Pages

mardi 30 avril 2013

Les identités meurtrières


«Publication officielle du Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines», une occasion pour l’élite Haratine d’ouvrir les débats et de poser la problématique spécifique à une composante du peuple mauritanien, celle qui était jusque-là indissociable de l’ensemble Bidhâne. Un processus d’autonomisation entamé depuis mars 1978, avec la naissance d’El Horr, ce mouvement social qui tire sa légitimité de son engagement anti-esclavagiste et pour l’égalité des citoyens. On a lu déjà dans le document de l’initiative du Président Messaoud Ould Boulkheir, dans sa partie traitant des composantes que les Haratines faisaient partie des «Noirs de Mauritanie», au même titre que les Pulhaars, les Soninkés et les Wolofs.
Le 29 avril 2013, est donc nait, officiellement, une entité à part entière, revendiquant une identité propre, des droits spécifiques et une prise en compte affichée et volontariste de leur problématique.
De Habib Ould Hemet – prototype du cadre d’élite – à Birame Ould Abeidi – image du militant combatif -, en passant par les vieux, les jeunes, toutes les grandes figures qui ont fait le déplacement ou celles qui se sont fait représenter, tout ce monde s’était donné rendez-vous à la maison des jeunes comme pour bénir la démarche. Ni les cursus politiques, ni ceux universitaires, ne les parcours sociaux ou les origines, ne semblaient avoir pesé pour créer une différence. L’élite Haratine était là pour adopter un document élaboré en vue d’apporter quelques réponses à cette problématique social qui a fini par prendre une envergure politique avec notamment la perspective d’une exigence de partage du pouvoir. Au-delà du fait et de ses conséquences (que nous allons analyser dans le journal de la semaine), un constat doit être fait.
La manifestation de lundi est un couronnement et, en même temps, une sérieuse secousse qui emporte avec elle plusieurs projets.
Elle est couronnement d’un combat mené par une certaine élite pour faire prendre conscience de la problématique Haratine. Elle arrive au moment où les autorités viennent de créer une agence dédiée à cette problématique-là. Au lendemain aussi de la promulgation de lois révolutionnaires, criminalisant l’esclavage et allant dans le sens de la prise en charge de ses victimes par l’accès à la propriété, l’éducation, tout ce qui fait une discrimination positive à l’endroit de cette frange.
Elle est secousse pour ce qu’elle révèle d’échecs multiples. Echec pour l’entité Bidhâne qui semble avoir été incapable d’intégrer les exigences de la Modernité. L’élite Bidhâne d’aujourd’hui n’a pas pu (ou su) partager. Encore moins dialoguer.
Echec de l’Etat unificateur, de la Nation, du rêve commun… Faut-il rappeler ici que ce rassemblement arrive moins de 72 heures après la «normalisation» des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) et l’annonce de la probabilité pour eux de créer un parti politique. Lequel s’ajoutera aux «radicaux» (RAG), excroissance du mouvement «abolitionniste» IRA de Ould Abdeidi.
Et qui dit «échec de l’Etat» dit «échec de la classe politique dans son ensemble» qui a été incapable de satisfaire les revendications d’une élite qui prétend les prendre en charge…
En attendant de présenter et d’analyser le document rendu public, il est peut-être utile de rappeler à ceux qui, ces jours-ci, vont afficher de «belles» indignations dénonçant «les particularismes politiques»…, oubliant toutes ces réunions tribales célébrées en grande pompe ici et là. Réunions et manifestations tribales, velléités ethniques et/ou de classe…, cela relève d’un tout… qu’il fallait combattre ou, à défaut, composer avec. Sans oublier cependant que c’est ce qui reste quand tout a foutu le camp.

lundi 29 avril 2013

Cellules dormantes, cellules éveillées


Une dépêche de l’AFP nous apprend à partir de Bamako, qu’une cellule du Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) a été démantelée la semaine dernière.
On sait ce que valent les dépêches de «notre ami» Serge Daniel. D’ailleurs, il ne s’est pas privé de jeter le doute dans l’esprit de ses lecteurs en révélant à la fin de la dépêche qu’un «Franco-malien» du nom de Moussa Thiam figurait parmi les Jihadistes «tués» lors de l’opération perpétrée à Tombouctou le 20 mars dernier. Et de préciser que «la famille du jeune homme a largement contribué à son arrestation». Arrestation ou mort ? Peu importe du moment que le correspondant de l’AFP (et de RFI) a eu accès à un rapport de la sécurité malienne détaillant l’opération de démantèlement de la cellule de Bamako.
Il s’agirait d’une cellule de sept personnes, toutes maliennes, et qui seraient âgées de 16 à 57 ans. On ne saura pas quand, ni comment ces personnes ont été arrêtées. Mais l’on sait qu’elles s’apprêtaient à commettre des attentats comme ceux perpétrés à Tombouctou, Gao et Kidal.
Si cela est vrai – il faut toujours douter de ces dépêches -, il faut craindre qu’on ne prépare la troisième phase de la guerre du Mali. La première étant celle qui a vu l’Armée malienne fuir les Jihadistes et rebelles du Nord, la seconde a vu l’intervention française (et accessoirement africaine) permettant de libérer les grandes villes, de détruire une grande partie de l’arsenal des groupes terroristes et de restaurer un semblant de souveraineté malienne sur le Nord.
La phase actuelle est celle qui consiste à frapper partout où c’est possible. C’est celle de la guerre absurde et aveugle. Celle qu’apprécient et savent faire les groupes terroristes. Des opérations d’éclat dans les centres urbains, touchant ou non les intérêts occidentaux, semant la terreur parmi les populations… Et s’auréolant du coup de l’étoffe des héros. Ce qui explique les recrutements dont on parle peu, mais qui se multiplient quand même.
Pour revenir à la dépêche et à son contenu, il faut espérer que toutes les cellules (dormantes ou éveillées) soient démantelées au plus vite. Parce que l’effet d’un attentat dans une grande ville du Mali n’ayant pas été sous le joug des Jihadistes, sera très grand.
Quant à nous, Mauritaniens, on prie pour qu’il n’y ait pas l’un de nos concitoyens égarés parmi les éléments de ces cellules. La présence de l’un des nôtres parmi eux compliquerait sérieusement la vie de nos concitoyens se trouvant au Mali.

