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vendredi 28 février 2014

Le forum quand même

C’est tard dans la soirée de jeudi (27/2) que le bureau exécutif du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a fini ses conciliabules et décidé de participer finalement au forum de l’unité et de la démocratie qui devait s’ouvrir le lendemain.
La veille, mardi d’avant, la même instance avait gelé sa participation à ce forum dont on voulait faire un grand rendez-vous. Une décision surprenante, même si par ailleurs elle est justifiée par les appréhensions nourries par le RFD vis-à-vis des acteurs du forum. La cause directe de ce gel serait le renoncement du comité d’organisation à donner la présidence de la manifestation à Ahmed Ould Daddah qui devait faire le discours d’ouverture. Deux jours d’intenses pourparlers entre les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et le comité d’organisation auront permis d’arriver à une solution : la présidence de la première journée et le discours d’ouverture seront confiés à Ould Daddah, président du RFD, la présidence de la deuxième journée reviendra à Ely Ould Allaf, ancien ministre, ancien diplomate et représentant ici des personnalités «indépendantes» (ou «influentes», selon le terme en Arabe, «eshakhçiyaat al mou athiraa») et la troisième journée, c’est Lalla Aïcha Sy qui, au nom de la société civile, doit diriger les séances finales de synthèse et d’adoption des résultats des trois ateliers (cf. article dans le journal de cette semaine).
Le mal est fait cependant : les divergences au sein de la COD sont apparues au grand jour pour des questions de protocole alors que le fondamental n’était pas encore à l’ordre du jour. Cet incident va participer à l’atténuation des effets de la rencontre parce qu’il aura prouvé que le personnel politique est encore divisé et qu’il manque de confiance en son sein. «Si l’on se chamaille pour un discours d’ouverture et la présidence d’une séance, qu’est-ce qu’il en sera quand il s’agira de partager le pouvoir ?», se demandent les plus sceptiques. Déjà que ce n’est pas toute l’opposition qui se sent concernée par le forum…
En plus de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), constituée par les partis ayant participé au dialogue de 2011-2012 (APP, Al Wiam et Sawab), l’Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr est absente du forum. Pourtant il s’agit bien d’un parti d’opposition qui a eu quatre députés et au moins une Mairie de Nouakchott lors des dernières législatives et municipales. C’est bien le président de ce parti qui a été le deuxième à être reçu par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf pour continuer la démarche commencée avec Mohamed Ould Maouloud de l’UFP.
Cette démarche, saluée par l’UFP, vise à ouvrir des concertations autour de la présidentielle à venir et des conditions qui pourraient amener l’opposition à y participer. Elle a commencé avant même le forum comme pour en diminuer l’importance. Ceux de la COD avaient alors demandé à surseoir à toute réponse à l’invitation du Premier ministre tant que le forum n’a pas fait ses conclusions. Mais l’on sait déjà que le Premier ministre doit rencontrer Saleh Ould Hanenna, président de Hatem, un des partis de la COD, ce dimanche, alors que le forum se tient encore. Le refus de Ould Daddah de répondre à l’invitation est encore circonstanciel parce qu’il ne s’agit jusqu’à présent que d’un «report de réponse» en attendant la fin du forum.
Certains voient déjà se défiler, derrière ces rencontres, la possibilité d’ouvrir un nouveau dialogue comme celui de 2011-2012. Mais, à part la COD, tous les autres partis sont contre toute perspective de nouveau dialogue, y compris l’AJD/MR. Tous les partis qui ont participé aux dernières élections n’acceptent pas non plus l’idée d’une reprise de ces élections. Le pouvoir n’aura pas à répondre à ces deux doléances exprimées çà et là. Il se contentera de laisser les partis s’affronter là-dessus.
Comme d’habitude, on fera ce qu’on sait le mieux faire : perdre le temps. Tout en sachant que le décret de convocation du collège électoral sera communiqué au plus tard le 21 avril prochain et que la date proposée par la CENI pour l'élection présidentielle est le 21 juin, les partis croiront que le temps s’arrêtera pour les laisser cogiter ce qui est le mieux pour eux. On s’approchera inexorablement de l’échéance, ce qui obligera à accepter le minimum possible ou à ne rien accepter. Quoi qu’il en soit, la décision qui sera prise n’aura pas été mûrement et sagement réfléchie. Ses conséquences seront donc énormes pour les acteurs politiques qui tenteront de rebondir une nouvelle fois. Vainement.
Faut-il envisager un nouveau forum dès à présent ? Peut-être… En 1991, le refus de voter la Constitution avait conduit à la création du Front démocratique uni pour le changement (FDUC). Plus tard ce sera le Front des partis de l’opposition (FPO), à la suite du boycott de de 92. Puis la COD, à la suite du refus de reconnaitre les résultats de la présidentielle de juillet. Et aujourd’hui le FDU (sans le C de changement) après le boycott des dernières législatives et municipales… Les sigles se suivent et se ressemblent. Et avec eux les manières et les méthodologies.

jeudi 27 février 2014

Feuille de route contre l’esclavage

C’était attendu, c’est fait : le Rapporteur des Nations Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage et le Gouvernement sont arrivés à définir une feuille de route pour éradiquer l’esclavage dans notre pays. Cette feuille de route, discutée une première fois et signée par des responsables mauritaniens, comportait quelques trois points qui constituaient aux yeux du Gouvernement une source de blocage. La Mauritanie ne pouvait pas accepter de s’engager à créer des centres d’accueil pour les anciens esclaves et à les indemniser, entre autres engagements contenus dans la première feuille de route. Le Gouvernement actuel avait donc à faire preuve de diplomatie et de tact pour ramener l’expert des Nations Unies au registre du possible et de l’acceptable.
Mission réussie apparemment quand on écoute Mme Dulnara Shahinian, le Rapporteur. «Je félicite le Gouvernement Mauritanien pour les mesures prises depuis ma dernière mission en 2009 et pour son engagement à mettre fin à l’esclavage dans ce pays». Tout en invitant les autorités à «prendre des mesures plus vigoureuses pour éliminer l’esclavage et mettre en œuvre pleinement les lois et les politiques».
Mme Shahinian est l’experte indépendante désignée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, pour contrôler, rapporter et conseiller sur l’utilisation des formes contemporaines d’esclavage, y compris ses causes et conséquences dans le monde. 
A la fin de sa mission en Mauritanie qui a duré quatre jours et pendant laquelle elle a rencontré tous les hauts responsables concernés par la question, Mme Shahinian a fait une évaluation générale du chemin parcouru par la Mauritanie reconnaissant les efforts consentis depuis sa dernière visite en 2009.
«Cependant, le Gouvernement doit traduire ses promesses en actes, et prendre plus de mesures vigoureuses avec une vue d’éliminer l’esclavage et de mettre pleinement en œuvre les lois et les politiques. C’est ce que la feuille de route qui doit être adoptée le 6 mars prochain va tenter de faire. Mme Shahinian est confiante : «L'adoption de la feuille de route pour la mise en œuvre de mes recommandations de ses vestiges une fois pour toutes. Je suis sûr que la date du 6 mars 2014, quand le Gouvernement adoptera formellement la feuille de route, marquera un tournant dans le combat contre l'esclavage dans le pays».
Pour elle, le processus commencé en 2007 avec la loi criminalisant l’esclavage doit continuer par la mise en œuvre des lois existantes, soulignant le nombre encore bas des poursuites contre les auteurs des pratiques. Mais, «le fait que l'esclavage soit maintenant officiellement désigné en tant que crime, constitue un aboutissement majeur dans le combat contre l'esclavage». Conformément à la réforme constitutionnelle présentée en 2012, les personnes reconnues coupables d’actes liés à l’esclavage, peuvent être condamnées jusqu'à dix ans en prison. Aussi la loi de 2011 sur le statut des employés domestiques est-elle un pas de plus qui demande cependant une «action concertée est exigée pour réaliser pleinement leurs droits humains».
La création d’un tribunal spécial chargé de traiter la question a été ressentie par Mme Shahinian comme un acte majeur : «je crois que la mise en place du Tribunal, apportera à la Mauritanie un pas qui la rapprochera à une fin effective de la fin de la pratique de l'esclavage et invitera le Gouvernement à déployer tous les efforts nécessaires à la rendre réelle».
Autre rôle mis en exergue, celui de l’Agence Tadamoun : «Ceci est une étape importante vers l'approche plus holistique et durable dans l'évocation de toutes formes de discrimination et à la fois de la pauvreté à tous les niveaux de société, ce qui est essentiel pour supprimer l'héritage légué par l'esclavage». Cela ne doit pas empêcher la mise en œuvre d’actions ciblées et adaptées destinées aux anciens esclaves. Une discrimination positive qui doit être évidente. «Une condition pour l'efficacité de ces programmes est une information fiable qui manque actuellement, et c'est pourquoi un besoin urgent existe pour fournir des données détaillées et précises, des statistiques et une étude minutieuse».

