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mercredi 11 juin 2014

Ould Abdel Aziz vs FNDU

Les accusations et contre-accusations fusent de partout : rien ne va plus entre le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz et le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Les deux parties s’accusent et s’invectivent. Du déjà entendu. Du déjà vu. Mais cela donne une dimension politique à la campagne, quelque chose dont elle avait peut-être besoin. La bataille est véritablement celle de la participation. L’ennemi de la participation, c’est bien sûr le boycott.
Qu’elle soit le résultat d’un travail militant et d’une conscience politique assumée, ou celui d’une simple désaffection du jeu politique, qu’elle soit la conséquence du manque de mobilisation des soutiens du candidat qui sont tellement sûrs de sa victoire qu’ils jugent inutile tout effort supplémentaire, ou celle des enregistrements tronqués lors des Législatives et municipales (ces milliers d’inscrits dans des lieux qui ne sont pas forcément leurs lieux de résidence), toute baisse possible du taux de participation dans la présidentielle sera une aubaine pour le FNDU qui en a fait son option de combat. Mais plus le taux de participation dépassera les 50%, plus la défaite du FNDU sera grande.
En s’attaquant directement au FNDU et à ses leaders, le candidat déplace effectivement l’enjeu et le terrain de la bataille, mais choisit aussi ses protagonistes. Il est désormais tenu de battre ses concurrents dans la course présidentielle, mais aussi ses ennemis irréductibles qui ont choisi de prôner le boycott. Pour lui, la victoire sera double si le taux de participation dépasse les 50% (et plus il dépassera cette limite, plus la victoire sera éclatante) et s’il remporte le scrutin. D’où l’intérêt pour lui d’engager franchement le combat avec ses protagonistes les plus déterminés et les plus nocifs (pour lui).
C’est bien le candidat Ould Abdel Aziz qui a choisi de donner cette dimension politique à la campagne électorale. Allant jusqu’à choisir les leaders de l’autre camp : hasard de calendrier ou pas, c’est l’ancien Premier ministre Ould Ahmed Waqf qui a été aux avant-postes dans la montée au créneau du FNDU qui répond aujourd’hui aux attaques du candidat…
Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un tournant dans la campagne et dans la compréhension des enjeux qui sont ainsi réorientés. On sait que la bataille du boycott est perdue d’avance. La nature du Mauritanien, son système de pensée, sa relation avec les affaires publiques, particulièrement quand il s’agit d’élections, tout cela compromet d’avance l’option de la chaise vide. D’autant plus qu’elle ne tient pas dans une démocratie naissante qui a besoin d’être consolidée par les expériences.
Le FNDU n’est pas allé à ces élections parce qu’il ne pouvait s’entendre sur la manière de les mener : ni sur le candidat, ni sur la méthodologie, ni sur le discours, encore moins sur les objectifs à court et moyen termes. Le boycott est une panacée pour éviter d’affronter les divergences d’approche et de visions qui bouillonnent sous l’apparence d’un consensus précaire.
Si cette lecture est réelle, il va falloir s’attendre à de grands remous politiques dès le lendemain des élections. Même qu’un séisme pourra se produire entrainant la disparition, du moins le rétrécissement considérable de l’aura de certains partis et de certaines personnalités. Ce qui peut être du goût de la plupart des acteurs de l’un et de l’autre des camps qui se font face aujourd’hui. Quel prix sera prêt à payer le Président élu pour faire tourner la page de la présidentielle ? quelle capacité de résistance auront les composantes du FNDU face aux multiples ouvertures (et opportunités) qui seront ouvertes dès le lendemain de la présidentielle ?

L’avenir nous dira… En attendant l’affrontement entre les deux camps procède d’une logique politique exprimant une réelle prise de conscience de l’enjeu principal : le taux de participation.

