jeudi 12 janvier 2012

Quelle date pour les élections ?


C’est certainement la perspective des élections qui excite les milieux politiques. Personne n’est vraiment préparé. Aucun parti, pas même ceux qui ont refusé de participer au dialogue, ne peut se permettre de boycotter ces élections. L’expérience des législatives de 1992 est encore présente dans les esprits, du moins on l’espère pour la démocratie mauritanienne. C’est bien le boycottage de ces élections qui est aujourd’hui considéré comme une sorte de «péché originel» des acteurs politiques qui ont à jamais compromis le processus de l’époque.
Au niveau de la Majorité, l’Union pour la République (UPR) qui en est le noyau est affaibli par le manque d’engagement visible du Président de la République Ould Abdel Aziz qui va jusqu’à encourager les scissions au sein des cadres du parti. Les partis satellites de cette Majorité souffrent de l’hégémonie pesante du parti qui a l’ambition de jouer le Parti-Etat.
N’empêche que le Président Ould Abdel Aziz serait contre toute idée de nouveau recul des élections. Le Conseil Constitutionnel avait fixé le mois de mai comme deadline du mandat parlementaire actuel, sans pour autant parler d’une date pour les élections. Ce n’est pas de sa compétence. Mais Ould Abdel Aziz a toujours déclaré que le pays souffre chaque fois que des élections sont reculées.
Côté Opposition, ceux qui ont participé au dialogue avaient demandé un recul vers octobre ou novembre 2012. Finalement il a été décidé de confier à la nouvelle Commission électorale indépendante (CENI) de fixer et d’organiser ces élections. Mais en sachant que la CENI n’est pas encore nommée et qu’il va falloir attendre au moins une semaine pour la voir nommée, on peut se demander si le temps lui permet encore d’envisager les échéances avant quelques mois.
Dans le camp de l’Opposition rejetant le processus de dialogue et qui se retrouve dans la COD (coordination), on se lance dans une campagne d’explications autour de l’illégalité de la présente session parlement. A quelques jours seulement de sa clôture et après avoir bénéficié de son «usufruit», voilà que les députés de la COD qui ont envisagé un moment le retrait, se mettent à expliquer le pourquoi du comment de l’illégalité de la session… et du recul des élections… et de la crise politique qui en découle…
Ce, au moment, où de nombreuses voix s’élèvent, au sein de cette Opposition, pour demander la déstabilisation du régime, à défaut de son renversement. Appels du pied à l’Armée, appels francs aux soulèvements populaires, on tente de pousser le régime à la faute – en attendant de le voir bouté dehors.
Le personnel politique semble cantonné dans l’attente : la Majorité est incapable d’exister en tant que pôle politique capable d’impulser et d’imaginer une action en profondeur pour accompagner l’action du Président Ould Abdel Aziz sur le dos duquel elle vit jusqu’à présent ; l’Opposition qui a participé au dialogue n’a rein apporté en terme de révision des attitudes des protagonistes ; l’Opposition qui a refusé le dialogue n’est pas capable de provoquer un mouvement populaire ou de proposer une alternative.
Comme nos ancêtres attendaient que surgissent du néant quelques nuages lourds de promesses, d’entendre un tonnerre ou de voir un éclair annonciateurs d’hivernage précoce, comme nos ancêtres attendaient que les problèmes meurent d’eux-mêmes (une certaine culture de chez nous nous apprend qu’un problème a une durée de vie : il nait, se développe et meurt, la force étant dans la capacité à supporter le temps que cela dure), comme ceux-là notre personnel d’encadrement attend la providence…
Le problème c’est que ceux qui attendent, peuvent attendre longtemps, voire à jamais.

mercredi 11 janvier 2012

Prêts pour la révolution !