Mme Shahinian reconnait que «la société civile a un rôle énormément important dans la suppression de l'esclavage, en sensibilisant, en rassemblant des matériaux, en emmenant des cas devant le tribunal et en assistant les victimes d'esclavage». Mais en reconnaissant les avancées, elle risque de se mettre à dos certaines ONG surtout qu’elle a accepté de ne pas en faire des parties civiles dans les cas avérés d’esclavage dont les victimes seront défendues par des avocats commis par l’Etat. Ce qui explique les clashs qu’elle a eus avec certains militants et son scepticisme de plus en plus visible quant à la sincérité des combats qu’ils mènent. Les conclusions et résultats de cette visite seront présentés en septembre prochain au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. A suivre donc.

mercredi 26 février 2014

Le Président et les jeunes

On en parle beaucoup ces derniers temps : la rencontre des jeunes avec le Président de la République. Il s’agit, selon ses organisateurs, de sélectionner quelques quatre cents jeunes ayant présenté des projets ou des idées susceptibles d’intéresser les décideurs pour une discussion ouverte avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Les candidats sont invités à remplir un formulaire et de présenter leurs idées, de l’envoyer ensuite à la commission d’organisation qui a défini des critères objectifs pour faire la sélection : la pertinence du projet ou de l’idée, la qualité de sa présentation, le cursus de son auteur, son âge… De quoi s’assurer que personne ne sera lésé.
Jusqu’à cette semaine, plus de cinq mille demandes ont été remplies par des postulants. La commission d’organisation est dans la phase de sélection qui prendra quelques jours. Ensuite, les projets seront classés selon des thèmes et des centres d’intérêt qui auront chacun un encadreur qui doit être aussi un jeune avec une expérience confirmée.
L’évènement doit se dérouler en trois phases. La première verra le Président de la République exposer devant les jeunes les grands axes prioritaires pour lui. Il écoutera ensuite les principaux «rapporteurs» qui expliqueront le cheminement qui sera suivi. Les participants se répartiront ensuite en ateliers spécialisés pour formuler leurs idées et leurs projets de manière à en faire des projets pour le pays. Ils seront ensuite reçus à dîner par le Président devant lequel ils présenteront le résultat global. C’est pendant cette dernière rencontre que le résultat global sera adopté solennellement par le Président de la République.
Dans la phase actuelle, l’objectif est de rassembler des jeunes mauritaniens ayant des propositions effectives pour initier, accélérer et/ou corriger les différents projets de développement. Nonobstant leurs appartenances et antécédents politiques.

Mais en définitive, les idées et projets adoptés seront probablement l’ossature du programme du candidat pour l’élection présidentielle prochaine. Tant mieux.

mardi 25 février 2014

Le forum est-il compromis ?

Cette après-midi, on apprend que le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a décidé de «geler» sa participation au forum de l’Opposition qui doit s’ouvrir ce vendredi (28/2). Sous prétexte que le parti est «sous-représenté» dans les commissions d’organisation qui doivent fixer l’agenda et les objectifs de ce forum.
En réalité, on craint au RFD que «l’on ne soit victime, une fois de plus de machination visant à reléguer au second plan le parti et ses choix stratégiques». Les cadres les plus loquaces n’hésitent pas à rappeler que «chaque fois, le RFD a adopté une feuille de route décidée et mise en œuvre par d’autres, tantôt les Islamistes, tantôt l’UFP, ou le RDU ou l’UNAD ou… ou…  à chaque fois il s’est retrouvé coincé entre la nécessité pour lui de recadrer les objectifs et le souci de rester avec les autres». Conclusion : «il est temps pour le parti de décider lui-même de la direction à suivre».
Le malaise est là depuis qu’il est question de discuter la perspective du candidat unique. Toute évolution vers un accord du genre est sentie comme une forme d’exclusion pour le chef du parti, le Président Ahmed Ould Daddah. Surtout qu’il est question de fixer des critères dont le consensus autour de la candidature et l’absence de précédent dans la course pour la présidentielle. Le consensus autour de la personnalité de Ould Daddah est impossible à avoir dans un microcosme où l’on considère le chef du RFD comme «l’ennemi principal». C’est après tout la position vis-à-vis de l’homme Ould Daddah qui a déterminé le parcours de tous les leaders actuels de l’opposition (dans toutes ses composantes).
Ceux qui collaboraient avec Ould Taya et qui sont les plus actifs aujourd’hui dans ce camp, ont participé à sa diabolisation et à la formation des aspects négatifs de l’image que l’opinion publique a de lui : homme du Sud n’aimant les gens de l’Est, voulant assouvir les soifs de vengeance ethniques, homme politique dédaignant tout sauf la présidence… tous ces clichés qui fondent une certaine idée qu’on peut avoir de lui ont été créés et véhiculés par eux.
Ceux qui l’ont accompagné à un moment ou un autre au sein de l’Union des forces démocratiques (UFD) et qui ont fini par se dresser contre lui à un moment à un autre, souvent à un moment crucial de son parcours.
Certains pensent cependant que la décision du RFD relève plus de la manœuvre que de l’acte déterminé. Mais un parti comme le RFD ne «clique» pas sur des aspects du genre : «nous ne sommes pas assez représentés, nous voulons telle ou telle présidence de commission…». Quand il réussit à imposer ses visions, il y va normalement. Alors qu’est-ce qui peut bien gêner le RFD ?
Bien sûr la question du candidat unique qui est sentie comme un piège : si le RFD accepte de la discuter, il ne peut maîtriser l’issue des débats, encore moins la décision à prendre ; s’il refuse alors qu’elle est déjà posée, il apparaitra comme source de blocage à l’entente générale et, du coup, confirmera ce qu’on dit du parti «qui ne veut que la présidence». Alors mieux vaut surseoir à la participation en attendant d’assurer les arrières pour éviter toute mauvaise surprise.
Il y a aussi la question de la participation à la présidentielle qui, aux yeux du RFD, doit être précédée de préalables significatifs pouvant justifier le retournement après le boycott des législatives et municipales. Comment expliquer aux anciens députés et maires du RFD qu’on refuse de les laisser participer au nom d’une exigence de transparence qui disparait quand il s’agit de la présidentielle ? Il faut donc placer la barre très haut et amener le forum à adopter une feuille de route «forte» : pourquoi ne pas demander le renoncement de Ould Abdel Aziz à se présenter ?, exiger les demandes concernant la stricte neutralité des chefs militaires, de l’administration, réorganiser fondamentalement la CENI, défaire le Conseil Constitutionnel, la Cour Suprême, distribuer équitablement le temps d’antenne dans les médias publics, annuler des dernières élections, mettre en place un gouvernement «neutre»…
Autant de conditions qui seraient plausibles si le rapport de force était autre et si certains partenaires du RFD ne cherchaient pas à trouver une issue à la crise qu’ils traversent depuis leur décision de boycott. C’est le cas, pour certains cadres du RFD, de l’Union des forces du progrès dont le Président Mohamed Ould Maouloud s’est «empressé de répondre à l’invitation du Premier ministre et qui a loué les entretiens qu’il a eus avec lui».
Le forum se tient déjà sans la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP) formée par les partis de l’opposition ayant participé au dialogue avec la Majorité en 2011 et 2012 (Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, Alliance populaire progressiste de Messaoud Ould Boulkheir et Sawab de Abdessalam Ould Horma).
Si les partenaires du RFD au sein de la COD ne réussissent pas à ramener le parti de Ould Daddah dans les débats du forum, il sera impossible d’en faire un événement majeur. Déjà qu’il est «amoindri» par la rencontre entre le Premier ministre et le Président de l’UFP, le voilà  sérieusement compromis par le gel de la participation du RFD.