mardi 10 juin 2014

Trêve méditative

Au milieu de la cacophonie produite par la campagne électorale qui a fini par prendre son envol, j’ai entendu un poème que j’ai beaucoup apprécié. Avant de le partager avec vous, je voudrai faire quelques remarques.
J’ai toujours été sidéré par a relation que nos sociétés ont avec le temps. Que nous soyons en culture Soninké, Peuhle ou Arabe, le temps apparait toujours comme le premier adversaire de l’homme qui, dans une vaine tentative de fuir son destin, essaye de fixer le temps pour en faire un lieu. Chez nous, seuls la culture Wolof semble échapper à cette attitude, elle qui dit «elleg, elleg dou djeix» (demain, demain ne finit pas).
Cette manière de voir le temps comme un ennemi et non comme un allié, nous amène à toujours chercher à … «le tuer». On le «tue» en sirotant tasse après tasse, en jouant aux cartes indéfiniment, en discutant continuellement de banalités, en le regardant …passer. Notre sport favori est donc l’inaction parce que l’attitude idéale est l’attente.
L’ambiguïté de la relation avec le temps nous amène facilement à ne pas regarder devant nous, encore moins derrière nous. Le processus d’évolution à la base de toute «vie» est ainsi ignoré. Hier n’a aucune emprise sur aujourd’hui qui n’a rien à voir avec demain. La vie n’est plus une accumulation d’expériences déterminant un devenir mais une succession de heurts et de ruptures qui nous ramènent toujours là où on était.
La dénégation de l’histoire ainsi opérée donne nécessairement une sorte de refus du progrès parce que le temps n’est pas circulaire mais linéaire. C’est cette impression de tourner en rond qui est la première conséquence de ce rapport au temps. La deuxième conséquence étant cette extraordinaire capacité à «faire oublier» ce qu’on a été, de «faire semblant» qu’on n’a pas été autre chose que ce qu’on veut être dans l’immédiat.
Le refus du progrès est à la source de tous les conservatismes que nous connaissons. Ce qui nous donne cette impression de recul constant. La résurgence des sectarismes est un recul par rapport à tous ces mouvements unitaires qui ont animé la scène les années 60, 70 et 80 (début). La déconfiture morale est une autre variation de ce recul. L’éducation, la santé, l’intelligence, la culture, la gouvernance, l’administration… Mais le plus grave ici est cette attitude qui fait que nos acteurs se présentent toujours sans leurs passés. On n’est jamais comptable de ce qu’on dit ou fait. L’impunité est la règle dans la mesure où la mémoire est supposée ne rien retenir de ce qu’on fait ou dit…
Ce rapport au temps s’exprime très bien dans la poésie hassane. C’est pourquoi je trouve cette tal’a (poème) d’un jeune poète, un jeune dont la production confirme son statut d’artiste de grand talent. La valeur n’attend point le nombre des années. Tout comme la maturité qui est là quand elle doit être là. Boudale Ould Sidi Moyla fait partie d’une école – qui s’appelle justement «la Medersa» -, une école de jeunes qui nous miroitent une possible renaissance de la culture hassane qui a, un moment semblé sombrer.
Jabarout al Jalaal/waasa dhalkhalq ahwaal
Kiiv il ‘aam ivtihwaal/innawbaat ivuut
Ishati vanawaal/bruudu mathbuut
Wiçayaf vazagaal/miskiin blaa quut
Wi kharrav vittirhaal/bayn enni’m umuguut
Taal eddahr u mataal/imuut u magtuut
Dha nabtu tiçarrav/viih al Jabaruut
Ishatti wi çayaf/wikharrav wimuut

La Toute-Puissance divine a donné aux créatures l’allure de l’année avec l’alternance des saisons: passent l’hiver dans le froid, l’été dans la carence et sans nourriture, l’hivernage dans l’abondance qui ouvre un appétit infini, que le temps avance la mort est au rendez-vous… le créé passe son hiver, son été, son hivernage et meurt… Le cycle est ainsi fixé… définitivement… inévitablement, le cycle tourne, reproduisant les mêmes phases qui sont finalement les phases de la vie… on va, on vient… on repart sur la même route pour revenir…

lundi 9 juin 2014

Carnets de campagne (3)

