lundi 8 août 2011

Qu’est-ce que tu veux ?


Ce matin, je me suis réveillé avec l’obligation d’établir un passeport au nom de ma fille. Non ! de proroger en fait son passeport dont la date a expiré, ce qui est plus facile à faire. Comme d’habitude, j’appelle un flic ami pour lui demander de passer le prendre. En général, je remets les documents à la personne avec les 20.000 UM de timbre, pour se charger du circuit. Cela m’évite les couloirs des administrations et la très longue attente. Ce matin, les deux personnes que j’appelle ont la même réponse : «ce n’est plus possible, il faut se déplacer… c’est devenu compliqué…»
Du coup, je me prends à maudire cette administration qui complique les choses. Avant de me reprendre et de reconsidérer mon attitude. En fait j’ai réagi sans penser que «compliquer» ici veut dire «organiser» et «suivre les procédures normales». Le réflexe de privilégié qui a de quoi payer le service sans se fatiguer, a occulté le côté positif de l’instauration de procédures, certes plus «compliquées» pour ceux qui passaient outre, mais plus respectueuses de la loi et règlements prévus. Dans le cas des passeports, l’exigence d’une demande dûment établie par le concerné, prévue par le décret, a été ré-instituée dans un souci de transparence et d’ordre. N’est-ce pas ce que j’ai toujours revendiqué ? le retour à la normale par la réhabilitation des procédures prévues et leur respect… Mais quand cela arrive me voilà mécontent et dépité.
C’est que la demande d’avènement d’ordre et de justice n’est pas réelle en nous. Chacun de nous voudrait bien continuer à se mouvoir dans un environnement où il pourrait accéder aux privilèges les plus indus. Ça c’est notre vérité, la plus profonde, la plus partagée.
On milite contre la mauvaise gestion, on dénonce ici l’impunité, et là l’enrichissement illicite… Mais dès que l’un de nos parents ou de nos amis est touché par les effets d’une inspection, c’est la levée de boucliers. On invoque alors les arguments et les prétextes les plus fallacieux. On se regroupe et on appelle à la solidarité clanique et communautaire.
On milite contre l’esclavage, les inégalités en général, mais on refuse de reconnaitre ce qu’on en exerce soi-même, ce qu’en exerce notre entourage.
C’est tellement général, tellement vrai qu’il nous arrive de nous demander si la demande sociale de changement est réelle. Est-ce que notre élite – qui exprime normalement nos désirs -, est-ce que cette élite veut réellement le changement ? Qui implique l’avènement d’un monde de valeurs universellement reconnues : l’égalité, la justice, la probité, le mérite, le respect de la parole donnée, des règles qui régissent la société…
Jusqu’à présent, l’impression que nous avons est que l’élite est partagée entre deux attitudes dominantes chez elle. La première est celle qui se cherche une place dans la société des privilégiés, avec comme méthode le partage des privilèges, du moins la participation à ce partage. La seconde, plus radicale, est celle de la recherche du monopole de ces privilèges. On ne veut pas partager.
Pour ce qui est de changer les règles du partage pour les rendre plus justes, plus équitables, pour en enlever celles qui doivent être combattues pour ce qu’elles promeuvent comme antivaleurs modernes, pour faire finalement la rupture avec l’ordre d’avant et en fonder un nouveau, pour tout cela pas de réflexion, pas de volonté de faire. C’est ce qui explique, à mon avis, que notre élite se trouve toujours obligée de faire avec l’ancien. Pour cela, elle tourne en rond et se fait tout le temps doubler…
…Mon dépit de ce matin n’est pas banal. Parce qu’il découle d’une attitude face à la vie, une attitude faite de statu quo pour l’ordre ante, celui qui fonde la société inégalitaire et injuste.