lundi 24 février 2014

Le vrai danger

Sur les ondes d’une radio privée de la place, un titre : «le président du Rassemblement des Forces Démocratiques refuse de rencontrer le Premier ministre de Mohamed Ould Abdel Aziz». Puis dans le développement : «Selon des sources dignes de foi, de l’intérieur du parti RFD, le président de ce parti a refusé une invitation semblable à celle adressée par le Premier ministre mauritanien à Mohamed Ould Maouloud. Le refus est consécutif à une réunion avec ses proches qui lui ont conseillé de décliner l’invitation…» Pour étayer et expliquer l’information, la radio invite le porte-parole du parti qui dit en substance : «Effectivement, le directeur de cabinet du Premier ministre a contacté celui du Président Ahmed Ould Daddah pour lui signifier l’invitation. Mais on n’en a pas parlé et aucune décision n’a encore été prise à ce sujet». Formel et catégorique. Pourtant, la speakerine enchaine : «Ainsi dont, le RFD refuse l’offre de dialogue…»
Sur une chaîne de télévision locale, un titre : «Le ministre de la Justice dit ne pas être au courant de l’agression contre Ould Dedew». Développement de l’information, on donne une image, sans le son du ministre lors de son intervention à l’issue du Conseil des ministres de jeudi dernier, puis un passage : «…personnellement je ne suis pas au courant d’une telle agression…» Tout ce qui est avant et après est supprimé. Juste cette phrase. Parce que si l’on écoute ce qu’a dit le ministre, rien à voir avec le titre : «J’ai lu sur le net des choses qui sont fausses, y compris à mon égard, pour cette affaire, rien d’officiel ne me permet d’être au courant à l’heure actuelle, en l’absence d’un officier de police judiciaire et le Shaykh n’ayant pas porté plainte, il n’y a pas eu de poursuites. Donc je ne suis pas au courant officiellement».
A la une de toutes les chaines et des sites : le Président de l’Assemblée nationale a refusé à la presse d’accéder à la Chambre pour suivre ses débats. Renseignements pris : le Président de l’Assemblée veut limiter l’accès de la grande salle aux seuls députés devant y siéger. Pour ce faire, il veut réserver un espace à la presse audiovisuelle d’abord, et à côté à la presse écrite. Il entend redynamiser la direction de la communication pour que la presse ait un interface officiel pour avoir une fluidité et une célérité dans l’information. En attendant, il invite les journalistes à aller dans la partie haute de la salle.
Et le syndicat des journalistes de produire un communiqué qui dénonce le recul de la liberté d’expression au lendemain de la publication du rapport de MSF classant la Mauritanie à la 66ème place. Comme si l’objectif était de porter atteinte à cette image positive.
Ce que je reproche ici au syndicat, c’est d’avoir ignoré tous les appels venus de Ulémas, d’Imams, d’érudits, de simples leaders d’opinion, de vendeurs de téléphones en faillite et même de journalistes travaillant dans les radios, les appels des uns et des autres à limiter la liberté d’expression. Certains n’hésitant pas à stigmatiser des stations. C’est le cas de Sahel TV visée par un communiqué des Ulémas et Imams, de Al Wataniya soumise à la vindicte par les manifestants du vendredi dernier et qui ont participé à des actes de vandalisme dans les écoles de Nouakchott…
Ce sont ces appels répétés qui menacent le plus la liberté d’expression. Vient ensuite le niveau des journalistes et le traitement fait par les médias de l’information.
Chaque heure, sa rumeur. On ne recule devant rien quand on croit pouvoir donner une primeur. On crée si on est à sec. Quant à la diffamation, c’est un art pratiqué avec brio chez nous.
Plus que tout, ce sont bien ces relents d’autoritarisme et d’obscurantisme qui causeront le plus de dégâts. Conjugués au manque d’éthique et de professionnalisme, c’est la mort assurée non seulement de la profession mais aussi de l’exercice de la liberté d’expression.
C’est contre cela (aussi) que tous les syndicats, toutes les organisations de presse doivent faire front. Dénoncer les appels et rester vigilants. 

dimanche 23 février 2014

Le festival Soninké

«Démarrage d’un festival racial sous une supervision officielle», c’est le titre que l’un de nos confrères arabophones a choisi pour annoncer le lancement du festival international Soninké. En l’illustrant par une photo des officiels et sans manquer d’expliquer que cette présence officielle pourrait «donner des idées à d’autres ethnies». Et alors ? C’est tant mieux si toutes nos cultures pouvaient s’exprimer sur cette place publique qui manque dangereusement d’animation et de contenu.
Notre confrère devait comprendre qu’il s’agit là d’une troisième édition d’un festival dont le but est de faire connaitre l’une des plus vieilles cultures de l’Ouest-africain. Celle qui a donné l’Empire du Ghana, le premier Etat noir à exister en terre africaine. Cet Empire avait pour capitale Koumbi Saleh dont les ruines se trouvent à quelques quatre-vingts kilomètres de Timbédra, en plein territoire mauritanien.
Le festival vise à faire retrouver les Soninkés du monde l’espace de quelques quatre jours (20-24/2) pour discuter, manifester, s’exprimer, se rappeler, se projeter dans l’avenir… C’est l’un des premiers peuples de la région à s’islamiser. C’est sans doute le plus organisé d’entre tous. Sans doute aussi le plus enraciné de tous.
Parmi les peuples de l’aire Mandé, c’est par le peuple Soninké qu’a rayonné la culture Mandingue. Avec cette musique qui a fini par nous unir, du Sahara à la Savane ouest-africaine. Avec la littérature, les légendes notamment qui ont fini par devenir des mythes fondateurs partagés. Avec la danse, la teinture, les traditions orales…
Dans le temps, la culture Soninké a pu apporter des réponses aux questionnements de notre aire civilisationnelle. Ces rencontres peuvent être une nouvelle opportunité pour notre région, pour notre pays.
Quoi qu’il en soit, la rencontre est une source de fierté pour nous.  Parce qu’elle puise sa légitimité dans le fait que la Mauritanie est bien le berceau de cette culture, le lieu de sa splendeur, le lieu d’où elle rayonna… C’est ici que les Soninkés du Monde se sont donné rendez-vous aujourd’hui. Accompagnons-les pour nous ressourcer. En même temps qu’eux. Là où nos aïeuls allaient s’abreuvoir ensemble, à cette formidable source qui n’était pas seulement faite de «nourritures terrestres», une source qui a illuminé le pays, la région et ses sociétés, et finalement sur le Monde. 