Aïoun reçoit le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz. La capitale du Hodh el Gharbi connait l’effervescence des grands moments. De tous les départements, affluent notables et dignitaires politiques. La région est acquise à Ould Abdel Aziz et elle entend en donner la preuve.
Quelques deux semaines avant, un groupe de grands acteurs politiques de la région dirigé par Mohamed Ould Rzeizim, ancien ministre de l’intérieur et ancien ambassadeur à Addis-Abeba et Ezza Mint Hammam, ancienne députée du département, ce groupe a décidé de quitter Adil pour soutenir le candidat Ould Abdel Aziz. Ce qui a été un grand coup. Surtout que les débauchages de personnalités symboliques ne s’est pas arrêté là. Les premiers responsables du RFD locaux ont aussi décidé de prendre le même chemin. Parmi eux Bah Ould Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf, un nom bien connu et pesant lourd dans la symbolique de la politique locale et nationale. Le sénateur et le maire élus sous les bannières de Hatem ont déjà rejoint le camp du pouvoir. De quoi faire le plein pour la présente campagne où chacun des acteurs a retrouvé son groupe d’antan et où la situation est redevenue ce qu’elle était d’avant, avec les mêmes alliances, les mêmes factions unies cette fois-ci pour une seul cause.
L’ambiance est bonne et ça se voit quand le candidat prend la parole. Il se permet quelques pointes d’humour dans une ville où le sens de l’humour est un atout considérable pour embarquer les foules. C’est ce que le candidat va réussir en se libérant des contraintes du discours traditionnel faisant le bilan par chiffres. Quelques sujets porteurs qui permettent de faire réagir la foule avec des ovations des plus fortes (standing-ovations plusieurs fois).
D’abord l’attaque contre l’un des leaders de l’opposition d’aujourd’hui, «celui qui a causé la faillite d’Air Mauritanie» et qui se targue aujourd’hui de demander des comptes et de faire des leçons de morale politique. «Vous le connaissez, tout le monde le connait, je n’ai pas besoin de citer un non…» Mais la foule scandait déjà le nom de l’ancien Premier ministre de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le président de Adil Yahya Ould Ahmed Waqf. Et quand il parle de «ceux qui étaient des Walis ici et qui ont distribué les places publiques et dont le mauvais souvenir est toujours présent dans vos esprits», ce sont plusieurs noms qui fusent : les Walis qui ont sévi ici sont nombreux et militent tous aujourd’hui dans l’opposition comme ténors.
Ensuite la sortie sur l’émiettement de la société. «Chacun veut parler au nom d’un groupe alors que personne ne l’a mandaté. Souvent pour arriver à un dessein personnel. Il y a ceux qui parlent au nom des esclaves, au nom des forgerons, des chérifs, des guerriers, des marabouts, des noirs, des blancs, des basanés, de ceux qui ont les cheveux crépus, de ceux qui les ont lisses… parler au nom d’une faction est devenu un fond de commerce pour les élites perdantes. Ils viennent me voir pour me dire que leurs communautés sont exclus et marginalisées, qu’elles subissent l’arbitraire, je finis par croire que le plus opprimé de tous, c’est bien le Président de la République qui est obligé d’entendre jusqu’au bout ces balivernes qui e convainquent plus et qui sont dangereuses pour l’unité nationale. Notre choix est celui de préserver la liberté d’expression qui ne peut être source de mal, mais c’est à vous de refuser à ces gens de profiter de leurs discours sectaires, d’empêcher la prime à la mauvaise foi…»
Enfin cette sortie contre l’appel au boycott. «Maintenant qu’ils ont perdu leur pari sur la révolution, qu’ils savent que l’échec sera au rendez-vous pour toute leurs tentatives d’imposer une gérontocratie ici, ils décident de prôner le boycott pour déstabiliser la marche du pays vers un mieux-être politique et économique. Quand, comme pendant les législatives et municipales, le taux de participation sera bon, ils auront perdu leur dernier pari, celui de jeter l’opprobre sur la démocratie. C’est pourquoi je vous appelle à venir massivement faire échouer leur funeste projet comme vous l’avez fait par le passé».

Après le discours, le candidat s’est permis un bain de foule alors que ses soutiens se dispersaient dans la bonne humeur. Le soir, il se plia à la tradition d’une soirée et de multiples rencontres avec les notables et les dignitaires locaux. L’occasion de recueillir par lui-même les engagements à le soutenir et faire probablement quelques engagements pour l’avenir.

