jeudi 27 octobre 2011

Incroyable mais vrai


Mon ami est un avocat. Cela fait du temps qu’il officie. On peut dire qu’il est très bon, même s’il a toujours tourné en-deçà de ses capacités.
Il y a quelques années, il avait été à Zouératt défendre un accusé dans une affaire de trafic de drogue. L’homme qu’il devait défendre avait loué une chambre chez un éleveur de la région pour y entreposer des sacs. Le propriétaire était l’un de ces «autochtones» connus pour leur «naturel» - leur «blancheur», dit-on en Hassaniya pour marquer l’innocence et l’absence de calcul chez la personne. Il n’avait aucune idée de ce que pouvait être un trafic, encore moins de drogue. C’est pourtant lui qui semblait le plus accablé par la justice. Surtout que le véritable auteur du trafic était rompu, un vieux roublard qui pouvait se payer un avocat à partir de Nouakchott à défaut de se faire libérer sans procès. C’est mon ami qui fut choisi par cet homme pour le défendre.
Un parent à l’avocat vint le voir pour le dissuader de défendre le trafiquant, surtout d’accabler le pauvre propriétaire. Il lui raconta ce qu’était cet homme et sa famille pour l’apitoyer. Rien à faire, l’avocat invoqua le droit à la défense et l’engagement pris (peut-être l’avance aussi) pour justifier son refus de renoncer à défendre le fauteur.
Arrive le jour du procès. A Zouératt, ne se trouvait ce jour-là que l’avocat en question. De pourparlers en pourparlers, le juge finit par accepter de confier la mission de défendre le propriétaire à l’ami de l’avocat qui n’avait rien à voir avec le métier.
L’avocat invoqua le manque de preuve contre son client, raconta qu’il avait été trafiquant de cigarettes et non de drogue et révéla que, suite à un choc, il avait des accès de folie. «C’est peut-être pendant un accès de folie qu’il a dû reconnaitre le forfait devant la police». Et, comme pour faire bonne mine, il reconnut que «le propriétaire pourrait bien être innocent» mais que ce n’est pas pour cela que son client était coupable.
Notre avocat d’occasion objecta que son client ne ressemble en rien à un trafiquant, que son cursus était connu, ses activités aussi… «même la partie adverse reconnait qu’il peut être innocent. Parce que tout le donne innocent». Et d’ajouter : «L’avocat ici présent reconnait que son client subit des accès de folie, lui-même ne sait de l’affaire que ce que lui a raconté son client. Qui dit que ce qu’il lui a raconté n’était justement au moment d’une folie ?» La salle éclata de rire et personne ne répliqua : «nazza min majnoun zaakiya» (une bribe d’information donnée par un fou peut avoir du poids). Et c’est comme ça que la justice acquitta le propriétaire et condamna le trafiquant. Et c’est ainsi qu’un étranger à un métier remporta une victoire face à un chevronné. Tout arrive sous nos latitudes.

mercredi 26 octobre 2011

Réhabiliter la Cour des comptes


On ne peut pas nier que c’est pendant ces deux ou trois dernières années que la Cour des comptes a produit des documents rendus publics en grande pompe. Mais on ne peut que noter que c’est bien sous l’insistance des partenaires au développement notamment des Allemands que cela s’est fait. Le secrétaire général a beau se donner, il ne peut impulser une énergie qui n’existe nulle part ailleurs dans les bureaux de ce «grand machin». D’ailleurs on s’endort facilement quand on entre dans les locaux, dès les couloirs. Tellement cela ronronne.
Pendant ce temps, l’Inspection générale d’Etat (IGE) qui a tout pris à la Cour des comptes occupe la une. Sans le mériter. Mais la masse de travail, la publicité faite autour et surtout l’incidence immédiate sur la prise de décision par les autorités concernées font que le travail de l’IGE est plus évident que celui de la Cour. Est-ce pour cela que les bailleurs pensent désormais abandonner la Cour pour l’Inspection ? Certainement.
C’est le moment de revoir probablement le dispositif de contrôle dans notre pays. Le revoir pour concentrer les moyens sur l’une des institutions en la dotant de tous les attributs et de tous les pouvoirs nécessaires pour lui faire jouer ce rôle qu’on attend depuis le début de la guerre contre la gabegie. Au moment où l’on assiste à la mise en œuvre de la nouvelle législation sur les marchés, il est utile et opportun de repenser le système de contrôle.
A propos de marché, je viens d’apprendre que ISKAN, la société née de la fusion entre la SOCOGIM et la société d’aménagements, a mis en vente un terrain lui appartenant et qui se trouve à côté de la direction de la lutte contre les crimes économiques et la fraude financière (c’est peut-être pas le nom exact de la direction). Un terrain à l’ouest du ministère des femmes, au nord du ministère de la communication. Ce terrain proposé à un milliard il y a quelques années, aurait été vendu à 150 millions. Sans appel d’offres, sans publicité bien sûr… si cela est juste – pourquoi ce ne le serait pas ?-, le commissariat tout proche devrait être sollicité au plus vite… si cela est faux – pourquoi ce le sera ?-, la direction de la société devrait le dire au plus vite.

