jeudi 7 juillet 2011

Nominations à Tasiast

Melaïnine Ould Tommy, ce nom est très connu par les Mauritaniens. Quelqu’un qui a été à la présidence depuis les années 70. Malgré la proximité des présidents – certains plus que les autres-, Tommy, comme on l’appelle affectueusement, est resté un commis de l’Etat. Discret, professionnel et retiré de la vie mondaine, l’ancien directeur du protocole, puis directeur de cabinet, puis chargé de mission à la présidence, Tommy a su garder la tête froide. Appréciable parcours qui révèle un homme plein de talents.
Véritable polyglotte, il est, et c’est peu connu, un fin connaisseur de la langue Arabe qu’il manie avec élégance. Tout comme l’Anglais, le Français et l’Espagnol. Mais Tommy est allé à la retraite cette année. Et parce qu’il a toujours su mettre fin à une carrière qui en fait un proche des premiers, décideurs, il a décidé de se présenter à un poste de chargé des relations extérieurs à Tasiast Kenross avec rang de vice-président. Il a été sélectionné sur dossier. Parmi les postes à pourvoir, il y avait aussi celui de chargé de la communication. C’est la fille du regretté Yedali Ould Cheikh qui a eu, haut la main, ce poste.
L’expérience et la compétence de l’un, la jeunesse et les prédispositions intellectuelles de l’autre doivent booster l’image d’une société qui souffre beaucoup de l’opacité et du manque d’ouverture sur le pays et ses habitants. Tasiast Kenross a péché jusque-là par manque d’interface avec la société mauritanienne. Avec les nouveaux recrutements, elle met des atouts de son côté.

mercredi 6 juillet 2011

Encore la «guerre par procuration» ?


A peine l’épisode de Wagadu terminé, que Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) lance une offensive de grande envergure contre la Mauritanie. 17 voitures transportant probablement quatre personnes chacune, au moins un 14,5 monté dans le pickup, un ou deux RPG 7, en plus d’une arme individuelle par élément. Beaucoup trop pour une garnison sensée être au bout du monde, loin de tout renfort.

Le projet de l’attaque contre la garnison de Bassiknou est ancien chez AQMI. Mais chaque fois il a été reporté parce que les Mauritaniens ont su anticiper. On se souvient que le groupe neutralisé en juillet 2010 avait pour destination cette garnison. Que celui accroché à Hassi Sidi (Mali, toujours) avait aussi pour objectif la destruction de cette garnison. Que la base en construction à Wagadu était destinée à rapprocher les bases de départ des éléments combattants de AQMI de leurs objectifs dont la garnison. La dernière opération mauritanienne a remis en cause le timing et les plans de l’organisation terroriste. Alors en désespoir de cause, le commandement AQMI a décidé de tenter le tout pour le tout.
Le calcul était visiblement simple : les troupes mauritaniennes sont encore à Wagadu, si elles ne sont pas entrées à Nouakchott, la garnison est donc facile à neutraliser. L’occupation de la ville de Bassiknou est possible dès lors que l’élément militaire est neutralisé. Crier victoire ensuite. Faux calcul.
L’Armée, grâce à ses réseaux, avait localisé le groupe dès le matin. Elle avait pu en prévoir la destination et s’était organisée en conséquence. Quand la bataille est engagée – sur initiative mauritanienne – les unités légères des GSI (groupe spécial d’intervention) présents dans les environs prennent à revers les assaillants. L’aviation dont deux appareils étaient prêts à s’envoler à partir de Néma toute proche, entre en action. L’intensité de l’accrochage dure environ 45 minutes. Les terroristes décrochent. Commence la course-poursuite dans le territoire malien. Aux dernières nouvelles, elle a duré jusqu’à ce matin.
Rien d’officiel n’est encore publié. Même s’il faut saluer l’empressement des autorités à donner l’information. Moins d’une heure après le décrochage des agresseurs. Voilà ce qui a stoppé toute spéculation sur ce qui s’est passé. Et voilà aussi pourquoi ni RFI, ni l’AFP n’ont eu recours à «notre ami Serge» (Serge Daniel, celui qui fait parler les gorges profondes). Tout le monde y gagne. Le public en sachant qu’il aura l’information en temps réel, les autorités jouant la transparence et les journalistes qui ne se cacheront plus derrière le prétexte du «black-out des autorités».
Pour revenir aux évènements d'hier, il y aurait une vingtaine de morts dans les rangs des agresseurs. Dont l’un des chefs algériens des Katibas. Cinq voitures appartenant aux agresseurs auraient été détruites sur place. Dans le camp mauritanien, on dénombre cinq blessés dont un «choc psychologique» plus que blessure physique. On parle aussi de complicités possibles de civils qui se trouvaient au moment des faits dans la ville de Bassiknou. Des personnes auraient été arrêtées à cause de cela.
Il y a peu, certains de nos politiques péroraient sur «l’aventurisme d’une guerre par procuration menée par la Mauritanie» pour servir les intérêts de certains occidentaux. Dans son communiqué de revendication, AQMI reprenait cette argumentation et se l’appropriait. Et maintenant que vont dire nos amis politiques pour anticiper les justificatifs de cette organisation ?

mardi 5 juillet 2011

Les problèmes avec le Sénégal sont-ils sérieux ?


On parle beaucoup ces jours-ci des problèmes qui existeraient entre la Mauritanie et le Sénégal. On parle même d’une tension militaire. Les supputations, pour une fois, se basent sur des faits.
Il y a quelques semaines, le Sénégal engageait un bras de fer avec la Mauritanie autour des droits mauritaniens à profiter des accords entre les deux pays, accords concernant le transport terrestre. Ce bras de fer n’a pas empêché les accords sur la pêche, accords par lesquels les pêcheurs sénégalais peuvent opérer dans les eaux mauritaniennes. Accords qui risquent aujourd’hui d’être remis en cause à cause de la tension existante.
C’est dans cette atmosphère qu’arrivent les réserves émises par le Sénégal et la Gambie quant à la candidature de la Mauritanie au poste de membre, pour l’Afrique, du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Du coup on a commencé à répertorier les signes de mauvais rapports. On s’est rappelé que le Président Wade qui a fait le tour du monde n’a pas été en Mauritanie. On s’est rappelé que son engagement en Libye pour les rebelles du CNT, s’est fait par rapport à la position mauritanienne. Plusieurs fois, il a cité le Président Ould Abdel Aziz pour dire une fois que c’est lui qui a refusé à l’UA de faire mention explicitement du départ de Kadhafi. On s’est rappelé aussi tout le mépris qu’il affiche vis-à-vis de son homologue. On s’est rappelé enfin que, comme facilitateur dans la crise de 2008/9, il avait eu tendance à traiter avec la Mauritanie comme un pays mineur. C’est du moins ce qu’il aurait pu espérer pour en faire un pays satellite.
Mais au-delà des humeurs changeantes, des frictions et des incompréhensions, peut-on envisager de sérieux problèmes entre les deux pays ? Je ne pense pas.
Les expériences du passé ont fortement servi. Les manipulations et autres instrumentalisations de frustrations accumulées des populations, ne sont plus possibles. On a vu qu’en 2000, Ould Taya et Wade ont voulu agir sur ce levier-là pour faire oublier les errances de leurs régimes. Cela n’a pas marché, l’opinion publique n’ayant pas suivi.
Les deux présidents arriveront au seuil où ils comprendront qu’il est mieux pour eux de s’entendre. Pour ce faire, un signe est attendu du Président Wade qui doit intérioriser le fait que la Mauritanie n’est plus dirigée à partir de Saint-Louis. Que traiter les frères avec tant de condescendance ajoute aux frustrations et aux complexes déjà existants. L’intérêt des deux pays le dicte. Et s’il estime qu’il est le Sage de la région, c’est à lui de faire les concessions. Surtout qu’il est responsable des incompréhensions actuelles.

lundi 4 juillet 2011

Ça RAM ?


Dimanche 3 juillet, dans l’après-midi. Une foule colorée s’agglutine à l’entrée vers les portes d’embarquement de l’aéroport Mohamed V à Casa. Ce sont les passagers pour Nouakchott, Dakar, Bamako, Douala, Libreville…, toutes les destinations africaines de la Royal Air Maroc (RAM). La police les empêche de passer. Seuls les passagers pour les destinations européennes et américaines sont acceptés. Aucune explication à cette étrange procédure.
Munis de nos cartes d’embarquement, on se dirige vers le comptoir de la RAM, on nous dit que rien n’est changé aux horaires et qu’on ne sait pas pourquoi la police se comporte de la sorte. Retour auprès des jeunes policiers qui bloquent l’entrée. «Nous, on n’a rien à gagner à vous retarder ici, c’est la compagnie qui nous le demande».
Deux heures passent. Pour certains passagers, l’attente est plus longue parce qu’ils sont là depuis la veille. D’autres depuis le matin. Les passagers mauritaniens n’ont donc pas à se plaindre. Mais les rumeurs vont bon train.
Vendredi soir, le vol prévu pour Nouakchott avait été annulé sans explication. Ses passagers n’ont été acheminés que samedi soir, tard dans la nuit. On parle de problèmes de la RAM. On parle de l’absence de respect pour les passagers sur les destinations africaines. Tout y est pour expliquer un comportement aussi étranger. Voilà que des passagers munis de leurs cartes d’embarquement sont interdits d’accès aux grandes salles d’attente de ce bel aéroport. Sans explication. Il y a de quoi être remonté. Et l’on est remonté.
Des bagarres éclatent. Certains tentent d’empêcher les passagers «européens» d’accéder à l’intérieur. D’autres bousculent les policiers et/ou insultent la RAM.
Après plus de trois heures d’attente, nous convainquons enfin un responsable de la RAM à venir avec nous. Il vient mais les policiers lui disent qu’il faut un ordre de leur supérieur. Conciliabules qui durent encore quelques moments. «Les passagers de Nouakchott et de Libreville peuvent passer». Enfin ! Les autres suivront. A l’intérieur, la question est la même : pourquoi un tel traitement pour les passagers à destination de l’Afrique ?

dimanche 3 juillet 2011

De l’eau, de l’électricité, des soins…


La politique est un sport national chez nous. Tout celui qui ne peut rien faire ou qui ne veut rien faire, se convertit en politique. Jusque-là, la politique a été une source de revenus. Elle a donc occupé à moindres frais. Surtout que, comme elle est pratiquée ici, elle ne demande aucune compétence particulière.
De la pratique politique, nous avons hérité cette propension à noyer nos idées, nos intentions, notre action dans un flot de paroles mille fois rabâchées et qui ont fini par ne plus vouloir dire grand-chose pour nous. Du coup on oublie l’essentiel.
L’essentiel, c’est de savoir qu’avec nos 135.000 hectares de Chemama, et près de 400.000 ha cultivables sous pluie, nous importons encore les légumes du Maroc, parfois du Sénégal, et pour les plus nantis d’Europe. Qu’avec nos eaux «les plus poissonneuses du monde», nous en sommes encore à importer les sardines d’Espagne, le thon de la France… Qu’avec le minerai le plus riche en fer, nous importons notre fer à béton. Qu’avec notre importante ressource animale, nous importons le lait…
L’essentiel c’est de savoir que le premier problème du haratine aujourd’hui, c’est d’abord l’accès à la propriété. Que pour cela il va falloir revisiter la loi domaniale qui a été une révolution à son époque (son principe étant : «el ardu liman ahyaaha», la terre appartient à celui qui la fait vivre, travailler).
L’essentiel c’est de savoir qu’il n’existe pas un village, un hameau, une ville qui n’a pas encore un problème d’eau, d’électricité, d’éducation, de santé…
L’essentiel c’est de savoir que ce ne sont pas les trois à quatre cents personnes qui s’activent à Nouakchott qui font la Mauritanie. La Mauritanie c’est celle du labeur, celle qui est encore loin derrière. Celle qui a encore besoin d’eau, d’électricité, de soins, d’éducation…

samedi 2 juillet 2011

Quid de notre école ?


Moussa et moi sommes occupés à regarder les établissements scolaires où sont ouverts les bureaux de vote. Et pendant que nos confrères venus de partout, glanent des interviews ici et là, chacun de nous est subjugué par la propreté, l’équipement et l’organisation des établissements scolaires. Une porte pour les professeurs, une autre pour les élèves. Des salles de jeux et de récréation. Des bureaux pour des conseillers pédagogiques, d’autres pour des psychologues. Et sur les murs, les préceptes du citoyen modèle. Propreté, hygiène, environnement, respect de l’autre, amour de la Patrie, apologie de la bonne conduite… des valeurs qui fondent la déclaration-serment de «l’élève-citoyen».
On sent que l’école est d’abord ce moule où la société construit la personnalité de ses enfants. Pour la servir demain. Pour s’engager, dès aujourd’hui, à en respecter les valeurs, à les cultiver en les entretenant et en les adaptant aux exigences nouvelles.
«incarner le changement continu», c’est ce que chaque établissement demande à ses pensionnaires.

vendredi 1 juillet 2011

Pourquoi on se trompe de revendication ?

Encore une fois, nos confrères de la presse officielle – TVM, RM et AMI – vont en grève pour revendiquer le paiement des 50 et 10% qu’ils croient un droit acquis parce qu’une partie leur a été payée au lendemain du 6 août 2008. Je ne discute pas ici le droit ou non pour les employés d’entreprises ayant un statut assez distinct de celui des sociétés publiques, le droit donc pour ces employés de bénéficier des mêmes augmentations décidées pour les fonctionnaires de l’Etat. Je discute ici l’absence de revendication concernant l’exercice de la profession pour des gens qui ont jusque-là subi le diktat officiel.
Comment se fait-il qu’au moment où l’on s’achemine vers la mise en œuvre de nouveaux statuts pour ces institutions, les travailleurs ne parlent pas de leurs statuts à eux ? Mais ces gens n’ont pas de statut. Ils n’ont rien qui leur permette d’exercer en toute dignité leurs boulots. Ils n’ont rien qui les protège contre l’arbitraire souvent exercé par leurs chefs. Comment au moment où la parole se libère, où la plume se libère, où les révolutions secouent le monde, comment se fait-il que les journalistes de Radio Mauritanie, de Télévision de Mauritanie et de l’Agence mauritanienne d’information, n’aient à l’esprit qu’une augmentation de salaire dont l’opportunité est discutable légalement ? Est-ce un mal mauritanien de toujours revendiquer seulement les avantages immédiats et en numéraire, jamais l’essentiel et le durable ?
Il y a quelques années, je participais à un colloque international qui réunissait les représentants de la société civile de pays espérant découvrir le pétrole. Il y avait là des tchadiens, des congolais, des camerounais… Chaque fois qu’un mauritanien prenait la parole, c’était pour dire comment s’assurer que les salaires vont augmenter, combien les ONG’s de développement pouvaient avoir en terme de subventions… Quand les autres parlaient, c’était pour dire que le souci premier pour eux est de diriger la manne attendue vers la construction d’écoles, de routes, de dispensaires, bref d’infrastructures pour le pays. Cela donne à réfléchir…