dimanche 8 juin 2014

Nouvelles négociations UE-Mauritanie

Du 25 au 27 mai dernier, négociateurs mauritaniens et européens se sont retrouvés à Nouakchott pour un deuxième round de négociations commencées à Bruxelles quelques semaines plutôt.
C’est naturellement Cheikh Ould Baya, conseiller technique du ministre des pêches, qui a dirigé la délégation mauritanienne. Lui qui avait dirigé celles qui devaient aboutir à l’Accord de juillet 2012 qui prend fin en juillet 2014 et pour le renouvellement duquel, les négociateurs des deux parties se retrouvent. L’ordre du jour comportait une évaluation des résultats du premier round et une discussion approfondie des projets de textes dont le Projet de protocole lui-même en plus des fiches techniques et des annexes prévues.
Lors des discussions, les Européens ont rappelé les principes qui fondent ce genre de protocole et qui s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle politique européenne des pêches visant à instituer une exploitation durable et équitable (en terme de commerce) dans les accords. Dans ses fondements la nouvelle politique insiste sur la nécessité de permettre aux pays «partenaires» de développer leurs ressources, de créer des richesses nouvelles à partir de leur exploitation, de multiplier les opportunités d’emploi, d’assurer un équilibre dans la gestion de ces ressources. De telle manière à permettre aux deux parties de profiter en ayant de meilleures retombées économiques et sociales. En contrepartie de conditions de rentabilité, la Mauritanie doit profiter largement de ses ressources.
Les Mauritaniens ont loué cette politique qui peut permettre à la Mauritanie de recouvrer ses droits et de profiter effectivement de sa ressource, de fonder ainsi un commerce équitable. Le point d’achoppement ici a été, pour les Européens, de distinguer «l’appui sectoriel» de «l’appui budgétaire». Persiste aussi la «divergence d’interprétation» notamment sur la date d’expiration de l’Accord. Alors que l’Accord a été signe le 31 juillet 2012. Mais les «résistances» suscitées par certains armateurs européens (espagnols surtout) avec la complicité de leurs consignataires mauritaniens, avaient poussé la plupart des opérateurs à ne commencer réellement leurs activités qu’après l’adoption de l’Accord par le Parlement européen. Pour les Européens, c’est le début des activités qu’il faut considérer (15/12/2014). Pour les Mauritaniens, c’est plutôt la date de la signature de l’Accord (31/07/2014), le quota européen n’ayant pas été cédé à un intervenant autre. Le risque de voir les Européens trainer jusqu’à la veille de l’expiration «normale» (31 juillet) de l’Accord de deux ans, est bien là. Pour l’éviter, les Mauritaniens demandent un délai de réponse plus tôt.  Une solution doit être trouvée au plus vite.
L’autre grande divergence est au niveau des aspects financiers du futur accord. Les Mauritaniens considèrent qu’ils ne vendent pas une quantité de poisson, mais qu’ils vendent un accès à une ressource que les Européens «compensent». Avec l’avantage pour eux de la proximité des lieux d’activité et des marchés d’écoulement qu’il faut aussi «payer», tout comme la qualité du produit et les conditions naturelles favorables. Aussi faut-il corriger la perception que les Européens ont des 2% prélevés sur le pélagique qui n’est pas une «charité» aux populations démunies, mais un élément de la compensation globale.
La transparence, les conditions de gestion et de suivi de l’appui sectoriel, ainsi que le partenariat entre privés des deux côtés, ont fait l’objet de discussions approfondies et sérieuses. Concernant les annexes, les deux parties étaient d’accord sur les modifications à apporter, notamment en matière de mise en œuvre du protocole. Le débat sur la question sera approfondi lors des rencontres prochaines.
Ce que nous écrivions de l’Accord du 12 juillet (posting du 17 juillet 2012) :