Après la sortie politique de Mohamed El Hacen Ould Dedew, voici venir le tour de Mohamed el Mokhtar Echenguitti, cet intellectuel et idéologue islamiste établi au Qatar.
Dans une longue diatribe parue sur le site alakhbar.info, Echenguitti vilipende avec véhémence le pouvoir de Ould Abdel Aziz qu’il appelle à se démettre.
Dans ce pamphlet, le penseur islamiste juge que le pouvoir de Ould Abdel Aziz est usé par «des facteurs de faiblesse mortelle», que ses forces relèvent du temporaire et ne lui offrent pas les conditions de la stabilité comparant ces forces aux «feuilles d’un hivernage en un jour orageux». Citant entre autres «faiblesses» : le faible ancrage social et sa limitation, l’intensification de la crise économique et sociale en Mauritanie, le pillage «de plus en plus systématique et sans scrupules des ressources de l’Etat». Ajouter à cela selon lui «la mauvaise gestion des relations extérieures, l’alliance avec les perdants, ce qui dénote d’une méconnaissance profonde de la logique de l’Histoire». Allant jusqu’à considérer que le Président Ould Abdel Aziz manque cruellement de capacités intellectuelles pour mener à bien le renforcement de la démocratie, encore moins le changement attendu.
Dans son adresse qui prend l’allure d’une profession de foi, Echenguitti croit que pour déstabiliser Ould Abdel Aziz, il y a lieu de constituer une forte alliance rassemblant forces politiques et sociales capables de vaincre le pouvoir. Quatre regroupements devraient être ainsi sollicités pour réussir la révolution : les étudiants et élèves du secondaire, les Haratines pour l’endurance de leurs conditions, les partis traditionnels d’opposition et la mouvance islamiste pour sa jeunesse.
La mouvance islamiste estime apparemment pouvoir faire bouger écoles et universités pour créer l’embryon d’un soulèvement populaire. On comprend dès lors le mouvement qui empêche l’ISERI (institut des sciences et d’études religieuses islamiques) qui accueille les sortants de l’enseignement traditionnel, de fonctionner. C’est ici que se recrute jusqu’à présent l’essentiel des militants de l’islamisme politique. L’avoir transféré en une université à Aïoun (800 km de Nouakchott) dérange le milieu islamiste militant, d’où toute la résistance déployés ces derniers temps.
Le clin d’œil à la force Haratine (anciens esclaves) ne plait visiblement pas dans les milieux militants de la cause anti-esclavagiste. Les observateurs ont été surpris par cette virulente sortie de Birame Ould Abeidi de IRA contre Mohamed El Hacen Ould Dedew, le leader et inspirateur de la mouvance. Cette sortie, peu commentée dans les milieux islamistes, pourrait signifier la fin d’une aventure commune. En réalité, l’appel de Echenguetti à exploiter la souffrance des Haratines est déjà ressenti comme une provocation de plus d’un «bien-né qui n’a jamais eu à cœur de dénoncer cette souffrance-là».
Les partis traditionnels d’opposition sont déjà, pour certains, organisés dans la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) qui continue d’appeler au soulèvement contre le régime. Au-delà de ces appels sans lendemains jusqu’à présent, on peut s’attendre à des hésitations de la part de la plupart des composantes de la COD qui ne voudrait pas s’investir dans une bataille dont le gagnant est connu d’avance. On n’a certainement pas oublié la précipitation des islamistes à reconnaitre l’élection de 2009 qui a permis à Ould Abdel Aziz de troquer sa vareuse de général arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch dénoncé par la plupart, contre son costume de civil légitimement élu au terme d’un accord qui a vu la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.
Echinguetti estime dans son analyse très marquée qu’il existe trois scénarii devant Ould Abdel Aziz. Il peut être aveuglé par son enfermement à vouloir anticiper le mouvement de révolte envisagé en emprisonnant et en réprimant toutes les voix opposantes. Il peut comprendre – «et il lui est difficile de comprendre» - que l’avènement d’un pouvoir civil est incontournable et pour cela être poussé à accélérer le pillage qu’il a entrepris selon les termes de Echenguitti, quitte à faire face au soulèvement par la répression aveugle. Il peut attendre et essayer d’écraser le mouvement du changement à travers un bain de sang et dans ce cas ces forces pourraient compter sur … la compréhension de l’Armée qui ne peut être de son côté…
Du déjà entendu… L’intervention de l’idéologue moderne de la mouvance islamiste intervient quelques jours après un prêche de Cheikh Ould Dedew, prêche fait dans une interview d’une chaine du Qatar.
Continuant sur sa lancée des dernières semaines, Ould Dedew a essayé de créditer la mouvance islamiste de toutes les bonnes intentions. Sans pour autant détailler le projet politique, ni la position vis-à-vis des questions de gouvernance démocratique, de l’école moderne, de la femme, de l’esclavage, des questions de la coexistence communautaire… Rien de tout ça. Juste une profession de foi sur «la bonté des islamistes». C’est pourquoi : «rien ne justifie la crainte de voir les islamistes arriver au pouvoir». Parce qu’«on ne doit pas avoir peur des hommes vertueux et pacifiques, mais on aurait plutôt dû avoir peur de ceux qui sèment l’injustice et la corruption sur terre». Il a rappelé, selon la traduction d’alakhbar.info que «L’objectif du printemps arabe était pour éradiquer un mal ; il est donc inconcevable que cela se fasse par l'instauration d'un autre mal. Il ne s’agit pas, simplement, de remplacer des hommes par d’autres, mais de créer, graduellement, des conditions meilleures, tout en évitant de brûler les étapes». Qui dit mieux ?
La mouvance islamiste – que ce soit au niveau du parti Tawaçoul ou ailleurs – est confronté à un dilemme sérieux : après avoir refusé de participer au dialogue, elle est obligée d’envisager la participation à des élections dont elle n’a pas préparé le cadre et les outils. Et ce au moment où elle est revigorée par les victoires des «frères» du Maroc, de l’Egypte, de Tunisie… Peut-être que le radicalisme dans l’opposition à Ould Abdel Aziz pourrait rapporter en terme de voix à la mouvance. Après tout les victoires ailleurs sont aussi expliquées par une «prime à l’opposition». Pourquoi pas ici ?