mardi 25 octobre 2011

Pourquoi cette peur ?


L’Occident a peur de ce qui arrive en Tunisie (victoire des Islamistes), en Libye (promesse de faire de la Chariaa la source de la législation) et en Egypte (les remises en cause des accords avec Israël).
Les révolutions arabes, celles qui ont balayé Ben Ali en Tunisie et Mubarak en Egypte, tout comme les rebellions de Libye, celles en cours au Yémen et en Syrie, sont d’abord d’inspiration islamiste. Du point de vue idéologique et sociologique.
Dans ces pays, ce sont bien les mouvements d’obédience islamiste qui sont restés les derniers à s’opposer aux dictatures en place. Ce sont ces mouvements qui ont encadré, nourri et entretenu le discours de la confrontation avec les régimes. C’est normal que, partout où cela a été le cas, ce sont ces mouvements qui vont incarner le changement, la nouvelle ère.
Dans ces pays, les dictateurs ayant sévi furent, tous sans exception aucune, au service de l’Occident. Et c’est bien pour cela que le sentiment d’une libération de la tyrannie s’accompagne de celui d’une émancipation du joug colonial (ce n’est pas un anachronisme dans le cas d’espèce).
La presse, la diplomatie occidentale, le discours dominant …tous ont voulu croire à une révolution du «jasmin», de «la jeunesse facebook», de la «cyber-résistance»… tous ont oublié que le souffle inspirateur était la revendication de soi, de sa religion, de sa culture et du retour à l’authenticité. La profonde religiosité qui a accompagné ces mouvements a été occultée par les élucubrations d’analystes aussi prétentieux les uns que les autres.
Le vrai «Gourou» de ces mouvements n’est pas le créateur de facebook, mais Shaykh Youssouf Qaradawi qui avait fini par appeler lui-même les manifestants à redoubler d’efforts, à continuer à faire pression.
Ceci dit pourquoi nous refuse-t-on de fonder nos projets de société sur la base des enseignements de notre religion ? Pourquoi nous refuse-t-on le droit de choisir les textes qui devront régir notre vie ?
Ceci dit, une conclusion vaut aujourd’hui pour tous : la démocratie dans le monde arabo-musulman signifie l’avènement d’une société plus authentique mais ancrée dans le religieux, la victoire dans toute élection libre de la première victime des répressions de la veille (islamistes pour la plupart des pays) et l’éloignement, le plus possible, du giron de l’Occident notamment de tout ce qui peut rapprocher d’Israël.
Ce n’est pas l’air dépassé de Moustapha Abdel Jelil qui va faire passer la pilule : au CNT, on ne sait – à force de ne rien savoir d’autre – que s’accrocher au discours le plus porteur dans une société en dérive encore.

