vendredi 20 mai 2011

SA, ça veut dire quoi SA ?

«Le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement a présenté une communication relative à la mise en œuvre de la loi sur la communication audiovisuelle. Cette communication présente une stratégie globale sur la mise en place du processus de libéralisation du secteur fondée sur la nécessité d'instituer des leviers juridiques, institutionnels, technologiques et humains nécessaires au niveau du secteur public audiovisuel et de changer le statut des deux opérateurs principaux (Radio Mauritanie et TVM) et de les transformer en société anonymes. Au niveau du secteur privé et du secteur associatif une démarche progressive doit être adoptée en vue de permettre une appropriation de l'activité et sa meilleure intégration dans le contexte».  Dixit : le communiqué du Conseil des ministres de jeudi.
J’avais d’abord compris qu’il s’agissait d’une ouverture du capital de ces deux institutions aux privés. Ce n’est pas ça. En fait, le nouveau statut de société anonyme leur confère le droit de signer avec les autorités des accords de prestation de services. Nous aurons ainsi un contrat entre l’Etat et TVM et RM, accord qui engage les deux institutions à couvrir les activités, à suivre l’ordre des priorités des autorités, et à recevoir, en contrepartie, une enveloppe financière qui n’est en fait que la subvention qui servait jusque-là. Formellement, c’est une manière de libérer ces institutions du joug de l’autorité et c’est un pas de plus sur la voie du service public.
Il restera que les deux institutions souffrent de la pléthore du personnel : plus de 500 pour la radio et près de 800 pour la télévision. Sur ces chiffres, combien rendent véritablement service ? Les cameramen que vous voyez, croulant sous le poids du matériel qu’ils trimbalent, courant derrière tel ou tel responsable, ces cameramen sont souvent moins bien payés que d’autres, pigistes, contractuels ou «officiels», qui viennent une ou deux fois sur le lieu de leur travail : une fois pour toucher le salaire (fin du mois), une fois la veille des fêtes. Sans l’assainissement de la situation du personnel, pas d’amélioration des performances dans les médias publics. Il faut y penser pour que demain, la privatisation ne soit pas synonyme de débâcle pour TVM et RM. 

jeudi 19 mai 2011

Fin de la grève, et après?

La grève des personnels de la santé est finie. Au bout, un accord entre le ministère et les syndicats. L’occasion pour les représentants des syndicats de «louer le comportement des autorités». Ils déclarent n’avoir jamais subi de pressions et avoir toujours eu une parfaite écoute de la part des autorités. N’avons-nous pas été submergés par les infos diffusées à la seconde sur les pressions que faisaient subir tel ou tel responsable aux grévistes ? n’y a-t-il pas eu des déclarations de partis politiques dénonçant avec violence cela ? n’avons-nous pas tous été emballés par cela ? Si… mais aujourd’hui que tout est fini, les syndicalistes se ravisent et reprennent la langue de bois… tant pis pour les politiques qui ont cru pouvoir instrumentaliser un tel mouvement.
La grève des enseignants a fait un flop. On n’en a plus parlé dès le deuxième jour. Celle des journalistes «officiels» menace. Et c’est tant mieux, parce que les grèves sont un signe de vitalité sociale, un indicateur de prise de conscience dont nous avons besoin. Et si les travailleurs de Mauritanie ont enfin décidé d’exprimer leur ras-le-bol à travers le droit de grève, c’est une avancée notable. Mais les questions que je me pose sont ailleurs.
Quelle différence pour le citoyen lambda entre un système de santé où le personnel est en grève et quand il ne l’est pas ? Est-ce que les personnels de santé vont se décider à servir loyalement les citoyens de ce pays, maintenant qu’ils estiment qu’ils en ont pour leurs efforts ? Y aura-t-il plus d’attention, plus de diligence, de présence, d’engagement, de sérieux, de responsabilité, d’équité dans les traitements des usagers ?
Quelle différence pour le citoyen lambda entre une école publique dont le personnel est en grève et une autre où ce n’est pas le cas ? Les enseignants sont-ils plus présents, plus ponctuels ? Les élèves apprennent-ils plus en trouvant leurs enseignants dans la classe ou en restant dans la cours ?
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’enseignant ou que le fonctionnaire de la santé est sous-payé. En quoi cela va-t-il changer le comportement de ce personnel ? en quoi cela va-t-il améliorer les performances du système de santé et de celui de l’éducation ? Est-ce que la «fidélité au public» l’emportera sur le privé ? Ce sont les questions qui méritent réponse.

