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vendredi 31 août 2012

L’exemple du Sénégal


Le 24 août, c’était la mise en place dernier au Sénégal de l’Observatoire des acteurs non étatiques pour la lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion. L’occasion pour le Premier ministre qui a ouvert les travaux d’exprimer la volonté du nouveau gouvernement de recouvrer les biens mal acquis durant l’exercice du président Wade. D’ailleurs, une Cour de répression de l’enrichissement illicite avait été créée à cet effet. La Banque Mondiale a fini par exprimer son soutien et sa disponibilité à aider à cela.
On peut toujours, comme le fait Wade et son camp, rétorquer que l’opération doit couvrir toutes les époques, de l’indépendance du pays à nos jours. Après tout, les responsables actuels, y compris le Président Macky Sall, ont eu à gérer les affaires publiques. Mais là n’est pas la question pour moi.
Imaginons un moment qu’au lendemain du 3 août 2005, la junte arrivée au pouvoir ce jour-là, avait décidé de permettre aux Mauritaniens et à la Mauritanie de recouvrer les biens mal acquis des trois dernières décennies… si elle avait décidé de poursuivre les fauteurs en matière de gestion des affaires du pays… si une commission ou une cour spéciale s’étaient intéressées aux achats à l’intérieur comme à l’extérieur de biens, meubles et immeubles, par les hauts fonctionnaires de l’époque… si on avait poussé pour déceler les connivences et complicités entre les nouveaux riches, ceux dont l’enrichissement s’est fait trop rapidement, et les hauts fonctionnaires, entre cet enrichissement et le blanchiment de l’argent destiné au développement des infrastructures, du secteur agricole, de l’élevage, des mines, des banques, de l’administration, de l’enseignement, de la formation technique…
Nous aurions collecté certainement de quoi financer toutes les périodes de transition, l’évolution politique du pays, son retard… Mais, plus important pour nous, la plupart de ceux qui devaient «raser les murs» pour reprendre l’expression du président du CMJD à l’époque de l’affaire Zeidane Ould Hmeyda, n’auraient pas occupé la scène aujourd’hui, nous assourdissant de leurs propos dont l’objectif premier est de blanchir leur époque après l’avoir volée et violée.
Les milliards détournés et/ou tout simplement offerts ont manqué quand il s’est agi de construire des routes, des écoles, des points de santé, des puits… quand il s’est agi de moderniser le pays et de l’équiper, de faciliter la vie des citoyens, de promouvoir leur bien-être…
Si nous en sommes encore à nous vanter d’avoir désenclavé quelques-unes de nos capitales départementales, c’est parce qu’il y a eu des ministres de l’équipement et du transport, des secrétaires généraux de ces ministères, des directeurs des Travaux Publics, de l’ENER, du Laboratoire des TP, des délégués régionaux… qui ont trouvé des formules pour détourner les financements destinés à cela.
Si l’on court encore derrière l’autosuffisance alimentaire, c’est bien pour la même raison. Tout comme pour l’amélioration de notre système éducatif, de notre système de santé… si les Mauritaniens continuent à aller dans les pays voisins pour se soigner, c’est parce que des ministres de la santé, des secrétaires généraux, des directeurs centraux et ceux des établissements, ont volé les financements… Il en va de même pour l’administration où ministres, gouverneurs et préfets ont perpétué la gestion coloniale marquée par le pillage des ressources.
Heureusement que ce ne sont pas tous les hauts fonctionnaires qui ont été indélicats. Mais les plus exigeants parmi eux, les plus bruyants, les plus présents sur la scène… ceux qui donnent le plus de leçons aujourd’hui l’ont été… et la cabale, comme celle ouverte au Sénégal, aurait pu servir à les calmer, le temps pour le pays d’asseoir un système démocratique acceptable et une des règles durables de bonne gestion.
«’ava Allahu ‘an maa salav» (qu’Allah pardonne ce qui est passé), ce fut le leitmotiv, la grande prière de l’époque, le temps de faire oublier ce qui s’est passé, de faire pardonner ses hommes et ses actes. Réussi jusqu’à présent.

jeudi 30 août 2012

Non, la Mauritanie n’est pas coupable


Dans ce qui se passe au Mali, certains grands leaders de la politique locale n’hésitent pas à culpabiliser le pouvoir actuel en lui attribuant la responsabilité entière dans la déconfiture de l’Etat et dans la partition du territoire. Sincères ou prétextes pour charger un adversaire, ces accusations méritent réflexion.
Quand en juillet 2010, l’Armée mauritanienne entreprend sa première action guerrière contre AQMI en plein territoire malien, l’ensemble de la classe politique, à quelques exceptions près, approuve à juste titre. En effet, depuis le temps que cette organisation s’attaque impunément aux intérêts de notre pays, nombreux ceux qui espéraient – qui attendaient avec impatience – une réaction de la part de notre Armée. L’union «sacrée» permit un rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, rapprochement qui s’est traduit par une rencontre entre le Président de la République et le chef de file de l’Opposition démocratique et, plus tard, par l’acceptation par toutes les parties – ou presque – de la nécessité d’ouvrir un dialogue politique. Il s’en suivra une proximité entre les symboles de chacun des camps : l’image du Président de l’Assemblée nationale et du chef de file de l’Opposition aux côtés du Président de la République dans tous ses déplacements officiels, cette image est restée jusqu’en décembre 2010. Les uns et les autres s’étaient entendus sur le principe de préparer une plate-forme en vue du dialogue dont l’ouverture devait être solennelle. Les évènements de Tunisie, puis d’Egypte allaient interrompre le processus d’ouverture, les camps revenant à plus radicales positions… en tout cas pour certains d’entre eux.
Revenons à l’action en territoire malien. Le premier revers subi par l’Armée mauritanienne fut celui de Hassi Sidi en plein territoire malien. Nous savons aujourd’hui que les Mauritaniens avaient été trahis par des officiels maliens fortement impliqués dans la préparation d’une attaque préventive contre des convois d’AQMI qui se regroupaient en vue d’une attaque en Mauritanie. Puis vinrent les épisodes victorieux (pour la Mauritanie) de Wagadu, la forêt où AQMI voulait installer une base avancée pour pouvoir lancer ses attaques contre la Mauritanie de tout près. Malgré les trahisons des officiels maliens dont un officier du cabinet militaire de ATT (dont la communication avec AQMI avait été enregistrée et remise au président malien lui-même), l’Armée mauritanienne est a pu détruire le camp en construction et poursuivre les combattants pour les éloigner encore plus de nos frontières. C’est à ce moment-là que certains politiques locaux ont parlé de «guerre par procuration», reprenant les termes des communiqués de l’organisation terroriste responsable de la mort d’une quarantaine de Mauritaniens, de l’assassinat et du rapt de plusieurs étrangers sur le sol national. Pas assez apparemment pour considérer que cette guerre a été imposée à la Mauritanie.
Quelques autres attaques et/ou contre-attaques ont permis aux Mauritaniens d’éloigner la menace et d’instaurer la peur dans le camp ennemi. C’est ainsi que l’Armée nationale a pu extraire des responsables d’actions en territoire mauritanien dont certains ont permis la libération d’otages occidentaux. Comme elle a pu s’attaquer à des convois de l’organisation et à ceux, plus utiles pour elle, du trafic de drogue qui profitait largement aux populations locales et en faisait des alliés passifs du crime organisé.
L’action réussie de l’Armée mauritanienne malgré ses moyens et son expérience toute nouvelle, cette action a mis à nu le laxisme qui caractérisait l’attitude du gouvernement ATT. Aux yeux de ses élites militaires et civiles, le pouvoir malien avait démissionné préférant laisser aux autres la mission de pacifier une partie de son territoire. Ajouter à cela la corruption, le sentiment d’exclusion des populations locales, l’interférence officielle dans les réseaux de trafics et de traite d’otages, la fuite en avant de l’autorité centrale et son refus de régler les problèmes exacerbés par l’arrivée massive de combattants rentrant de la Libye, l’allégeance à certaines «puissances» régionales (Algérie, Burkina…)… Assez pour faire d’une manifestation de soldats, une mutinerie puis un coup d’Etat.
Le Mali s’est effondré à cause de la mauvaise gouvernance des problèmes qui le secouent cycliquement depuis son indépendance, notamment la sédition du Nord. Il s’est effondré aussi à cause de la carence de sa classe politique qui n’a pas pu anticiper et accepter d’une part de prendre en charge ces problèmes (dans la campagne présidentielle qui a précédé les évènements de mars, aucun candidat n’est allé au Nord), d’autre part de s’éloigner du giron d’un pouvoir qui dérivait inexorablement (la recherche constante d’un gouvernement d’union nationale pour partager le gâteau).
Ce pays s’est effondré de lui-même. La Mauritanie (pouvoir et société) est le premier de ses voisins à regretter cela et à travailler pour que l’unité territoriale et la stabilité soient retrouvées. Il en va de notre avenir à tous.