lundi 24 octobre 2011

On juge ceux qui sont en-dessous


L’autre soir, dans une émission de TVM que j’ai suivie accidentellement, un jeune barbu s’en prenait violemment à ceux, parmi les Ulémas, qui n’interdisaient pas l’utilisation du tabac. Il faisait allusion – sans le dire carrément mais assez grossièrement pour qu’on le sache – aux propos tenus par Hamden Ould Tah, président de l’association des Ulémas de Mauritanie, lui-même autorité incontestée et incontestable en matière d’exégèse, de savoir encyclopédique et d’Ijtihad.
L’air malin – et prétentieux –, le jeune jugeait violemment les interprétations du Shaykh. Cela me rappelait que nous sommes toujours prompts à juger (et à déjuger). Sans accepter que pour ce faire, certaines prédispositions sont nécessaires. Il faut au moins avoir la notoriété, sinon plus, que celui qu’on juge. Il faut dominer la chose jugée, l’être jugé. Ce n’était pas le cas ce soir-là.
Quand… je ne sais pas si je dois dire «Shaykh», cela donnera une connotation autre à ce qu’est l’Erudit… ou «Lemrabott»… ou l’Erudit… Mais rien de tout ça ne sert quand on parle de Hamden Ould Tah. Il est trop proche de nous, de cette partie de la Umma dont il est l’un des repères pour se laisser distinguer par un titre qui a fini par ne plus vouloir dire grand-chose à force d’être utilisé pour les «mauvaises» personnes.
Pour les Mauritaniens, Hamden Ould Tah, c’est …Hamden Ould Tah. Cela n’a pas besoin d’ornement, souvent factice.
Parfaite incarnation de cette culture à laquelle il appartient et dont les enseignements de base vont du «Diwan essit» (anthologie antéislamique) à la philosophie aristotélicienne, en passant bien sûr par toutes les sciences religieuses et affiliées, la Rhétorique, la Grammaire…, Hamden a la faculté de vous rapprocher tout ce qui devait être loin pour vous. Cet art de communiquer ses connaissances n’est pas une science, c’est un don de Dieu. Personne n’y peut rien.
Il est une encyclopédie vivante, mieux qu’un prototype de l’Erudit traditionnel. Il a su accompagner son temps, notamment cette Mauritanie moderne dont il est une icône. Opérant les relectures nécessaires – vitales pour la Communauté – des textes selon les possibilités ouvertes aujourd’hui. C’est ce refus de se laisser ankyloser par la paresse de comprendre le monde et d’interpréter le Message qui lui vaut toute cette animosité dans les milieux conservateurs et anti-réformistes inspirés d’ailleurs.
Le conservatisme peut prendre la forme d’une jeunesse vigoureuse et prétendant à apporter du nouveau. Mais au fond ne faisant que ruminer – pour reprendre la formule de Abdel Wedoud Ould Cheikh – quelques vieux textes enfouis sous les décombres d’une mémoire ayant subi le trauma «historique» de la décadence. Ils peuvent toujours répéter des gestes, réhabiliter des réflexes des périodes sombres et essayer d’imposer une vision sectaire et réductrice de l’Islam, sans parvenir quand même à cacher la dimension dynamique, progressiste et humaniste de cette religion.
Ceux qui s’en prennent à Hamden, s’en prennent à nous. A chacun de nous.

dimanche 23 octobre 2011

A qui la faute ?


Les absents ont toujours tort dit-on. Même si par ailleurs, il y a des absences qui peuvent se justifier, sinon s’expliquer. C’est le commentaire qui vient à l’esprit quand on lit le communiqué de la COD, communiqué par lequel elle juge le texte d’accord produit par «les dialogueurs» (sic).
«Les résultats du «dialogue» mené par le régime et sa majorité avec certains partis d'opposition dans le but de tromper le peuple mauritanien et ses partenaires au développement ont été rendus publics mercredi dernier. Ces résultats contenus dans un document publié par les médias ne comportent aucunement les réformes de nature à rompre avec les régimes autocratiques et instaurer un système démocratique véritable, ni les mesure qui permettraient de désamorcer la crise politique en Mauritanie».
On tient ici à laisser entendre qu’on n’a pas lu le document original, mais celui publié par les médias. Un détail qui donne le la de l’appréciation générale.
La CENI n’a pas eu, selon le communiqué, le moyen d’avoir sa réelle indépendance. Le BASEP a survécu à l’Accord. Ce n’est pas la politisation de la HAPA qui est dénoncée, mais le fait que «l'opposition y sera représentée «proportionnellement à ... sa représentation à l'Assemblée nationale » ; ce qui lui fera perdre l’indépendance et la neutralité qui en faisaient la raison d’être et que la loi l’instituant avait consacrées». 
«Malgré leur importance, l’introduction dans la Constitution de la criminalisation de l'esclavage et d’autres questions nationales ne suffit pas pour camoufler l’incapacité du régime ou son refus d'appliquer les lois sanctionnant le crime odieux de l’esclavage et d'autres pratiques qui menacent l'unité nationale et la cohésion sociale. 
Les autres amendements constitutionnels n’apportent rien de nouveau, n'ont pas eu d'incidence sur les pouvoirs concentrés dans la main du Président de la République et n’ont pas donné de prérogatives nouvelles au Parlement, ni au Premier ministre. La justice, elle, n'a eu droit qu’à un seul paragraphe qui ne change rien à la situation».
A qui la faute ? à la mauvaise volonté des participants ? à leur incompétence ? à leur manque de vision ? Ou à ceux qui pouvaient enrichir le débat, imposer les «vraies réformes» et qui ont refusé de le faire ?
Décidément, les absents ont toujours tort…