samedi 22 février 2014

La deuxième révolution ukrainienne

C’est en novembre 2004 que nous devions assister à la première révolution ukrainienne, celle qu’on a appelée «la révolution Orange» pour la couleur arborée par les manifestants. On estime que le «printemps arabe» a pris comme modèle cette révolution-là retransmise en direct par les chaines satellitaires comme Al Jazeera.
Elle faisait suite à la proclamation des résultats d’une présidentielle contestée par la plupart des Ukrainiens qui dénoncent la mainmise sur le pouvoir du «clan de Donetsk», le nom de cette grande ville de l’Est alliée de Moscou et fournit les présidents toujours «bien élus». C’est le cas de Viktor Ianoukovytch dont l’élection est contestée par une série de manifestations qui vont aboutir à la révolution Orange. Les principaux leaders de ces manifestations sont Viktor Iouchtchenko, candidat malheureux, et Ioulia Tymochenko, la charmante et charismatique opposante dont les tresses traditionnelles finissent par devenir l’un des symboles de cette révolution.
La reprise des élections ne permet pas de rupture parce que l’élu, Viktor Iouchtchenko instaure un régime marqué par les mauvaises pratiques et les règlements de compte. Le premier résultat est la radicalisation dans les clivages entre Pro-Russes et Pro-Occidentaux. En 2010, Viktor Ianoukovytch est élu président. C’est la revanche des Pro-Russes. C’est naturellement ce clivage qui fait déclencher la deuxième révolution qui est en train d’aboutir sous nos yeux.
Le 21 novembre 2013, Viktor Ianoukovytch décide de suspendre un accord entre son pays et l’Union Européenne. L’homme est déjà contesté pour sa mauvaise gestion et pour ses relents autoritaristes. Il est cependant soutenu par Moscou et par son président Vladimir Poutine qui s’engage à subvenir aux besoins de l’Ukraine en proposant un prêt de 15 milliards dollars le 17 décembre. Mais la tension ne baisse pas.
Contre lui, un rassemblement qui tire sa légitimité de l’actif de la révolution Orange. C’est le cas notamment de ceux du parti Batkivchtchina (Patrie) créé par l’opposante historique Ioulia Timochenko et dont le porte-parole devant les manifestants de Maïdan à Kiev est Arseni Iatseniouk avocat, ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de l’Assemblée ukrainienne.
Autres figures de l’opposition : Vitali Klitschko, chef du parti Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (UDAR), et qui est un ancien champion de boxe. Tous partagent un fort engagement pour l’Europe et une méfiance pour la Russie.
Ioulia Timochenko, libérée après quelques trois ans de détention, semble être la figure d’avenir. Même si elle est fondamentalement pro-russe, elle bénéficie d’une large sympathie dans les milieux de l’UE. Sa libération a été l’épilogue d’une seconde révolution. Peut-être le prologue d’un monde nouveau pour ce peuple déchiré par ses appartenances européenne et russe ?

vendredi 21 février 2014

Les conclusions de Romano Prodi

En 2012, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2056 instituant «La stratégie intégrée de l’ONU pour le Sahel», un programme par lequel les Nations-Unies entendaient trouver des solutions aux problèmes de sécurité et de développement posés au Sahel. Nous sommes en pleine crise du Mali et c’est Romano Prodi, l’homme politique italien de74 ans, qui est nommé par Ban Ki-Moon comme Envoyé spécial chargé de ce programme. Le choix n’était peut-être pas judicieux pour des raisons évidentes de méconnaissance de la zone et de difficulté à communiquer entre le responsable du programme et ceux des pays concernés (Romano Prodi parle très mal Français, langue partagée dans l’espace sahélien). En juin 2013, Romano Prodi présente le Programme devant le Conseil de sécurité et le fait adopter. Il est depuis sur scène pour essayer d’améliorer la gouvernance «inclusive et effective à travers la région sahélienne», améliorer les conditions de paix et de sécurité par le renforcement des mécanismes nationaux, et mutualiser les efforts consentis pour «assurer la résilience à long terme». L’ancien président du Conseil italien, vient de faire le bilan avec l’hebdomadaire parisien Jeune Afrique.
Premier constat du diplomate : «Après l'intervention militaire française de janvier 2013 au nord du Mali, un pan du volet sécuritaire m'a échappé. Mais je dois reconnaître que la situation au Mali s'est considérablement améliorée, même si certaines questions restent en suspens, comme la réconciliation nationale, la décentralisation et la participation de l'ensemble des groupes ethniques à la gestion des affaires publiques». Pour reconnaitre que «le principal défi, pour le Mali comme pour les autres pays de la sous-région, reste le terrorisme». C’est pourquoi «il faut renforcer la coopération sous-régionale, encourager une meilleure coordination entre les cinq pays du Sahel [Mali, Burkina, Mauritanie, Niger et Tchad], mais aussi soutenir une plus grande coopération entre eux et le reste du monde».
Pour lui, «il n'y a pas de développement sans sécurité. Mais il n'y a pas non plus de sécurité sans développement». Il faut élargir le champ des intervenants parce que la menace est globale, tous les pays sont en fait concernés par la lutte contre le terrorisme.
Et pour ce qui est de la multitude des programmes et des Envoyés spéciaux comme lui : «C'est indiscutable, il y a un déficit de coordination entre les différents intervenants. Nous devons remédier à cela en recherchant des synergies et en encourageant les États africains à mieux coopérer». Le G4 du Sahel, créé depuis, est peut-être un premier élément de réponse. «Le plus innovant, c'est sans doute la création d'un fonds spécial pour le Sahel».
Pour ce qui est de son bilan personnel : «J'ai aidé les États de la région à élaborer des plans d'action, à identifier les moyens de les mettre en œuvre, à s'engager dans la recherche de financements. Nous avons surtout poussé à la création d'un mécanisme de coordination entre les cinq pays du Sahel. Il s'agit d'une énorme avancée».
Conclusions générales : on ne peut pas faire sans l’Algérie ; la mauvaise gouvernance joue un rôle dans la déliquescence des Etats ; pour faire aboutir les négociations de paix, «Ne nous enfermons pas dans des délais trop contraignants» ; et pour éviter de répondre à la question sur la probabilité de l’indépendance de l’Azawad, Romano Prodi préfère dire : «Je fonde l'espoir d'un accord acceptable entre Bamako et les groupes armés. Car je considère que, sans accord avec le Nord, il n'y aura jamais de paix au Mali. Les acteurs maliens doivent jouer leur partition pour y arriver, mais la communauté internationale doit aussi les aider à parvenir à une paix définitive».
Un aveu d’échec ?

