que celle de l’interlocuteur. De même que le manque d’objectivité. Mais on est «indépendant» et «objectif» quand on défend celui qui parle ou quand on se contente de donner sa version des choses.
L’indépendance pour nous ne peut en aucun signifier autre chose que le fait, pour une rédaction, de choisir sa ligne rédactionnelle en dehors de toute influence extérieure à elle. Indépendance vis-à-vis des institutions étatiques, des partis, des groupes d’affaires, des groupes tribalistes ou régionalistes. Pour avoir un positionnement qui est dicté par les choix de la rédaction. Ceci est exprimé par l’éditorial ou par des billets individuels.
L’objectivité, c’est pour nous de pouvoir présenter les différentes versions des protagonistes d’un fait. Pas nécessairement de servir l’un contre l’autre. Parfois, dans des cas où il existe une victime d’un arbitraire par exemple (esclavage, expropriation, torture, censure…), nous trouvons qu’il est de notre devoir de venir en aide au plus faible, celui qui souffre. C’est notre engagement. Et c’est cet engagement qui fait que nous ne pouvons prétendre à l’objectivité (absolue).
Comprenez que quand nous parlons de personnalités, aujourd’hui essayant de se tenir debout, hier organisateurs de déportations massives de populations dans la Vallée, on ne peut pas le faire froidement. On est là pour rappeler les faits qui ont assombri notre Histoire, pour refuser à leurs auteurs de se fondre dans la foule et de faire comme si de rien n’était. Qu’ils se taisent, personne, peut-être, n’ira les chercher. Mais quand ils fustigent devant les populations qui ont souffert hier leur cupidité et leur méchanceté, les témoins doivent parler. Ceux qui ont dit non quand il le fallait, au moins eux, doivent pouvoir dire non aujourd’hui.
Ce qui donne aux journalistes un rôle d’objecteurs de conscience dans une société qui «oublie» facilement, qui «solde» allégrement le passé. Un rôle de témoins et d’intermédiaires entre hier et aujourd’hui. Quand nous donnons une information de l’immédiat, nous croyons qu’il est de notre devoir d’en rappeler les tenants et aboutissants, de les chercher y compris dans le passé.
On peut nous reprocher : la falsification des faits, le flou dans les choix, la prétention à l’objectivité quand on défend une position donnée, l’alignement sur le bourreau, la couverture du menteur… Heureusement pour nous que ce ne sont que quelques-uns qui pratiquent cela.
Après des décennies de culture du mensonge, de justifications de l’arbitraire et de normalisation de l’inégalité, nous avons hérité d’une mentalité où l’exigence de vérité, de justice, de bonne gestion, d’équité… où cette exigence a disparu. Pour laisser la place aux contre-valeurs qui nous rongent depuis des décennies.