dimanche 7 août 2011

Concessions, «blocs», lots et gazra


Un chiffre donné par le Président de la République pendant son face à face avec la presse, attire l’attention : à propos des lotissements, il a dit que l’objectif était d’abord de mettre fin à la spéculation en arrêtant les distributions inconsidérées de terrains à Nouakchott. Et qu’il avait trouvé, en arrivant au pouvoir, une situation qui donnait une prolifération de concessions rurales à Nouakchott.
Les services publics avaient attribué 917 concessions rurales au profit de 732 personnes pour une superficie de 35 millions de mètres carrés, alors que depuis 2009, le lotissement de 7 millions de mètres carrés a permis de recaser 51 mille familles. La comparaison est édifiante, a-t-il fait remarquer. Et il avait raison. Elle exprime toute l’injustice et l’aberration exercée dans l’octroi des lots et des terres en général.
Objet de spéculations de la part de particuliers, les parcelles, petites ou grandes, ont toujours été la source de toutes les convoitises, d’une grande partie des conflits de voisinage à Nouakchott. Les ministres les attribuaient par «blocs» de 10, 20 et plus de parcelles. Souvent à des hommes de paille, des intermédiaires qui se chargeaient ensuite de les vendre à leur profit. C’est comme ça que les ministres des finances, leurs épouses et leurs entourages immédiats se sont enrichis considérablement par le passé. Les concessions rurales, elles sont attribuées par les préfets et les Walis. Elles sont aussi source de corruption des administrations, des domaines… La dernière concession a été accordée en juillet 2009. On dit qu’elle a été le prétexte pour le Président Ould Abdel Aziz, fraîchement élu, de faire le ménage dans les services concernées.
Concessions, «blocs» et attributions de gazra (squat légalisé), se font au profit d’intermédiaires politiques et religieux, en contrepartie de leurs soutiens et/ou de leurs bénédictions. Ou, en une certaine période, au profit de parents, proches des maîtres du moment. Cela a donné des situations incongrues comme les titres fonciers établis au nom de particuliers pour des espaces publics devant le Sénat, la Wilaya, les abords de la mosquée centrale de Nouakchott, le Palais des Congrès, les terrains de la SNDE…
Reconnaissons quand même que depuis deux ans, on en entend plus parler. Et c’est tant mieux.

samedi 6 août 2011

Opération «communication»


