samedi 24 septembre 2011

Quoi de neuf en Libye ?

Les «entreprises» guerrières occidentales se suivent et se ressemblent. Toujours le même prétexte de «civilisation» (colonisation), de «démocratisation», de «libération». Suivi d’une mobilisation générale, de promesses faites à nos peuples, de conquêtes ou, comme c’est le cas en Libye de bombardements et d’actions discrètes sur le terrain. Et au finish, plus de désolation pour les pays visés, plus de pauvreté et surtout d’insécurité et d’instabilité pour leurs peuples. L’Irak, l’Afghanistan et maintenant la Libye.
La tribu des Le’beydaat, celle à laquelle appartenait le général Younès assassiné, manifeste dans les rues de Benghazi pour réclamer une enquête sur la mort du général. Les jeunes sont en tenue para et la plupart sont armés. Une manière de menacer l’autorité publique ou ce qu’il en tient lieu. Cette histoire commence à peine et on entend déjà, les membres de la tribu accuser quelques factions de la rébellion, particulièrement les salafistes, d’être la cause de la mort du vieux général.
Le Conseil national de transition (CNT) est incapable de désigner son gouvernement depuis près d’un mois. Et l’après Kadhafi ne se dessine pas parce que Kadhafi est toujours quelque part, hors de portée des rebelles.
La famille Kadhafi qui a été reçue en Algérie «pour raisons humanitaires» commence à reprendre une place dans la guerre qui meurtrit le pays. La diatribe de la fille Aicha sur Al Rai (TV syrienne) signe ce retour.
Les rebelles sont toujours incapables de prendre Syrte et Beni Walid, supposées être des fiefs de Kadhafi. Ils sont toujours à quelques heures de les prendre et d’en finir avec le dictateur. La peur aux tripes tant qu’il n’est pas entre leurs mains. Mais en même temps incapacité d’agir.
Dans ce cas, c’est l’OTAN qui décide de continuer ses frappes pour «protéger le peuple libyen». Cette fois-ci, c’est bien le peuple libyen qui subit les bombardements à Syrte et à Beni Walid. Les images de l’artillerie rebelle, des blindés et des avions de l’OTAN bombardant aveuglément, ces images resteront longtemps gravées dans les esprits.
En attendant de voir comment tout cela va finir – ce n’est pas pour trop tôt -, nous allons, comme les médias en vogue, commencer par appeler les «rebelles» d’hier, «les forces du CNT». Comme s’il suffisait pour eux de changer de dénomination pour légitimer leur action et faire oublier les antécédents des plus en vue d’entre eux.  

vendredi 23 septembre 2011

Pourquoi précisément «depuis quatre ans» ?

On nous dit que l’opposition participant au dialogue a demandé un audit des quatre dernières années. Le forum est justement un lieu où chaque partie peut tout demander en insistant sur l’essentiel. On pouvait demander que cet audit couvre toutes les institutions de la République. Ceux de la Majorité auraient pu demander un audit de l’institution de l’opposition, de l’Assemblée nationale, des partis politiques ayant bénéficié de l’argent public selon leurs quotas électoraux… Cela aurait toujours surpris pour la limitation dans le temps. Pourquoi quatre ans ? Pourquoi quatre ans seulement ?
Il est clair que c’est bien la gestion sous le régime de Ould Abdel Aziz qu’on vise ici. Alors que ce n’est pas la période qui a coûté à la Mauritanie. Il faut viser les périodes précédentes, celle de Ould Taya particulièrement, accessoirement la transition sous Ould Mohamed Val, arriver à Ould Cheikh Abdallahi et enfin à Ould Abdel Aziz. Si la majorité des acteurs politiques en activité présentement ne peuvent pas – et ne veulent pas – demander un audit de la gestion des trente dernières années, c’est qu’elle les a impliqués.
Quoi qu’on dise, il faudra un jour parler des 132 milliards «soldés» par un accord entre le ministère des finances et la BCM qui a finalement, au terme de l’accord, pris en charge le déficit du trésor qui était en 2005 à ce niveau-là. Parler de la centaine de milliards «donnés» par simple jeu d’écritures. Des 12 milliards de la SONIMEX derrière lesquels l’autorité judiciaire court encore… Sans aborder ici les financements de projets qui sont devenus belles demeures à Tevraq Zeina ou dans les bleds perdus, troupeaux exerçant une pression de plus sur les maigres pâturages, villas ou appartements à l’extérieur (Maroc, Espagne, France…), devises en comptes en banque à l’extérieur, mais aussi source de profits pour les casinos d’Espagne, du Sénégal, du Maroc…
Ces détournements sont énormes. Ils ont compromis à jamais le développement du pays et doivent faire nécessairement objet d’un audit un jour. On ne peut les solder au titre de pertes et profits. On ne peut pas. On voudrait bien, mais ce n’est pas possible.
Tous les passifs – humanitaires et/ou économiques - ne peuvent être soldés sans prix à payer. Ce prix est un procès du passif qui ne peut être occulté.
La tactique des prédateurs de l’avant-2005 (et des après) a été de se retrouver un peu partout pour investir le champ politique et se présenter avec une virginité conquise à faible prix. Il a suffi de «ne pas raser les murs», de rejoindre même provisoirement le camp «qu’il faut» pour se voir blanchi. Ils ont ensuite cherché à faire oublier tous les méfaits aboutissant à la phase actuelle qui voudrait solder définitivement les comptes d’avant. Ceux qui ont coûté et qui coûtent encore au pays…