samedi 22 octobre 2011

Succès de l’Armée nationale


Quelques-uns parmi nous ont toujours remis en cause la stratégie militaire du pouvoir face à la menace d’AQMI. Arguant tantôt l’illégalité d’une action en dehors de nos frontières, tantôt l’inopportunité et l’aventurisme que revêt une telle action.
 C’est en cela que la dernière action menée dans la forêt de Wagadu est importante. Parce qu’elle a permis de neutraliser une menace qui pesait depuis quelques semaines sur le pays : celle qu’aurait pu constituer l’infiltration d’un groupe – quelque soit son nombre – de kamikazes dans le pays.
Imaginons un moment Tiyib Ould Sidi Ali et ses compagnons réussir leurs desseins : faire exploser la ville et ses habitants et détruire ce qui reste de l’Etat qui peine à être édifié.
Nous avons le droit de saluer cette réussite qui nous tranquillise quelque peu sur les possibilités de nos forces armées et de sécurité. Cette célébration est à mon avis nécessaire après tant de mots, de critiques, de sous-entendus, voire de dénigrements quand ces opérations furent menées.
Silence assourdissant aujourd’hui que le succès vient rassurer sur la justesse des choix stratégiques face à la menace. Tout indique effectivement que seules les frappes ciblées et anticipant toute action des groupes armés, seules ces frappes peuvent endiguer la menace.
Dans cette guerre imposée aux pays et aux peuples de la région, il manquera encore plus de solidarités.
Solidarité intérieure au niveau de chaque pays. Solidarité entre les pays concernés.   

vendredi 21 octobre 2011

Générations X et Y


J’ai lu récemment une étude sociologique sur les problématiques posées par les générations dans le monde moderne.
Dans le monde des entreprises et de la gestion des ressources humaines, on parle de «génération Y» pour désigner les jeunes nés entre 1980 et 1999, par succession à la génération X dont les éléments sont nés entre 1960 et 1979. La lettre Y doit être lue à l’anglaise : «why ?». Elle devient alors une question qui est souvent sur les lèvres des jeunes de cette époque qui partagent le refus de l’ordre et des méthodes qu’ils jugent anciennes.
«Âgés de 18 à 30 ans, ces jeunes mutants ne lâchent rien… Individualistes, peu attachés à l’entreprise, ils viennent au travail en jean-baskets (ils n’ont pas de costume de toute façon), imposent de nouveaux horaires, surfent toute la journée sur les réseaux sociaux le casque visser sur la tête tout en… travaillant».
Cela s’expliquerait par le fait qu’ils sont nés dans la crise et continuent d’y vivre. Du coup, ils ne croient plus au système existant, et veulent se jouer de toutes ses règles.
Quelle génération Y pour nous ? Quand il y a eu ce phénomène arabe de mobilisation de la jeunesse, nombreux ceux qui ont cru à une probable contagion. Certains politiques ont d’ailleurs misé là-dessus, abandonnant la nécessité pour eux de négocier avec le pouvoir en place un avenir possiblement radieux pour le pays.
En fait de «révolution» des jeunes, si elle devait arriver un jour, prendra nécessairement l’aspect d’une rupture générationnelle totale : les jeunes sortiront du giron de leurs ainés pour s’approprier les valeurs modernes (égalité, justice, droit à une éducation efficiente, accès à l’emploi suivant des critères valant pour tous,  refus de la corruption…), voire se révolteront contre le système d’antivaleurs érigé par leurs ainés, contre tout le système et ceux qui le représentent.
Sans cette rupture radicale avec le passé et ses hommes, on ne devait pas espérer un changement par la jeunesse. C’est pourquoi nous avons besoin de génération Y à tous les niveaux…