«Après quelques sept rounds de négociations officielles et quatre rounds plutôt «techniques», Mauritaniens et Européens sont arrivés à un accord fixant de nouvelles règles en matière de pêche. Le précédent accord arrivait à échéance le 31 juillet, c’est-à-dire dans quelques jours. Le nouvel accord couvre la période des deux années à venir à compter du 1er août prochain.
«Nous sommes parvenus à un accord pour deux ans après un marathon de 15 mois de négociations qui ont été par moment intenses», a déclaré Cheikh Ould Baya, conseiller du ministre des pêches et chef de la délégation mauritanienne. Selon lui, les négociations ont buté sur deux aspects de la problématique : le niveau de la redevance et le souci de préserver la ressource halieutique. L’accord est «historique» sur la forme et sur le fonds.
C’est la première fois que les négociateurs mauritaniens ont négocié d’égal à égal avec les Européens. Aucune pression politique n’a été ressentie. La présidence mauritanienne s’est abstenue d’interférer malgré quelques tentatives européennes de l’impliquer.
Les résultats sont aussi sans précédent.
La compensation qui s’élevait pour le précédent accord à 76,5 millions d’euros est de 113 millions euros aujourd’hui. Dont 67 millions sous forme de compensation financière, le reste étant constitué essentiellement de redevances de pêche. Dans le nouvel accord justement, ce ne sont plus les caractéristiques du bateau qui fixent le niveau de ces redevances, mais la quantité pêchée. On revient donc à une situation plus juste et plus équitable.
L’ancien accord taxait au même niveau des bateaux ayant différentes capacités de captures et faisait perdre à la Mauritanie l’occasion d’appliquer la réalité des redevances. C’est désormais à la tonne pêchée que la redevance sera prélevée. De 10 millions d’euros, les redevances vont passer à près de 40 millions. C’est pourquoi l’important, ce n’est pas le nombre de bateaux qui vont pêcher mais la quantité qui sera pêchée et qui se situe aux environs de 307.000 tonnes entre crevettes, merlus et pélagiques, en plus de la trentaine de thoniers autorisés.
Désormais toute la pêche de fonds sera débarquée à Nouadhibou. Ce qui permettra un meilleur contrôle et surtout des emplois. Le pélagique sera lui entièrement transbordé dans le port de Nouadhibou.
Le niveau de mauritanisation de la main d’œuvre passe de 25% à 60%. Tandis que la pêche des céphalopodes est reconnue monopole mauritanien. De quoi satisfaire les producteurs artisanaux mauritaniens dont les produits étaient jusque-là concurrencés par ceux des bateaux européens subventionnés et déjà à la pointe du modernisme en matière d’équipements. Ce qui permettra de booster la pêche artisanale dans notre pays.
La surveillance satellitaire ne passe plus par les pays tiers mais elle est directement effectuée à partir de la Mauritanie. Les zones de pêches ont été réduites pour préserver les espèces. C’est ainsi qu’au sud de Timeris, le pélagique passe de 13 à 20 miles et les crustacés de 6 à 8 miles. Au nord du cap Timeris, les distances permises sont plus importantes.
Enfin 2% du pélagique pêché seront reversés au profit des poissonneries populaires existant dans une dizaine de Wilayas (environ quarante points de vente d’un poisson de qualité à moindre prix). Cette opération semble charmer les partenaires européens parce que les Espagnols financent déjà un projet du genre pour cinq millions d’euros.
«C’est un accord équitable qui s’inscrit dans la durée», a déclaré de son côté le négociateur européen, Stefaan Depypere ajoutant qu’il respecte les «bases scientifiques de la préservation des ressources».»
Espérons que la dynamique pour une pêche durable et pour un commerce équitable développée par les Européens tienne encore. Côté mauritanien, l’engagement politique soutenant les négociateurs et les techniciens impliqués dans les négociations, cet engagement n’a pas faibli apparemment.