mercredi 18 mai 2011

Sur la voie de l'unité

J’apprends par les sites d’information, notamment tawary.com, que le Président de la République aurait demandé à son ministre des affaires islamiques de faire l’inventaire des disparus mauritaniens depuis l’indépendance. Je comprends qu’il s’agit là de répertorier et de localiser les morts mauritaniens dont les sépultures sont inconnues des proches et du public.
Il s’agit en fait de tous ceux qui ont été exécutés pour raisons politiques, de Maa’ly aux officiers d’octobre 1986, à ceux du 16 mars 1981, en passant par les victimes des exécutions extrajudiciaires de 90, 91, par ceux qui sont morts pendant la guerre du Sahara probablement.
Tous méritent une reconnaissance de la part de la Nation. Tous méritent que leurs parents fassent leur deuil. Définitivement. Il faut cependant rappeler qu’il va falloir les regrouper en trois catégories.
La première catégorie est celle des victimes des exactions de 90/91, ceux d’Inal, de Azlaat et d’ailleurs. Ceux-là ont été exécutés sans raison et sans jugement. Il faudrait, non seulement identifier les lieux et les identités, mais en profiter pour les honorer au nom de la Nation à titre posthume. Une façon de réhabiliter leurs mémoires.
La seconde catégorie est celle des exécutés à la suite d’un procès. Ceux-là méritent aussi réhabilitation. Leurs parents ont le droit de savoir où ils sont enterrés, refaire éventuellement le rituel et honorer les tombes.
La troisième catégorie est celle des morts durant les guerres, celle de la résistance et celle du Sahara.
Quand on aura fini de les identifier, peut-être penserons-nous à construire un monument aux martyrs dédié à la mémoire de tous. Ce sera une façon d’expier les péchés du passé : les actes criminels des uns (une minorité) et les silences coupables des autres (une majorité). Un pas de plus sur la voie de l’unité retrouvée que Ould Abdel Aziz pourra capitaliser. 