mardi 10 janvier 2012

Un mouvement peut en cacher un autre


Peu ou trop d’administrateurs ?
Un habitant de Mederdra me disait l’autre jour : «Mais nous ne savions pas quoi faire d’un préfet (Hakem), maintenant on en a deux». Il voulait savoir le sens de la création de ces nouveaux postes – de préfets adjoints, de conseillers au Wali (gouverneur), de directeurs de cabinets… Il semblait sincèrement désorienté et pouvait aisément croire à un canular. Difficile de le convaincre. Pourtant…
Au début était la formation de dizaines d’administrateurs suivant le nouveau cursus institué par l’ENAJM (école pour la formation des administrateurs, des journalistes et des Magistrats). Avec un contenu moderne et des formes évoluées de formation. L’objectif étant d’initier de nouvelles générations à des méthodes modernes d’administration prenant en compte le sacro-saint principe du respect de l’usager, cultivant le sentiment de responsabilité et les préceptes de déontologie au plus haut niveau. Cette génération d’administrateurs nouveaux a même subi une formation militaire – ou presque – d’endurance et d’orientation. Tous savent aujourd’hui utiliser les moyens modernes de communication : de l’ordinateur au GPS…
La mise en place de nouveaux postes va permettre de les absorber de façon plus efficient parce que prenant en compte l’avenir proche : un préfet adjoint se voit ainsi offrir la possibilité d’apprendre de l’expérience de celui qui était là. Elle permet aussi de palier aux insuffisances qui pesaient sur le rendement et l’efficacité des administrateurs : un préfet (Hakim) pour un territoire immense et qui, absent pour raisons personnelles, bloque tout.
De l’avis des spécialistes que j’ai rencontrés, le dernier mouvement de l’administration territoriale est ainsi plein de sens. Mais il a été occulté par celui opéré au ministère de la communication… dommage.

lundi 9 janvier 2012

Opération réussie


Il y a quelques mois – bientôt une année – démarrait une opération d’insertion de jeunes diplômés dans la vie active. Il s’agissait pour les pouvoirs publics de joindre l’utile au plus utile encore : insérer des jeunes en leur trouvant du travail et participer à la satisfaction d’une partie des besoins en riz.
Dans le cadre d’un programme global visant à exploiter près de 20.000 ha de plus à l’horizon 2013, la plaine de M’Pourrié, hier cultivée par les Chinois puis les particuliers, servira à ce projet. 125 diplômés ont été sélectionnés pour l’aménagement de 1250 ha. Ils ont subi une formation pour les préparer. Chacun d’eux a eu 10 ha pour une exploitation continue et trois vaches laitières en plus d’un fonds de roulement pour la petite entreprise qui est ainsi créée.
Si à l’époque on avait pensé aux campagnes de l’époque où l’on installait les maitrisards devant les fontaines pour en gérer l’exploitation. Un an après, peut-on faire le compte ?
Seulement 1.141 ha ont été mis en valeur, soit 91% du taux d’emblavure. L’insertion des diplômés a été effective à 100%. La production initialement fixée à 5000 tonnes de paddy a atteint 5385 tonnes, soit 7,7% de plus. La rentabilité est de 5 tonnes/ha en moyenne. Si elle n’a pu dépasser 1,5 tonne dans des cas, elle atteint le taux record de 9 tonnes/ha dans d’autres.
Il y a certainement des leçons à tirer de cette expérience…

