mercredi 20 juillet 2011

Qui veut le dialogue ?

Le président de l’Assemblée nationale, président de l’APP (alliance populaire progressiste) doit être fatigué de faire la navette entre le Président de la République et ses amis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Il ramène des propositions d’ici pour les voir récuser par là. Il revient avec des réserves émises par ses amis, les voit acceptées par le Président Ould Abdel Aziz, le temps de revenir parmi ses amis et un nouveau processus est lancé. Le dernier en cours est celui de la commission quadripartite composée pour étudier les modalités du dialogue tant attendu.
Messaoud Ould Boulkheir qui se trouve ici un rôle de facilitateur qui lui sied bien, arrivera à un seuil où il ne pourra qu’être exaspéré par le jeu qu’on entend lui faire subir. Il n’est pas dupe et sait parfaitement que peu de politiques – dans la Majorité comme dans l’Opposition – acceptent de le laisser jouer ce rôle de premier plan.
Au sein de son camp, il est en train de ravir au chef de file de l’Opposition son rôle, et à l’UFP (union des forces du progrès) «sa vocation». C’est en effet, le rôle de l’Institution de l’Opposition démocratique représentée par son chef de file, en l’occurrence Ahmed Ould Daddah, c’est ce rôle d’interface (institutionnel) qu’occupe Ould Boulkheir aujourd’hui.
Le refus de reconnaitre à Messaoud ce rôle de facilitateur, peut expliquer le malaise existant au sein des deux ensembles que sont la Majorité et l’Opposition.
Au sein de la Majorité, on sent l’exclusion des appareils politiques. On sait aussi que dans une situation d’apaisement, les petits partis n’ayant pas de signification seront en dehors du jeu. Que les compétences politiques feront leurs (ou non) quand le dialogue sera engagée. Rares, au sein de la Majorité, les hommes et les femmes qui peuvent discuter, négocier, conclure… Rares aussi sont ceux et celles qui peuvent se prévaloir d’un poids ou d’une épaisseur politique à même de leur permettre de se rendre utiles, à plu forte raison indispensables.
Au sein de l’Opposition et en plus des ressentiments personnels toujours vivaces, l’établissement d’un dialogue signifie nécessairement la normalisation politique. Alors que la stratégie des plus en vue – RFD, UFP – consiste à amplifier la crise pour provoquer la chute du régime. Ce qui compte ici étant l’organisation d’une élection présidentielle anticipée et, au moins, la chute de Ould Abdel Aziz. Ce n’est absolument pas là l’objectif de partis comme l’APP de Messaoud, El Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid ou de Tawaçoul de Jemil Ould Mansour. Pour lesquels, la participation dans le jeu politique passe par l’apaisement des rapports entre le pouvoir et l’opposition.
Au fonds personne ne veut vraiment le dialogue. Alors on tuera le temps en mettant en place des commissions sans but précis, en restant dans le flou… Après tout, nous parlons d’un dialogue dont l’idée a été lancée le 28 novembre 2010… c’est seulement en juin 2011 qu’on a pensé y répondre.

mardi 19 juillet 2011

Stabilité impossible

Moins de sept mois après sa prise de fonction, alpha condé a-t-il vécu la première tentative de coup d’Etat contre son pouvoir ? Probablement. Vers 3 heures du matin, ce mardi, des tirs nourris ont été entendus à Conakry où l’on est habitué aux insurrections militaires et à l’indiscipline des hommes en arme.
La Guinée qui a connu une ère d’instabilité comparable à celle que nous avons vécue en Mauritanie – avec un CMRN d’abord, puis un long régime autocratique, un coup d’Etat et une transition consacrée par une élection à deux tours -, la Guinée ne semble pas «de retour» comme le promettait l’opposant historique Alpha condé arrivé au pouvoir à la suite d’un deuxième tour qui l’a opposé à Cellou Dalein Diallo. Lequel avait accusé son adversaire d’avoir bénéficié – pour des raisons ethniques – du soutien de la junte. Tout en reconnaissant les résultats, ce qui devait être à son actif. Mais le vieux Condé a préféré lui faire la guerre et d’ailleurs la faire à toute l’opposition. Si bien que la nouvelle Guinée prenait l’allure de celle de Sékou Touré où s’opposer était un crime. Ce n’est donc pas par hasard que des soulèvements aient lieu.
Les coups d’Etat dans nos jeunes Etats sont certes condamnables, mais sont largement explicables par la mauvaise volonté de l’encadrement politique national à renforcer les institutions démocratiques et à sortir des querelles pour le pouvoir personnel.
Si les évènements de ce matin prenaient de l’ampleur, ou s’ils venaient à se répéter, l’expérience guinéenne sera sérieusement menacée. Ce sera, en partie, à cause du manque de sérénité dans l’exercice du pouvoir chez alpha Condé qui pense déjà à un second mandat. Tout le malheur de nos présidents est là : dès que l’un d’eux arrive au pouvoir, sa première préoccupation est de chercher les voies et moyens de se maintenir. Parfois en trafiquant son âge, parfois en «liftant» la constitution ou tout simplement en éliminant les éventuels prétendants.