mercredi 29 août 2012

Les mercredis de MP


«Mauritanie Perspectives» est un think thank qui regroupe des cadres, hauts fonctionnaires, des chercheurs, des hommes d’affaires, représentant le kaléidoscope mauritanien. Après s’être enfermée dans une logique de cercle de réflexion autour de la stratégie de lutte contre la pauvreté, l’association tente de s’ouvrir aux sujets d’information qui pourraient intéresser le grand public et pas seulement un cercle de bien-pensants «semi-officiels». Elle a donc lancé «les mercredis de Mauritanie Perspectives». Le dernier mercredi du mois, l’association invite un public intéressé (et intéressant) et le met en face de chercheurs pour parler d’un sujet donné, d’artistes créateurs, d’acteurs sociaux pour exposer leurs visions du monde. Un espace d’échange…
Ce mercredi (29/8), les intervenants invités étaient : Jérôme Pigné, doctorant travaillant sur la problématique de la coopération internationale et particulièrement européenne (UE) en matière de lutte contre le terrorisme, et Ferdous Bouhlel, doctorante aussi travaillant sur les communautés du Nord du Mali et l’Islam réformé. Il est en début de mission. Elle est en fin de mission parce qu’elle se met à la rédaction d’une thèse qui lui a demandé trois ans de présence sur le terrain. L’intérêt était de confronter l’avis d’un chercheur qui débute et qui travaille sur le terrorisme islamique en zone sahélienne dans une perspective européenne, à celui d’un chercheur qui finit son travail de terrain.
Jérôme Pigné prépare sa thèse sous la direction de notre compatriote Dr Mouhamed Mahmoud Ould Mohamedou, ancien ministre des affaires étrangères, directeur du Programme sur le Moyen-Orient et Afrique du Nord au Centre pour la politique sécuritaire de Genève et Professeur à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève.
Son travail consiste à travailler sur la coopération face au phénomène AQMI, entre les pays de l’Union européenne (UE) et les pays du champ, et entre les institutions de l’UE en tant qu’acteur global (sic) dans la confrontation qui se déroule au Sahel. L’européanisation de la lutte anti-terroriste est-elle possible ? comment l’UE va-t-elle équilibrer l’approche sécuritaire avec celle du développement des régions concernées ? en quoi ce qui se passe au Sahel menace-t-il l’espace européen ? comment ressent-on cette menace ? est-ce que la problématique de l’intégration de l’Islam dans les aires européennes n’est pas une donnée qu’il faut prendre en compte ? comment l’UE va-t-elle faire ? et par qui va-t-elle le faire ? quelles sont les limites de la coopération en la matière ?
Autant de questions auxquelles le travail de thèse tentera de répondre. Toujours est-il que le développement de cette criminalité aux portes de l’Europe inquiète et ne peut laisser indifférent.
Ferdous Bouhlel quant à elle, a présenté quelques éléments du résultat de son travail sur le terrain. Le phénomène AQMI occulte les vraies questions qui doivent être débattues. En fait, toute cette évolution est le fruit, non pas de greffes extérieures, mais d’une gestion endogène des affaires du Nord malien et de l’islamisation progressive des communautés. La radicalisation des groupes salafistes est le fruit d’une islamisation de la contestation historique et d’une reprise en charge par les groupes islamistes locaux des revendications qui n’ont jamais été satisfaites malgré quelques guerres, quelques rébellions et quelques accords. La gestation de la crise a commencé bien avant, avec la décolonisation, pour connaitre des moments de pointe et aboutir enfin à cette rébellion qui a fini par mettre à genoux l’Etat malien.
La conjugaison de facteurs intérieurs (mauvaise gouvernance de la question du Nord) et extérieurs (l’influence du théâtre algérien et celle de la guerre en Libye), a poussé vers le pire. Dans le cadre de ses travaux, Ferdous Bouhlel avait dirigé une enquête (été 2011) sur la perception qu’avaient les populations du Nord de l’Etat.
Cette enquête a conclu au profond désarroi de ces populations. Frustrations, délaissement, corruption des institutions de l’Etat, enlèvements, départs des partenaires au développement, fractures communautaires exacerbées par l’Etat central qui a favorisé la création de milices communautaires… Des milices qui vont finir par couvrir et même organiser le trafic de drogue, d’armes et de cigarettes. L’importance de ce trafic et des ressources qu’il générait permettait d’acheter l’Etat et ses représentants. C’est ainsi que ces milices se sont appropriées les structures de l’Etat et avec elles, la gestion de cette partie du pays. Et si l’on parle de «Club ATT», c’est pour dire que le sommet de l’Etat profitait largement des prébendes liées au trafic mais aussi à la pression exercée sur les populations.
Les unités spéciales créées dans le cadre des derniers accords entre la rébellion et l’Etat malien, ces unités ont vite abandonné leur mission qui était celle de pacifier le Nord et de protéger les populations pour être une source d’inquiétude et une ponction de plus sur le peu de ressources qui existent. Appuyée par l’UE et les partenaires au développement, la remilitarisation du Nord a été un échec parce qu’elle n’a finalement signifié que la création de ces milices légales communautaires : la milice touarègue, principalement composée par les Imghad, a sévi à Kidal contre les Ifoghas ; celle arabe des Amhar a fait de même avec les Kounta un peu plus au sud. Les deux milices ont vite pris le contrôle du trafic de drogue et, fortes de leurs moyens, ont essayé de vider des contentieux historiques liées à la vassalité vis-à-vis des anciens groupes dominants, ajoutant au désarroi des populations locales.
Si la rébellion des années 60 et 90 et même 2000 revendiquait la reconnaissance de la spécificité culturelle d’un espace (tumast, culture touarègue), elle a abouti au radicalisme de 2011-12 qui veut désormais un Etat indépendant qui correspond à l’Azawad. Comme pour dire «nous avons vu l’Etat et nous n’en voulons plus».

Comme quoi le processus de désintégration du Mali est le fruit d’une évolution intérieure et d’une incapacité de l’Etat malien, particulièrement durant l’exercice du Président Amadou Toumani Touré (ATT) de prendre en charge les revendications des populations d’une zone abandonnée à son sort par le pouvoir central.

mardi 28 août 2012

Inégalable Hamden


Sur les ondes de Radio Mauritanie, un ancien enregistrement de «Al Ustaadh» Hamden Ould Tah… On aurait pu dire le «Shaykh», mais c’est un titre (sur)utilisé ces jours-ci, ce qui le banalise et lui fait perdre sa substance…, ou «Lemrabott», c’est le titre consacré dans notre aire culturelle où l’épopée glorieuse des Almoravides (Al Mourabitoune qui a donné le singulier «Mraabet» francisé avec l’appellation «Marabout»)…, «Al ‘Allama», une variation de ‘Alem (super savant, exégète) fortement utilisé par les médias publics qui en ont galvaudé le sens…, «Al Faqiih», un super exégète, connaisseur parfait des textes religieux et ayant la notoriété de l’interprétation de ces textes…
Mais toutes ces appellations, tous ces titres ne rendraient pas compte de la personnalité, de la stature de l’homme. Hamden Ould Tah est tout ça ensemble, et même plus.
Invité par Chinguit TV, je l’ai entendu répondre à une question sur la Mahadra dans laquelle il aurait reçu son éducation… Ce n’est pas une Mahadra dira-t-il en substance, c’est une «Hadira»… Et d’expliquer qu’il s’agissait plus d’une société au sens d’aire culturelle et civilisationnelle. Que c’est parmi les siens, Ehl El ‘Aqil, qu’il a reçu sa formation. Il s’agit d’une communauté où se côtoient toutes les classes sociales existantes dans cet environnement-là. Et qui reconnait au brave sa bravoure, au savant son savoir, au laborieux son labeur, au béni sa bénédiction, au saint son aura, à l’intelligent son intelligence… Le résultat d’un long brassage qui a donné une ouverture d’esprit sans précédent.
Dont les plus représentatifs furent des génies comme M’Hammed Wul Ahmed Youra qui a une très forte influence sur Hamden. En fait dans ces contrées et dans ce milieu, l’intelligence se cultive à travers exercices et jeux d’enfants, sous la tente au moment du repos, dans les enclos qui servent de lieux de prière, pendant les équipées derrière les animaux, aux abords des marigots ou sur les crêtes des dunes… Tout lieu, tout temps sont prétextes à l’exercice de l’intelligence. La rhétorique, la logique aristotélicienne, le langage des mathématiques avec son embryon la table algébrique (hammalatu eddarbi), la poésie, la grammaire, la langue en général… tout y est dès le jeune âge. On apprend et on enseigne tout en ayant l’air de faire autre chose.
Le savoir de Hamden, l’ouverture de Hamden, l’intelligence de Hamden, la pédagogie de Hamden, la tolérance de Hamden, la capacité d’anticiper de Hamden, la vision moderniste de Hamden, l’enracinement de Hamden, la convivialité de Hamden, l’humanisme de Hamden, l’universalisme de Hamden…, nous en avons encore besoin. Nous en aurons toujours besoin. Que Dieu préserve Hamden Ould Tah pour le bien de cette aire dont les fondements vacillent sous les coups répétés des obscurantismes les plus destructeurs.