dimanche 8 janvier 2012

La tolérance comme valeur première


Ceux qui ont la page d’hier, n’ont qu’à comprendre que ce qui suit n’est que l’alternative à ce qui a précédé.
Dans une conférence du Cheikh Ould Dedew que j’avais écouté il y a quelques années, cet Erudit émérite disait que le Prophète Issa Ibnou Maryème – c’est comme ça que nous appelons Jésus – était passé, avec les Apôtres (El hawariyoune), à côté de la carcasse décomposée d’un chien. «Quelle odeur pestilentielle qui se dégage de ce chien !» dirent les Apôtres. «Que dire de la blancheur immaculée de ses dents !» rétorqua le Prophète qui dut s’expliquer : «J’ai relevé ce qu’il y avait de beau en lui».
Les paroles des Prophètes ne sont pas seulement celles de Sages. Elles sont un peu plus que cela. La noblesse du Message oblige les croyants à s’y conformer. Le plus possible.
Ce qui intéresse ici, c’est le sens de l’équité, de la tolérance et de la bonne appréciation. Certains retiendront l’odeur pestilentielle. Le Sage retiendra la blancheur immaculée des dents. Certains s’attarderont sur l’aspect laid. Le Sage retiendra le grain de beauté.
Les uns diront «la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine». C’est un peu plus que ça.
Au lieu de chercher ce qu’il y a de pervers chez l’homme en face, cherchons ce qu’il y a de noble. Ce qu’il de positif au lieu de ce qu’il y a de négatif…
Première conclusion : L’un des grands problèmes qui nous freinent, je crois, est l’arrogance qui nous anime dans notre rapport avec l’autre. Il est toujours moins intelligent, moins fort, moins déterminé, moins légitime, moins… moins… que soi. Et c’est à cause de cette arrogance qui finit par nous avoir le moment venu. L’autre a toujours le dessus. Qu’il soit l’adversaire politique, le partenaire économique, l’allié social… Nous nous retrouvons toujours en train de nous morfondre sur notre sort et d’essayer de faire porter à l’autre que nous n’avons pas su vaincre, la responsabilité de ce qui nous arrive…
Gémir et se plaindre. Nous savons faire cela de façon merveilleuse. Agir ? Nous détestons l’action. Et pour la réflexion, c’est toujours en retard…

samedi 7 janvier 2012

L’arrogance, le pire ennemi de l’homme


Ceux qui lisent le journal La Tribune me permettront cette reprise, pour faire lire le texte à ceux qui n’ont pas (ou ne veulent pas) avoir le journal, version papier.
On raconte que du temps des Awlad M’Bareck, cette tribu guerrière mythique de l’espace Bidhâne, une mère surprit son fils unique, le soir, tournant autour de sa belle jument, lui caressant la crinière, puis le dos, puis les flancs. Plusieurs nuits de suite, alors que le campement dormait déjà, le beau jeune homme se réveillait et s’adonnait au même rituel. Inquiète, la mère demanda un soir à son fils : «Qu’est-ce qui te perturbe ? Quelqu’un t’a-t-il dit quelque chose qui te contrarie ? Pourquoi tu te réveilles à ces heures et tu fais ce que tu fais ?»
Personne en fait ne pouvait contrarier le noble guerrier aimé et craint. Rien ne pouvait perturber la fougue du jeune guerrier. Alors ? «Mère, c’est le mépris des hommes qui me chagrine. Chaque fois que je pense que je suis aussi fort, aussi beau, aussi craint que je le suis, je n’arrive plus à dormir. J’ai envie d’en découdre…» La mère n’attendit pas le reste des propos pour éclater en larmes. «Dommage de te perdre à cet âge. Tu es perdu pour nous…»
Le lendemain des ennemis venus d’on ne sait où attaquèrent le Mahsar des Awlad M’Bareck. La fougue et la témérité – d’autres diront l’inconscience, d’autres encore l’insouciance – du jeune homme l’envoyèrent au-devant des lignes de combat. Il compta parmi les premiers morts de la bataille.
Cette histoire était racontée aux jeunes guerriers pour leur apprendre à tempérer leur fougue. Pour leur apprendre à ne pas tomber dans le piège du mépris de l’autre. Leur apprendre à ne jamais sous-estimer l’adversaire en face. Sous-estimer ou surestimer. Ne pas apprécier à sa juste valeur la situation qu’on croit maîtriser, la situation que l’on doit affronter.