dimanche 28 avril 2013

Corporatisme vs particularisme


Le mouvement des dockers de la semaine passée, puis l’heureux dénouement (voir intérieur du journal) de l’affaire viennent nous rappeler que le corporatisme est l’une des voies de sortie du carcan traditionnaliste qui nous confine dans une logique tribale et sectaire.
Il y a un an, deux ans, trois ans…, tout mouvement de contestation est manipulée de l’intérieur par voie tribale, ethnique ou politique partisane. C’est, je pense, l’une des raisons, des échecs successifs des mouvements revendicatifs. Cela finissait fatalement par l’intervention de segments extérieurs à la corporation qui cherchent à diluer la contestation dans des démarches individuelles visant telle ou telle catégorie.
Les notables sont mobilisés pour amadouer ceux qui répondent à l’appel des leurs. Les chefs de partis politiques et ceux des syndicats interviennent auprès de leurs militants. Les intermédiaires se multiplient parce qu’ils attendent une contrepartie. Et se perdent les intérêts des concernés en cours de route…
Le mouvement de grève entamé par les dockers n’est pas le premier. Mais il a pris cette fois-ci, le tournant qu’il fallait. Avec des négociations ouvertes avec les autorités, une expression claire des doléances, un refus de la manipulation politicienne et un dénouement avec la satisfaction de certaines doléances.
Cela nous enseigne - à tous, partis, syndicats, Etat…- qu’il y a quelque chose de fondamentalement changé dans ce pays. Notamment dans l’exercice de la liberté d’expression. Désormais, vous avez des journaliers qui manifestent en tant que tels, les personnels du PNP (le fameux personnel non permanent), les dockers… Avant, chacun cherchait à résoudre son problème en le posant au cousin introduit dans le système, tous attendait un «moment favorable», une «opportunité» de se faire connaitre par un syndicat ou un parti. Aujourd’hui, le mouvement de prise en charge de soi apparait dans chaque corporation. Tant mieux.
Il vaut toujours mieux à l’autorité publique de traiter, non pas avec des individus ou des syndicats qui sont loin de la réalité de terrain, qu’avec les représentants dûment mandatés par les concernés. Les interlocuteurs auront toujours une meilleure vision, une plus grande disponibilité et une assurance plus forte que tous les intermédiaires qui pourront se présenter. Il s’agira alors de définir les demandes qui pourront être satisfaites et d’éliminer celles qui ne le peuvent pas. D’un commun accord.
Ce sont en fait ces corporations qui donneront une nouvelle classe de dirigeants syndicaux et même politiques (pourquoi pas ?), mieux outillés et plus représentatifs de la classe laborieuse, pour ne pas utiliser un terme qui porte à équivoque (classe ouvrière).
Cette montée du corporatisme - dans son sens le plus originel, celui qui indique qu’il s’agit d’une communauté d’intérêt et non de sang ou d’association maffieuse – est aussi à la base de la construction citoyenne de l’individu. Parce qu’elle est une forme d’émancipation de l’individu par rapport au carcan de domination sociale. En se libérant, l’individu mauritanien, prend conscience de lui-même, de ses droits et accède à l’échelon supérieur qui est celui de voir se développer la volonté d’acquérir et de défendre ces droits. Ici nait la citoyenneté.
Nous n’avons donc pas à nous plaindre. Nous autres journalistes devons accompagner ce mouvement qui est un pas sur la voie de la démocratisation de la vie sociale. L’Etat doit y voir la possibilité pour lui de s’affranchir du diktat des manigances politiciennes. Comme c’est l’occasion de soigner cette image négative qui en fait un instrument de domination aux mains du plus fort. Les acteurs politiques et syndicaux doivent éviter toute velléité de vouloir instrumentaliser ces mouvements revendicatifs…
Toute l’élite doit regarder cela comme mouvement «naturel», salvateur dans la mesure où il nous sort d’une logique particulariste et qu’il nous pousse vers plus de liberté et de solidarité sur des bases plus saines et plus cohérentes.
Dans «La mort heureuse», Albert Camus nous apprend que «ce sont les travailleurs manuels et intellectuels qui ont donné corps à la liberté, et qui l’ont fait avancer dans le monde jusqu’à ce qu’elle devienne le principe même de notre pensée, l’air dont nous ne pouvons plus nous passer, que nous respirons sans y prendre garde, jusqu’au moment où, privés de lui, nous nous sentons mourir».
Les manifestations de chômeurs, de «journaliers», de PNP, de retraités, de dockers… sont plutôt un bon signe de santé sociale et de vitalité… «démocratique».

samedi 27 avril 2013

La difficile construction du Maghreb

Il y a quelques jours, se tenait une nouvelle session de la Commission mixte de coopération entre le Maroc et la Mauritanie. La grande attente, c’était de voir levée l’obligation de visa pour les citoyens des deux pays. Même si de nombreuses avancées ont été faites avec la signature de plusieurs accords, il est resté comme un coût d’insatisfaction avec le maintien de l’obligation de visa pour le déplacement entre les deux pays. Il est cependant à noter que la porte est restée ouverte par le souhait exprimée par les deux parties d’y mettre fin. Peut-être que la visite prochaine du Président Ould Abdel Aziz au Maroc sera l’occasion de l’annoncer officiellement. Peut-être seulement.
Entre l’Algérie et le Maroc, aucune avancée ne semble pointer. Après avoir annoncé la réouverture prochaine des frontières fermées en 1994, les autorités algériennes sont revenues pour poser quelques trois conditions à cette ouverture.
Selon le site arabophone «Echourouq», trois conditions ont été énumérées par un responsable algérien dont le nom n’a pas été cité. Il s’agit de : "l’arrêt immédiat de la campagne de dénigrement médiatique, et la position hostile grandissante envers l’Algérie ; la coopération complète, pragmatique et efficiente en vue d’arrêter les attaques contre l’Algérie au sujet du trafic de drogue, et l’obligation pour le Maroc de reconnaître définitivement que l’Algérie a une position constante et irréversible envers l’affaire du Sahara occidental".
Dans une dépêche citée par le site mauritanien «maurisahel.com», il est rappelé que les propos du responsable algérien interviennent au lendemain des déclarations du ministre des Affaires étrangères marocain, Saâeddine Othmani, qui a dit "ignorer les raisons du maintien des frontières terrestres fermées entre l’Algérie et le Maroc depuis 19 ans", ajoutant que "s’il savait les vraies raisons, il en aurait précipité la solution".
Au sujet du blocage de l’Union du Maghreb Arabe, Othamani a souligné : "nous avons convenu avec l’Algérie de laisser de côté le conflit du Sahara occidental, et de développer nos relations, c’est ce qui était souhaité, mais nos accords n’ont pas été appliqués".
Est-ce possible ?