lundi 27 août 2012

Un poids, deux mesures…


Les Salafistes libyens sont passé à l’acte : ils ont détruit des mausolées et profané des tombeaux, exactement comme l’ont fait leurs «frères» au Mali. L’acte procède de la même logique qui veut s’en prendre avec violence aux croyances populaires jugées hérétiques. Tout comme ce qui ne relève pas des textes originels et fondateurs, le Coran et la Tradition du Prophète (Sunna). Le rapport est à ces textes et rien d’autre. Toutes les exégèses de l’après-Prophète sont des déviances qu’ils faut combattre y compris en organisant des autodafés de la production d’une quinzaine de siècles. Comme quoi…
Samedi dernier, des bandes organisées ont utilisé des pelleteuses, des engins pour démolir le Mausolée de Chaab Al-Dahmani et profaner son tombeau par la suite. Le tombeau d’un autre saint soufi, le Cheikh Abdessalam Al-Asmar avait été détruit près de Zinten. Ce mausolée est le plus important de Libye. On signale un troisième acte contre le tombeau du Cheikh Ahmed al-Zarrouk, à Miçrata. Tripoli, Zinten et Miçrata… trois lieux où s’est manifestée cette violence aveugle, produit d’un autre âge où l’obscurantisme faisait barrage à la liberté, à la création, à la dévotion…
Même s’il procède de la même logique qui a animé ceux du Mali et qu’il produit le même effet destructeur, il n’a pas entrainé les mêmes réactions. Ni l’UNESCO, ni les organisations internationales n’ont exprimé de désarroi devant les évènements de Libye. La relation des faits par les médias était très mitigée, pour ne pas dire «molle». N’était la démission du ministre de l’intérieur libyen excédé par les critiques du nouveau Parlement, peut-être que l’évènement serait passée sous silence ou presque.
C’est que les événements du Mali intervenaient au moment où les va-t-en-guerre préparaient une intervention militaire, l’occasion leur a été donnée de diaboliser un peu plus un acte qui, malgré sa dimension absurde et condamnable, reste une opération de communication pour les Salafistes qui ont l’occasion ainsi de se présenter comme les promoteurs d’un Islam «pur» et «saint»  et «libéré» des mauvaises lectures. La mobilisation de l’UNESCO, de l’UNICEF (pour le recrutement des enfants), Human Right Watch (pour les Droits de l’Homme)… a servi aussi la communication de ces mouvements…
La mesure prise par les Salafistes du Mali et de Libye est la même, mais les attitudes vis-à-vis des actes n’est pas du tout la même.

dimanche 26 août 2012

L'homme qui a marché sur la lune


Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la lune est mort, hier, à l’âge de 82 ans. C’était le 21 juillet 1969.
Parti à bord d’Apollo 11 le 20 juillet avec deux autres astronautes américains, Armstrong fut le premier à toucher le «sol» lunaire, suivi par Buzz Alidrin, alors que Michael Collins était resté en orbite, attendant de récupérer ses compatriotes et compagnons.
«Houston, ici la base de la Tranquillité. L’Aigle a atterri…» Six heures après cette annonce à la base de Houston, Armstrong et Aldrin descendent.
Le 21 juillet 1969 à 2:56 mn près de quatre milliards de personnes branchés à travers sur le monde sur les chaînes de radio reprenant la retransmission de la Voice of America (VOA) entendent les premiers mots de Armstrong : «c’est un petit pas pour un homme, et un pas de gant pour l’Humanité».
En Mauritanie, comme partout dans le monde l’évènement a été suivi avec beaucoup d’intérêt. Suscitant des polémiques sur la possibilité pour l’homme d’aller sur la lune, si la lune fait partie des cieux impénétrables à l‘homme, s’il faut y croire ou pas, qu’est-ce que cela implique, une hérésie ou pas… tout un débat que de nombreux Mauritaniens comme moi avaient vécu à l’époque.
Pour la jeunesse instruite, il n’était pas question de douter un instant de cette conquête, cela faisait vieux jeu et relevait «des relents de l’arriération». Le mouvement gauchiste très populaire à l’époque en faisait une «ligne de fracture» entre la Modernité et le conservatisme honni. Ceux qui y croyaient étaient les «bons», ceux qui essayaient de démentir l’évènement sont des «féodaux arriérés obscurantistes». Dans une petite ville comme Mederdra quelques grandes figures du savoir religieux durent monter au créneau pour expliquer que la lune n’était pas le Ciel, que rien n’empêchait l’homme d’aller dans l’espace, de se poser sur la lune et que cela relevait d’ailleurs de la Toute-puissance divine qui a fait de cette créature un être doué d’intelligence, de rêves et d’ambitions.
Il y a quelques jours, quelqu’un me disait qu’il a entendu l’un de ces Shaykhs, invité par une radio locale qui disait : «on vous dit que les Américains ont marché sur la lune, c’est faux. Ils ont tout imaginé pour nous impressionner et mieux nous asservir». Eh oui, au 21ème siècle, il y a encore des Mauritaniens qui refusent de croire aux immenses progrès de l’Humanité…
Pour revenir à Neil Armstrong, j’ai lu que par deux fois, il a été en justice à la suite de l’utilisation de son image ou de son nom par des tiers. La première fois, il a pu condamner l’entreprise Hallmark Cards à payer une somme faramineuse qu’il a versé à l’Université Purdue pour ses efforts dans la recherche scientifique. La deuxième, c’est son coiffeur qui a été condamné à verser une somme d’argent à une organisation caritative choisie par Armstrong, pour avoir vendu ses cheveux à un collectionneur privé.

samedi 25 août 2012

Rentrée politique

Ailleurs, le premier conseil des ministres donne le coup d’envoi de la rentrée politique. En est-il de même ici ou devons-nous attendre les premières manifestations et contre-manifestations pour parler de la rentrée ? Pourtant, c’est bien ce conseil des ministres tenu jeudi dernier qui doit signifier la reprise, donc la rentrée politique.
C’est au gouvernement de définir ses priorités pour la saison prochaine, de faire une évaluation de ce qui a été fait depuis les dernières vacances gouvernementales. Est-ce que les visites de terrain des ministres ont permis réellement à ces ministres de prendre le pouls de la situation ? d’écouter les doléances des populations, d’en satisfaire certaines en promettant la solution aux autres ? de faire un rapport juste et détaillé de la tournée à qui de droit ?
Selon toute vraisemblance, le conseil a été l’occasion d’écouter des comptes-rendus oraux des ministres voyageurs, de lancer l’opération du Haj de cette année et de faire passer quelques textes pas très fondamentaux. Il s’agissait plus d’une reprise de contact, d’une relance que d’une reprise de travail.
Le gouvernement qui se targue d’avoir mis en œuvre quelques cinq cents milliards en investissements, d’avoir résorbé en partie le chômage dans le milieu des diplômés (de source officielle, il n’y aurait plus un seul ingénieur ou un seul docteur au chômage aujourd’hui), d’avoir considérablement diminué le train de vie de l’Etat, d’avoir donc fait des économies énormes qui permettent aujourd’hui de s’enorgueillir de l’état largement positif de la trésorerie…, ce gouvernement manque de communication sur ces réalisations.
Nous n’entendons en effet que ceux qui expriment leur scepticisme quant à l’état de la Nation et à l’action du gouvernement. Le bruit produit par les détracteurs de l’action publique couvrirait-il la réalité ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, comme diraient nos cousins les Bretons.
Ceux qui croient que «la vérité finit toujours par s’imposer» pourraient se tromper : nous sommes dans une aire culturelle où la rumeur, l’approximation, l’imprécision, voire le faux sont plus «forts» en terme de poids que l’information réelle, que l’exactitude des chiffres, que la réalité vécue… C’est pourquoi toute position – même la plus juste – a toujours besoin d’un coup de pouce pour s’imposer sur la scène. Ce «coup de pouce», c’est la communication.
Un gouvernement qui ne communique pas se met forcément en mauvaise posture : son action est invisible, ses desseins illisibles et ne trouve soutien nulle part.

