vendredi 27 janvier 2012

La douane se fête


C’est un record pour les douanes : près de 94 milliards ouguiyas (315,8 millions dollars) de recettes pour l’année 2011. Soit 21,3% de plus que l’année précédente. C’est ce que révèle le directeur général des douanes, colonel Dah Ould El Mamy lors de la célébration de la journée des douanes, le 26 janvier.
La modernisation des procédures, l’adaptation et l’affinement des textes, sans doute aussi la rigueur dans les recouvrements. C’est sous le thème de «les frontières séparent, la douane relie» que les douanes mauritaniennes ont fêté leur journée.
Reste que le corps reste mal perçu en trainant une notoriété, probablement surfaite, de haut lieu de la corruption. Le nombre des voitures de luxe volées en Europe et en circulation à Nouakchott y est pour quelque chose. Mais aussi le nombre des postes de contrôles sur les routes mauritaniennes. Des postes qui sont plus des goulots d’étranglement qu’autre chose.
On attend de l’actuelle direction, réputée pour sa rigueur, justement une profonde moralisation et une grande campagne pour soigner l’image du corps.

jeudi 26 janvier 2012

La Mauritanie gagne des points


C’est le rapport annuel de RSF qui nous l’apprend : la Mauritanie arrive à la soixante-septième place (67ème), gagnant 28 places par rapport à l’année passée. La Mauritanie est naturellement le premier des Etats Arabes. Deux pays de notre voisinage africain arrivent devant notre pays : le Mali à la 25ème place et le Niger à la 29ème place.
Le classement de la Mauritanie et celui du Niger arrive sous la rubrique «Une progression spectaculaire et des percées notables». Ce saut qualitatif est expliqué par l’absence de répression de la liberté d’expression, l’adoption de lois sur la presse électronique, la libéralisation de l’audiovisuel et, pourquoi pas la dépénalisation. RSF suggère au Président mauritanien de signer la Déclaration de la Montagne de la Table (dont l'objectif est de promouvoir la liberté d'expression), ce qui fera de la Mauritanie un pays du peloton de tête.
La liberté d’expression est la base du système démocratique. Si le gouvernement réussit à exploiter les résultats du dialogue politique avec notamment un bon choix des membres de la CENI et un respect strict de la neutralité de l’administration, la Mauritanie pourrait connaitre de meilleurs classements sur le plan de la libéralisation, de la lutte contre la gabegie, contre la corruption…
Les polémiques politiques qui tournent souvent à la vindicte personnelle, tendent à occulter ces avancées réelles. Surtout sur le plan de la liberté d’expression.
Les tendances «révolutionnaires» actuelles partent d’une analyse tronquée qui veut que nous en soyons encore à suivre le chemin suivi en Egypte ou en Tunisie. Ces pays sont encore à élire des constituantes qui auront pour mission d’asseoir un pluralisme politique et des sociétés ouvertes avec garantie de la liberté d’expression et d’organisation. C’est un stade que nous avons passé en 1992 quel que soit par ailleurs ce qu’on peut penser de la démocratisation lancée à l’époque.
La «révolution» en marche depuis mercredi s’est-elle posé des questions sur cet état de fait ? ou a-t-elle simplement été décidée pour arriver à bout d’un régime qu’on estime «usé» ? Auquel cas, il suffit effectivement d’actionner les étudiants (de l’ISERI notamment), la force des Haratines, l’opposition traditionnelle, le tout encadré par la force «neuve» de la mouvance islamiste. Un peu la chronique d’une révolution annoncée…