jeudi 22 septembre 2011

«Si Sbaa’i» se rappelle…


Tout le monde dans le quartier l’appelle «Si Sbaa’i». Son visage ridé, sa bouche édentée et sa silhouette chétive lui donnent plus de soixante-cinq ans. A vrai dire il n’a que 58 ans.
«Je suis venu ici du douar il y a 37 ans. J’ai toujours travaillé comme concierge dans cet immeuble qui a appartenu à la SAMIR, avant d’être racheté par un privé…»
Il adore parler de lui. Et il semble avoir trouvé en moi quelqu’un qui pourrait être intéressé par ce qu’il dit. J’avoue que les premiers jours, je n’accordais pas d’intérêt aux bavardages «d’un vieux Chleuh» qui voit en moi un «Sahraoui dialna du sud».
J’avais compris qu’il appartenait à une tribu du sud marocain, les Ait Oussa dont j’ai déjà entendue parler. Qu’il était un «immigré économique» dans son propre pays, le Maroc qui a connu aussi son exode rural. Quand il évoque le monde de son enfance, c’est à peine s’il n’a pas les larmes aux yeux. Et c’est là où l’on découvre une autre personne…
D’abord cet enseignement du Coran, quelques bribes encore mal reprises, peut-être parce que mal apprises dans l’enfance… «uraa ezzweylaat…» derrière quelques bêtes… «il bil», précise-t-il. Comme s’il ne voulait pas être confondu avec ceux qui courent derrière les bovidés. On sent tout le mépris que les gens du nord de chez nous, grands nomades éleveurs de camelins, ont pour les éleveurs de bovidés. Quelques mots en Hassaniya qui sortent de cette bouche déformée par la sédentarité. Des mots qui sonnent avec un timbre de mélancolie. Juste un soupçon de mélancolie… comme si l’homme ne regrettait pas vraiment le monde de son enfance. Et puis des noms…
“Je m’appelle en fait Sidi Mohamed Ould Ahmed Ould Mohamed Ould Bellal…” bien de chez nous non? «Je me rappelle de mes cousins Mohamed Ould Samba…» Comme ce sont des noms que je connais et auxquels je suis lié pour beaucoup de raisons, je commence à m’intéresser à ce vieil homme qui porte ses (presque) 60 années comme s’il en portait 80… Il est un mélange de survivances malgré la mutation profonde qu’il a subie.
Il habite Rabat sans habiter Rabat – sa famille vit à Salé et lui est concierge dans le quartier huppé de la capitale, Hassan. Il côtoie des cadres, des hauts fonctionnaires, des retraités de la haute fonction publique marocaine, mais ne rêve pour ses enfants que de métiers de chauffeurs, de planton, de vendeur…
Il a quitté son monde rural il y a 37 ans et n’a jamais songé y revenir. «Pourquoi faire ?» Il a fait sa vie qu’il coule tranquillement. Le bonheur pour lui, c’est de continuer à servir les habitants de «son» immeuble et de ses environs, à cultiver des réseaux pour toujours y avoir des occupants. Ce n’est certainement pas de savoir qu’il appartient à l’ensemble des Bidhâne, à l’une de ces nombreuses tribus qui peuplent le Trab el Bidhâne…  