vendredi 24 août 2012

Le temps, encore le temps


En conclusion d’un article que j’écrivais il y a quelques années sur la perception que nous avions du temps et des rapports que nous entretenons avec cette «chose», je soutenais que chez nous, la «conscience (du temps) est faite de négation du progrès (le temps n’avance pas), de refus du changement (le temps est la répétition du présent), et d’«annulation» de l’Histoire (le temps ne permet pas l’accumulation des expériences humaines)». Parce que nous avons délibérément choisi, en tant que société, en tant que culture, de nous installer dans «un temps qui n’avance pas» (pour reprendre les termes et l’esprit de l’article sur la relation Espace-Temps). Un temps qui «coule pour lui-même».
La conséquence est de nous voir installés dans une attitude passive et attentiste, espérant que les effets d’un «temps qui n’avance pas» mais qui tourne sur lui-même, fasse de nous ce que nous n’avons pas pu faire de nous-mêmes. Mais, malédiction, ces effets nous ramènent constamment sur le tronçon de route que nous croyions avoir dépassé. Le «cours du temps» devient pour nous un renouvellement constant du temps présent. De là découle entre autres, ce caractère fondamental de notre culture, la tendance à ne pas envisager le devenir. Cela se traduit aussi par une négation de l’Histoire.
Pour être plus concret, si vous prenez un discours de Moktar Ould Daddah de 1957, vous serez frappé par son actualité. Si vous reprenez les communiqués, les déclarations des gouvernements d’époques différentes, celles de mouvements aux sources idéologiques opposées, de partis politiques se réclamant ou non progressistes, vous êtes tout aussi frappés par l’absence d’évolution. Plus proches de nous, si vous revisitez les journaux de 1992, 93, 94… vous serez frappés par la similitude des argumentaires développés par les protagonistes politiques pour justifier leur refus de se reconnaitre mutuellement et/ou de participer au jeu politique.
On a l’impression que le jeu consiste à «faire passer le temps», ou à «tuer le temps». Soubassement d’une idéologie, d’une pensée dominante et d’une attitude collective, cette perception freine toute avancée, tout progrès… Elle est à l’origine de tous les mauvais choix économiques (négociations, programmes de développement…), politiques (exclusion des acteurs, culture des particularismes…) et culturels (avortement de toute rénovation, marginalisation de l’intelligence…).
«En l’absence de notion de progrès, de changement et d’Histoire, la dynamique sociale est annihilée. Ne nous étonnons point de voir que l’espace est occupé par les mêmes personnes depuis plus d’un demi-siècle. Que ces personnes n’entendent pas se démettre. Que l’alternance est donc impossible. Nous dirons toujours que la demande sociale de changement n’existe pas parce qu’elle commence par l’exigence de renouvellement des acteurs (alternance), par la rénovation dans les lois du jeu (égalité, équité, transparence) et par la capitalisation effective de nos expériences passées» (article Espace-Temps).
C’est en cherchant un jour, la meilleure définition du concept «temps», que je suis tombé sur l’expression «réponse aporétique». Et la plus belle définition de cette expression est l’illustration suivante : un élève qui demande à son professeur : «Est-ce que la lumière est une onde ou une particule ?» et le professeur qui répond : «Oui».
N’est-ce pas là notre manière à répondre à toutes nos questions ? y compris les plus simples, celles dont les réponses sont les plus évidentes.
Du plus compliqué au plus simple : «Le changement est-il une demande social ou une exigence démagogique de l’élite ?» Réponse : «absolument» ; «Le responsable est-il jugé pour ce qu’il a fait ou pour ce qu’il n’a pas fait ?» Réponse : «Non» ; «Le secteur éducatif est-il une priorité ou un souci secondaire pour les décideurs d’aujourd’hui ?» Réponse : «certainement pas» ; «Le bien-être des populations est-il une préoccupation du pouvoir ou de l’opposition ?» Réponse : «Peut-être»...
La fatigue, la paresse, les pressions, les résistances qui font que tout découle du cours-normal-des-choses, la gestion d’un Etat, d’une société, la gestion de soi dans un environnement qui ne laisse pas de choix… tout cela contribue à tuer les ardeurs les plus fortes. Surtout si l’on y ajoute notre propension – presque naturelle – à vouloir faire croire que «…c’est la même chose… tous les gens se valent… il n’ya rien à faire… toute les situations sont les mêmes… wallah yakoun waahid (par Dieu, c’est la même chose)…»
Je répète, parce que les attitudes autour de moi se répètent. Parce qu’autour de moi on croit se jouer du temps, on croit avoir le temps… Les Sages d’ailleurs disent : «Qui a le temps et attend le temps perd son temps». Et c’est exactement ce que nous faisons, ce que nous vivons sous nos latitudes.

jeudi 23 août 2012

Réhabiliter, responsabiliser

Je vous disais récemment que quand en 1992 (octobre), la BCM avait décidé la dévaluation de notre monnaie nationale (47% d’un coup), ce fut bien le premier responsable de l’institution d’émission qui proposa la parade : permettre aux hommes d’affaires et banquiers de la place de rassembler leurs fonds avant de procéder au transfert de ces fonds au taux d’avant. Un tour de main, un jeu d’écritures pour procéder à la première grande arnaque contre l’Etat mauritanien.
A la base des opérations de sape de l’économie on retrouvera toujours de hauts fonctionnaires peu regardants. Favoritisme, clientélisme, corruption à ciel ouvert, gabegie… le règne de la médiocrité qui a détruit économiquement et moralement le pays. Très vite, les hauts fonctionnaires se sont transformés en entrepreneurs devenant les premiers concurrents du capital privé, et donc ses premiers ennemis. C’est ici qu’il faut trouver la source de l’échec de la politique de libéralisation entreprise depuis le milieu des années 80. Par la faute de hauts fonctionnaires corrompus et d’hommes d’affaires avides, elle s’est traduite par une privatisation des fruits du développement et une prise en charge par la communauté des passifs énormes.
Comment refonder les rapports et réhabiliter les vocations ?
Les hommes d’affaires joueront le rôle de moteur de l’économie nationale, accumulateurs de richesses par le travail, de producteurs… le jour où ils cesseront d’être associés au pouvoir et à la politique. Depuis le PRDS et l’ère Taya, ce sont les hommes d’affaires qui font et défont les gouvernements, qui congédient ou qui nomment, qui assurent à «leurs» serviteurs un happy end en leur offrant demeures luxueuses, comptes fournis et même boulots lucratifs. Ministres, ambassadeurs, directeurs… tous y passaient.
Il y a quelques années, le chef du patronat d’alors, Mohamed Ould Bouamatou avait convoqué un congrès sous le thème «entreprise citoyenne», une prise de conscience rapidement avortée par les politiques et les administratifs. Les hommes d’affaires ont compris, l’espace d’une manifestation, qu’il valait mieux pour eux promouvoir la culture de l’entrepreneur citoyen, celui qui paye régulièrement ses impôts, qui ne complote pas contre la richesse nationale avec les acteurs des marchés étrangers, qui ne compromet pas volontairement les politiques visant à améliorer les conditions de vie des populations, qui partage avec la communauté par des actions de bienfaisance, qui n’organise pas la fuite systématique de capitaux vers l’extérieur, qui s’abstient de participer à l’entretien de la corruption ambiante…, ne serait-ce que pour résister à l’avidité des hauts fonctionnaires devenus «entrepreneurs» (l’entreprenariat politique rapportant plus et demandant moins d’investissements).
A un moment donné, on a mis en marche la subordination de l’Etat au bon vouloir du capital privé. Cela s’est traduit par les ministres de l’homme d’affaires tel, les directeurs du groupe tel… une collision dont nous continuerons un temps encore à payer le prix, soit parce qu’il est difficile de s’en défaire, soit parce que d’énormes efforts sont fournis pour la restaurer.
A l’origine de tout cela : le trafic d’influence. C’est ce qui a permis justement l’appropriation des biens publics par des privés peu méritants. Cela s’est traduit par un recul de l’autorité de l’Etat. Mais aussi par le règne d’une médiocratie dont la présence se justifiait par la seule absence de règles équitables. Le moment est venu de réhabiliter l’Appareil de l’Etat et ceux qui l’incarnent. Par la revalorisation des fonctions et la restauration du mérite. Il n’y a pas d’autre choix que celui-là.
Malgré tout, il y a espoir de voir l’effort «d’émancipation de l’Etat» aboutir à une réelle libération de ces contingences : si en 2010 encore, l’Etat avait besoin de mobiliser les ressources privées pour importer les denrées de première nécessité à des périodes de grande demande (Ramadan, sécheresse…), ce n’est plus le cas avec plus de 700 millions dollars dans les réserves extérieures ; s’il avait besoin de ces ressources pour renflouer sa trésorerie ou pour assurer sa sécurité (comme ce fut le cas au lendemain de l’attaque de Lemghayti), aujourd’hui l’Etat se prend en charge et peut répondre aux besoins élémentaires de son fonctionnement. C’est tant mieux. Mais beaucoup reste à faire.