vendredi 26 avril 2013

Un patrimoine détruit

C’est la célébration, la semaine dernière de la journée internationale du Patrimoine qui vient me rappeler la situation de la première bâtisse de Nouakchott. Il s’agit de l’emplacement du premier fort construit par Frèrejean, l’auteur de «Mauritanie, 1903-1911 : Mémoires de randonnées et de guerre au pays des Beidanes», édité chez Karthala en 1995. Ouvrage qui a fait fureur en Mauritanie pour ce qu’il raconte d’anecdotes et ce qu’il révèle sur les comportements de quelques-uns de nos illustres grand-pères.
Quand il vient dans l’Aftout, le colon choisit de s’établir sur la plus haute dune de la région, celle qui est aujourd’hui située entre le Ksar et Tevraq Zeina. Frèrejean qui dirigeait les premières colonnes chargées «d’ouvrir» le pays, fait construire une première maison sur cette hauteur-là. Plus tard, sera construit le fort de Beyla, devenu prison. Avant cette date, le nom de «Nwakshoot» ne renvoyait à rien dans le mental de la société mauritanienne. Même pas une évocation dans un poème ou une légende.
Quand la République Islamique de Mauritanie est en gestation, l’équipe de Mokhtar Ould Daddah, l’artisan de cette entité, choisit l’emplacement pour y construire une capitale. Le rêve est grand : «…Cette capitale doit nous aider à nous déterminer en tant que nation, à affirmer une personnalité mauritanienne résultant de notre double appartenance à l’Islam et à l’Occident (…) Nouakchott doit être le fondement de cette entité politique de transition que nous essayons de bâtir entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Noire et qui s’appelle la Mauritanie». Les propos sont de Mokhtar Ould Daddah, le premier Président du pays, celui que nous considérons «Père de la Nation».
Nous savons ce qu’il en est advenu de tout ça : du projet de Nation plurielle qui a été sérieusement ébranlé par les politiques sectaires et assassines qui ont fini par donner 1966, 1989, 1990 et 1991 ; et surtout de cette capitale devenue dépotoir de la Mauritanie intérieure. Mais là n’est pas le propos.
En mai 2003, un ami attire mon attention sur des travaux entrepris par des particuliers sur la dune située en face du cimetière du Ksar, juste là où, un siècle avant (1903), Frèrejean avait choisi de s’établir. Les tranchées destinées à soutenir les immeubles en projet, avaient mis à nu les fondations de la maison de Frèrejean. J’écrivis alors un papier où j’interpellais autorités nationales et Ambassade de France pour sauver ce qui devait être l’unique patrimoine d’une capitale n’ayant aucune autre référence historique. Rien.
Deux semaines après, mon ami qui est un politicien averti, me propose de lier cela avec une question de sécurité concernant la présidence. J’écrivis alors que le propriétaire de l’immeuble en construction n’aura aucun mal de surveiller, à partit du point le plus haut de la capitale, les allées et venues dans la présidence. Que rien n’interdit d’ailleurs d’envisager une menace directe sur la sécurité du Président de la République.
Deux jours après la publication du billet, le directeur de la SNDE, à l’époque Thiam Samba, l’un de nos cadres que le pays n’a pas su retenir et dont l’expertise est mise à contribution par le FMI, me raconte qu’il a reçu l’ordre de reprendre toute la dune au nom d’un vieux titre de propriété, de le clôturer et d’empêcher sa «privatisation». Même s’il n’a pas été demandé de préserver le patrimoine, Thiam Samba envisageait de lancer un projet de restauration de la bâtisse. Il suffisait de bien concevoir et de solliciter le concours de la coopération française.
On oublia le projet après le départ de Thiam Samba. La SNDE devait, beaucoup plus tard, décider de construire ici un siège qui ne finit pas de ne pas finir. Une construction qui doit avoir englouti – qui continue d’engloutir – des sommes faramineuses.
La bâtisse n’a pas été restaurée. Et elle n’a jamais été autant en danger. Il suffit de regarder à votre gauche quand vous remontez au Ksar en venant de la capitale, juste au niveau du cimetière… Pourtant…

jeudi 25 avril 2013

Que veulent les politiques ? (4)

Quand un parti ou un pôle politique décide de communiquer, il doit envoyer le meilleur de ses communicateurs, pour un débat le meilleur de ses polémistes et le plus indiqué. Deux débats récents, m’amènent à penser que les partis politiques mauritaniens se compliquent la vie en envoyant des gens qui ne sont pas forcément les mieux indiqués.
Il y a quelques jours, un débat télévisé opposait deux représentants de l’UPR à deux de la COD. Hier encore (mercredi soir), sur la même TVM, trois représentants de la Majorité s’opposaient à trois de la COD. 
Les deux débats n’étaient pas de même facture. Le premier était très déséquilibré au profit des députés Kadiata Malik Diallo (UFP) et Ba Aliou Ibra (indépendant, ancien ADIL). Ces «vieux» routiers de la polémique politique n’ont eu aucun mal à se faire le député Mohamed el Mokhtar Ould Zamel et son compagnon Ba Bocar Soulé, ancien ministre de Ould Taya, ancien fédéral du PRDS. Si le premier avait un sens politique évident, le second a versé dans la langue de bois menant inévitablement à un discours thuriféraire où aucune proposition n’apparaissait. Accusations gratuites ont fusé, obligeant les débatteurs à se crisper et à personnaliser les échanges. Ce sont les propos et les attitudes, un peu arrogantes, de Ba Bocar Soulé, l’ancien ministre du développement rural qui ont donné le la. Incisive et percutante, Kadiata Malik Diallo ne devait pas se priver. Le sarcasme du «cousin» Ba Aliou Ibra faisant le reste. Résultat : une vindicte verbale éculée et sans intérêt en face.
Le débat d’hier était tout le contraire. Au moins pour quatre des débatteurs : Lô Gourmo Abdoul et Mohamed Ould Salem Val, le Secrétaire général du parti Moustaqbal d’un côté, et de l’autre les députés Sidi Mohamed Ould Maham et Mohamed Ould Babana. Les deux autres n’avaient rien à faire dans le débat. Sauf peut-être replonger dans les fonds de la politique politicienne, celle qui est perte de temps et dénergie.
Heureusement que Me Ould Maham et Pr Lô Gourmo nous repêchaient de temps en temps en revenant à des thèmes plus concrets, plus intéressants pour le public. Sans pour autant aller jusqu’à apporter du neuf. On en sort sans savoir ce que nos politiques veulent réellement. Ça aussi c’est un problème. C’est même le grand problème de notre classe politique.

mercredi 24 avril 2013

Que veulent les politiques ? (3)