mercredi 25 janvier 2012

Fronde démocratique


C’est l’histoire du vote des amendements constitutionnels par l’Assemblée qui est à l’origine d’une fronde qui semble persister. Depuis quelques nuits, la direction de l’Union pour la République (UPR) cherche à ramener les députés affiliés au parti «à la raison». Les députés, pour la plupart d’entre eux, refusent de voter les amendements concernant le nomadisme politique et l’interdiction des candidatures indépendantes.
On dit que le poids personnel joue dans une élection plus que l’appartenance partisane. Le mandat est donc un mandat personnel. D’où la nécessité de garder le choix des candidatures indépendantes.
En face, on soutient que le renforcement des partis passe par l’obligation pour chacun des élus d’évoluer dans une structure «démocratique». Sans parti, on ne peut parler de démocratie. Il est du devoir des autorités, de la société civile, des démocrates du pays… que les partis soient forts, qu’ils aient des programmes, des visions pour le pays… Cela commence pour ceux-là par la fidélisation de leurs élus.
Rappelons quand même l’autre problématique qui concerne le positionnement, les raisons des uns et des autres, les projets de société… qui est de gauche ?   qui est de droite ? qui est progressiste ? qui est conservateur ? qui est quoi ? qui fait quoi ? qui veut quoi ?
Construire un Etat moderne sur la base des valeurs citoyennes universelles : égalité, justice, liberté… droit au logement, à l’entreprise, à l’emploi, aux soins, à l’éducation, aux infrastructures…
Renverser l’ordre social inégalitaire et injuste, dénoncer la domination des classes privilégiées, émanciper les couches opprimées, relire les textes sur la base de la recherche des équilibres entre les couches sociales, remettre en cause l’ordre social établi…
Nous savons que la «rébellion» des députés de l’UPR est un phénomène de saison qui n’est pas appelé à durer (on ne se révolte pas dans ces milieux-là). Mais la question est quand même relancée. Elle mérite l’intérêt de chacun… que cet intérêt s’exprime aussi…

mardi 24 janvier 2012

Le pire est derrière nous


Arrêtons un moment cette hystérie qui prend une partie de notre classe politique, tandis que l’autre partie est plongée dans une inertie qui ressemble étrangement aux effets de drogues que l’on administre aux malades mentaux. D’un côté, nous avons ces gens-là, murés dans un silence d’hécatombe, incapable de réaction, parfois ne donnant aucun signe de vie. De l’autre, tous ces excités qui vocifèrent pour dire n’importe quoi. Rien ne semble plus les arrêter…
Parmi les absurdités que j’ai enregistrées ces derniers jours figurent ces parties de discours qui disent que «la période de Ould Abdel Aziz est la pire de ce que nous avons connues». Je ne veux pas discuter ici le jugement lui-même qui n’engage bien sûr que son auteur. Mais je crois qu’il est du devoir des Mauritaniens, de ceux qui s’expriment publiquement du moins, de faire l’objection suivante :
Au nom des milliers de Mauritaniens mis en prison, torturés, exécutés, expropriés, expulsés de chez eux, au nom des orphelins de cette période, des veuves qui courent encore derrière leurs droits, au nom de tous ces Mauritaniens dont le compte n’a jamais été fait avec exactitude et qui ont été réduits au silence parce qu’ils ont osé dire non, au nom de ceux qui ont subi l’arbitraire sans raison… en leur nom, je crois à l’indécence de tels propos.
Quand on a supporté la Mauritanie de 1980 à 2005, quand on a soutenu les pouvoirs d’entre ces dates-là, quand on a participé à l’exercice de ces pouvoirs…, on peut faire semblant et chercher à blanchir une époque. On ne peut plus cependant s’offusquer…
Nous ne vivrons jamais plu pire que ce que nous ont fait vivre les régimes de cette époque-là. En terme d’exercice quotidien de l’arbitraire, de pillage systématique des ressources, de sape des fondements de l’Etat, de déstructuration des solidarités sociales, de culture de l’indignité, d’usage de faux, d’appropriation des biens publics par des privés, de clientélisme, de népotisme… JAMAIS NOUS NE VIVRONS PIRE QUE CE NOUS AVONS VECU.
Le deuxième propos que je trouve écœurant, ce sont ces appels multipliés tantôt à une intervention de l’Armée, tantôt à une révolte populaire où les jeunes seraient prêts à mourir en vue de renverser le pouvoir.
J’ai perdu un fil : n’est-ce pas ces partis dont les leaders appellent aujourd’hui à «écourter» le mandat de Ould Abdel Aziz, n’est-ce pas les mêmes qui ont reconnu, les uns en 2009 les autres en 2010, son élection ? Alors pourquoi ne pas affuter ses armes en attendant la seule échéance qui vaille démocratiquement parlant : la fin du mandat ? Je crois que les politiques perdent encore une fois le sens de la lecture des rapports de force. Il ne suffit pas de venir demander aux populations de Magta Lahjar de «venir nous aider à renverser le régime» (sic) pour que le changement s’opère. Il faut beaucoup plus.
En terme de sacrifice d’abord. Ce ne sont pas les jeunes mauritaniens qui ont manqué de sens de sacrifice : en 1992, les militants de l’UFD se débattaient encore dans leur sang quand des pourparlers ont été engagés avec le régime qui leur avait tiré dessus. En 1995, les partis d’opposition ont été les premiers à appeler au calme face aux émeutes du pain qui ont failli pourtant être une étincelle. En 2003, alors que le pouvoir était dans la rue, ces mêmes élites politiques ont préféré rester «cachées» chez elles… Et puis, il faut le dire, si l’on excepte les jeunes officiers Ould Mini et Ould Hanenna traduits en justice en 2004-2005, aucun homme politique n’a jamais plaidé coupable sous nos cieux. Au moins depuis le milieu des années 70. C’est révélateur quand même.
Ces appels et ces discours sonnent comme l’expression d’une double incapacité : incapacité à produire un programme alternatif, incapacité de renverser le rapport de force.