mardi 17 mai 2011

Jemal est toujours dans nos coeurs

17 mai 2001-17 mai 2011… Le temps passe, le souvenir reste. Et avec lui tout ce qui a fait l’homme : son attention, son savoir, son intelligence, sa proximité… Jemal Ould Hassan était tout à la fois, et même plus. Voilà dix ans qu’il est parti. Laissant un vide incommensurable…
Parmi les innombrables qualités du Professeur, du Maître, je ne citerai que : une intelligence fulgurante, un amour infini du savoir et de tout ce qui y conduit, et une très grande honnêteté intellectuelle.
Très peu d’entre ses contemporains pouvaient le juger à sa juste valeur. Et c’est probablement pourquoi il nous «avait filé entre les doigts». S’exilant, loin d’une Mauritanie qui corrompait chaque jour plus.
Sur la scène intellectuelle de l’époque, il avait fait une entrée brillante – certains auraient dit «fracassante», mais chez Jemal rien de ce genre.
Son domaine de prédilection était la poésie arabe (classique) de l’espace mauritanien (12ème et 13ème siècles H). Il en avait fait une véritable spécialité.
Son courage intellectuel et sa maîtrise du sujet lui avait permis d’introduire quelques originalités dans les appréciations qu’il avait de cette poésie. Il était le premier à soutenir que malgré le foisonnement de la poésie classique, elle devait une grande partie de sa spécificité à la poésie populaire, Leghna. La classique, Shi’r, était composée en Arabe classique, tant dis que Leghna s’exprimait dans le dialecte Hassaniya. Un peu pour dire que le génie local s’est mieux exprimé dans Leghna plutôt que dans le Shi’r. Rappelant qu’il y a même eu un genre nouveau «ezzreyga» qui fut une sorte de mélange entre Hassaniya et Arabe classique.
Je me rappelle que les cours de Jemal à l’ENS de Nouakchott profitaient et intéressaient tous les étudiants, même ceux qui n’étaient pas inscrits dans les filières littéraires arabes. Ses cours continuaient fatalement dans la cour de l’école. Il était d’ailleurs l’un des rares enseignants à provoquer les attroupements quand il sortait de la classe. C’est que personne ne pouvait résister à la magie de son savoir, magie qui découlait de la maîtrise et de la fulgurance.
Autre sujet de prédilection de Jemal, les Fatwas. Il est le premier chercheur mauritanien à s’intéresser à «la fabrique du droit» comme source d’Histoire. C’était une passion chez lui.
En ce dixième anniversaire de sa mort, on est heureux d’annoncer la publication, ces jours-ci, d’un ouvrage qu’il avait commencé avec Deddoud Ould Abdallahi, l’historien universitaire. L’ouvrage en question est une révision, une présentation de «Vet’h eshekour vi tarajimi udabaa’i Tekrour», ouvrage qui rassemble une biographie, la plus complète connue, des Ulémas de l’espace mauritanien. Ce sera l’occasion de redécouvrir Jemal Ould Hassan et de revisiter sa pensée.
"Il était une fulgurance permanente de l'esprit, un jaillissement ininterrompu de l'intelligence, une apothéose de culture. Il était Jemal Ould Hassan...
Jemal est mort accidentellement aux Emirats arabes où ce professeur d'université, qui parlait le plus bel arabe rêvé depuis Sibawayh, enseignait loin d'un pays qui n'a pas su le retenir. Et c'était là un autre drame. La disparition de Jemal est une perte énorme, pour sa famille, certes, ses amis, ses proches, mais aussi et surtout pour la Mauritanie qui perd là, et je pèse mes mots, le plus brillant de ses intellectuels, le plus inspiré, le plus original dans ses approches. C’était Jemal Ould Hassan, fauché en pleine jeunesse. Qu'il repose en paix". Signé Habib Ould Mahfoud (Calame N° 316, 30 mai 2001).
Il n’y a que les génies pour savoir apprécier les génies. Deux génies qui sont partis la même année, à quelques mois d’intervalle…
Encore une fois : «Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune», nous sommes à Dieu et à Lui nous revenons. Cela atténue le reste…

lundi 16 mai 2011

Pour rapprocher les peuples

La semaine de l’artisanat marocain est ouverte ce lundi. Initialement, c’était le ministre mauritanien du commerce et de l’artisanat qui devait donner le coup d’envoi officiel. Finalement ce sera son secrétaire général…
Il s’agit d’une exposition qui durera jusqu’au 22 mai. L’occasion pour les Nouakchottois qui passeront par le Complexe Olympique de contempler la diversité et la richesse de l’artisanat marocain.
La manifestation est organisée par la Maison de l’artisan du Maroc.
Les stands sont merveilleusement présentés. Tapis très prisés chez nous, décorations intérieures, objets d’utilité publique, habits traditionnels, henné, ornements… tout y est…Mais le plus important est cette occasion de rapprocher encore et encore.
Les relations très particulières entre le Royaume du Maroc et la Mauritanie doivent être entretenues et développées. Malheur à ceux qui croient que la Mauritanie peut être sans ses prolongements nord et son enracinement sud.
Devant les menaces transfrontalières sur la sécurité de la région, l’option «union des efforts» devrait être privilégiée par les autorités d’ici et de là-bas. Avec l’ouverture de la route terrestre, nombreux sont les défis à relever de part et d’autre des frontières. Comment faire de cette route un cours tranquille d’échanges fondant le Maghreb des peuples ? Comment intensifier les échanges ? Commencer peut-être par supprimer l’obligation de visas entre les deux pays…

dimanche 15 mai 2011

La dernière tentation

On hésite entre deux titres célèbres : «La chute» et «la dernière tentation», pour qualifier ce qui vient d’arriver à Dominique Strauss-Kahn, DSK pour les intimes. Le patron du FMI, aspirant à la présidence française, fortement pressenti pour cela, a passé sa nuit dans un commissariat de Harlem, à New York à la suite d’une tentative d’agression sexuelle sur une femme de chambre d’un hôtel de «big apple»… tout est dit… «la grosse pomme», c’est comme ça que les Américains appellent leur mégalopole… avec toutes les tentations qu’il y a, on comprend bien… mais revenons à DSK.
Hier encore, dans «on n’est pas couché» de Laurent Ruquier (France 2), on vilipendait l’homme de gauche qui se faisait flasher descendant d’une Porsche rutilante. Comme si l’on voulait en faire «l’homme parfait». On parlait de ses costumes qui coûteraient dans l’ordre de …35000 dollars. Et l’on discutait si cela était «convenable» pour l’homme de gauche de qui on attendait le renouveau et la restauration de l’héritage Mitterrand dont on vient de commémorer le trentième anniversaire de son arrivée au pouvoir.
On disait qu’en juin prochain, il allait se décider à annoncer sa candidature et qu’il rentrerait en France pour cela. Qu’il battra Ségolène Royal, François Hollande et tous les aspirants socialistes. Son épouse, Anne Sinclair est déjà sur la route de la campagne présidentielle… tout cela c’était hier soir… ce matin DSK est poursuivi pour agression sexuelle et se retrouve dans un commissariat de New York en attendant son inculpation et probablement son jugement.
C’est quand même le patron de l’institution financière qui fait la pluie et le beau temps sous nos cieux qui fait ainsi preuve de légèreté et d’irresponsabilité morale. C’est lui qui, depuis quelques années, dicte ses volontés aux faibles économies du sud. C’est lui qui juge depuis ce temps, des performances de nos économies, de leurs faiblesses, de la corruption et de la mal-gouvernance…
Chez nous, nous dirons : «Que Dieu nous préserve de ce que nous n’aimons pas». Là-bas, on dit déjà : «dommage». Pourquoi pas : «tant pis».

samedi 14 mai 2011

Attachement à l'espace=amour de l'espace?

Je me suis réveillé ce matin avec une envie pressante d’écouter Cheikh Ould Abba. Et je suis tombé sur un vieil enregistrement de celui à qui l’on doit la «démocratisation» de la musique Bidhâne. Avec son frère Sidaty qui est le pionnier en la matière, ils ont introduit la guitare et simplifié la composition. Ce au moment où la radio faisait son entrée dans les foyers, contribuant à populariser une musique jusque-là dédiée aux élites aristocratiques. Au temps où la Mauritanie se construisait.
La Mauritanie moderne qui nous manque aujourd’hui et que nous percevons aux travers de regards nostalgiques, cette Mauritanie-là doit beaucoup à cette catégorie sociale, aujourd’hui délaissée, les Igawen (singulier : Iguiw)… Cela mérite réflexion et j’y reviendrai.
Cheikh Ould Abba a aussi diffusé, à grande échelle, le genre poétique bien particulier aux habitants du Tagant. La plupart des textes qu’il chante sont puisés dans les compositions dédiées à cette région.
La particularité de cette poésie est son attachement à l’espace. C’est ici et seulement ici – ou presque – dans l’espace des Bidhânes, que l’on chante le lieu pour ce qu’il est, pas pour le temps qu’on y a passé. Dans ce que j’ai déjà entendu, il n’y a que quelques exceptions dont la plus éminente et la plus éternelle reste l’expérience poétique d’Arabâne Ould Amar Ould Maham, le génie inégalé de l’Aftout. Partout ailleurs, on chante le lieu pour le moment passé et le souvenir laissé. Un peu pour le perpétuer, le rendre éternel. Ce qui fonde le drame que nous vivons dans notre relation avec le temps : nous tenons à en faire un lieu, vaine tentative de le fixer. C’est aussi un autre sujet qui mérite plus de… temps… et d’espace.
Wul Gaçry disait, au bout d’un long poème dédié à l’attachement à la terre du Tagant, qu’il restera toujours au poète le mal d’exprimer ce qu’il doit à une terre dont la beauté ne ressemble pas à celle des autres, et à des habitants qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Wul Adouba est capable de se fendre de plusieurs tal’a (pluriel : tli’) pour peindre un tableau, un relief, une nature. Et ils ne sont pas les seuls. C’est encore un autre sujet qui demande le temps et l’espace.
Ici, il suffira de dire que c’est l’attachement à l’espace qui fonde le patriotisme. Tout peut-il s’expliquer par la rareté de l’expression d’un tel attachement dans notre culture ?