C’est un exercice périlleux que celui auquel s’est adonné le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz près de quatre heures durant : être face à face à un public appelé à poser ses questions en toute liberté. Avec aussi des journalistes jouant pleinement leur rôle d’«excitateurs».
Cela lui a réussi pour deux raisons : la sincérité des propos et la spontanéité des réactions. Ce qui donnait l’impression que tout chez lui était vrai. Ce qui lui rendait aussi l’exercice facile parce qu’il n’y avait pas d’efforts à faire pour jouer un jeu de rôle. Toutes les questions ont été abordées.
Du dialogue politique : il s’est dit prêt à discuter de tout avec l’opposition. Expliquant quand même que les préalables exigés par les uns doivent constituer l’objet ou l’issue de ce dialogue. Précisant que les élections municipales et législatives prévues en octobre prochain, peuvent bien être reculées, seulement en cas d’accord politique entre toutes les forces en présence.
Sur la sécurité : il a rappelé que le pays n’est pas allé en guerre. Ceux qui disent qu’il fait une guerre par procuration veulent tromper l’opinion parce qu’ils savent que les attaques de Lemghayti (2005), de Ghallawiya (2007), d’Aleg (2007), de Tourine (2008) ont coûté très cher au pays. Si l’Armée mauritanienne traverse les frontières pour pourchasser les terroristes, c’est parce qu’ils ont l’intention de mener des opérations en Mauritanie. Rappelant l’opération de juillet 2010 qui visait à démanteler un commando qui se dirigeait sur Bassiknou, laquelle opération a fini par être montée par les bandes armées. Il a expliqué que l’objectif pour nous est de sécuriser notre territoire et nos populations.
Sur les opérations d’enrôlement des populations, il a rassuré sur les intentions qui sont tout simplement celles de monter un état civil fiable. Personne ne sera exclu ni oublié parce que le temps sera pris pour faire enregistrer tout le monde. Il a expliqué que ce n’est surtout pas pour exclure la frange négro-africaine, car, ce sont bien les régions supposées à forte dominance négro-africaine, ce sont ces régions qui connaissent les plus grands taux d’enrôlement (plus de quatre mille au Gorgol, près de cinq au Brakna, alors qu’à Néma on peine à avoir deux mille).
Sur la situation de mécontentement général qui existerait dans le pays, il a expliqué qu’il s’agit d’un constat qui n’est pas partagé. Il y a certainement la rupture avec la mal gouvernance qui a cassé le rythme de vie de beaucoup de gens, avec le tarissement des sources de l’argent facile. Il a rappelé que pour certains fonctionnaires (de la haute sphère et même de la moyenne), tout était pris en charge par l’Etat : l’eau, l’électricité, le déplacement (voiture), le train de vie… Ce n’est plus le cas. Forcément il y a des mécontentements chez ceux-là, mais ils n’expriment point l’ensemble de l’opinion et surtout pas celle des populations bénéficiaires de projets qui sont lancés grâce aux économies ainsi opérées.
Sur les prix, il a rappelé que nous subissons la crise internationale. Pour les hydrocarbures, le citoyen mauritanien paye 56 UM sur le prix de chaque litre consommé en Mauritanie car l’Etat subventionne. L’effort ainsi consenti est énorme. Rappelant les efforts faits pour subventionner les produits alimentaires de première nécessité.
Sur la lutte contre la gabegie, il a souligné qu’il ne s’agit pas pour lui d’un slogan de campagne mais d’un programme et d’une conviction. D’ailleurs tous les politiques lui avaient dit pendant la campagne présidentielle que c’était là un slogan à ne pas utiliser parce qu’il dessert. Et assuré que rien ne l’arrêtera. Il s’est défendu lui-même d’avoir des biens mal acquis et demandé aux présents de mettre à nu tout ce qu’ils savent des activités illégales de son entourage. Il a rappelé que la seule fois où il a eu à gérer pendant ses trente ans de service à l’Armée, ce sont les six mois passés à la tête du Cabinet militaire du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Il avait trouvé un budget de 1,2 milliard, avec un dépassement de 200 millions. Il avait alors baissé le budget à 900 millions et quand il avait quitté le 6 août, il avait remis plus de six cents millions de ce budget. C’est ce pactole qui a servi, quelques mois plus tard, à acheter les scanners, l’un installé à Kiffa et l’autre à Nouakchott. Il a aussi certifié qu’il n’a jamais intervenu au profit d’un quelconque opérateur. Une fois, il a dû taper sur la table parce qu’une entreprise nationale, en l’occurrence ATTM, risquait de se faire exclure d’un marché au profit d’une entreprise étrangère, par la faute d’un fonctionnaire véreux.
Sur la Libye, il a expliqué que ce qui importe à la Mauritanie, c’est le devenir du peuple libyen et non la victoire de l’un des camps. Le rôle de médiateur qu’il joue lui impose une égale distance entre les deux. Ce qui explique la non reconnaissance du CNT par la Mauritanie.
Face aux jeunes et à leurs revendications, il a déclaré que ces revendications sont bien les siennes : la liberté, l’éducation, la santé, l’amélioration des conditions de vie des populations, l’emploi, le recouvrement de la dignité… tout cela est légitime. Comme sont légitimes les manifestations aux portes de la présidence qui étaient impossibles il y a quelques années.
Sur la polémique autour de l’accord avec la société chinoise de pêche, le président a expliqué ne pas comprendre pourquoi certains font bouger ciel et terre sur un accord dont tous les termes sont rendus publics et ne comportent aucun préjudice au pays, alors qu’ils ne disent mot sur l’accord couvrant près de 250.000 tonnes de nos ressources à raison de 0,30 euro le kilogramme. Il a rappelé que les accords avec les opérateurs chinois étaient l’occasion de nombreux trafics. Dont tous les 125 bateaux appartenant officiellement à des Mauritaniens, alors qu’ils sont encore au nom de particuliers chinois. Révélant que quand il est arrivé au pouvoir, il avait découvert 15 bateaux qui pêchaient dans les eaux mauritaniennes en dehors de tout contrôle et sans autorisation. Pourquoi les militants de la cause n’en parlent pas ? Pour lui, c’est parce que ce projet qui profite à la Mauritanie, dérange une activité plus ou moins illicite qui allait dans les poches d’individus connus. "Ceux qui s'opposent à l’accord en question sont inspirés par des individus qui profitaient, à titre personnel et égoïste, de licences de pêche obscures accordées, sous leurs noms, à des sociétés étrangères, et qui ont été suspendues".
Au plan des réserves du pays, il a déclaré qu’elles s’élèvent présentement à 511 millions de dollars hors pétrole contre 165 millions en 2008 et 400.000 en 2004 et que les dépôts du Trésor dans la BCM atteignent 37 milliards d'ouguiya. Alors qu’ils étaient parfois négatifs.
Sur des questions jusque-là jugées «sensibles», le Président a répondu sans ambages, selon ce qu’il en sait. Sur des cas comme ceux de feu Ould Bouceif, il a expliqué ne pas savoir qu’il s’agit d’autre chose que d’un accident malheureux. Tout comme le cas de l’avion qui transportait le Wali de Nouadhibou en 1992 et qui s’est écrasé quelque part. Sur le cas de Rachid Mustapha, l’homme d’affaires disparu en Afrique centrale, il a déclaré que toutes les informations officielles indiquent qu’il est mort par accident. Sur feu Ould N’Deyane, il a dit qu’il ne refusait aucune commission d’enquête, mais qu’il pouvait déjà dire qu’il est mort par une munition d’un char. Qui utilisait les chars ce jour-là ? Mais il a émis quelques suspicions quant aux objectifs cachés derrière la mobilisation de certains autour de la question.
Moment d’émotion : c’est quand un membre de l’association des muets a …pris la parole, l’émotion était grande. Aidé par sa sœur qui faisait la traduction des signes, le jeune en question a expliqué la situation de cette frange de la population, et formulé des revendications de reconnaissance. Ce à quoi le Président de la République a immédiatement répondu en assurant que TVM va prendre les mesures nécessaires pour présenter des informations doublées au profit des malentendants en plus d’autres mesures qui suivront.
Moments de détente : le Président n’a pas manqué de provoquer, de titiller ses interlocuteurs sur le ton de l’amusement, ce qui a détendu l’atmosphère et présenté l’homme tel qu’il est et non tel qu’on le perçoit de loin.
En vérité, l’homme Ould Abdel Aziz s’est voulu rassurant, en communiquant sa confiance en lui-même et en l’avenir. Pour cela il lui a suffi d’être vrai et de refuser la mise en scène.