lundi 23 janvier 2012

Un fait divers quand même


L’affaire dont on veut bien faire l’unique centre d’intérêt des Nouakchottois, est finalement un banal fais divers.
Au début était cet accident malheureux entre jeunes qui manipulaient une arme légère et qui a failli coûter la vie à la fille autour de laquelle la bande de copains s’était retrouvée. La présence du fils du Président a donné une dimension nouvelle au fait. Puis celle d’un des fils Chafii, puis celle d’un Marocain. Tout y était pour qu’en cette période de culture de la désinformation, l’amalgame soit entretenu.
Seulement à partir du moment où la fille est sauvée, et surtout à partir du moment où la procédure d’enquête a suivi son cours normal avec l’arrestation de tous les jeunes, l’affaire retombe au niveau du fait divers. Certes, les détracteurs du régime auraient bien voulu voir le fils du Président soustrait à l’enquête, mais personne ne s’y attendait vraiment… On l’avait suggéré et même espéré dans certains milieux.
«Evénement plus ou moins important qui ne relève ni de l'actualité mondiale, ni de la politique, ni de l'économie», telle est la définition que l’on donne dans les dictionnaires du fait divers. Quelqu’un ajouterait qu’il s’agit d’un fait touchant plus à des particuliers qu’à la communauté.
Je serai tenté quand même de souligner que cette affaire est venue nous rappeler que les frontières en Mauritanie ne sont pas tracées aussi nettement, que les liens s’établissent et se maintiennent malgré la politique, malgré les radicalismes… que finalement, nous possédons des ressorts, des tremplins, des passerelles qui font que le pire ne sera jamais atteint. Le pire est (toujours) derrière nous…

dimanche 22 janvier 2012

Fade Sénégal


Malgré mon état de santé, j’ai tenu à suivre la première sortie des Lions de la Teranga pour la CAN 2012. Face à la Zambie avec ses joueurs de petits gabarits, trainant avec eux le souvenir de leur brillante équipe dont l’avion s’est écrasé dans les années 90 au Gabon.
C’est justement à Libreville que la petite équipe de Zambie doit faire face à ce qui est annoncé comme «la machine sénégalaise». Les pronostics ont certainement pesé.
Dès les premières minutes, on a vu un Sénégal confiant, déployant un jeu technique, de stars européennes. Face à la fragilité des joueurs zambiens, la technicité des sénégalais se transformait en une expression de l’arrogance, de la suffisance.
En face, les Zambiens n’avaient plus rien à perdre. Ils créaient et réussissaient à avoir des coups de génie. Moins de trente minutes de jeu, la Zambie mène deux à zéro.
Arrive la deuxième erreur des Sénégalais : les changements prématurés. Et ce n’est pas le but d’honneur qui sauvera la situation. Les Lions ont perdu un supporter.    