mercredi 21 septembre 2011

Le roi est nu


La démarche engagée par le chef de l’Autorité palestinienne en vue de la reconnaissance d’un Etat palestinien comme membre de l’Organisation des Nations-Unies est avant une carte politique. Elle a double vocation.
La première, c’est d’obliger les Israéliens à reprendre les négociations. Eventuellement, à stopper, même momentanément, la politique de colonisation qui ne s’est jamais arrêtée malgré tous les engagements pris et toutes les pressions exercées. En fait la démarche est l’acte de mort du processus engagé depuis Madrid et concrétisé à Oslo.
La deuxième vocation est de pousser les puissances occidentales à leurs «limites diplomatiques»  dans leur soutien inconditionnel d’Israël. La position américaine est en cela révélatrice de l’absence d’équité et de justice dans le traitement du problème palestinien. Elle nous rappelle aussi, que dix ans après les attentats du 11-9, rien n’a vraiment changé dans ce traitement. L’administration Obama, comme l’administration Bush, est toujours prête à protéger l’Etat d’Israël sans pouvoir exiger de lui un minimum. De respect des résolutions de l’ONU, des engagements pris par le passé au terme des accords d’Oslo… Cette attitude américaine doit avoir nécessairement des conséquences.
Elle conforte les plus extrémistes dans leur logique de lutte violente et justifie, aux yeux des masses arabes, tout ce qui peut être fait de mal à l’Amérique et aux Américains en général. Elle nourrit en fait ce que l’Amérique prétend combattre : le terrorisme. Il faut donc s’attendre à un retour en force de l’anti-américanisme primaire dans les rues arabes qui ont eu d’autres préoccupations ces derniers temps.
L’attitude doit aussi remettre en cause la position américaine de «facilitateur» et de «promoteur de la paix». S’il y a notion de «parrainage» ici, il s’agit de celle qui fait des Etats Unis d’Amérique le Parrain d’Israël (au sens maffieux). Les Etats Unis sont disqualifiés pour jouer ce rôle vu leur alignement inconditionnel sur les positions israéliennes. La démarche pour les Palestiniens doit être celle-là : refuser aux Etats Unis de jouer ce rôle et demander à l’Europe d’occuper sa place. Au moins un peu de scrupules et moins d’arrogance dans l’alignement…
L’Organisation de libération de Palestine est observateur à l’ONU depuis 1974 où elle est traitée comme «entité», un Etat «non membre». Ce qui veut dire dans le langage de l’Organisation : "Les États non membres de l’ONU mais membres d’une ou de plusieurs institutions spécialisées peuvent demander le statut d’Observateur permanent. Ce statut relève de l’usage, car aucune disposition de la Charte des Nations Unies n’en fait état. Cet usage remonte à 1946, où le Secrétaire général a accepté que le Gouvernement suisse devienne Observateur permanent auprès de l’Organisation des Nations Unies. Par la suite, certains États qui étaient représentés par des observateurs sont devenus Membres ultérieurement : cela a été le cas de l’Autriche, de la Finlande, de l’Italie et du Japon. La Suisse est entrée à l’ONU le 10 septembre 2002.
Les Observateurs permanents ont le droit d’assister à la plupart des réunions et d’en consulter la documentation. De nombreux organismes régionaux et internationaux ont également le statut d’observateurs dans les travaux et les réunions annuelles de l’Assemblée générale."
Peu clair comme statut et comme définition du statut. Ce que veulent les Palestiniens aujourd’hui, c’est d’avancer vers la reconnaissance de leur Etat qui jouit de la reconnaissance de 126 pays, une majorité écrasante. Mais cette majorité ne signifie rien en cas de véto américain au Conseil de sécurité. Dans les jours qui viennent, l’Autorité palestinienne peut toujours recourir au vote de l’Assemblée générale sans conséquence pour elle. Mais elle a obtenu déjà de remettre la cause au centre des préoccupations mondiales. Reste à savoir jusqu’où mènera cette Intifada diplomatique…