mercredi 22 août 2012

Dommage collatéral


Le Liban est entrain de payer le prix de sa proximité avec la Syrie. Prolongement «naturel» de ce pays, la patrie du cèdre ne pouvait éviter de se trouver au milieu de la crise syrienne. L’exacerbation du communautarisme, le poids de la guerre civile qui ne finit pas de finir (depuis quatre décennies), l’incapacité de la classe politique libanaise à sortir de la logique sectaire pour un projet national, tout cela a servi les protagonistes de la scène syrienne, lesquels veulent à tout prix prendre en otage toute la région. Pas seulement la Syrie, complètement détruite, mais aussi le Liban, l’Irak et probablement la Jordanie. Ce sont toutes les rancœurs, toutes les adversités, les inimités, les haines ancestrales qui vont surgir et qui vont embraser la région.
Tout le monde le comprend et évite d’aller plus loin que présentement. Chacun y allant par sa «petite» vision.
Les Occidentaux sont les premiers à évaluer les risques à leur juste valeur. Ils savent que la Syrie d’après Assad, ne peut plus être un allié, ni même un élément de stabilité de la région. Jusque-là, la Syrie avait pu exprimer sa différence et même son opposition aux visées hégémoniques sans grande peine. L’Occident sachant que le régime en place ne fera pas obstacle à ses plans (Irak, Palestine), il s’est contenté jusque l’année dernière d’accompagner, parfois de soutenir ouvertement Assad. Lequel avait pu, avec l’aide de l’Iran, faire des schismes islamiques ses premiers alliés dans la région. L’axe Téhéran-Baghdad-Damas aurait été dangereux pour Israël et ses alliés s’il avait eu le temps de se constituer réellement. L’Histoire retient que chaque fois que ces trois grandes aires ont été unifiées sous une même autorité, le monde a changé… Cette réalité historique est certainement prise en compte dans les projections et autres analyses des spécialistes occidentaux.
Ceux qui se battent actuellement sous le label «révolutionnaire» en Syrie sont essentiellement des combattants salafistes ayant pour les uns désertés les champs de bataille d’Irak, d’Afghanistan, du Mali, d’Algérie et même de Somalie. C’est vrai qu’ils fonctionnent avec l’argent du pétrole des pays du Golf, qu’ils sont encadrés par les experts des services américains, français et britanniques, mais ils ne rassurent pas pour autant Israël qui voit le risque d’établissement d’un Jihadistan à ses portes. D’où les tergiversations occidentales.
Personne n’est au fond dérangé par la destruction de la Syrie, encore moins par les morts qui s’y comptent désormais par milliers. Les émotions exprimées ici et là relèvent de la mise en scène. Ce qui arrive sert Israël dans l’immédiat parce qu’il élimine une source d’inquiétude et qu’il prépare le deuxième round de ce qui pourrait prendre l’allure d’une troisième guerre mondiale, au vu des implications internationales si l’Iran est attaqué. Parce qu’il s’agit là du prochain round. Après l’Irak, le Yémen, la Libye, l’Egypte, la Syrie…, ce sera autour de «l’ennemi principal» de tomber, c'est-à-dire l'Iran.

mardi 21 août 2012

Le pluralisme prometteur


Il y a désormais trois chaines radios privées qui émettent régulièrement sur Nouakchott, Mauritanids FM, Nouakchott info et Kobenni. La quatrième et la cinquième doivent suivre bientôt (Sahamedias et Tanwiir). Deux chaines de télévision diffusent déjà des programmes (Sahel TV et Chinguitt TV), tandis que la troisième affiche son projet (Al Mourabitoune). Si toutes les chaines radios ont eu la licence, seule Sahel TV a une licence. Les deux autres diffusent à partir d’ailleurs.
L’expérience est trop récente pour faire déjà une évaluation. Mais l’on peut dire que les radios ont ouvert le champ du pluralisme et du dialogue continu. On peut d’ailleurs leur reprocher de se laisser entrainer par l’aspect politique de la vie et par le flot des informations diffusées sur le net par les sites déjà décriés pour le traitement souvent tendancieux qu’ils font de l’information. Alors qu’on s’attendait à plus de social, plus d’économique, on est frappé par cette tendance à la facilité de coller à l’actualité politique, pourtant moins déterminante pour la vie du citoyen. Mais comme il s’agit d’une tendance générale on y sacrifie.
Ce n’est pas le cas des télévisions où le pluralisme culturel, l’innovation, le traitement des aspects sociaux de l’information semblent heureusement primer. Sur Sahel TV et Chinguitt TV, on est frappé par la richesse et la diversité des sujets qui touchent à la vie des populations. Ce sont ici des reportages sur le baobab et sur les différents usages que font les guidimankhais de ses feuilles, de ses racines et de ses fruits. Et là des visites aux commerçantes et commerçants du marché de la capitale pour savoir comment s’organise cet espace. Tandis que les deux chaînes proposent continuellement des programmes culturels : des chants (med’h principalement), reportages sur l’artisanat, portraits de grands poètes, présentation des trésors des villes anciennes… Sans oublier le côté divertissement avec des sketchs plus ou moins réussis.
Autant dire que nous avons désormais le choix de zapper et de retrouver quelque part quelque chose qui nous concerne directement et qui nous intéresse. C’est déjà bien.
Autre influence heureuse, c’est l’amélioration incontestable des prestations des médias dits officiels. Avec la réhabilitation de sa deuxième chaine (TVM2), la télévision de Mauritanie propose un package plus proche des populations avec notamment la domination du langage populaire : Hassaniya, Pulaar, Soninké et Wolof. Elle a même réussi à concevoir une émission dédiée à la jeunesse où les intervenants parlent toutes les langues nationales, où ils passent d’une langue à une autre et où ils donnent finalement la preuve qu’une Mauritanie qui communique, une Mauritanie qui met à profit sa diversité culturelle pour renforcer sa cohésion et son identité, que cette Mauritanie est possible. Grand bravo à Soya, Abdallahi et les autres.
Dans quelques jours, au plus quelques semaines, les médias officiels couvriront systématiquement toutes les activités des partis. Ils donneront la parole à tous les intervenants. C’est tant mieux. Mais ce qu’on peut exiger déjà de ces médias, c’est de s’intéresser à l’information plus qu’à celui qui la fait. Ce n’est pas un ministre qui rencontre un Ambassadeur dans ses bureaux de Nouakchott ou un président de la République qui envoie un message à son homologue de Papouasie qui font l’information, mais une pluie qui tombe sur l’Awkar, une crue dans la Vallée, une boutique Emel ouverte à Boura, une pépinière réussie à Foum Legleita, une campagne de vaccination du cheptel du côté de Adel Bagrou… Il y a de quoi meubler les 24 heures de programmes pour une télé et une radio. Surtout que sur ce plan, aucune des nouvelles structures ne peut concurrencer les chaines nationales.

lundi 20 août 2012

La pluie, le beau temps ?