samedi 7 juin 2014

Carnets de campagne (2)

Le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz est à attendu à Aleg. La capitale du Brakna est en ébullition. Les axes routiers, désormais goudronnés, connaissent une intense activité : entre marcheurs et motorisés, la circulation est dense malgré la chaleur qui devient plus forte en cette fin de journée. Tout le monde converge vers le stade de la ville. «C’est notre Stade des Princes», ironise un cadre que je retrouve sur les lieux. En fait, il s’agit d’une grande clôture avec une tribune couverte recevant à peine deux cents personnes.
Les premiers venus ont pris place dans la tribune, laissant une tribune montée au Président-candidat et aux officiels qui ne tarderont pas à venir. Exceptionnellement, il avait fait sa prière du vendredi dans la capitale du Gorgol d’où il avait lancé sa campagne la veille. Ici il avait cherché à parler devant une foule représentative de ce qu’est la population mauritanienne. Toute la population avait fait le déplacement, ce qui donnait effectivement l’impression d’une retrouvaille mauritanienne avec ses Arabes et ses négro-africains dans toutes leurs composantes.
L’introduction de la coordinatrice régionale de campagne n’est pas longue, juste assez pour introduire le principal orateur qui est le candidat. Il prend la parole et fait un bilan de son mandat. Il se permet de temps en temps de lancer des attaques directes, parfois indirectes, à son opposition.
Sans trop insister sur la situation d’avant et sur l’héritage qu’il a eu en arrivant au pouvoir, le candidat, il a parlé des réalisations dans le domaine de la sécurité. «Personne n’a oublié la peur que faisaient régner les groupes de terroristes et de trafiquants sur le pays, les attaques dont une a été perpétrée non loin d’ici, les morts mauritaniens et étrangers, victimes de cette activité criminelle…» Le pays peut aujourd’hui s’occuper de son développement en toute quiétude car la sécurité est effective. «Grâce aux efforts entrepris, nous avons désormais une armée qui remplit pleinement son rôle et qui est sollicitée par la communauté internationale pour participer à des opérations de maintien de paix dans les zones de tension. Nous venons d’envoyer un groupe en Côte d’Ivoire et sommes approchés pour en envoyer d’autres ailleurs. C’est qu’on nous reconnait l’efficacité de nos troupes…»
La première partie du discours a été ensuite réservée aux acquis en matière religieuse, la tendance étant celle-là. L’impression du Saint Coran, la création d’une station spéciale en études coraniques, puis d’une chaine de télévision pour la Mahadra, cette université qui servait à disséminer un enseignement religieux authentique et modéré…
L’état civil modernisé permet désormais de mieux définir les politiques, de mieux connaitre les populations et donc de mieux les servir. C’est dans ce sens que de grande réformes ont été engagées pour améliorer les prestations de la justice, de l’administration qui vit pleinement l’ère de la décentralisation.
Les chiffres de la croissance démontrent que le pays est en plein chantier : 7,7% pour 2013, l’un des plus forts taux de la région. «L’inflation maitrisée, nous avons enregistré un excédent budgétaire sans précédent», ce qui revient d’abord à la diminution du train de vie de l’Etat signe d’une bonne gouvernance effective. Les réserves en devises atteignent plus d’un milliard de dollars pour la première fois. L’Etat n’a plus besoin de s’endetter auprès des particuliers comme c’était le cas. Grâce d’ailleurs à la création de la Caisse de dépôts et de développement (CDD), l’argent devient moins cher, ce qui le rend accessible aux faibles entrepreneurs. «Contre les voix qui sèment le doute, il y a les témoignages des institutions financières internationales qui attestent de la bonne tenue de notre économie…»
Quatre hôpitaux spécialisés ont été construits, 70 centres de santé de différents types en plus «de l’élaboration d’un plan national de développement du secteur de la santé, à l’élargissement de la sécurité sociale grâce à l’intervention de la CNAM, à la création de l’agence nationale Tadamoune, à la baisse du chômage qui est passée de 31% à 10% selon le BIT…»
Le projet d’approvisionnement en eau de la ville de Magta Lahjar est un exemple de ce qui a fait dans le domaine de l’eau. Près de huit cents kilomètres de conduites d’eau pour l’Aftout Chergui, le projet du D’har,le projet d’approvisionnement des régions du Nord, celui de Sélibabi, de Kiffa, de Guérou… partout la maitrise de l’eau et la disponibilisation de l’énergie ont été une préoccupation première.
97 partis dont seulement une quinzaine déclarent refuser de participer aux élections sont aujourd’hui actifs dans le pays. «Les libertés d’expression et de presse ont été renforcées dans un climat de sécurité et de stabilité parfait». C’est pourquoi «la révolution des vieillards a échoué à freiner la marche du pays».
1884 kilomètres de routes, en plus des aéroports et de nouveaux ports pour équiper le pays en infrastructures de base. L’assainissement bénéficie d’une grande attention. Tout comme l’agriculture qui profite largement aux populations du Brakna.

A la fin de son discours, le candidat a rappelé que le vrai enjeu c’est le taux de participation avant d’appeler ses soutiens à venir massivement voter le 21 juin prochain.

vendredi 6 juin 2014

Carnets de campagne (1)