Pour résumer la nouvelle position de la COD, celle qui est exprimée depuis la remise de la réponse à l’initiative du Président Messaoud, on pourrait dire : La COD répond «positivement» à l’initiative mais a deux exigences, concernant le lancement immédiat et solennel d’un «nouveau dialogue» et la mise en place d’un gouvernement d’union national ayant de «larges prérogatives».
Concernant le premier point, la COD voudrait amener les deux autres parties à faire table-rase du dialogue réalisé l’année passée et à oublier ses résultats pour se remettre autour d’une table suivant de nouvelles dispositions. Une manière de réaliser un double coup : revenir à la case départ et amener les deux autres pôles à se désavouer. Un jeu d’enfants qui n’a pas ses raisons.
Autre lecture plus ou moins explicite : «Nous refusons de revenir sur l’exigence du départ du régime, mais nous demandons l’organisation d’élections consensuelles où le pouvoir va se démettre et abandonner toutes ses prérogatives pour permettre la mise en place d’un gouvernement d’union nationale qui aura tout en main. Si nous réussissons à le chasser par les urnes, c’est tant mieux, sinon on reviendra à notre position initiale. Parce que, pour nous, Ould Abdel Aziz n’est plus apte à diriger le pays».
En fait, l’exigence du départ de Ould Abdel Aziz a été un choix politique catastrophique pour le processus dont on aurait dû vouloir la restauration au lendemain de la crise ouverte en 2008-2009. Personne n’a voulu faire de cette restauration un objectif à réaliser.
Rappel nécessaire. Certains ont cru pouvoir amener le pouvoir issu de l’élection de juillet 2009 à s’ouvrir et à les impliquer un peu plus, un peu mieux, dans la gestion des affaires. Reconnaissant immédiatement les résultats, ils ont accepté – sans attendre que ce soit une demande officielle – de prendre langue avec le pouvoir. Cela s’est traduit pour eux par quelques nominations dans les sphères moyennes de l’administration : une grande direction par-ci, un projet par-là…, parfois dans des postes de conseillers proches de l’Exécutif.
Ce fut le cas de Tawaçoul qui ira dans sa démarche jusqu’à établir des listes communes avec l’UPR, le parti au pouvoir pendant le renouvellement du tiers du Sénat qui va suivre. C’est bien une coalition UPR-Tawaçoul qui arrache le siège de Boutilimitt au RFD. ADIL qui était encore dans l’atmosphère du FNDD (front national pour la défense de la démocratie), prit le même chemin tout en engageant plus tard des négociations avec la Majorité.
D’autres sont restés dans leur position de rejet des résultats des élections qu’ils ont pourtant cogérées. Jusqu’au jour où, au lendemain de l’attaque mauritanienne contre un camp de AQMI au Mali (12 juillet 2010), il y eut la fameuse rencontre entre le chef de file de l’Opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah et le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le dialogue informel était renoué sans condition. Le processus formel était lancé.
La COD qui ne comptait pas encore Tawaçoul en son sein, établit une feuille de route, une sorte de plate-forme qui devait être défendue par le président de la COD, Me Mahfoudh Ould Bettah et celui de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir. On passera par la demande solennelle faite par le Président Ould Abdel Aziz le 28 novembre 2010, par les discussions au sein de la COD, l’échange de plusieurs correspondances…
Quand éclatent les évènements de Tunisie, d’Egypte et de Libye. Selon une lecture des évènements, il s’agissait d’un phénomène qui allait inévitablement toucher tous les pays de la région. Pas besoin de continuer à vouloir une évolution «calme», le régime est appelé «à disparaitre nécessairement». C’était mal évaluer les capacités des uns à pouvoir provoquer la chute d’un régime, fut-il au bord de l’effondrement (on oubliait ici l’expérience du putsch de juin 2008, quand le pouvoir était dans la rue et que personne n’a daigné essayer de le récupérer). C’était surtout mal connaitre le mental des Mauritaniens qui partagent une aversion extraordinaire pour tout changement comportant des risques. La situation n’amenait pas non plus à adopter une attitude suicidaire, surtout que l’exemple libyen n’a pas tardé à tourner vers une guerre indéfinissable.
Le pays nage depuis dans une atmosphère de flou politique qui arrange visiblement tous les acteurs. Pour le pouvoir, ce sera toujours un prétexte de décrédibiliser ses adversaires et d’amener les plus virulents d’entre eux à se retrancher dans les positions les plus radicales, parfois les plus incongrues…, les éloignant un peu plus de la réalité des rapports de force… C’est certainement ici qu’il faut situer le grand problème de nos hommes politiques : l’incapacité à pouvoir évaluer un rapport de force, alors que la démocratie est d’abord une situation dynamique de rapports de force.
Autre «valeur» (ou facteur déterminant) de la démocratie, c’est le respect de l’autre. Pas la peine de pérorer là-dessus, nous savons où est-ce que nous en sommes. La demande de vérité n’existe pas, parce que la rumeur à remplacé l’information sur le fait… On dépense désormais plus d’énergie à entretenir une rumeur, à expliquer une action imaginaire qu’à élaborer un programme alternatif convainquant et emballant pour une grande majorité d’entre nous.
Les messages émis sont de plus en plus flous. Pas seulement parce qu’ils sont mal conçus au départ, mais parce que le médium choisi n’a pas les compétences nécessaires pour les faire parvenir. Veut-on vraiment les faire parvenir ?

mardi 23 avril 2013

Que veulent les politiques ? (2)

Revenons au retrait des partis de l’Alliance Patriotique (AP), à savoir ADIL, MPR et RD. Si l’on se réfère aux déclarations faites par Yahya Ould Ahmed Waqf lors de sa dernière conférence de presse consacrée au dossier de justice qui le concerne, on ne peut pas dire que le groupe rejoint la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) comme cela a été annoncé par leurs amis qui les ont quittés quelques semaines avant. Ils ne rejoignent pas non plus la Coalition pour une Alternance démocratique (CAP) qui réunit les partis d’opposition ayant participé au dialogue. Ils créent donc un nouveau pôle au sein de l’opposition. On peut comprendre alors les différentes lectures données ici et là.
C’est peut-être une manière pour ces partis de se distinguer en attendant la suite. Si elle prend la forme d’un gouvernement d’union nationale, ils auront à participer en tant que pôle et non en tant qu’élément d’une Majorité où ils se perdaient.
Si elle prend la forme d’une participation à un processus électoral boycotté par une partie de l’opposition, ces partis profiteront certainement et des mécontentements qu’engendreront inévitablement les choix des partis les plus «forts», et de l’absence de certains partis.
Si elle prend la forme d’une participation générale, sans boycott des principaux acteurs, la coalition pourra faire les alliances nécessaires pour permettre certains équilibres dans les élections locales.
C’est la position de la COD qui semble la plus intenable, dans la mesure où elle est attendue sur une initiative dont on ne retient que cette idée de gouvernement d’union nationale.
Après avoir combattu un régime qu’elle disait illégitime et dont elle exigeait le départ, la voilà qui use de tous les charmes pour faire aboutir cette initiative. Marches, meetings, campagnes de dénigrement… tout a été essayé sans résultat. Trois ans de lutte pour revenir à une aspiration à composer avec un pouvoir qu’on a accusé de tous les maux… tout ça pour ça…
Le «bouillon politique» s’explique d’abord par la perspective des élections législatives. Quand la CENI a annoncé un deadline (15 octobre), elle a réellement lancée une initiative politique dans la mesure où un dialogue peut toujours être ouvert autour des outils et moyens pour assurer l’organisation d’élections fiables. C’est d’autant plus important que la perspective d’un gouvernement d’union, qu’avec la nouvelle loi, le gouvernement n’intervient plus dans le processus électoral. C’est en effet la CENI qui s’occupe désormais de cela.
Si l’on veut sortir de la situation de blocage – virtuel ou réel – actuel, il faut passer au concret en discutant des élections futures et des conditions qui peuvent garantir la transparence et la régularité.
Tout le reste est perte de temps… ici, savoir perdre le temps, nous y excellons malheureusement.

lundi 22 avril 2013

Que veulent les politiques ? (1)