samedi 21 janvier 2012

Le centenaire d’une ville


Mederdra vient de fêter ces jours-ci ces cent ans. Bien sûr qu’elle en a plus, mais c’est une occasion à commémorer, surtout à rassembler et à réfléchir au passé et à l’avenir. L’occasion pour quelques souvenirs de revenir à la surface… souvenir d’une Mederdra – l’attachement que nous avons pour ce bled nous le fait concevoir avec les attributs que notre société, machiste, accorde aux femmes : tendresse, délicatesse, fascination…-, de cette Mederdra que l’on surnomme entre nous «Sanga», «Eddechra» (La ville tout simplement)…
Dans le temps, trois quartiers divisaient Mederdra en plus du centre-ville, une sorte de cœur où l’on retrouvait le siège du Cadi, la mosquée centrale, le marché, la rue commerçante. Au sud, s’étendait le «quartier malgache» appelé ainsi probablement pour avoir accueilli les premiers tirailleurs originaires de Madagascar. Au début des années soixante, on se demandait déjà pourquoi cette appellation. On retrouve dans ce quartier, la vieille école dite «Ecole de garçons, Monsieur Folenfant», les premières familles haratine émancipées et laborieuses qui sont venus s’installer fuyant ou non la servilité, et dès le milieu des années soixante, c’est un quartier où seront installées, pêle-mêle, familles de grands lettrés, de grands griots, de grands artisans… en somme une miniature de la société de l’Iguidi.
Au nord du cœur de la ville, se trouve la Médina. C’est, au début de son histoire, un quartier où se retrouvaient les migrants qu’ils viennent de près (exode rural), ou de loin (auxiliaires de l’administration, familles de prisonniers). Puis, à partir du début des années soixante, la famille émirale Ehl Sidi Ould Mohamd Lehbib vient s’installer, un moment dans un campement appelé «Lahwash» certainement d’inspiration Ehl Cheikh Sidiya, avant de construire les premières belles demeures privées de la ville. Les deux demeures sont toujours là. Elles ont vu passer des hommes et des femmes dont le souvenir est encore très fort dans les esprits de ceux qui ont vécu l’époque. Ce choix a fait de Médina un centre plus ou moins «autonome».
A l’est, s’étend «El Gawd», une sorte de vallée encaissée entre les deux grandes dunes qui dominent l’univers dans la région. C’est là où l’on trouve le service local de l’élevage, les vieux puits, les vieilles familles de propriétaires traditionnels…
Toute cette configuration a été bouleversée par l’exode rural vécu ici dès 1968. La modernité a signifié d’abord l’engagement profond de la jeunesse dans le militantisme kadihine de la fin des années 60 et du début des années 70. C’est une ville où l’on faisait la lecture collective des œuvres de Marx, Lénine, Mao et où on célébrait aussi le mouvement hippy à travers la reprise de chansons-cultes. Je me souviens encore de la fin des années 60 où la génération Rajala, Ahmed Hababa, Oumar Sy, Bilal Werzeg, Ken Buggul, Diallo… animait des soirées avec des ballets engagés, des reprises de chansons «rock lislam»… Et plus tard, lé génération qui est la mienne, celle des Beddah, Rajil, Moulaye, Hemett, Amadou, Tah Zeyn, Bolli… verser dans la culture francophone classique… Un peu nous suivant, la génération Hendaya, Hamed, Latef, Blal… s’investir dans le nationalisme arabe. Jusqu’aux années 90, pas un vide.
…Et vint le PRDS, avec lui les listes pour les municipales, la haine, l’absence de débat, la fracture interne… La ville déjà prise d’assaut par le temps en prit un coup de plus. Abandonnée par les siens, Mederdra fut lentement ensevelie dans un linceul fait d’oubli et d’indifférence. La manifestation actuelle peut-elle lui rendre un coup de splendeur ? Espérons.