vendredi 5 août 2011

Pourquoi ne pas investir dans la paix ?


Chaque fois que l’Occident mène une guerre en terre d’Islam, elle complique encore les rapports entre les deux mondes et finit par provoquer tous les sentiments de haine qui justifient la violence des réactions ici et là. Depuis l’Afghanistan, en passant par l’Irak et eu poussant jusqu’à la Libye, chaque balle qui est tirée, chaque bombe lâchée, chaque bavure, chaque dommage collatéral, chaque destruction attise les animosités. Les arguments fallacieux ajoutent à l’ignominie du plus fort.
En Afghanistan, la lutte contre le terrorisme a justifié la guerre menée par les Américains contre le régime des Talibans. En Irak, c’est le «messianisme démocratique» qui a tout justifié. En Libye, c’est le devoir moral de protéger les populations civiles qui a mobilisé les coalisés de l’OTAN. Dans les trois cas, c’est à la destruction des pays et de leurs populations que nous avons assisté. Ni le terrorisme n’a été vaincu, ni la démocratie n’a été instaurée, ni la sécurité, ni la paix. Les civils ont continué à mourir par centaines, les économies ont continué à être pillées (par des multinationales et non des nationaux), et les sociétés ont été traumatisées à jamais.
Pourtant ce qui est dépensé dans ces guerres aurait pu suffire pour arriver à bout du terrorisme et des rapports belliqueux entre les deux Mondes (Occident et Arabo-musulman). 350.000 dollars, c’est ce que dépenseraient les coalisés en Afghanistan et en Irak à la …minute ! En 2008 déjà, le coût de la guerre s’élevait à 4000 milliards de dollars. Il a été multiplié par deux depuis.
Plus proche de nous, l’engagement français en Libye a déjà coûté près de 100 millions euros, alors que pour les Etats-Unis le coût prévu pour les six premiers mois est de 773 millions euros et pour le Royaume Uni de 1,13 milliards euros. Le coût final dépendra de la durée des opérations et de leur intensité. Alors que l’on croyait en finir au bout de deux ou trois fois frappes, l’OTAN semble s’enliser dans un conflit aux portes de l’Europe, un conflit dont les conséquences se feront sentir sur la sécurité et la stabilité de la région.
Pendant ce temps le contribuable français continue de payer l’heure de vol d’un avion de chasse entre 10.000 et 13.000 euros. Avec 400 heures de vol de moyenne par semaine, nous sommes facilement à 4,8 millions d'euros, sans compter le carburant. Le porte-avions envoyé aux larges de la Libye coûte à la France 50.000 euros l’heure de fonctionnement. Les missiles entre 250.000 et 350.000 euros l’unité. Les bombes coûtent de 20 000 à plus de 100 000 euros pièce. Les plus sophistiqués, utilisés les premiers jours vont jusqu’à 850 000 euros pièce. En mai les primes payées aux soldats atteignaient 25 millions d’euros. Alors que les surcoûts sont déjà chiffrés à 90 millions d'euros.
Combien d’hôpitaux, d’écoles, de routes, de barrages auraient pu être construits par des fonds aussi importants ? Combien de personnes soignées, éduquées, combien de hameaux désenclavés, combien de produits agricoles auraient pu servir à combler le déficit alimentaire dans toute la zone sahélo-saharienne et même dans la corne de l’Afrique ? La France, et avec elle l’Occident, aurait certainement abouti à des résultats meilleurs que ceux que permet la guerre. Ils auraient atteint leurs objectifs, au moins ceux déclarés : lutter contre le terrorisme, aider les populations et améliorer leurs conditions de vie. Avec l’aura et la sympathie en plus… Mais le veulent-ils seulement ?