On prête à feu Hassan II l’affirmation suivante : «A choisir entre un bulletin météo et un rapport de police, je privilégie le premier. Il peut être annonciateur de tensions». Pour le politique visionnaire qu’il fut, cette sentence doit valoir sous tous les régimes des pays comme les nôtres, ceux qui dépendent encore de la clémence d’un ciel souvent avare. C’est encore plus vrai pour la Mauritanie où tout dépend de la pluie.
La bonne humeur des gens, l’espoir de meilleures conditions, la bonne tenue du cheptel, les verts pâturages… tout cela participe à une atmosphère faite d’optimismes et d’indulgences. Les problèmes peuvent attendre, «les jours de sécheresse (de disette) étant plus nombreux».
Nous sommes dans la dernière dizaine d’août.
Si vous demandez à ceux qui ont 45 ans et plus, ils vous parleront déjà de «tawdji», une espèce d’automne local qui commence avec les vents chauds et qui finit par l’assèchement de la verdure, son «jaunissement». Les pluies d’août sont réputées pour leur inconstance, leur «caprice» : on dit que la pluie d’août mouille l’une des cornes de la vache sans toucher l’autre corne.
Pour un plus jeune, la saison des pluies ne prend que vers la fin de ce mois. Depuis des décennies, les temps ont changé, les prémisses annonciatrices de ces temps et des saisons ont aussi changé. Il y a eu comme un décalage qui nous fait dire que nous ne sommes qu’en début d’hivernage. Nos météorologues doivent penser à nous édifier là-dessus.
En attendant, peut-on espérer que notre encadrement national, que nos opérateurs politiques – la politique étant ici une entreprise plus qu’un hobby non lucratif -, que tous mettent à profit cet état de grâce fait d’espoirs après une année de sécheresse, pour accepter de se retrouver autour d’un minimum pouvant servir de tronc commun à un projet futur.
Nous allons devoir oublier les «dégage» et les «reste», pour changer de registre et faire de la politique. Faire en sorte de raffermir la démocratie, de faire avancer le projet d’Etat en le refondant, de réhabiliter les Institutions de la République, de renforcer le front intérieur par un minimum de cohésion nationale…
C’est possible et c’est à faire.

dimanche 19 août 2012

Le Maître Wul Al Çediq


Mohamed Abdallahi Wul Al Çediq n’est plus depuis ce matin. Je l’ai appris par Shaykh Ahmed Mezid Wul Abdel Haq, l’une de ces sommités du savoir islamique de chez nous. Il savait tout le respect que je vouais pour l’homme. Il n’y a pas longtemps, je lui demandais de m’accompagner pour le voir chez lui après tant d’années.
C’est que Wul Al Çediq a enseigné au collège de garçons de Nouakchott, la classe où j’étais entre 73 et 75. Il enseignait l’Instruction morale, civique et religieuse (IMCR), une matière qui faisait son introduction dans le système éducatif mauritanien, après avoir été réhabilitée comme enseignement originel. Cette réhabilitation participait à l’option «indépendance culturelle», axe essentiel de la fameuse trilogie de l’époque (indépendance politique avec la révision des accords avec la France, indépendance économique avec la nationalisation des ressources et indépendance culturelle avec l’arabisation et l’introduction des sciences religieuses dans le système éducatif).
La matière était détestée par les élèves qui y voyaient une exigence de plus d’efforts. En plus du mépris qu’on affichait à l’époque à tout ce qui était mauritanien, la mauritanisation du corps enseignant étant en cours, les élèves avaient plutôt tendance à déprécier l’enseignant mauritanien. Une attitude idiote certes mais qui expliquait largement les difficultés que devaient affronter les pionniers comme Shaykh Mohamed Abdallahi Wul Al Çediq, mais aussi d’autres qui ont eu à enseigner en ces moments-là et auxquels je rends hommage ici : Kane N’Diawar, Mohamed Ould Messaoud, Khadi Mint Cheikhna, El Bou Wul Awfa et j’en passe. A travers eux, c’est toute une génération d’enseignants qui ont participé à la formation de générations entières et à la mise en œuvre d’une politique éducative qui a donné un moule, un creuset… à l’époque…
 Wul Al Çediq fait partie de ces gens-là qui ont énormément apporté à la Mauritanie et aux Mauritaniens, toutes générations confondues. Je garderai cette transcription du nom qui donne la dimension «vérité» (al çedq) à son nom. Une valeur qu’il voulait cultiver chez nous en nous obligeant à dénoncer nous-mêmes quand quelqu’un perturbait le cours. Il ne demandait jamais aux élèves de dénoncer le fauteur mais faisait en sorte que celui-ci se fasse connaitre lui-même. Et comme cela n’était suivi d’aucune sanction méchante, le fauteur finissait toujours par culpabiliser et par se retirer du groupe des perturbateurs. Le dernier acte de sabotage dans la classe fut l’œuvre du plus méchant d’entre nous, celui qui trouva malin de tordre l’un des pieds du siège sur lequel s’asseyait le professeur. La chute produite ne fit rire personne. Et contrairement à l’éclat de rire attendu, ce fut une sourde désapprobation. Depuis ce jour, je ne me souviens pas que l’un des élèves de la classe a tenté un quelconque coup pour déranger le cours de Wul Al Çediq.
Je le raconte pour dire comment un être aussi frêle, aussi doux, donnant l’air d’être faible a pu imposer son ordre, sa carrure, sa loi à des adolescents un peu fous, un peu espiègles, très insouciants et peu responsables. Sans faire intervenir l’administration, sans jamais punir, au bout de quelques semaines, il réussissait là où tous les autres enseignants avaient échoué : son cours était suivi par l’ensemble des élèves qui lui vouaient un respect évident.
Le savoir de Wul Al Çediq était communiqué sans grands efforts parce qu’il venait de tout près. Il n’avait pas besoin de le maniérer pour le compliquer, il coulait à flots. Sans laisser son jeune auditoire au bord de la route. Il rapprochait les choses en nous taquinant sur nos origines sans jamais offenser, sur le «riz sec» que les uns ont mangé aujourd’hui, le «’aysh» que les autres ont mangé la veille.
Les leçons qu’il prodiguait n’étaient jamais oubliées quand elles sont assimilées. Et pour l’élève que je suis, plus de quarante ans après, j’ai toujours en mémoire trois choses de lui :
  1.  La diction que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs que chez les grands érudits de notre espace, une diction qui se perd avec les disparitions successives d’éminences comme Wul Addoud, Wul Bouçayri… Rappelez-vous ces voix et la manière de prononcer les mots, les intonations, les accents… uniques pour chacun… mais avec un fonds commun et c’est ce fond commun qui disparait sous les coups de la mondialisation.
  2. La calligraphie : Wul Al Çediq avait certainement un don extraordinaire, celui d’aligner les textes sur le tableau avec une rigueur extraordinaire et une beauté tout aussi pareille. De bout en bout sur le tableau. On hésitait parfois à effacer le tableau après un cours de Wul Al Çediq ; tellement c’était beau à voir…
  3. La simplicité qui dicte le respect. Pas besoin de muscles, pas besoin d’apparat pour se faire respecter. Dans la cour ou dans la classe, sa seule apparition faisait baisser les voix en disciplinant un espace fait de folies et d’insouciances…
… Je rends hommage ici à cet enseignant qui a finalement été l’un des géants du savoir religieux de ces contrées et dont la notoriété l’a amené à exercer dans le Conseil de l’Iftaa (fatwa) aux Emirats Arabes Unis. Ce géant a fini sa vie parmi nous, à côté de nous, en toute humilité, sans jamais nous avoir demandé de le célébrer, de le consacrer, de lui rendre ce que nous lui devons : une immense reconnaissance.