Zéro heure en ce 6 juin. Rosso, la capitale du Trarza, connait une animation irrégulière, même si ici les fêtes nocturnes sont une tradition. Non loin des deux vieilles écoles de la ville, à mi-chemin entre les quartiers ouest et est de la ville (Escale et Médine), deux tribunes sont installées face à face. La première reçoit les membres de la direction régionale de la campagne du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz, la seconde est destinée aux prestations des artistes.
C’est naturellement Brahim Ould M’Barek, coordinateur régional de la campagne, qui prend la parole devant la grande foule venue l’écouter. Il commence par remercier les présents rappelant qu’il s’agit là d’une fresque exprimant la belle unité du pays dont toutes les composantes sont là, formant un kaléidoscope dont l’harmonie reflète cette belle richesse de notre pays.
«Nous sommes ici pour soutenir la candidature de Mohamed Ould Abdel Aziz. Nous avons la chance de défendre un résultat et de porter aussi un projet. Le résultat est celui que nous vivons depuis cinq ans : le pays est en chantier, la liberté d’expression règne et tout est fait pour améliorer les conditions de vie des populations…»
Il y a quelques années, des civils se faisaient tuer à Aleg, à Nouakchott où la terreur a régné pendant quelques semaines, des militaires étaient lâchement assassinés un peu partout dans le pays, la Mauritanie connaissait alors la terreur. Son avenir était hypothéqué par l’activisme violent de quelques terroristes qui avaient pu installer leurs bases ailleurs et qui pouvaient mener les campagnes qu’ils voulaient partout où ils voulaient. «Aujourd’hui, nous sommes dans un pays entièrement sécurisé et dont les forces armées et de sécurité défendent efficacement». Le dossier sécuritaire ne pouvait que bénéficier d’une large partie du discours de campagne. «A elle seule, la stabilisation du pays et sa sécurisation nous aurait suffi comme réalisation car rien ne peut valoir la paix et la sécurité des cœurs, mais il se trouve heureusement que les acquis ont été réalisés ailleurs».
S’adressant aux jeunes et aux femmes, Ould M’Barek a d’abord parlé de l’évolution sociale et politique qui a fait de ces deux composantes l’objet d’une attention particulièrement. Nous sommes effectivement dans un pays où 75% de la population sont des jeunes et où les femmes constituent plus de la moitié des habitants. Alors pourquoi ne faut-il pas les mettre au centre des politiques gouvernementales.
Ould M’Barek devait parler aussi du domaine qu’il connait le mieux pour avoir été le premier responsable du secteur agricole. Ici, dans la capitale du Trarza il était important de rappeler les efforts consentis pour développer un secteur productif et porteur. «Avec les résultats qui se traduisent par la croissance exponentielle des surfaces cultivées, par la hausse considérable de la production, par sa diversification par l’introduction de nouvelles cultures, par la réhabilitation de la recherche et de la formation…»
Sans oublier l’annulation de la dette des agriculteurs. «Contrairement à ce que certains soutiennent, 50% de cette dette étaient dus par les petites coopératives agricoles. Ce sont bien les couches vulnérables qui en ont profité et c’est bien l’objectif de notre politique : améliorer la vie des plus démunis pour libérer toutes les énergies et les mettre en contribution».
Le coordinateur régional de la campagne de Ould Abdel Aziz fera le tour des secteurs pour dire combien le mandat qui expire a été fructueux et de conclure : «La Mauritanie d’aujourd’hui est une source de fierté pour nous, à l’intérieur comme à l’extérieur». Et se permettre ensuite de faire ses demandes.
«Nous vous demandons de vous mobiliser, plus qu’auparavant. Il ne faut se dire que la victoire est sûre et s’en tenir là. La bataille est celle du taux de participation, avant d’être celle de la victoire de notre candidat. Il n’est pas permis de rester sur les divisions du passé. Nous comprenons que les élections locales soient le lieu d’exprimer les différences concernant des enjeux qui concernent finalement et directement chacun de nous. Mais l’élection présidentielle est un enjeu autrement plus grandiose, plus national pour ce qu’il comporte de pari sur l’avenir. C’est pourquoi je vous demande de vous mobiliser sérieusement, de retirer vos cartes à temps et d’aller voter le 21 juin prochain le candidat qui est le vôtre, celui de l’espoir pour un avenir meilleur. C’est seulement ainsi que vous pouvez assurer un avenir rayonnant à notre pays et à notre peuple».

La soirée politique prenait fin et commençait l’ambiance pour jeunes. La ville continuait à vivre les joies du démarrage de la campagne. Tandis que la direction régionale de la campagne se retirait pour organiser le déroulement de cette campagne dont le moment le plus important sera le 14 juin prochain quand la capitale du Trarza recevra le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz.