Pages

lundi 5 janvier 2015

Le dialogue probable

Encore une fois, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz se dit prêt à ouvrir un dialogue. Au cours de son discours de lancement de la cinquième édition du festival des Villes anciennes qui se tient cette année à Chinguitty, le Président Ould Abdel Aziz a déclaré :
«Nous avons déclaré au cours du discours d'investiture du nouveau mandat présidentiel notre constante disponibilité à rester ouvert au dialogue avec toutes les composantes nationales parce que nous sommes convaincus de la nécessité de la participation de tous à l'œuvre de construction nationale. A cette importante occasion, je renouvelle notre entière disposition pour l'instauration d'un dialogue inclusif pour la réalisation des intérêts suprêmes de la nation».
L’occasion n’est pas traditionnellement consacrée à faire des déclarations du genre. Elle a toujours été celle de discourir sur le passé riche du pays qu’on tente de restaurer à travers la revivification des centres culturels que furent les villes anciennes. L’appel est donc solennel dans sa forme. Il l’est aussi dans son fonds parce qu’il ne revient pas sur les procès d’intention des uns et des autres et qu’il demande un dialogue INCLUSIF, un qualificatif que les autorités ont toujours évité d’utiliser parce que faisant référence aux périodes de crise précédant l’Accord de Dakar.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment les autres parties vont-elles réagir et aller au-delà des premières réactions. 
D’abord le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui rassemble l’opposition radicale dont la majorité des formations avait boycotté les derniers scrutins. Le FNDU va-t-il saisir l’opportunité ouverte ainsi pour présenter de nouvelles propositions ou va-t-il s’en tenir à sa position traditionnellement exprimée et qui met en doute d’avance tout ce que le pouvoir propose ?
Il est difficile d’envisager, alors que le FNDU est dirigé par le RFD de Ahmed Ould Daddah, autre réponse que le rejet sous prétexte que la confiance n’y est pas. On peut alors invoquer toutes les fois où ces forces politiques sont allées au dialogue sans en récolter les dividendes. Situant la responsabilité du seul côté du Pouvoir.
Mais il est probable par ailleurs que la recherche d’un compromis politique l’emporte surtout qu’au sein du FNDU, il existe bel et bien un courant ou plusieurs courants dont la stratégie ne peut rester celle de la chaise vide.
D’abord Tawassoul qui a participé aux élections législatives et municipales et qui a désormais la direction de l’Institution de l’Opposition Démocratique dont elle peut faire un cadre de convergence et un outil de compromis. La logique de Tawassoul est de participer en attendant l’échéance 2019 qu’il faut dès à présent préparer.
Il y a ensuite tout le groupe des anciens Gauchistes qu’on retrouve soit au sein de l’Union des forces du progrès (UFP), soit au sein           de Moussa Fall. Ce groupe a une doctrine politique basée sur la participation au jeu pour s’ouvrir les portes de l’implication dans l’exercice du pouvoir en vue «du changement de l’intérieur». Il se retrouve aujourd’hui, à cause du boycott, à la marge du jeu. Plus grave pour ses militants emblématiques, son destin est désormais lié à celui de Ahmed Ould Daddah qui est aux antipodes du modèle de leadership conçu et bâti sur des décennies d’histoire politique par la littérature militante des Kaidhines et du Mouvement national démocratique (MND) dont sont issues les troupes de ce groupe.
Il y a enfin tous les snipers politiques, les électrons libres, anciens hauts cadres de l’administration PRDSienne pour la plupart, ceux-là ne peuvent se laisser confiner dans des rôles d’opposants, même si cela leur permet de se blanchir et de faire oublier leur participation active au pillage systématique des ressources et à la corruption du processus démocratique. Ils cherchent chacun, une courroie, une fenêtre, une passe où s’engouffrer. La situation actuelle ne peut perdurer pour eux.
Il est temps pour tous d’exprimer un positionnement clair et conforme à la réalité sociopolitique du pays, prenant en compte aussi les rapports de force et les capacités de chacun à atteindre ses objectifs.

En réalité les attelages qui existent – à commencer par le FNDU – ne répondent pas à une logique politique, idéologique et même stratégique partagée. C’est pourquoi, le comportement est celui qu’on connait. Et c’est pourquoi le résultat est celui qu’on voit. Pas besoin d’en dire plus.