samedi 18 août 2012

Vieux problèmes de traductions


Il y a quelques mois je fus invité par un groupe de gens de lettres à partager une réflexion autour de la traduction de la poésie locale en Français. Passer du Hassaniya, du Pulaar, du soninké, du Wolof au Français n’est pas tâche facile. Grâce à la persévérance de certains d’entre eux, nous étions parvenu quand même à traduire quelques chefs-d’œuvre dont le poème (tal’a) de Baba Ould Haddar, l’un des éminents héritiers d’une école qui a fait toute la grandeur du Sud-Ouest mauritanien et dont il reste l’une des incarnations. Une traduction en deux temps que je vous livre ci-après :
«msha yaamis maa ‘adhamnaah
e’la Llaah el hamdu liLlaah
wulyuum uura yaamis shifnaah
wuddahr ellaa dhakiivu taam
ilyuum içub’h ella vigvaah
subhaanak yalhay el gessaam
dhaak issub’h ishviih u shuraah
wajnaabu dhuuk ishviihum laam
had il yuum u haadha mahtuum
viddahr ilaa rad ittikhmaam
eddahr ella yaamis wu lyuum
wuçub’h eddahr ethlet eyaam»

Premier temps :
(hier est parti sans en exagérer/
devant Dieu son départ, Dieu merci/
aujourd’hui après hier on le voit/
et le Temps est comme cela/
aujourd’hui, demain le suit/
(Il faut trouver la traduction exacte de ces prières)
et demain est là-bas, qu’y a-t-il et quoi après/
que réserve-t-il dans ses entrailles/
si quelqu’un, et c’est fatal/
médite le Temps aujourd’hui/
le Temps, c’est hier, aujourd’hui/
et demain, le Temps c’est juste trois jours)

Deuxième temps :
(Hier est parti.
Sans en exagérer devant Dieu le départ,
Dieu merci aujourd’hui après hier se fait voir ;
et le Temps est comme cela et demain est là-bas ;
quoi en cet endroit, et quoi après, quoi dans ses entrailles,
si quelqu’un - et c’est fatal - médite le Temps, aujourd’hui/
le Temps c’est juste hier  aujourd’hui
et demain ;
le Temps c’est trois jours).

vendredi 17 août 2012

Se prononcer quand même

Sur ce qui se passe dans le Nord du Mali, nous avons entendu ceux de chez nous s’exprimer sur les dangers de la partition de ce pays, mais aucun mouvement, aucun parti, aucune personnalité n’a commenté le choix des groupuscules islamiques de faire appliquer la Chari’a. alors qu’il s’agit là d’une question fondamentale. Appliquer la Chari’a où et comment ? par qui et «sur» qui ?
L’objectif déclaré des groupes jihadistes est de faire régner la Chari’a sur la terre (toute entière) et non en terre malienne seulement. La Chari’a est déjà appliquée dans les parties occupées par les Jihadistes dans le Nord Mali. Ces mouvements entendent poursuivre pour l’imposer à tout le Mali, à la Mauritanie, à l’Algérie, au Niger, au Sénégal, au Maroc… aux pays environnants en attendant la conquête du monde et le règne de «la Justice de Dieu».
Qu’en pensent nos Ulémas toujours prompts à s’exprimer sur la chose publique ? qu’en pensent la mouvance islamiste en général, nos Salafistes en particulier ? qu’en pensent les Islamistes modérés ? et les nationalistes arabes ? et les nationalistes négro-africains ? et les anciens du PPM ? et les Kadihines ? et les communistes résiduels ? qu’en pensent les partis de la Majorité ? et ceux de l’Opposition ? qu’en pensent nos ONG, particulièrement celles des Droits humains ? et nos syndicats ? et nos journalistes ? et nos commentateurs anonymes (et lâches) ?
Il est de temps de se prononcer sur cette question. Ou avons-nous peur de trahir nos secrètes intensions, ou de nos aliéner une certaine opinion publique plutôt favorable à ces choix ?


mercredi 15 août 2012

La conférence islamique


La conférence pour laquelle nous avions fait le déplacement a pris deux nuits. Pour discuter de la Syrie, de la Palestine et des exactions commises à l’encontre de Musulmans de Myanmar (Birmanie). Contre la Syrie de Bachar Al Assad la mobilisation des pays du Golf arabique est totale. Il fallait d’abord l’exclure de la communauté OCI, ensuite apporter un soutien à toute action visant à renforcer les forces rebelles qui se battent depuis des mois contre le régime de Damas. Cette volonté affichée des pays arabes du Golf est soutenu par l’Occident qui hésite cependant à entreprendre le scénario libyen avec une intervention militaire directe. Mais tout le reste est déjà déployé.
Pour la Palestine, la communauté va réitérer son soutien au peuple palestinien, le grand oublié du printemps arabe. Tout comme elle va demander à la communauté internationale de se mobiliser pour mettre fin à l’arbitraire exercé par les autorités birmanes à l’encontre de la communauté musulmane, minoritaire dans ce pays.
L’originalité de la réunion aura été la création d’un conseil regroupant tous les rites islamiques. Sans pour autant pousser la réflexion jusqu’à unifier la communauté musulmane autour de questions à même de provoquer sa division. Par exemple la simple question de l’unification de la vision du croissant. Chaque année on assiste, dans tous les pays musulmans, à des polémiques pouvant déboucher un jour sur des affrontements sérieux autour de la question. Partout, même en Arabie, des voies s’élèvent pour dire la nécessité pour les Musulmans d’innover.
D’une part, ce sera pour eux l’occasion de mettre à profit les avancées technologiques qui permettent aujourd’hui de dépasser l’observation humaine des mouvements lunaires. D’autre part, elle permettra d’unifier le temps dans cet espace qui aspire un jour à retrouver sont unité. Cela commence par là.
Si demain, la conférence islamique décidait, sur la foi de fatwas homologuées, d’unifier l’observation pour tous les pays musulmans, on aura fait un grand pas en avant sur la voie de l’unité. Si, par contre, on n’y arrive pas, on peut se demander comment espérer plus compliqué entre les Etats.
En entendant les conclusions des conférences de l’OCI, on est frappé par l’absence des préoccupations populaires et des questions relevant des défis actuels. On a plutôt l’impression que l’OCI est resté un instrument inscrit dans la logique de la guerre froide, fait plutôt de conservatismes, plutôt destiné aux gouvernants… Pourtant, cet instrument absorbe d’importantes ressources qui auraient pu être affectés au développement des régions concernées.