jeudi 20 février 2014

La couverture religieuse

Depuis un certain temps, la scène mauritanienne, particulièrement celle de Nouakchott, est occupée par des activistes qui se prénomment «Ahbaab Errassoul», un peu pour dire «l’attachement» au Prophète Mohammad (PSL) et s’inscrire dans cette vague qui a fait suite à la publication d’un article injurieux pour l’Islam en général. Chaque vendredi, le nouveau groupe organise de grands rassemblements à Nouakchott et Nouadhibou pour dénoncer la «nonchalance des autorités», «l’engagement des avocats à défendre l’auteur»...
Quand on regarde les principaux animateurs du groupe, on distingue trois catégories de «leaders». La première la plus visible est celle que constituent les érudits connus pour leur proximité des pouvoirs (passés et certainement futurs). Ce que le Shaykh Ould Sidi Yahya appelle : «Ulamas banava» (érudits qui se retrouvent autour des tables bien garnies des plus riches et des plus forts) pour dire combien ceux-là sont au service. Ils drainent avec eux quelques thieb-thiebas du marché qui ont trouvé dans le look islamiste (barbe et tache sur le front) une manière de «bien faire» les affaires. Le financement de cette activité est certainement un investissement dont on attend quelque chose.
La deuxième frange est celle d’érudits sincères dans leur foi et qui croient réellement à une «agression mondiale organisée contre l’Islam». Pour la plupart des Salafistes qui font de la référence aux textes sacrés dans leurs relectures des préceptes islamiques une source de légitimité. Ceux de la première catégorie profitent largement de la bonne foi de ceux-là pour donner crédit à leur action.
Il y a enfin ceux qui tournent autour pour créer un climat favorable aux pillages, à la vindicte, aux règlements de compte, à la tension sociale, aux menaces contre l’ordre… Ce sont des avocats qui veulent régler un compte à leur confrère accusé de vouloir défendre l’auteur de l’article. Ce sont des vendeurs de téléphones cherchant à s’attaquer à des concessionnaires de marques (Samsung par exemple). Ce sont enfin des trafiquants notoires ou des agents connus de certains services de renseignement dont les responsables cherchent à faire revenir l’ordre d’hier.
La conjugaison des efforts des plus entreprenants – notamment ceux de la première et de la dernière catégorie – ont causé les dérives enregistrées. D’abord l’utilisation pour régler des comptes personnels et faire obstruction à la loi. Parce qu’en réclamant l’exécution immédiate de l’auteur, les activistes entendent passer outre la législation mauritanienne. Ils veulent dépasser et décrédibiliser la justice de ce pays. Ils passent facilement du statut de manifestants à celui d’inquisiteurs.
Ensuite le désordre dans les écoles qui a causé un grand émoi dans les milieux populaires avec notamment l’instauration d’un climat de peur et d’insécurité qui a commencé à profiter aux voleurs et malfrats de tous bords. Comme il a été un signe de «démission des autorités».
Enfin, l’entretien d’un tel climat contribue à détourner l’attention des vrais problèmes que sont l’éducation, l’économie, la justice sociale, l’égalité, la citoyenneté, la recomposition du paysage politique…
Ce matin, D. A., un jeune né en 1993 à Dar Naim, l’une des quatre grandes figures de ce mouvement «Ahbaab Errassoul», a été arrêté par la Gendarmerie qui le surveillait pour son rôle dans les mouvements scolaires. C’est en le fouillant pour chercher une arme blanche qu’il aurait sur lui, que les Gendarmes découvrent des sachets de drogue. En fait, ce «grand défenseur de la religion», «amoureux» du Prophète (PSL), fervent adepte de ses enseignements, le «grand leader des vendredis de la colère» n’est rien d’autre qu’un «grand» dealer de quartier. Sous l’activisme qu’il menait, il cachait pernicieusement ses vraies activités. Comme d’autres cachent une entreprise commerçante, une revanche personnelle, un souci de se faire une légitimité… Chez nous, la couverture religieuse a toujours servi.

mercredi 19 février 2014

Un nouveau «compromis historique» ?

Après avoir boycotté les dernières élections législatives et municipales, la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) semble s’acheminer vers la participation à l’élection présidentielle qui devrait se dérouler dans quelques quatre mois (peut-être moins). C’est le sens qu’il faut donner à la préparation d’un forum dont l’objectif annoncé est d’unifier les positions des partis d’opposition (ceux qui ont participé et ceux qui ont boycotté) derrière une candidature unique. On semble adopter le schéma sénégalais qui a permis l’alternance.
Mais comme d’habitude, c’est le pouvoir qui fait le premier pas en prenant l’initiative de convoquer l’un des chefs de la COD, Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des forces du progrès (UFP). Une rencontre d’une heure qui a réuni Ould Maouloud au Premier ministre, Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf.
Le communiqué publié par l’UFP à la suite de la rencontre a qualifié l’entretien de «cordial», de «franc et sincère» avant d’indiquer que les deux hommes ont surtout parlé de «la question cruciale de la prochaine élection présidentielle». D’après le communiqué, le Premier ministre «a notamment souligné le souci du gouvernement d’œuvrer pour que le scrutin se déroule dans des conditions acceptables».
Ce à quoi le président Ould Maouloud a répondu en se félicitant «de cette volonté affichée du gouvernement de rechercher un consensus national autour de la question (des élections, ndlr)» Et en insistant «sur la nécessité que s’instaure un dialogue sincère et fructueux qui tire les enseignements des échecs antérieurs». Ce serait «la seule alternance à l’impasse politique et aux risques graves qu’elle pourrait engendrer pour le pays». Une exigence cependant : «Le président de l’UFP a en outre insisté pour que la méthodologie à suivre puisse être définie d’un commun accord, notamment avec la COD». Pour ce faire, «les deux parties ont convenu que le dialogue qui doit s’instaurer en vue de créer un climat favorable à la paix et à la sécurité dans le pays, doit déboucher sur des élections consensuelles et incontestées».
En conclusion, l’UFP s’est félicité «de cette initiative du gouvernement dont elle espère qu’elle inaugure une nouvelle dynamique de relations apaisées entre tous les acteurs de la scène nationale».
Nous sommes loin, très loin du climat des invectives qui a caractérisé la relation entre les deux parties. Il y a comme une nouvelle attitude qui permet d’entrevoir une possibilité d’apaisement. Des questions restent cependant posées.
Pourquoi, en voulant ouvrir une nouvelle page avec la COD, le gouvernement n’a-t-il pas invité le président en exercice du rassemblement plutôt que l’un de ses membres ? On peut croire à une défiance vis-à-vis de Ahmed Ould Daddah de la part du gouvernement, mais cela n’explique pas tout. C’est peut-être une façon d’éviter de traiter avec un corps «non institutionnel» (la COD étant une alliance non reconnue de partis), et de traiter les partis un à un.
Qui a intérêt, à ce moment précis, d’engager le dialogue ? est-ce le pouvoir qui ne semble pas acculé et qui vient de conclure des élections qui l’ont remis plutôt sur la sellette en lui permettant de rafler la grosse part ? est-ce l’opposition impliquée dans le processus et qui a réussi à tirer son épingle du jeu ? ou l’opposition qui se relève difficilement de sa décision de boycott ? En partant du principe que tous y trouvent leur compte, comment faire pour que cela ne prenne pas l’allure d’une manœuvre ?   

Quand on aura répondu à toutes ces questions, il en restera une : à quoi sert tout ça si, derrière, il n’y a pas une vision claire ?

mardi 18 février 2014

Batailles autour d’un bureau

Après la bataille autour de la présidence de l’Assemblée nationale, les protagonistes de la lutte d’influence au sein de l’Appareil en ont engagé une autre autour du bureau de l’Assemblée. Qui devait être le premier vice-président ? le deuxième, le troisième, le quatrième et le cinquième ? qui seront les cinq secrétaires ?
Le règlement intérieur donne à l’Union pour la République (UPR) les première, quatrième et cinquième places parmi les adjoints. Le parti a aussi le droit de désigner les premier, quatrième et cinquième secrétaires. La deuxième place revenait de droit à l’opposition, la troisième à la Majorité.
Pour le poste de deuxième vice-président attribué à l’opposition, deux candidatures ont été enregistrées : Mohamed Ghoulam de Tawaçoul et Fatma Mint Sidi Mohamed de Al Wiam. Le premier devait obtenir plus de 82 voix, la seconde 39. C’est que l’UPR a finalement donné consigne seulement pour les candidats UPR avec la liberté pour eux s’agissant des autres candidats. C’est ainsi que les voix se sont partagées. Les postes affectés aux députés de la Majorité ont été l’objet de concurrences sérieuses. Le député de Nouadhibou, El Qassem Ould Bellali (Al Karama) a remporté le troisième poste de vice-président en battant Ethmane Ould Ebilmaaly (Fadila). Le poste très convoité de Questeur de l’Assemblée nationale est revenu au député Mohamed Fadel Ould Waqf (Aïoun).
Au niveau des secrétaires, ont été choisis : Cheikh Bouya Ould Cheikhna (PUD, Amourj) comme premier secrétaire, Thiam Ousmane (AJD/MR) comme deuxième secrétaire, Moktar Sow, Loula Mint Ahmed Zarouq et Oumkelthoum Mint El Yessa, tous trois UPR comme troisième, quatrième et cinquième secrétaires.

Arrangements et combines qui ont permis de dépasser de sérieuses divergences entre les différents pôles du pouvoir. Les observateurs veulent voir dans l’issue de cette bataille les prémisses de grands changements dans le dispositif politique, notamment le parti. Peut-être…

lundi 17 février 2014

Le G5 du Sahel

C’est le résultat principal du sommet qui s’est tenu à Nouakchott et qui a réuni cinq des pays du Sahel : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad. Le nouveau Groupe est un cadre «de coordination et de suivi de la coopération régionale», selon les termes du communiqué final. Son Secrétariat Permanent sera assuré par le Niger et installé à Nouakchott.
Le G5 su Sahel est un pas vers la mutualisation des ressources et des efforts consentis par les Etats et leurs partenaires techniques et financiers dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé et pour le développement économique et social des populations.
«Une corrélation forte existe entre Sécurité et Développement dans la mesure où il n'est de développement durable sans sécurité ni de sécurité pérenne sans développement effectif», a dit le Président mauritanien, président du G5 du Sahel dans son mot d’ouverture. C’est bien la prise de conscience de la nécessité de se prendre en charge qui a amené les cinq pays à se retrouver ainsi.
Il y a eu d’abord une première réunion en marge du troisième sommet arabo-africain du Koweït en novembre dernier, puis celle de Paris en marge du sommet sur la paix et la sécurité en Afrique tenue à Paris en décembre 2013. Provoquées par la Mauritanie, les deux réunions des chefs d’Etats ont décidé la création de l’organisation et se sont donné rendez-vous à Nouakchott.
Il s’agissait d’abord de canaliser les financements consentis par les partenaires extérieurs. Il y avait d’abord l’initiative européenne intitulée «Sécurité et développement au Sahel» lancée en 2011 et destinée à couvrir la Mauritanie, le Mali et le Niger, trois des quatre «pays du Champ» (moins l’Algérie). C’est une aide substantielle à ces pays en vue de développer leurs capacités en matière de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Elle découle de la nécessité d’adopter une approche impliquant développement et sécurité en vue de stabiliser la région.
La stratégie européenne couvre les domaines du développement, de la gouvernance, de la résolution des conflits intérieurs, de la mutualisation des moyens, de la coopération étroite, de l’Etat de droit, de la lutte contre l’extrémisme…
Arrive en 2012 l’approche onusienne qui s’intitule «stratégie intégrée des Nations-Unies pour le Sahel» et qui concerne cette fois-ci les cinq pays : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina et le Tchad. Cette initiative, confiée à Romano Prodi Envoyé spécial du SG de l’ONU, s’articule autour de la gouvernance, la paix, la sécurité et la résilience. La Banque Mondiale et l’Union Européenne ont mobilisé 8 milliards de dollars au profit de ce programme.
Le sommet de Nouakchott a préconisé de s’adresser aux bailleurs arabes et islamiques pour trouver de nouveaux financements. Car les projets sont nombreux. La lutte contre le terrorisme, le crime organisé et l’immigration clandestine, la coopération judiciaire, la paix sociale, la gouvernance religieuse, la solidarité et la coopération… Mais aussi les infrastructures, notamment les routes. Bitumage des routes reliant Kayes à Sélibaby, celle allant de Bangou à la frontière malienne, celle reliant Tombouctou à la frontière mauritanienne… Création d’un réseau électrique allant de Mauritanie vers le Mali, en plus de la santé animale et du développement de l’économie pastorale, la formation professionnelle au profit des jeunes, la lutte contre le criquet…

Le sommet a décidé «l’élaboration d’un programme prioritaire d’investissement et d’un portefeuille de projets structurants accordant une large priorité à la sécurité, à l’ancrage de la démocratie et de la participation des populations à la promotion des zones les moins développées, aux infrastructures (transport, énergie, télécommunications, hydraulique) à la sécurité alimentaire et au pastoralisme, au développement humain (démographie, santé, éducation, formation technique et professionnelle) et à l’adaptation aux changements climatiques et à la gestion de l’eau». (communiqué final)

dimanche 16 février 2014

Le Yalta du 21ème siècle ?

Il y a comme une odeur de magouilles internationales. Le monde bouge et se recompose. Encore suivant le clivage Est-Ouest. Cette fois-ci l’Est englobe tout l’Orient, avec des puissances comme la Russie, la Chine, le Japon et de grands pays comme l’Inde, le Pakistan, l’Iran… une aire de civilisation qui en commun l’espace et le fond culturel. L’Ouest quant à lui, c’est en gros l’espace de civilisation judéo-chrétienne. C’est l’Europe (Union Européenne), l’Amérique (USA, Canada).
Le monde «civilisé» a besoin de redistribuer les rôles et les cartes. C’est ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Les déchirements en Egypte, en Libye, en Syrie, au Bahreïn, au Yémen, mais aussi en Centrafrique, au Kenya, au Soudan, au Congo, au Nigéria…, ces déchirements ne sont que des manifestations de cette lutte d’influence. Chacun voulant garder son pré-carré, sa zone d’influence. Les engagements sont parfois directs, parfois par pays ou par factions interposées. Dans ce jeu, les monarchies du Golfe jouent le rôle du financier après avoir essayé vainement de jouer celui du gendarme.
Autour des pourparlers de Genève (I et II), c’est la carte du Monde qui est dessinée par les puissances. A la Russie on abandonnera une zone d’influence donnée : la Syrie au Moyen-Orient et dans une moindre mesure l’Egypte, l’Asie centrale et une partie de l’Europe de l’Est. La Chine pourra prendre pied en Afrique et dans des enclaves du Golfe. Le reste reviendra à l’aire d’influence occidentale.
Dans ce jeu des puissances, nous avons à réfléchir à ce que nous pesons. Autant dire rien. Avec trois millions d’habitants, nous ne constituons pas un marché attractif. Nous avons été incapables jusque-là de cultiver ce que nous savons le mieux faire : le sens du commerce et des affaires pour jouer pleinement notre rôle de charnière entre les deux bords du Sahara. Nos choix dans l’éducation ont donné un résultat catastrophique : nous n’avons même pas pu former pour les marchés d’aujourd’hui.

Que faire pour continuer à exister dans un monde sans état d’âme ?

samedi 15 février 2014

L’odieux ne fait plus frémir

Quand j’ai lu sur un site que le Shaykh Mohamed el Hacen Ould Dedew a été agressé publiquement, j’ai d’abord cru à une «mauvaise» (au sens de fausse) nouvelle de plus. C’est qu’il est difficile de croire qu’un tel homme puisse être victime d’un acte délibéré de violence. Pour son statut d’érudit, mais aussi pour ses qualités intrinsèques d’homme affable, ouvert, toujours le sourire aux lèvres, pour son aura, pour ce qu’il est…
Rien ne justifie la violence. Rien, absolument rien ne peut justifier qu’on s’en prenne physiquement à un homme ou une femme quelconque, à plus forte raison du gabarit de ce Shaykh qui dispense son savoir sans faire attention à lui-même. Qu’on l’accuse ou non d’être l’idéologue d’une mouvance donnée, Shaykh Ould Dedew est une valeur nationale qui doit être protégée. Un acte d’agression envers lui est plus grave à mes yeux que la destruction de la Bibliothèque nationale, que l’incinération de billets de banque, que l’acte de déchirer le drapeau national, que toutes les offenses faites à tous les symboles de l’Etat… parce qu’il en fait partie.
Il faut penser l’acte comme une dérive supplémentaire de notre temps. Le prendre comme lui-même l’a pris : avec philosophie et abnégation. Mais il faut cependant nous dire que cet acte est l’aboutissement d’un processus de désacralisation de tous les symboles. A commencer par le viol de l’intégrité des personnes qui qu’elles soient.
Quand on a laissé passer les insultes publiques contre les symboles de l’Etat, contre les icones de la société, quand on a laissé passer les menaces contre les avocats et les journalistes, quand on a regardé avec indifférence se développer parmi nous l’extravagance dans les réactions publiques et qu’on a excusé ou ignoré les premières dérives qui ont consisté à détruire le respect et la solidarité qui nous liaient…, à ce moment-là, un acte aussi odieux que celui-là peut être ressenti comme une banalité.
Les crimes se banalisent quand les délits ne sont plus sanctionnés et qu’ils entrent dans le registre de l’anodin, voire du normal. L’état de déconfiture morale commence toujours par le silence sur l’insoutenable. Il a commencé dans les années 80 pour notre société qui a été incapable de stopper les dérives autoritaristes d’un régime autocratique et sanguinaire.
Après le silence sur les crimes, on a eu l’impunité qui a caractérisé toute une époque et qui continue à exister. C’est bien l’impunité qui travestit le plus la Morale sociale et qui détruit l’éthique individuelle.
«Les enfants connaissent si c’est à tort ou avec raison qu’on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité» (La Bruyère, Les caractères)
Chez nous l’interférence des tribus et des organisations sociales parallèles (à l’Etat) a participé à la déliquescence générale. Nous avons alors perdu toutes ces valeurs communes qui nous obligeaient à respecter l’autre, à le comprendre, à aller vers lui, à rester digne et mesuré quoi qu’il en coûte… Nous n’avons plus dénoncé les dérives et dérapages… ceux parmi nous qui l’ont voulu, ont fait ce qu’ils ont voulu, sans se soucier du regard des autres, sans prendre en compte le jugement de l’Histoire… On ne finit plus de faire, de dire comme si on n’était pas comptable de ce que nous faisons, de ce que nous disons…

vendredi 14 février 2014

Quelle administration pour quel Etat ? (2)

J’ai choisi, pour des raisons évidentes, d’aller dans l’atelier qui devait traiter des rapports du citoyen avec l’administration. Un atelier dirigé par le Professeur Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Salah et animé par Dr Zekeria Ould Ahmed Salem et Al Khalil Ould Enahwi, tous deux éminents chercheurs. L’intérêt pour moi du thème de l’atelier a aussi joué.
Le président de l’atelier devait préciser que l’administration constitue le volet «opérationnel» de l’Etat. C’est à partir du contact régulier avec le citoyen que celui-ci élabore son jugement sur l’Etat en général. Un jugement qui dépend donc de la qualité du service rendu. Ce jugement est défini à partir de trois facteurs : la régularité du processus de décision (est-ce qu’il suit les règles préétablies et est-ce qu’il reconnait les droits des citoyens ?) ; la célérité dans le fonctionnement des services publics (est-ce que ce fonctionnement garantit la solidarité nationale et donc l’unité ? est-ce qu’il garantit la continuité du service public ? est-ce qu’il permet une répartition juste des ressources ?) ; et la possibilité de recours face aux décisions administratives (est-ce que le citoyen a la possibilité de recourir à un défenseur des droits par exemple ?). Après cette brève introduction, la parole fut donnée au premier conférencier, Dr Zekeria Ould Ahmed Salem qui présenta sous le thème : «Réforme de l’administration et rôle du citoyen : vers un nouveau contrat social ?»
L’approche choisie était dictée par le brillant cursus du conférencier, spécialiste dans la sociologie politique. Il s’agit d’abord d’étudier le fonctionnement des sociétés, dans le cas d’espèce, face à l’administration et à l’Appareil d’Etat en général.
Pour le conférencier, il ne faut plus limiter la réflexion sur les causes «techniques» des dysfonctionnements de l’Appareil, mais aller vers «les dimensions politiques et sociales» de ces causes «autrement plus décisives que les aspects institutionnels, techniques ou managériaux (gestion) d’un problème décidément complexe». L’un des grands défis que le pays doit relever est bien celui de redonner à la problématique de la faillite de l’Etat toutes ses dimensions et non pas son seul facteur technique. Comme ce fut le cas de toutes les tentatives passées.
En allant de l’ajustement structurel à la gouvernance par le développement institutionnel, on se rend compte qu’on n’a fait que reporter les réformes demandées à plus tard. En arguant chaque fois corriger les choix antérieurs.
L’analyse du processus historique montre que l’administration coloniale n’a pas pris et que «dans un contexte postcolonial où la société, longtemps majoritairement nomade, n’est pas «capturée», la bureaucratie d’Etat est demeurée embryonnaire jusque et y compris au milieu des années soixante-dix». Mais à partir des années 80, l’Appareil va connaître «une crise de croissance aigue où pèsent lourdement les transformations de l’Etat et de ses rapports avec la société sur fonds de mutations sociales et politiques : scolarisation massive, urbanisation accélérée, aide de l’Etat aux populations («politique distributive»), diversification de l’économie, instabilité politique, insertion nationale dans les circuits économiques internationaux…»
Si bien que quand interviennent les institutions financières et qu’elles commencent à dicter les politiques à suivre au milieu des années 80, l’urgence était d’«ajuster l’économie par l’administration». A ce stade, «l’une des premières tâches des programmes d’ajustement structurel des économies des pays pauvres, a été de faire une analyse documentée et chiffrée des travers des fonctionnaires et de l’inflation de leurs effectifs, des problèmes institutionnels de l’administration, de ses blocages et de son inadaptation à une économie moderne». Diagnostic : la faible capacité institutionnelle, le manque de transparence et la centralisation sont à l’origine des insuffisances. Solutions préconisées : dégraissage de la fonction publique, réduction des charges de l’Etat, blocage des recrutements, désengagement de l’Etat qui se traduit par un démantèlement de la puissance publique.
«On a commencé ainsi par dénoncer, parfois à juste titre, l’incompétence des fonctionnaires, la lenteur des procédures et leur manque de transparence, la faiblesse technique des agents publics, les excès de la personnalisation des charges publiques, le cloisonnement administratif, l’opacité et l’inégal accès aux services de l’Etat». Comme pour renforcer cette désétatisation de l’administration, on a poussé vers la création de «projets», «cellules», «unités de projets» et autres «organismes ad hoc» qui prenaient une certaine autonomie par rapport aux administrations de tutelle. «Tout cela est allé dans le sens d’une suspension de l’appareil administratif de l’Etat ou à sa mise sous tutelle dans le cadre de la mise en place d’une véritable administration parallèle».
C’est ainsi qu’«un coordinateur d’un petit projet (avec statut de chef de service) devient vite le personnage central d’un département ministériel au détriment de la hiérarchie». Il est même un personnage central dans le processus de décision au niveau du gouvernement qui est ainsi «acheté» (le terme n’est pas du conférencier) par celui qui devait le servir. Du coup, «les élites politiques vont vite jouer le jeu et tenter de tirer partie de la nouvelle donne, faute de marge de manœuvre ou de volonté de la réfuter».
Une décennie d’errements, puis arrive «le temps de la Gouvernance» qui consacre le «retour de l’Etat» comme «facteur d’informalisation de l’administration». Il signe le constat d’échec avec «une réhabilitation toute théorique des fonctions de régulation de l’administration». Etait-ce «trop tard» ?
Dr Ould Ahmed Salem explique : «A force d’être instrumentalisés par les acteurs, les programmes de réforme économique et administrative n’ont plus vraiment pour objectif de réformer l’administration ou de la rendre performante. Ils sont avant tout devenus des ressources et, en tant que tels, des enjeux de pouvoirs». Pour lui, le processus a permis de «renforcer les pouvoirs d’une classe de technocrates qui maitrisent le processus et peuvent le juguler, le falsifier ou le neutraliser». D’autant plus que «les autorités en place peuvent aussi avoir un intérêt politique à l’anarchie de l’administration».
C’est partant d’un constat d’échec (énième du genre) que l’on passe à une nouvelle phase de réformes qui tire sa légitimité de la lutte contre la corruption. Un artifice de plus qui reconnait quand même l’état des lieux. En effet le document de la Stratégie de la lutte contre la corruption explique : «Malgré le processus de démocratisation de la vie politique, la mise en œuvre de programmes d’appui à la bonne gouvernance et d’institutions de régulation et de contrôle, le rôle croissant de la société civile et l’adhésion du pays à plusieurs conventions internationales, la corruption reste très présente en Mauritanie, comme le montrent des études récentes. Plusieurs facteurs ont facilité un tel processus, dont la dégradation de la déontologie professionnelle, l’absence de sanctions et de contrôles efficaces, les dysfonctionnements du système judiciaire, la faiblesse des rémunérations dans le secteur public et l’inapplication des lois. En raison de son caractère insidieux, la corruption prospère à l’ombre des dysfonctionnements de l’Etat».
Le problème n’est finalement pas technique, il est surtout d’ordre politique et social. D’où la nécessité, aux yeux du conférencier d’élaborer un nouveau Contrat social, de réhabiliter le service public et d’établir de nouveaux rapports entre ce service et les citoyens.
«Les échecs des réformes de l’administration ont affecté des notions naissantes et fragiles mais proprement politiques comme celles de bien public, d'intérêt général, de force publique, d’égalité d’accès et de citoyenneté qui auraient dû être développés dans le cadre d’un débat politique et d’un contrat social formel». Sans un travail de fond menant à une rupture radicale avec l’ordre ante, on ne peut espérer une réforme réelle de l’Appareil d’Etat.
Cette réforme doit d’abord viser à «placer dans l’ordre de l’indiscuté la nécessité de formuler un projet d’Etat impartial doté d’une administration neutre et transparente assignée à exécuter des tâches pour le bien commun et doté pour ce faire des moyens et des garanties nécessaires». Mais il faut pour cela se pencher sur la vraie problématique de l’établissement d’un Etat de droit dans nos contrées : «Comment dès lors demander à une administration, même postcoloniale, de traiter les citoyens de façon égale quand un pays marqué de façon indélébile par l’inégalité sociale, la hiérarchie et la subordination d’une partie de la population à une autre selon la richesse, l’origine généalogique, le sexe, mais surtout selon l’ethnie, la position dans la hiérarchie interne de la tribu, la région ou la proximité avec les détenteurs de l’autorité au niveau local ou central ?»
Le jour où «l’égalité sera un principe politique sacré» («l’égalité n’est pas un référentiel courant dans le langage politique mauritanien»), où la demande sociale de service public efficient sera entendue et prise en charge par les élites dirigeantes, ce jour-là on pourra espérer l’avènement d’un nouvel ordre sur la base d’un Contrat social progressiste voire révolutionnaire. En attendant, on constate que «dans les mouvements sociaux observés récemment dans le pays, les demandes sont concrètes, ponctuelles, sectorielles».
Mais «cela suppose que la nature même des rapports politiques entre gouvernants et gouvernés soient repensés de fonds en comble, que la pression soit si forte que l’unique solution pour dépasser la crise des services publics et de l’administration voire de l’Etat soit dans l’acceptation de nouvelles règles du jeu où le caractère dominant soit la transparence, l’équité et l’efficacité des services publics». Trois gages exigibles du service public : «la continuité, la gratuité et l’égalité d’accès». Car, «la citoyenneté se construit sur la croyance en la possibilité, voire en l’inéluctabilité, d’être égaux devant la loi ou dans les droits et les devoirs. Or, dans une société où cette valeur n’est guère partagée, il faut qu’un processus se déclenche pour y aboutir».

Conclusion : «le véritable problème qu’il convient de résoudre dans la réforme de l’administration n’est pas technique, il est de nature politique et concerne principalement la volonté de la communauté nationale, chacun en ce qui le concerne, d’évoluer vers la constitution d’une communauté politique basée sur un contrat social destiné à assurer les conditions de mise en place d’un Etat de droit».