jeudi 4 août 2011

Travaillez, prenez de la peine…


C’est une discussion autour des industries et du recul des  opportunités de travail et de production, qui m’a appris la réussite d’un frère tunisien qui est parti de rien pour avoir une chaîne de commercialisation des viandes. Personne avant lui n’avait pensé à ce créneau alors que nous sommes dans un pays parmi les plus «carnassiers», alors que notre rapport social à la viande est des plus forts, alors que nous nous croyons «intelligents» et «créateurs». Aucun de nos hommes d’affaires, aucun de nos grands éleveurs n’avait eu l’idée de financer ou d’installer une ou deux boucheries, propres, modernes à Nouakchott et proposer aux consommateurs, avides de nouveautés, un produit acceptable. Pourtant le savoir-faire «technique» se rapportant à la viande est un facteur certain, la ressource était là, le marché aussi…
Pour revenir aux industries, on constatait qu’en 1988, il y avait environ 84 unités industrielles qui tournaient ici. Combien y en a-t-il aujourd’hui ? Trois créneaux : quelques industries alimentaires qui vivent des marchés sénégalais et maliens (pâtes alimentaires) ; une unité industrielle qui produit le savon et dont les propriétaires ont toujours évité le système bancaire pour des raisons religieuses, cette industrie est entrée dans ses comptes très tôt et a pu maintenir le niveau des prix et donc éviter de se faire concurrence ; quelques cimenteries qui bénéficient d’une couverture de l’Etat qui interdit l’importation de la denrée produite, aidé en cela par la difficulté de l’importer sans gros risques. En tout et pour tout à peine dix unités sur les 84 tournant en 1988.
Le phénomène d’extinction des industries s’est accentué au lendemain de la démocratisation des années 90, c’est-à-dire au moment où la politique a commencé à se mêler aux affaires. L’explication principale est l’abandon par les opérateurs d’activités qui nécessitent des efforts sans pour autant rapporter gros, pour une activité qui rapporte gros sans efforts : la politique. Et donc l’argent facile. Ça se comptait en milliards en termes de marchés gré à gré, sans contrôle sur l’exécution, sur la qualité, sur la réalité. En termes de «primes à la privatisation», quand on brade à votre profit une entité nationale, que l’Etat prend en charge son passif et qu’il vous compense quand même pour cela. En termes même de virements colossaux et sans justificatifs.
Tout cela pour dire que l’argent facile a été une catastrophe pour le pays. Pas seulement pour ce qu’il lui a coûté en détournements de projets de développement, mais pour la mentalité et la culture de la paresse qu’il a ancrée en nous. Plus personne ne veut plus mériter ce qu’il perçoit. Et tous nous demandons le maximum en voulant fournir le minimum, sinon rien.