Hier, dimanche 21 avril, trois partis politiques annonçaient leur retrait de la Majorité présidentielle. Il s’agit de : ADIL, le parti créé sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et qui a fini par provoquer la chute de celui-ci, le Mouvement pour la Refondation (MPR) créé par le député Kane Hamidou Baba au lendemain de son retrait du Rassemblement des forces démocratiques sous la bannière duquel il avait été élu, et le Renouveau démocratique (RD) de Moustapha Ould Abdeiderrahmane.
Les raisons officielles données à ce retrait sont de l’ordre de la déception du parcours commun. Insistant sur le fait d’avoir intégré la Majorité à la suite d’un accord politique, le communiqué exprime sa déception quant à la ligne suivie par le pouvoir. D’où le retrait. Oralement, notamment dans l’interview que Ould Abdeiderrahmane a accordée à Al Jazeera le soir même, le chef du RD, président actuel du groupe, explique que les engagements pris sur le plan de la lutte contre la gabegie n’ont pas été respectés par les autorités actuelles. Soit. Mais la noblesse de la cause ne peut faire oublier le reste. Tout ce qui fait bouger la scène politique ces jours-ci.
Surtout la probabilité de voir «l’initiative du Président Messaoud aboutir». Il s’agit de ce document élaboré il y a quelques mois par le président de l’Assemblée nationale et proposé comme «solution de sortie de crise». Ce document tourne autour d’une idée principale, c’est du moins la seule que l’ensemble de la classe politique retient : la mise en place d’un gouvernement d’union nationale chargé de préparer des «élections consensuelles».
L’initiative a été lancée par son auteur au lendemain de la conclusion d’accords importants entre une partie de l’opposition dont son parti l’APP, et la Majorité. La mise en œuvre de l’accord était déjà en marche quand, dans un élan de solidarité magnanime, le Président Messaoud Ould Boulkheir s’est rappelé que le processus ainsi entamé allait laisser ses anciens compagnons sur la route du désespoir. Il fallait au plus vite déclencher un autre processus pour leur permettre de s’impliquer dans le jeu politique futur.
Si cela n’aboutissait pas, on dira que le Président Messaoud aura tout essayé pour amener tout le monde vers le consensus. Le mérite existe et permettra certainement d’atténuer les risques ouverts par les choix «consensuels» (dans le sens de «mous») du leader de l’APP. Il aura été la personnalité politique médiane et le seul interface entre les protagonistes d’un jeu politique qui avait atteint ses limites supportables pour les différentes parties. L’opposition radicale aura usé de tout pour faire «dégager» un pouvoir qui n’a rien abandonné pour permettre aux autres acteurs de sauver la face. Rumeurs, coups montés, manipulations, insultes, campagnes médiatiques fallacieuses…, tout a été entrepris pour mobiliser au sein de l’un et l’autre des camps. L’effort fourni par le Président Messaoud répond effectivement à une demande réelle d’apaisement au sein de la société mauritanienne.
Si par contre, l’initiative était adoptée par les différents protagonistes, elle satisferait au moins quelques ambitions. La première est bien sûr ce rôle central qui relancera la position d’un homme, symbole jusque-là d’un combat qui lui échappe à cause de la concurrence de plus en plus rude de quelques autres activistes, prêts eux à aller très loin dans la surenchère pour incarner une cause qu’ils veulent accaparer. C’est un peu si le leader syndicaliste Samory Ould Biye, celui de IRA Birama Ould Abeidi ou l’homme politique Mohamed Ould Bourbouç essayait chacun de s’approprier un héritage, celui du combat pour l’affranchissement d’une importante frange de la société mauritanienne. Ce combat a toujours été incarné par Messaoud Ould Boulkheir, sans réel concurrent. De nouvelles velléités de leadership – plus ou moins légitimes – s’expriment désormais. Pour éviter cette confrontation, le «vieux lion» a choisi de boxer dans la catégorie des «rassembleurs» et non des «militants sectaires»…
Accessoirement, l’initiative permet de retarder aussi les élections législatives et municipales, peut-être de les repousser au-delà de la future présidentielle prévue en 2014. Ce qui donne un sursis à la configuration actuelle : la Majorité reste majorité, le président de l’Assemblée reste à sa place, le chef de file de l’Opposition démocratique reste le même… Qui dit mieux ?
Et pour les autres acteurs ? que représente cette initiative ? C’est ce que nous allons essayer de voir dans les prochains postings.