lundi 18 juillet 2011

Serge Daniel de retour de Wagadu

Sur la question de l’insécurité dans l’espace sahélo-saharien, il y en a un qu’il ne faut jamais rater : Serge Daniel qui officie pour RFI et AFP à partir du Mali. Sa relation des faits, toujours amusante, souvent fallacieuse, est intéressante. Elle donne une idée de ce qu’est une presse quand elle ne sait pas auquel de ses saints se vouer.
Après avoir vu les voitures de AQMI «parader» à la frontière mauritano-malienne, et donner un bilan des lus négatifs pour l’Armée mauritanienne de la bataille de Wagadu, tout en se basant cependant sur les confidences de quelques officiers mauritaniens sur le terrain, Serge Daniel revient ce matin des lieux où se seraient déroulé les combats. Sur RFI et sur AFP. Nous reproduisons ci-après la dépêche de l’AFP dont il est l’auteur.
Vous remarquerez l’amalgame entretenu autour des voitures calcinées (huit selon lui, alors que l’on a parlé jusqu’à présent de quatre seulement), ont-elles été détruites par les «quinze obus» balancés par l’Armée malienne ou par les Mauritaniens ? A vous de lire et d’en tirer la conclusion.

Forêt du Wagadou (Mali), 18 juil 2011 (AFP) - Al-Qaïda au Maghreb islamique 
(Aqmi) venait d'y établir une base d'où elle comptait agir en Mauritanie: trois semaines après d'intenses combats, la forêt du Wagadou, à la frontière Mali-Mauritanie, est aujourd'hui sous contrôle des soldats maliens.
"Les tranchées abandonnées que vous voyez là étaient en construction depuis cinq mois par les combattants dAqmi", affirme à un journaliste de l'AFP le colonel malien Gaston Damango, chef des opérations dans cette zone de la forêt du Wagadou, à environ 500 km au nord-est de Bamako. Ces tranchées, profondes d'environ deux mètres, étaient destinées à "approvisionner cette position en munitions" et permettaient aux "terroristes" de se déplacer "facilement sans être vus", explique le colonel qui note: "il y a parmi eux de véritables stratèges militaires".
A la ronde, quelques grands arbres au feuillage touffu dans cette forêt longue de 80 km sur 40 de large, pour le reste essentiellement composée d'arbustes et de buissons, servaient de postes d’observation à Aqmi pour surveiller l’arrivée d’éventuels ennemis. Sur le lieu des combats du 24 juin, les restes de huit véhicules calcinés et des milliers de douilles au sol témoignent de l'intensité des affrontements entre l'armée mauritanienne, soutenue par celle du Mali, et la branche maghrébine d'Al-Qaïda.
"Le jour de l’attaque, affirme le colonel Damango, le chef des opérations de l'armée mauritanienne nous a demandé de bombarder vers le sud-est de la forêt une position d’Aqmi. Larmée malienne a envoyé au total quinze obus sur les positions ennemies". Selon lui, peu importe que les membres d'Aqmi soient partis d'eux-mêmes ou bien aient été délogés: "le résultat c'est qu'ils ne sont plus là aujourd'hui, qu'ils ont subi une défaite".
Le raid contre cette base qui n'était pas complètement achevée, mais abritait de l'armement lourd menaçant directement la Mauritanie, selon l'état-major de l'armée de ce pays, a fait 15 morts côté Al-Qaïda, deux côté mauritanien, a affirmé le même état-major.
Les armées malienne et mauritanienne ont mené pendant plusieurs semaines des opérations de sécurisation avant et après le raid, action conjointe appelée "Benkan", mot bambara qui signifie "Unité". Les Mauritaniens sont retournés chez eux il y 15 jours, mais ils ne sont pas loin, à quelques kilomètres seulement.
Le contrôle de la forêt du Wagadou incombe désormais aux Maliens: trois compagnies y participent et chaque jour, deux avions de surveillance, don de la France au Mali, survolent la forêt, ainsi que deux hélicoptères de combat. Des soldats maliens campent dans la forêt, l'objectif étant d'empêcher coûte que coûte le retour des djihadistes.
Il faut également déminer la zone, "une priorité", selon le commandant Baïdi Diakité du génie militaire, car les membres d'Aqmi y ont dissimulé des mines anti-char de fabrication tchèque "très dangereuses".
La venue de l'armée malienne dans la région de la forêt du Wagadou a en outre profité aux populations locales, avec des soins et des distributions de vivres. "En quelques jours, nous avons fait ici une centaine de consultations et quatre opérations", explique le médecin-colonel Sidiki Bérété, à l’hôpital de la localité de Niono. Des "soins gratuits" pour les maladies ou blessures bénignes, se réjouit Amadou Tounbé, conseiller municipal. "Dans les cas graves, il faut évacuer", dit-il. Non loin de Niono, dans le village de Diabali, deux camions se garent et
des militaires en bermuda en descendent pour distribuer une partie des 100 tonnes de vivres, don de la présidence de la République malienne qui profitera également aux premiers villages mauritaniens de l’autre côté de la frontière.

dimanche 17 juillet 2011

Breiga, encore «Lebreiga»

La dernière nouvelle du front libyen, c’est l’incursion «d’une petite unité de rebelles libyens» dans la ville-port de Breiga. Une opération présentée comme une avancée considérable sur le front de la guerre et comme une preuve de l’effondrement du camp Kadhafi qui perd ainsi une position stratégique dit-on. Ça s’est passé le 15 juillet et cela a été relayé par tous les médias depuis.
Moi je croyais que Breiga, tantôt appelé «Lebreiga», était sous contrôle rebelle depuis mars dernier. C’est du moins ce qu’on nous avait martelé. RFI, al Jazeera, Al Arabiya, l’AFP pour ne parler que des organes de presse engagés sur le terrain – ou presque -, ces organes nous ont dit à plusieurs moments de la crise et surtout au début, que ce port est aux mains des rebelles. Vers la mi-mars, des dépêches ont même fait état du début d’exportation du pétrole par les rebelles à partir de Breiga.
Je me rends compte aujourd’hui qu’il n’en était rien. Les rebelles sont incapables de pénétrer la ville, comme ils sont incapables de tenir une position conquise ailleurs. Sans les frappes de l’OTAN, ces rebelles auraient été vaincus depuis les premières semaines. Ce qui pose de sérieux problème.
Au début, le prétexte utilisé par la Communauté internationale – en fait la France, Les Etats-Unis, le Royaume Uni et quelques tirailleurs de l’époque moderne (Qatar et Emirats Arabes Unis) -, ce prétexte était de protéger les populations civiles. Aujourd’hui, on voit clairement que l’action militaire de l’OTAN a pour objectif de renverser un régime, celui de Kadhafi, en inversant le rapport de force en faveur d’une rébellion armée dont on ne connait ni les inspirations idéologiques encore moins les objectifs.
Breiga, Lebreiga est aujourd’hui la preuve de l’enlisement dans lequel on s’installe de ce côté. On dit occuper, on recule, on dit reprendre et à la fin on se retrouve au même niveau de conquête qu’au tout début des opérations. Avec des milliers de morts, des morts qui ne sont finalement que des libyens. Ces libyens qu’on voulait protéger. Soi-disant.

samedi 16 juillet 2011

La fête des dattes

Ce n’est pas exactement la Guetna, c’est une fête, la deuxième du genre que la Mairie de Tijikja organise pour célébrer la saison. L’occasion pour la ville d’être, le temps de la fête, un centre de convergence nationale. Pas une formation politique, syndicale et/ou sociale n’a décliné l’invitation de la Mairie de Tijikja. En plus quelques ministres ont fait le déplacement. En plus de nombreux amis de la ville et amoureux de la région.
Expositions de manuscrits, visites guidées de la ville et de ses principaux centres d’intérêt, des ateliers sur le développement de la région et de la ville en particulier, une foire aux dattes… trois jours durant, la ville grouillait de monde et d’activités.
En plus des Mauritaniens, il y avait là partenaires au développement et amis étrangers : l’UNICEF, la Banque Mondiale, les Ambassades du Japon, du Mali, des USA…
Il faut dire qu’en quelques années, la ville a vraiment changé avec notamment un réseau routier en plein essor, et des activités économiques en plein développement.

vendredi 15 juillet 2011

Sur la route du Tagant

Had açiil vtagaanet shaam
Naavid ha laagi ‘anha ‘aam
U’mal bilyaaliih u layaam
Layn el hag minha bell mnayn
‘aadu ibaanulu ruuç akhhaam
Kda tagaanet methadiine
Yanbaaw u yarbaaw vleghmam
U huma zaad ellaa mashyuviin
Maa yabga shawq edress ma gaam
U laa yabga vil’aynine khziin
U laa yabga mandhuum vlefhaam
Maa jawau el faadhu mandhumin
U yabga maa wadda haq traab
Maahi kiif traab khra zayn
U yabga maa wadda haq ahbaab
Maa yinjabru viblaad khrayn