mercredi 3 août 2011

Pas de pitié pour le pharaon


Tout est fait pour rendre le raïs sympathique, en inspirant la pitié des spectateurs. Celui qui a régné près de quarante ans sur l’Egypte, traîné devant les tribunaux, au crépuscule d’une vie pleine de passifs qui pèseront longtemps sur le devenir de son pays…
L’Egypte n’a connu que des hommes l’ayant tenue de main de fer. L’ère des Pharaons si bien décrite dans les textes sacrés, symbole, pour les musulmans, de l’obscurantisme et de l’arbitraire, de l’exploitation et de l’exode pour les peuples de l’époque.
Vint l’ère des conquérants et bâtisseurs arabes qui ont, même s’ils ont construit l’Egypte dont le rayonnement couvrira l’est et l’ouest du Monde musulman, ont tous brillé par la force de la prise en main.
L’ère des dominations avec une première phase ottomane, une seconde européenne. Et toujours des hommes forts et une absence totale de liberté d’expression mettant en marge la volonté populaire. Les rois et enfin arrivent les raïs qui ont tiré leur légitimité de la revendication révolutionnaire et de l’affrontement avec Israël.
L’Egypte de Anouar Sadat fait la paix avec l’ennemi. Sans pour autant perdre sa dignité. C’est avec Hosni Moubarak, arrivé au pouvoir à la suite de l’assassinat de Sadat en octobre 1981, que l’Egypte entame un long processus de mise en marge par rapport au leadership du Monde arabe.
Sur le plan intérieur, l’ère Moubarak se caractérise par l’exercice permanent de l’arbitraire, la répression de toute velléité politique, l’assassinat, le bannissement et l’emprisonnement de tous les opposants, l’interdiction de toute activité politique dissidente… L’économie égyptienne est pillée par une oligarchie organisée autour du raïs. Les privatisations profitent au cercle le plus proche. Les biens meubles et immeubles, le foncier sont distribués sous forme de prébende pour assurer la continuité du pouvoir qui finira par régner quarante ans durant. Instituant corruption, fraude, mensonge en système de gouvernement.
Le gaz qui est vendu à Israël et qui rapporterait près d’un milliard dollars par an sous forme de commissions, les 40 milliards dollars qui ont été versés par les Américains sur cette période et qui ne semblent pas avoir profité à l’Egypte. La décadence du pays et toute l’énergie dépensée par les autorités sur ordre du raïs pour étouffer une élite toujours plus nombreuse toujours plus consciente.
L’Egypte a payé un lourd tribut pour abattre un régime qui a finalement desservi la cause. Il est temps que l’artisan principal de cette infamie paye, il est temps de l’entendre s’expliquer au moins. Fut-il le dernier des pharaons.
L’image de ce vieux dictateur couché, diminué devant les tribunaux auxquels ils ordonnaient hier de n’avoir aucune pitié, voire de condamner sans scrupules ceux qu’il envoyait après un passage entre les mains d’une police bien entrainée à torturer… cette image ne doit pas inspirer la pitié. Parce que la pitié mène fatalement à la compassion. Et cet homme ne mérite ni l’un ni l’autre de ces états d’âme.
Pensez un moment à tous les égyptiens morts sous la torture, à ceux qui sont morts en prison, dans les rues sous les balles des renseignements, à ceux qui sont morts les jours de la révolution et que nous avons vus mourir en direct. Rappelez-vous ses refus répétés de répondre aux injonctions de la rue, toute l’arrogance que cet homme affichait, toute la fausse assurance lui et ses sbires, rappelez-vous les derniers jours de cet impitoyable dictateur et pensez à tout ce que ce grand pays a perdu en ces quarante ans.
C’est un grand moment de l’Histoire du pouvoir dans le Monde Arabe : un dirigeant qui rend compte devant une justice qui n’a plus peur de lui, ou presque… C’est un moment encore plus grand pour l’Egypte qui juge, à travers le raïs Moubarak, pharaons, rois, roitelets et autres raïs qui ont régné impunément tout ce temps. Espérons que ce sera pour le peuple égyptien l’occasion de reprendre la parole et d’imposer sa volonté. En attendant, et pour reprendre le titre d’un film western de série z, pas de pitié pour les salopards.

mardi 2 août 2011

Prévenir et résoudre certains conflits


A l’initiative de SOS-Esclaves et du FONADH, avec l’appui de Anti-slavery international et le financement de la Fondation Baring, une table-ronde a réuni militants d’ONG de Droits de l’Homme, élus et intéressés par la question samedi dernier. La table-ronde avait pour thème la prévention et la résolution des conflits fonciers intercommunautaires.
Le président de SOS Esclaves, Boubacar Ould Messaoud a situé l’intérêt de la démarche qui vient dans le sillage des efforts visant à renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale du pays sur la base du dialogue et du respect mutuel. Il a présenté le document de base – élaboré par Isselmou Ould Abdel Kader, ancien ministre, ancien Wali et grand connaisseur de la question du foncier dans les régions sensibles du pays. Ce document est, selon Boubacar Ould Messaoud, un diagnostic mesuré sans être complaisant, objectif sans passion, de la situation du foncier et des conflits y afférents en Mauritanie. Le président de SOS Esclaves a dit qu’il met en exergue le rôle et la place qu’occupent les questions foncières dans le conscient collectif, leurs représentations culturelles, identitaires d’une communauté à l’autre, et au-delà, le rôle joué par ces questions dans les rapports politiques, sociaux et économiques de notre société. 
«Il (le rapport) traite en profondeur les différents aspects de la problématique : le statut juridique du foncier, les modes d’appropriation de la terre, les inégalités dans la répartition entre communautés et au sein de celles-ci, les formes d’exploitation de certaines couches sociales (esclaves et anciens esclaves en particulier), l’exclusion de la propriété de certaines catégories comme les esclaves et les femmes, les sources de conflits liés au retour des déportés et à la raréfaction des espaces, les rapports entre communautés locales et secteur privé, la mauvaise application de la législation et le détournement de la réforme de 1983 au profit exclusif des agriculteurs du secteur privé et au détriment des paysans locaux». Selon Ould Messaoud, trois points méritent une attention particulière : 1- «Etablir l’état des lieux de la réforme de 1983 et de l’Ordonnance n° 83 127 du 05 Juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale et ses textes d’application pour mesurer les progrès accomplis mais aussi les points faibles,  les reculs et les violations incontestables des droits des communautés locales»; 2- «Etudier en profondeur tous les conflits communautaires et intercommunautaire existants, en priorité ceux concernant les anciens déportés au Sénégal, mais également les sources potentielles de litiges pour proposer une approche consensuelle de prévention et de règlement impliquant toutes les parties prenantes sous l’égide, chaque fois que nécessaire, des Autorités Publiques et Instances Locales de médiation et d’arbitrage»; 3- Réfléchir sur la dimension économique de la question foncière et ses liens organiques avec la lutte contre le chômage et la pauvreté au regard de la réalité actuelle qui indique que 75 % des pauvres du pays vivent dans le monde rural, que le taux de pauvreté est de 59% en milieu rural contre 28,9% en milieu urbain (Avec des pointes de plus de 70% dans certaines zones de l’Assaba, du Guidimagha, du Gorgol ou du Brakna), que le petit paysan local ne dispose en moyenne, en zone irriguée, que d’une parcelle de 0,5 ha contre plus de 100 ha pour un agriculteur du secteur privé».
La loi foncière de 1983 se base sur un principe révolutionnaire : la terre appartient à celui qui la met en valeur (el ardou liman ahyaaha). Elle était destinée à redresser un tort qui voulait que la terre continue d’appartenir à des gens qui ne la travaillent pas. Que ceux qui la travaillent réellement continuent à vivre en totale dépendance des anciens maîtres et autres seigneurs locaux. Dans les années 90 et 2000, au moment des grands financements des surfaces agricoles par l’argent de la Banque Mondiale et de l’Union européenne, les autorités avaient trouvé l’astuce en s’engageant dans les conventions de financement à consacrer 1/3 des surfaces aménagées aux propriétaires traditionnelles. Dans l’esprit des bailleurs, les propriétaires sont ceux qui travaillent la terre. Dans la réalité, c’était une manière de pérenniser les méthodes d’exploitation traditionnelle, avec notamment le métayage. C’est ainsi que la plupart des propriétaires des surfaces aménagées aujourd’hui – dans les PPG, le PPB, au Trarza…- sont les descendants des seigneurs d’hier.
28 ans après son élaboration, il est temps de revisiter la loi foncière pour en faire un outil de redistribution des terres et permettre l’accès à la propriété foncière aux vrais travailleurs du secteur. Stimuler ainsi la production, résorber le chômage et surtout régler un problème social sérieux d’inégalité et d’injustice.