dimanche 21 avril 2013

Sentiments mitigés


Comme d’habitude, je me suis réveillé très tôt ce matin-là. Vendredi matin, les courses obligatoires, devenues routinières : Mosquée, boulangerie, retour à la maison. Télévision. J’apprends plusieurs nouvelles qui font naitre chez moi plusieurs sentiments. Je partage avec vous quelques-uns de ces sentiments.
Soulagement et réconfort. Les Moulin-Fournier, cette famille française enlevée au Cameroun par la secte Bokou Haram, les Jihadistes du Nigéria qui ont fait allégeance à Al Qaeda. Parmi les victimes du rapt, quatre enfants. Les images publiées par les ravisseurs pour faire pression avaient scandalisé la communauté musulmane. Parce que rien, absolument rien, ne pouvait justifier une telle barbarie. Même pas les raisons fallacieuses avancées par eux.
Après d’âpres négociations, les Français ont réussi à libérer les leurs. Un dénouement qui permettra au Président François Hollande de redresser sa notoriété, lui qui paraissait si malmené par les sondages. Mais qui ne résout rien de la problématique du terrorisme qui a fait de la France une cible privilégiée.
Le gouvernement français soutient qu’il n’a pas versé de rançon et qu’il n’a pas accédé aux doléances des terroristes ravisseurs en aucune manière. Il préfère louer la coopération avec les pays concernés (le Cameroun et le Nigeria). Le croit-on ? difficilement.
Selon toute vraisemblance, une rançon a été versée soit par un pays tiers (le Qatar ? le Burkina ? les deux pays ont des passerelles avec ces organisations), soit par la société qui emploie le père de famille. Le Cameroun aurait libéré des membres de la secte. Tandis que le Nigéria préparerait une loi d’amnistie qui en concernerait d’autres.
Révolte et déception. J’ai prié tous ces jours pour que l’attentat de Boston n’ait aucun lien avec l’Islam ou les Arabes. Finalement, la deuxième grande information du jour après la libération des otages français, est bien la cavale des deux auteurs de l’attentat. Il s’agit de deux frères d’origine tchétchène arrivés aux Etats-Unis en 2001 ou 2002, dont l’un était parfaitement intégré, obtenant la nationalité en 2012.
Le plus âgé des frères Tsarnaev s’appelle Tamerlan… un prénom de destinée parce qu’il s’agit de ce turco-mongol qui a semé la terreur dans la partie oriental de l’Empire musulman au XIVème siècle, avant de fonder une principauté autour de Samarkand. Le Tamerlan d’aujourd’hui, c’est celui qui visiblement avait de l’ascendant sur son frère cadet, Djokhar – le premier avait 26 ans, le second 19. Bons musulmans – plutôt musulmans fervents -, les deux jeunes ont été embrigadés à travers les réseaux sociaux. Ils ont bien préparé leur coup.
Aux Etats-Unis, l’incompréhension est grande. Comment des jeunes se comportant comme tous les jeunes de leur âge, peuvent-ils basculer de la sorte ? Surtout que Tamerlan avait une fille d’une citoyenne américaine qu’il avait convertie à l’Islam. Les analystes et les commentateurs semblent avoir oublié que les deux Tchétchènes transportaient avec eux leur haine de l’Occident, du libéralisme, de l’Autre en général quand ils sont venus s’installer au Massachussetts. Leurs déboires sur place n’ont fait qu’exacerber ce qui était déjà là et qui pouvait provoquer à n’importe quel moment un accès de folie meurtrière. Pas besoin d’aller loin dans les enquêtes se rapportant au cursus de chacun : la haine qu’ils avaient trimbalée en eux a été entretenue et excitée par les sites faisant l’apologie de la violence, aboutissant à ces explosions de Boston.
Surprise et honte. C’était sur I-TV, une chaine française d’information continue. Une édition spéciale consacrée à la libération de la famille Moulin-Fournier. Deux journalistes interrogent le spécialiste maison de l’Afrique et des groupes terroristes, un certain Olivier Ravanello que j’avais entendu plusieurs sur le Mali et dont les connaissances – du moins sur la région - me paraissaient très approximatives. Aujourd’hui, il s’agit de commenter cette libération d’otages…
Le «spécialiste» qui a certainement pris le temps de préparer cette «expertise» se lance dans une longue litanie où il parle de «forces kenyanes» qui seraient remontées vers le Nord «du Kenya» pour mater la «secte kenyane» qui veut imposer l’application de la Charia «à tout le Kenya». Les «relations de la France avec le Kenya», de la France «avec le Cameroun» ont permis de dénouer la situation. En quelques minutes, l’expert aura prononcé le nom du Kenya au moins six fois. Ce qui est surprenant, ce n’est pas seulement la confusion dans les propos du spécialiste, mais aussi et surtout le silence des deux journalistes qui sont en face de lui.
Cela m’a rappelé que quand il a voulu s’excuser pour ses propos sur le Président mauritanien, le député français Noël Mamère avait prétexté qu’il s’agissait d’un défaut de langage, qu’il pouvait dire «le Président de l’Algérie, du Mali, du Niger…», n’importe lequel… Comme le mépris que cette élite française affiche est sans limite. Entre le Kenya et le Nigéria, quelle différence ? Tous deux des pays africains. Olivier Ravanello, le spécialiste de la question aurait pu citer l’Ouganda, l’Egypte ou le Botswana… quelle différence ?

samedi 20 avril 2013

Ne croyez rien de ce qu’on vous dit


J’ai lu l’autre jour que le Président Messaoud Ould Boulkheir a rencontré – une fois «a téléphoné», une fois «a rencontré» - le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Que les deux hommes ont discuté de l’initiative du président de l’Assemblée nationale qui venait d’être acceptée – toujours selon ce que j’ai lu – par la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Déduction : on est sur le point d’aboutir à un accord politique qui ferait dépasser à la Mauritanie la situation actuelle.
J’ai lu aussi – il y a quelques jours – que la CENI a décidé de fixer le 1er octobre comme jour d’élections (premier tour). Ceux qui ont lu l’information n’avaient pas besoin de poser la question, il suffisait de regarder le calendrier pour voir que c’est un mardi : le jour d’élections est toujours un vendredi. Mais le sens critique est le moins partagé chez nous.
D’ailleurs, nos lecteurs, nos auditeurs continuent de croire (à 100%) ce que nous leur servons. Alors que chaque semaine, voire chaque jour, nous leur donnons la preuve que nous ne sommes pas crédibles. Je crois que c’est lié à la demande de vérité qui n’existe pas. Nous sommes dans une société où la demande d’exactitude n’est pas évidente.
Quand on ouvre un site, qu’on lit un journal, on écoute une radio ou l’on regarde une télévision, ce qu’on attend ici, ce n’est l’information, c’est le commentaire de l’information. Ce n’est pas le fait qu’on veut avec exactitude, c’est la confirmation de ce qu’on a entendu dans tel ou tel salon, chez tel ou tel groupe politique. Ce n’est pas l’analyse froide et raisonnée qu’on espère, c’est le commentaire partisan et virulent.
C’est aussi à nos lecteurs, nos auditeurs et nos téléspectateurs qu’il faut reprocher les manquements à la déontologie qu’ils sont prompts à dénoncer. Ils sont en partie responsables de la corruption du secteur des média. Par leur propension à ne s’intéresser qu’à la moins probable des informations, qu’au plus fallacieux des arguments, qu’au plus tendancieux des commentaires.
Comment nous arrive l’information ? Très peu d’entre les journalistes ceux qui vont à la quête de l’information. En général, elles arrivent dans nos rédactions, prêtes à être diffusées. Nous les créons parfois. Quand on a un souci de primeur de l’information. En ajoutant «de sources sûres…», «de sources proches de…», «selon une grande figure qui a préféré gardé l’anonymat…»… dès que quelqu’un préfère garder l’anonymat, il perd sa notoriété. Il devient un inconnu, un néant.
On accompagne l’information selon ses positions et ses préférences. Parce qu’elle a été servie par «un ami», elle peut être réaménagée pour lui donner la forme qui sied. Si elle est commanditée par un «bailleur», elle est servie tel qu’elle est parvenue, avec la grossièreté souvent, les fautes et les insuffisances. Si elle est soufflée par un service, elle est amplifiée par la rumeur qui l’accompagne.
Dans notre pays, on a oublié – tous, hommes politiques et journalistes – que la démocratie se nourrit de vérité et de transparence, de dialogues et d’échanges, d’équité et d’engagements. Que le pire ennemi de la démocratie est bien la propension à exacerber les différences, à exciter les frustrations, à provoquer les fractures et à créer un climat propice à la violence. 