vendredi 6 janvier 2012

La portée d’une visite


La visite de l’Emir du Qatar dans notre pays, même si elle n’a duré que quelques heures, est un évènement diplomatique majeur.
Pour la Mauritanie qui y voit la consécration d’une démarche visant un redéploiement de notre diplomatie sur les scènes «actives» du monde, particulièrement des mondes arabe et islamique pour lesquels le Qatar est aujourd’hui «la mère de toutes les inspirations».
Pour cette Mauritanie qui revient depuis deux ans dans son enracinement africain, ce redéploiement et cette relation privilégiée avec le Qatar, sont l’occasion de se replacer dans la position de l’interface entre ses deux versants : arabe et africain. De revenir peu à peu à sa vocation première de terre de convergence, de point de rencontre et finalement de trait-d’union entre africains et arabes. Nous l’avons dit et redit, la fin de Kadhafi et la partition du Soudan ouvrent la voie à notre pays pour jouer ce rôle de jonction et d’interface.
Pour le Qatar dont le rôle est déterminant dans les grands changements politiques et sociaux dans les mondes arabe et musulman, le déploiement diplomatique au sud du Sahara passe nécessairement par la Mauritanie.
Si le Qatar cherche une solution pour la situation désastreuse causée par l’intervention de l’OTAN et l’héritage de Kadhafi en Libye, il lui faut penser que seule une solution «africaine» peut permettre le retour à la table des négociations et l’ouverture d’un débat national entre toutes les forces libyennes en présence pour décider de l’avenir de ce pays. Il faudra pour cela revenir au cadre proposé initialement par l’Union Africaine et qui entendait créer un cadre de négociations inclusives pour éviter au pays les affres d’une guerre civile.
L’une des hautes figures de la diplomatie qatariote qui avait géré le dossier du Darfour, était récemment en Afrique du Sud, au Nigéria, en Libye… Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui a dirigé le panel sur la Libye va en Afrique du Sud pour participer aux festivités marquant le centenaire de l’ANC - le parti qui a combattu l’Apartheid en Afrique du Sud et qui a bénéficié, soit-dit en passant, d’un très fort soutien de la part de la Mauritanie qui est partie jusqu’à couper ses relations avec le Royaume Uni pour son soutien à l’Apartheid et son comportement en Rhodésie (actuel Mozambique), et qui a octroyé des passeports à de nombreuses grandes personnalités de la lutte anti-apartheid de l’époque. Ce déplacement pourrait être l’occasion de reparler du dossier libyen à la lumière de ce que l’Emir et le Président mauritanien auraient discuté.
Sur le plan local, l’Emir du Qatar s’est engagé personnellement à concrétiser tout ce qui a été décidé : tous les projets doivent démarrer immédiatement et tout ce qui manque de financements sera apporté sur les fonds propres de l’Emir qui a proposé un grand soutien dans la lutte contre le chômage des jeunes.
Cette visite aura certainement quelques incidences politiques locales. En effet, elle intervient à un moment où la mouvance islamiste incarnée par le parti Tawaçoul, élève la voix pour dénoncer le pouvoir en place et appeler à sa déstabilisation (pour ne pas dire son renversement, ce qui serait inexact). Au moment où cette mouvance réussit à faire porter …le sacerdoce (politique ?) au Cheikh Mohamd el Hacen Ould Dedew qui a fait son entrée franche sur le terrain politique ces dernières semaines. On a vu comment Mohamd el Mokhtar Echinguitty, éminent chercheur et militant islamiste basé au Qatar, a salué les relations entre les deux pays sous la houlette des deux chefs d’Etats… la suite et les qualificatifs habituels dans les discours officiels.
La visite de l’Emir Cheikh Hamed Ben Khalifa Al Thâni n’était donc pas un passage inutile. Au contraire.