mardi 20 septembre 2011

Attention à une structure partisane


A la base de la revendication d’une structure «indépendante» chargée de superviser (ou d’organiser) les élections, se trouve justement le souci d’indépendance. Se trouve aussi les craintes, amplement justifiées par les pratiques du passé, de voir l’organe chargé d’arbitrer se laisser instrumentaliser par le politique intéressé. Quel qu’il soit.
Les revendications concernant la CENI devaient rester à deux niveaux. Au niveau de l’exigence d’indépendance qui ne peut être sans l’éloigner complètement du champ politique. Il ne faut pas en faire une structure où les forces politiques sont représentées. Cela fait courir des risques énormes dans un pays où le perdant n’est jamais perdant.
Au niveau du caractère permanent de la structure. Cette structure – une CENI ou une Agence générale des élections comme le demandent ceux du dialogue – doit nécessairement être permanente. Il faut lui donner de nouvelles missions comme celle d’entériner toutes les élections au niveau des ONG, des organisations syndicales, des partis… de tout ce qui peut prétendre à «l’utilité publique» qui suppose de profiter des financements publics. Cela va assurer une normalité à ces organisations et en limiter la profusion. La permanence lui permet aussi d’être toujours prête à mener à bien les opérations électorales en formant une expertise locale indépendante.
Pour en assurer l’indépendance, on doit préconiser la désignation d’un nombre déterminé de personnalités consensuelles avec un président qui soit choisi sur la base de qualités de notoriété. On va certainement nous dire qu’il n’en existe pas, mais c’est faux. Il n’y a pas que des «corsaires» en Mauritanie.
Ce paragraphe de la proposition de l’opposition au dialogue est très inquiétant : «Sept (7) membres appelés « sages » choisis pour leur expérience, leur compétence, leur rectitude morale et leur impartialité, forment le comité directeur de l’AGE et en supervisent les activités. Le plus âgé en préside  les délibérations. Les sages sont choisis de manière consensuelle, sur une liste de 14 personnes proposée à égalité par la majorité(7) et l’opposition (7)».
Surtout pas de quota pour monter une structure pareille.

lundi 19 septembre 2011

Une gestation «intérieure», nécessairement


Nos aînés dans le mouvement des Kadihine qui a dominé la scène politique pendant la décennie 66-76, nous enseignaient, entre autres choses, que le «Timonier Mao» disait qu’il y avait deux façons d’évoluer en mettant à profit les facteurs exogènes.
La première, c’est celle qui profite à l’œuf par exemple. A l’intérieur de l’œuf existent déjà des éléments de vie qui interagissent. Juste besoin de la chaleur produite en les couvant pour donner la vie. Sans ce facteur «exogène», l’évolution vers la vie ne peut aboutir. Sans l’existence préalable de facteurs «intérieurs», le processus ne serait même pas envisageable.
La deuxième évolution est celle que connait la pierre. La pierre ne possède en elle aucun élément d’évolution. Elle subit les aléas : températures (amplitudes thermiques énormes), eau, vent, action de l’homme… Ces facteurs exogènes agissent sur elle, non pas en favorisant une évolution positive, mais en la détruisant peu à peu. Les effets de l’érosion font qu’elle s’effrite, se casse en mille morceaux, roule, se déplace… mais elle ne donne pas la vie…
C’est cette dernière évolution qui a été celle des pays du tiers-monde en général, de la Mauritanie en particulier.
Nous avons besoin de savoir que tous les grands changements que la Mauritanie a connus ont plus été l’effet de facteurs exogènes. Que quelque chose nous arrive de l’extérieur, qu’il produise un choc pour la société, et c’est ce choc qui entraine la nouvelle situation. Du coup le changement n’est plus une évolution à proprement parler. Il est mouvement brusque qui produit une rupture, et même une cassure. A chaque blocage, intervention extérieure (ou exogène), la société s’effrite, perd quelque chose… parce que «le foisonnement intérieur» n’est pas là.
Peut-on espérer que les présentes assises du dialogue soient le point de départ d’une gestation nouvelle ?

dimanche 18 septembre 2011

La place du Maroc est au cœur du Maghreb


Lancée par les pays du Golfe en juin dernier, l’invitation faite au Maroc de rejoindre le club fermé des monarchies arabes n’a pas suscité de grands enthousiasmes dans le Royaume Chérifien.
D’ailleurs, le ministre marocain des affaires étrangères, M. Taib Fassi Fihri a publiquement déclaré que «les relations avec les pays du golfe revêtent une grande importance pour le Maroc notamment sur les plans stratégique, économique, politique, humain et culturel», mais que le pays «continuera à encourager le dialogue entre les pays de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) et ceux du CCG». Profitant de sa sortie pour faire un parallèle entre les deux regroupements. Soulignant que l’expérience du Conseil de coopération du Golfe peut bien profiter à l’UMA, encore en retard sur le plan de la coopération économique et commerciale. Le dialogue entre l’UMA et le CCG "nous donnera l'opportunité dans la région maghrébine de mettre à profit cette expérience", a ajouté le ministre.
Noble démarche que celle-là, même si l’on sait par ailleurs que les conditions offertes par le CCG au Maroc en cas d’adhésion sont peu bénéfiques et quelque part humiliante (inégalité de traitement des ressortissants notamment). Le Maroc exprime ainsi son attachement à la construction d’un Maghreb uni et choisit donc de rester fidèle à son «environnement» géopolitique. En ces temps où la fidélité dans les engagements est peu visible, la position du Maroc est louable.
Elle répond à une double exigence. Celle de l’appartenance et celle de la «vocation» naturelle et historique.
Le Maroc n’est pas la Jordanie, même si les deux familles royales dans les deux pays descendent du Prophète (PSL), elles n’ont pas le même ancrage dans les consciences populaires de leurs peuples et des peuples de leurs régions respectives.
Sur les marches occidentales du monde musulman et à un moment de flottement au sein de l’Empire islamique, est née la Monarchie Alaouite. Elle a fédéré un ensemble de peuples du nord-ouest africain et a pu asseoir une autorité qui a survécu à toutes les secousses (du fait colonial, de l’affrontement des blocs, des tentatives de putschs, des difficultés économiques, de l’adversité des voisins immédiats et lointains).
L’ancrage historique, renforcé par la résistance aux temps et aux aléas, s’est traduit par une plus grande légitimation du pouvoir Alaouite. Rien à voir donc avec des monarchies, récentes pour la plupart et rarement aussi bien ancrées au niveau social et aussi bien légitimées au niveau politique.
La révision de la Constitution et le lancement, à l’occasion, des bases d’un Maroc nouveau prouvent l’exception marocaine par rapport aux régimes arabes en général, aux monarchies arabes en particulier. Sans grandes ressources – en tout cas n’ayant pas les ressources des monarchies du Golfe -, le Maroc aspire aujourd’hui à s’ouvrir grandes les portes de l’Union Européenne. Il a opté pour une Modernité tous azimuts : du système politique (en renforçant les institutions et en visant une monarchie parlementaire adaptée aux réalités socio-historiques du Maroc), des rapports sociaux (abolition des privilèges et renforcement des contre-pouvoirs comme les syndicats), de l’éducation (système performant adapté aux besoins du pays). Le Maroc d’aujourd’hui présente une image aux couleurs prometteuses. L’image d’une Nation qui s’assume, par son enracinement dans l’authenticité et son ouverture résolue sur le monde moderne.
Le Maroc d’aujourd’hui est une vitrine pour le nord-ouest africain sur l’Europe, ce partenaire obligé et encombrant. Cette position de vitrine, c’est d’abord une question de vocation. Une vocation amplifiée par l’Histoire qui a fait du Maroc un pays d’ouvertures et d’accueil.
Ce Maroc-là ne peut exister en dehors de l’espace maghrébin dont la construction est freinée par la persistance du conflit du Sahara, véritable blocage devant la constitution d’une union du Maghreb arabe. La réponse du Maroc à l’invitation du CCG trouve ici tout son sens… et sa justesse.