Il y a mille façons de réciter ce poème. La plus usitée est celle-là. Quelle que soit la récitation qu’on en fait, le poème de Sidi Mohamed Ould Gaçri ne pouvait pas mieux décrire ce pays aux contreforts abrupts et envoûtants. Peu importe la route qu’on prend, on ne peut rester indifférent à l’approche des grands plateaux auxquels font concurrence des dunes démesurément grandes, éternellement belles. A la vue de ces paysages contrastés, on comprend pourquoi le Tagant a produit les plus belles compositions dédiées aux lieux. Nulle part dans le Trab el Bidhâne on enregistre autant d’attachement à la terre, autant de célébrations des lieux. Pas parce qu’on y a aimé, pas pour le souvenir d’un moment passé dans le lieu, mais tout simplement pour la beauté du lieu, pour le lieu lui-même.
Le pays de la pierre, «trab el hajra» comme on dit en Hassaniya, cet espace qui englobe aussi une partie de l’Adrar dont il est presque le prolongement et une partie de Rgueyba dont il reste le lieu d’enracinement, ce pays a produit un caractère fait de labeur, de sensibilité, de prévoyance et de forte rationalité. C’est ce que l’homme du Tagant incarne aujourd’hui.
Le labeur a donné la mentalité du «compter sur soi». La sensibilité, l’amour de la belle parole. La prévoyance, le sens de l’hospitalité. La rationalité, la rigueur dans la vie.
Je suis à Tijikja depuis la veille. Je viens célébrer avec les autochtones le festival des dattes. Dans sa deuxième édition. Les festivités doivent commencer dans la journée par la visite guidée de l’ancienne ville.
Dans tous les ksours anciens, il y a toujours ce quartier appelé localement «leqdima», l’ancienne. Il est le noyau de la première ville. A Atar le Garn el Gaçba a été en partie détruit par la Mairie qui a construit un marché sur une partie du vieux quartier. A Wadane, la ville ancienne a été conservée pour être un haut lieu du tourisme local. A Tijikja, on a l’impression qu’on encourage la disparition des vestiges anciens. Quand ce ne sont pas des constructions modernes en lieu et place des maisons de pierre, c’est le délabrement qui en arrive à bout. Une restauration pourrait être envisagée par la très active mairie de la ville. Espérons-le.

jeudi 14 juillet 2011

Les degrés (de) savoirs

Un ami que j’aime bien et qui mérite cela, m’a fait u cours l’autre jour sur les différentes phases DE savoir (pas DU). Il m’a expliqué que la première phase est celle où «l’on ne sait pas qu’on ne sait pas». Par exemple quand vous ne savez pas qu’il existe un phénomène qui s’appelle «la fission», une maladie qui s’appelle «Alzheimer» ou une personne du nom de «Mohamed Ahmed». Vous ne savez pas que vous ne savez pas cela.
La deuxième phase est celle où «l’on sait qu’on ne sait pas». On sait qu’il existe le phénomène de fission sans savoir ce que c’est, qu’il y a cette maladie mais on ne sait rien d’elle ou que Mohamed Ahmed existe sans savoir à quoi il ressemble.
La troisième est le stade où «l’on sait et on sait qu’on sait». Nous avons une bonne connaissance de cela et nous le savons. La dernière est celle qui consiste à avoir la sagesse de se dire que le malgré le fait de savoir, on croit ne rien savoir.
J’avais envie de lui ajouter une phase dont il n’a pas parlé, celle qui consiste à croire qu’on sait alors qu’on ne sait pas. Ce n’est pas la sagesse socratique qui disait : «tout ce que je sais c’est que je ne sais rien». C’est juste le contraire, la négation de cette sagesse. C’est en fait la folie de croire que l’on sait tout, qu’on peut discuter de tout… et avec n’importe qui.
C’est une folie largement partagée par le commun des Mauritaniens. Dans moins de deux semaines, nous aurons les fameuses émissions du Ramadan où l’on met en face un Faqih et un Médecin. Vous aller remarquer que la tendance chez le Faqih est de répondre aux questions qui concerne la médecine et vice versa. Combien de fois par jour, vous surprenez une discussion passionnée opposant un économiste chevronné à un zouave qui n’a pas fait l’école moderne ? Je prends cet exemple parce que je le vois au moins une fois par jour. Mais faites attention et demandez-vous où est le Mauritanien qui ne se prend pas pour un «alimou koulli vennin» ?