mardi 14 août 2012

Le moment ultime


La Oumra «officielle» est décidée pour la même soirée, vers 9 :30 heure locale. Nous choisissons de la faire à part, jugeant que les officiels sont toujours pressés par le protocole. Alors que le moment demande une grande présence, une concentration exceptionnelle et une attention toute particulière. On a la chance d’être là, on ne doit pas être pressé d’en finir. Tout le plaisir est pour soi. Parce qu’il y a un réel plaisir à accomplir un devoir religieux aussi significatif pour nous autres musulmans.
Le fait de côtoyer des milliers de personnes, de voir s’agglutiner les millions autour d’un monument de la taille d’une chambre, d’entendre toutes les langues de la planète, de voir toutes les couleurs, tous les genres humains ici réunis, comme «happés» par on ne sait quel courant invisible, tout cela relève du miracle.
Viennent toujours à l’esprit les prières du Prophète Ibrahim (Abraham) quand, abandonnant les siens dans ce désert, ou quand élevant les fondations avec son fils du monument qui allait devenir… la Mecque des Musulmans, il suppliait Allah, le Dieu Unique, de bénir ces lieux, de fournir à leurs habitants biens et grandeur et d’en faire une destinée pour les croyants. C’est fait. Là se trouve le secret trésor de ces contrées.
Aujourd’hui le pétrole permet de répondre aux demandes pour entretenir les Lieux Saints. Et il faut dire que des dépenses énormes sont faites chaque année pour rendre plus faciles les processions et pour permettre aux croyants d’accomplir les rituels sans trop de difficultés. Il est difficile de répondre aux attentes de trois millions de personnes qui convergent en même temps vers un même lieu. Mais tout est fait cependant pour y arriver.
C’est la Nuit du Destin, le lendemain de notre arrivée que je décide ma Oumra. Avec Abderrahmane Ould Mini, nous nous dirigeons vers la mosquée Aïcha à la sortie de la ville, c’est le Miqaat de ceux qui se trouvent déjà à La Mecque. Un parcours de combattant. Heureusement que je suis en compagnie d’un combattant, celui qui a été le vrai cavalier du 8 juin 2003. Sans Ould Mini, il n’y aurait jamais eu de 8 juin 2003, ce sont les chars et les hommes sous son commandement qui ont semé la panique dans tout Nouakchott. Sans lui aussi, les dégâts auraient été beaucoup plus importants en août 2004 quand les Cavaliers tentaient leur deuxième chance en introduisant des armes et des explosifs dans la ville. Il avait choisi d’occuper les services en leur livrant les cachettes au lieu de les laisser à la merci des vandales dans les quartiers populaires. Ce n’est pas le moment d’en parler, mais j’ai toujours soutenu – depuis juin 2003 – que ce mouvement n’a pas livré ses secrets.
Nous sommes dans des moments de grande dévotion, mais cela ne nous empêche pas de «digresser». Mais toutes les digressions n’amèneront jamais Abderrahmane à abandonner cette humilité qui le distingue déjà de ses compagnons d’armes qui cherchent chacun à tirer la couverture à lui en se donnant le meilleur rôle… Passons.
Nous avons la chance, Abderrahmane et moi, de prendre «l’allée des travailleurs de Ben Laden». Il s’agit d’une route taillée dans la montagne qui entoure le Haram (Mosquée autour de la Kaaba). Nous sommes dirigés par un cordon sécuritaire vers la Kaaba. Nous accomplissons nos sept tours tranquillement avant d’aller compléter le parcours entre Safaa et Marwa. Nous prenons le temps de faire toutes les prières, de penser à nos proches, parents amis, compatriotes, à aller au-delà du particulier pour l’ensemble de la communauté. On a la chance d’avoir le temps pour accomplir les rites selon les prescriptions, tout en y mettant la dévotion dont on peut être capable.
Il me prend à témoin pour ses prières pour Messaoud Ould Boulkheir qui lui a permis de faire ce voyage et pour lequel il implore la bénédiction du Tout-Puissant. Je le prends à témoin pour la pensée aux miens, pour le pardon à tous ceux qui m’ont fait mal dans ma vie, à tort ou à raison. C’est un moment de vérité et d’abnégation qui vous illumine quand vous sentez que vous vous êtes acquittés et bien acquittés de votre devoir envers votre Seigneur.
Sur le chemin du retour vers Nouakchott, nous passons par Médine, la ville du Prophète Mohammad (PSL). Tout respire ici la tranquillité et l’abnégation. Quand on est à La Mecque on est frappé de plein par la Toute-Puissance divine, on est écrasé telle ment l’on sent l’insignifiance de notre humaine condition. A Médine, on sent la clémence : on est en présence de celui dont on espère l’intercession le jour du jugement dernier. Ce sentiment vous accompagne dès que vous venez à Médine. Il ne vous quitte pas. Et il fait votre bonheur d’être là.
Que Dieu nous protège.

lundi 13 août 2012

Sur la route de La Mecque


J’ai la chance de faire partie du voyage présidentiel à La Mecque. Là-bas, le Président de la République doit assister à une conférence islamique convoquée par le Roi d’Arabie. Il en profite pour faire une Oumra en ces moments bénis de fin de Ramadan. Comme il veut partager ce moment, il amène avec lui des proches mais aussi des acteurs de la vie publique : députés, sénateurs, conseillers… et au total huit journalistes sensés couvrir l’évènement. En réalité, c’est d’abord pour eux – au moins pour sept d’entre eux – un voyage studieux, l’occasion de méditations et de prières. Je suis de ceux-là.
J’ai déjà fait le Haj, mais jamais une Oumra. On prête au Prophète Mohammad (PSL) le fait d’avoir comparé la Oumra de la fin de Ramadan à un pèlerinage en sa compagnie. Ce qui n’est pas peu pour nous autres musulmans.
Pour nombre d’entre nous, cela commence à bord de l’avion, un peu moins de deux heures avant d’arriver à ‘aéroport de Jedda. Beaucoup s’étaient visiblement préparés au moment d’aborder le H  aj (le Miqaat). Défilé vers les toilettes, ablutions puis port des deux morceaux de tissu blanc, avant de prier les deux rak’at et de prononcer les mots rituels pour annoncer son intention de faire la Oumra. Ceux qui n’avaient pas leurs effets se contenteront de faire la prière et de prononcer leur intention.
Mais comme on ne peut s’empêcher de faire la politique, même en ces moments d’intenses méditations, tous semblent préoccupés par la présence du député RFD Abderrahmane Ould Mini. Supputations qui n’en finissent pas. En fait, il est là parce qu’il est le chef du groupe parlementaire de son parti. Quand on a demandé deux députés en plus du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir avait proposé son vice-président, El Arby Ould Jideine et les chefs des deux plus grands groupes : UPR et RFD, Sid’Ahmed Ould Ahmed et Ould Mini. Ce dernier, avant d’accepter et pour lever toute équivoque, s’était adressé au président de son parti, Ahmed Ould Daddah qui lui a rétorqué que le religieux prime sur le politique et qu’il n’y avait aucun mal à accomplir cet acte et à répondre donc à l’invitation.
A Jedda, nous sommes très bien accueillis par la partie saoudienne, mais aussi le staff de l’Ambassade de Mauritanie et du Consulat. Nous sommes dirigés vers La Mecque. Les deux députés, ma consœur de Radio Mauritanie et moi-même, sommes à bord d’une voiture dont le chauffeur perd la route. Nous mettons du temps à retrouver le chemin qui mène à La Mecque. Quand nous sortons de Jedda, le chauffeur semble vouloir regagner le temps perdu. Il vide son compteur. Mais il est heureusement ralenti par les embouteillages qui caractérisent l’Arabie en ces moments de grandes confluences.
Sur la route les banderoles et les affiches se succèdent. Sur plusieurs d’entre elles, nous avons le temps de reconnaitre le visage avenant de notre grand Shaykh Mohamd el Hacen Ould Dedew. Il est seul ici sur cette affiche qui fait la promotion d’une émission interactive où il répond aux questions des auditeurs. Sur une autre, il est entouré par deux autres notoriétés religieuses saoudiennes. Aucun autre étranger ne parait sur ces pancartes. Grand motif de fierté pour les Mauritaniens.

dimanche 12 août 2012

Initiative de Ould Boulkheir


Le Président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, président de l’APP, a lancé une initiative dans laquelle il promeut la constitution d’un gouvernement d’union nationale. On sait désormais que l’initiative n’émane nullement de la Majorité qui l’a reçue plutôt comme une douche froide. Pour ce qu’elle comporte de non-dit sur l’échec, ou du moins l’insuffisance, du dialogue dans lequel Ould Boulkheir était une pièce maitresse. C’est qu’avec son initiative, Ould Boulkheir semblait dire que les résultats du dialogue n’avaient aucune signification tant que les partis de la COD ne sont pas impliqués dans la gestion du pouvoir.
De leurs côtés, les partis de la COD étaient incapables de répondre favorablement à cette initiative, eux qui demandent le départ d’un régime ne pouvaient se permettre d’envisager de composer avec ce même régime.
Du coup, tout le monde a fait semblant de ne pas se prononcer sur l’initiative. Chacun voulant ménager les humeurs du Président Ould Boulkheir. Même si chacun des protagonistes a dit son dernier mot plus ou moins directement.
Le Pouvoir a répété qu’il n’y avait pas lieu d’envisager la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Que la crise dont on parle ici et là est une vue de l’esprit qui relève de la propagande. Que la démocratie avait besoin d’une Opposition forte et constructive.
La COD a signé quant à elle une charte dans laquelle elle a réitéré sa volonté de faire dégager Ould Abdel Aziz. Poussant la logique de la confrontation jusqu’à exclure toute démarche qui ne verserait pas dans cette direction. Anticipant même sur les futures élections et rejetant d’y participer dans les conditions actuelles.
Pourtant on continue de parler de cette initiative comme s’il s’agissait d’une entreprise encore jouable. On peut penser que la société politique mauritanienne peut trouver un terrain d’entente où, tout en exprimant ses différences, elle tracerait un chemin commun. Pourquoi par exemple ne pas envisager la perspective des élections comme une chance de tout reprendre sous l’égide de la CENI, laquelle avant d’être une CENI est un comité de Sages ? Pourquoi les politiques n’envisageraient-ils pas d’autres portes de sorties pour eux-mêmes que celles qui les mènent droit au suicide ?
Si le Pouvoir doit comprendre que tout doit être fait avec tous acteurs mauritaniens, ceux de l’Opposition doivent savoir qu’ils n’ont pas les moyens de leurs intentions. La politique étant l’art du possible, pourquoi ne pas explorer d’autres voies pour le pays que celle de la confrontation ?