vendredi 19 avril 2013

A chaque station son discours


Parce que je devais assister à la prière du mort organisée dans une mosquée de Tinsweylim (non loin de l’hôpital Zayed), j’ai dû suivre une conférence animée par trois figures du parti Tawaçoul dont, je crois le président du Conseil national du parti islamiste. Dans cette mosquée, chaque jeudi, les «bonnes âmes» - il ne doit pas obligatoirement s’agir de militants du parti – se retrouvent ici pour «minbar el khamis» (la tribune du jeudi). Un conférencier, toujours une notoriété de ce courant, présente son point de vue et répond aux questions qui pourraient être posées.
Ce jeudi, le thème était celui de la fraternité en Islam. Sujet bateau, sujet noble quand même. Intéressant dans un pays où l’atomisation de la société a provoqué un affaiblissement considérable de la chaîne des solidarités traditionnelles, pour ne pas dire naturelles. Dans une ville comme Nouakchott où la frénésie et l’avidité ont corrompu ce qui devait être d’humanité. Au sein d’une élite obnubilée par la recherche d’un pouvoir lui donnant accès à quelque ressource à piller. Sujet porteur donc.
Trois axes : celui de la noblesse fondatrice du sentiment de fraternité en Islam, à force de versets coraniques et de Hadith du Prophète (PSL) ; celui de la Morale à la base ; et enfin celui de l’Histoire des rapports entre les communautés en Mauritanie (Négro-africains et Arabes). Sur le premier aspect, rien à retenir sauf l’exemplarité des préceptes que dictent Coran et Sunna. Sur le second, j’ai été surpris par l’extraordinaire sens de mesure, l’incommensurable abnégation, l’inégalable sens de l’équité (inçaav) du président du Conseil national de Tawaçoul qui a soutenu que dans toute attitude le Musulman est tenu de ne retenir que le côté positif des autres et de ce qui advient en général. En clair et sans appel : il faut éviter de s’attarder sur le mauvais aspect de la vie, des événements et des hommes.
Côté Histoire, j’ai appris que Dan Fodio, El Haj Oumar Tall, Kankan Moussa… et tous ces princes d’Etats islamiques subsahariens n’auraient pas été si leurs maîtres sahariens n’avaient pas continué à les alimenter en bonnes paroles. J’ai appris aussi que la guerre qui se déroule actuellement au Mali ne serait que le prolongement d’un contentieux ouvert avec l’arrivée du colon dans la région. Et, par déduction, la guerre entre le Mal et le Bien est loin d’être finie…
De tout ce qui a été dit – et bien dit -, je retiendrai cet appel à la pondération du président du Conseil national de Tawaçoul, un appel dont on a besoin en ce moment où notre élite pousse vers la confrontation violente. Il ne peut pas y avoir meilleure initiative que celle qui pourrait appeler à l’apaisement dans les rapports, à la mesure dans les prises de position, à la reconnaissance des aspects positifs des uns et des autres, de la bonne foi de tous…
Imaginons un moment, le parti qui revendique une inspiration d’ordre religieux donc Immanent, demander à tous, y compris ses militants et ses partenaires, de tempérer les propos, de chercher une voie médiane qui pourrait reconnaitre à ses adversaires (devenus concurrents ou même partenaires), d’être moins vindicatifs, moins aigris, plus tolérants, plus mesurés dans leurs propos…, mais c’est déjà une révolution «démocratique», une victoire sur le mauvais génie. Alors pourquoi ne pas adopter ce discours tenu dans cette mosquée d’un quartier populaire ?

jeudi 18 avril 2013

Militaires et médecins


Première sortie publique du général de brigade Mohamed Ould Ghazwani depuis qu’il est chef d’Etat Major des Armées de la République Islamique de Mauritanie. L’occasion du 3ème congrès du groupe de travail maghrébin de médecine militaire qui se tient à Nouakchott. Avec des représentants de plusieurs pays et de plusieurs institutions. Voilà ce qu’en dit l’AMI :  
«…Le congrès, qui dure 4 jours, est organisé par la direction générale de service sanitaire des forces armées et sécuritaires sous le haut parrainage du Président de la République M. Mohamed Ould Abdel Aziz.
La rencontre, à laquelle participent 60 personnes venant de 16 pays arabes, africains et étrangers, vise à doter ces participants des derniers quêteurs dans le domaine de médecine militaire, qui représente la pierre angulaire dans le renforcement des capacités combatives des militaires d'une part, et un facteur puissant dans le domaine de la santé publique.
Dans un mot pour la circonstance, le général de brigade Mohamed Ould Mohamed Ahmed chef d'Etat major a indiqué que cette rencontre représente un vaste espace pour l'échange d'expérience et expertises et du développement des savoir- faire dans le domaine de la médecine militaire.
Il a ajouté que ce congrès se tient dans une atmosphère particulière, où la zone connaît des grands défis sécuritaires, dictés par les phénomènes du terrorisme, du crime organisé, du trafic et du commerce de stupéfiants.
Le chef d'Etat major a souligné que cette situation requiert plus de sacrifices pour disponibiliser la couverture sanitaire adéquate nécessaire pour la période.
De son côté, le colonel Mohamed Saleck Ould Mohamed Abdoullah, directeur général de santé des forces armées et de sécurité, également président en exercice du Groupe de travail maghrébin de médecine militaire, a souhaité la bienvenue aux hôtes de la Mauritanie participant à cette session, précisant que la rencontre de Nouakchott comprendra la présentation de plus de 40 exposés sur les différents aspects de la médecine militaire et permettra de renforcer les capacités médicales des armées et d'intensifier le services de santé publique.
Pour sa part, l'ex président du Groupe de travail maghrébin pour la médecine militaire colonel Major Amer Kane Bedouche s'est dit fier de se trouver dans sa 2ème patrie, la Mauritanie, pour participer à ce congrès, soulignant qu'il concrétise le désir des pays concernés de développer le service de médecine militaire, Chose qui ne peut être réalisée que par la coopération, la complémentarité, l'échange des expériences et la poursuite de l'action commune. 
Le secrétaire général du conseil international de la médecine militaire, le Général Marc Marillon a rappelé, quant à lui, les principes à l'origine de la création du congrès mondial de la médecine militaire, soulignant que l'idée vise dans coordination entre les médecins militaires confrontés aux mêmes défis, soignant les mêmes malades et blessés militaires et civils.
"Grâce à cette institution, les contacts sont permanents entre les professionnels de la santé militaire dans tous les Etats" a-t-il dit. 
De son côté, le président du conseil international de la médecine militaire le Général Hillary Akadou a exprimé la joie qu'il éprouve de participer aux travaux de ce congrès, à l'invitation du directeur général de la santé des forces armées et de sécurité en Mauritanie. 
"Il est nécessaire de conjuguer les efforts de tous pour hisser la médecine militaire dans les pays concernés au niveau des attentes et espoirs de leurs armées dans ce domaine. 
La présidence tournante du Groupe de travail maghrébin de médecine militaire a été confiée au directeur général de la santé des forces armées et de sécurité en Mauritanie
». 

mercredi 17 avril 2013

Générations perdues


C’est l’un des soucis majeurs de la Mauritanie que l’existence de générations entières formées en ce temps qualifié par tous de «règne de la médiocrité». Ces trois décennies qui ont vu tout foutre le camp : le niveau, l’école, les valeurs, l’économie, la politique, la Morale, le moral, l’honneur, l’engagement, la vérité… Nous ne sommes pas assez durs avec ce temps qui a rongé ce qu’il y avait de mieux en nous. Heureusement qu’il y a eu des résistances.
Aujourd’hui, les survivants du système, ceux qui l’ont nourri et entretenu, essayent de se mêler à la foule des résistants, de se refaire une virginité, de se retaper et de nous faire oublier les rôles mesquins qu’ils ont dû jouer… Ils sont les mêmes physiquement…, moralement certainement…, mais ils prennent des places qui ne devaient pas être les leurs.
Les inventeurs de l’article 104, les tortionnaires, les bourreaux, les prédateurs, les promoteurs des faux chiffres, les génies malfaisants de l’époque 1980-2005 doivent reculer, la distance nécessaire pour permettre au pays de reprendre ses souffles, le temps nécessaire pour lui donner l’occasion de se relever.
Les résistants de l’époque doivent au plus vite avancer un pas de plus pour ne pas se laisser submerger par ceux qui les ont exploités tout ce temps. Ils n’avaient pas le droit de servir de «blanchisserie» aux bourreaux d’hier. Nous laissant sans repères…
Pour revenir à ces générations qui font déjà la Mauritanie d’aujourd’hui et qui seront les maîtres de celle de demain, il faut dire qu’elles inquiètent. Il m’arrive de temps en temps d’observer de près le comportement de ces jeunes de moins de 35 ans et de remarquer qu’ils sont l’ante-Etat. Comment peut-il en être autrement ?
En 2000, lors de la campagne de répression contre les jeunes de Conscience et Résistance, des gens sont venus dans les rédactions demander de ne pas citer leurs enfants arrêtés dans ce cadre. Je me souviens avoir tenu à deux «grandes personnalités» de l’époque le raisonnement suivant : pourquoi avoir honte d’avoir donné à la Mauritanie un(e) jeune interpellé par la situation du pays et soucieux de l’engagement sur la voie de changement ? Je crois qu’il est plus grave de les doter de cartes d’identité nationale falsifiées, avec des noms et des âges qui ne sont pas les leurs et de leur demander ensuite de voter l’une de ces calamités du PRDS… J’en avais fait un texte que j’avais intitulé «Générations Maawiya, générations perdues». Pour dire combien nous sommes inconscients de vouloirs léguer à la Mauritanie un encadrement pourri par l’appât du gain.
Récemment encore, je suivais un quiz organisé par des jeunes Mauritaniens – étudiants apparemment – et où la question se rapportant à la date du premier référendum sur la première Constitution du pays était posée. L’un des participants me pose la question. Je réponds naturellement que la première Constitution a été adoptée le 22 mars 1959, puis révisée le 26 novembre 1960, le 20 mai 1961 pour fonder le régime présidentiel et préparer la fin du pluralisme politique qui allait suivre. La loi 61.095 du 20 mai 1961 n’a pas fait l’objet d’un référendum, mais celle de 59, si.
Les compagnons du quiz ne voulaient rien entendre. Il n’y a jamais eu de Constitution, ni de référendum avant le 20 juillet 1991. C’est comme ça que des pans entiers de notre Histoire sont rayés par le fait de l’insouciance qui est une règle de conduite qui caractérise notre élite…

mardi 16 avril 2013

Question de transparence


La France est secouée par l’affaire Cahuzac qui a été une sorte d’électrochoc provoquant une moralisation qui a commencé par la publication du patrimoine des membres du gouvernement. Pour savoir ce que possède tel ou tel ministre, il suffit maintenant de cliquer sur le nom. L’acquis de transparence est vite assimilé «à du voyeurisme», dans la mesure où il laisse place à une sorte d’exposition de soi qui est indécente. Aussi crée-t-il des préjugés «sympathiques» pour les plus démunis, plutôt «hostiles» aux nantis… Mais en dehors des appréhensions qui sont propres à la société française, que peut-on en tirer ?
En Mauritanie, c’est la loi 2007-047 du 18 septembre 2007 qui oblige la plupart des hauts fonctionnaires et grands responsables de la République à faire une déclaration de patrimoine auprès de la commission nationale instituée à cet effet.
C’est quoi ? La loi «a pour objet de définir le cadre juridique destiné à garantir la transparence financière de la vie publique» (Art. 1). Il s’agit d’une «obligation de déclaration périodique du patrimoine».
Qui est concerné ? On se souvient encore de la bataille livré par les Parlementaires, toutes tendances confondues, pour se soustraire à cette obligation. Finalement sont concernés : le Président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement, les Magistrats, le Président et adjoint de la Communauté urbaine de Nouakchott, les «premiers responsables des Collectivités territoriales ayant en charge la gestion de budgets dont le niveau est fixé par décret», les secrétaires généraux de ministères, les Chefs d’Etat Major (Armée, Gendarmerie, Garde) et leurs Intendants, les chefs de missions diplomatiques et consulaires, les Walis, les directeurs de la Sûreté, des Douanes, du Trésor, du Budget, des Impôts, les directeurs chargés des finances dans les ministères, les directeurs et présidents de conseils d’administration de sociétés publiques et mixtes, les responsables de projets et ceux d’organisations de la société civile bénéficiant de l’aide publique, les comptables publics, les membres des autorités de régulation, des organes et instances de contrôle, ceux des commissions des marchés publics…
Comment et quand ? C’est à la nomination au poste ou à l’investiture et à la fin de mission que les concernés doivent présenter cette déclaration devant la commission de transparence dirigée par le Président de la Cour Suprême. Il s’agit d’une «déclaration de sa situation patrimoniale et celle de ses enfants mineurs». Dans on article 2 qui définit les conditions dans lesquelles la déclaration de patrimoine est faite par le Président de la République, il est dit que «chacune de ces déclarations est rendue publique».
Dans l’esprit de la loi, il s’agissait de publier les déclarations, de les rendre «publiques». Mais un juriste-maison, l’un de ceux qui ont toujours tordu le cou de la loi, a expliqué cette exigence par l’acte solennel de la déclaration. Il suffisait à ses auteurs de faire leurs déclarations en remettant «publiquement» l’état à la commission pour satisfaire à cette exigence.
Où en est-on ? L’exigence de transparence n’est pas une demande politique ou sociale. Du coup le débat sur la question n’a jamais été ouvert par les acteurs politiques. De temps en temps, souvent pour charger les autorités et/ou souligner les insuffisances, un opérateur politique se rappelle de cette exigence légale qu’est la déclaration de patrimoine. Le temps pour lui de se dire qu’elle pourra être exigible pour lui – de façon rétroactive ou prospective -, pour ne pas insister outre mesure sur la question. Reste qu’il s’agit là d’un outil à développer et surtout à préserver dans un pays qui a été mis à genoux par la malgouvernance. 

lundi 15 avril 2013

Laurent Fabius en Mauritanie

Une visite attendue depuis longtemps. Depuis le rendez-vous raté du Ramadan passé. Quand Laurent Fabius avait fait le tour des capitales ouest-africaines pour préparer la reconquête du Nord du Mali. Après avoir passé un peu plus de 24 heures à Dakar, partageant les goûts festifs des jeunes contestataires de «Y en a marre», le ministre français avait programmé un passage furtif à Nouakchott, au moment de la rupture du jeûne. Ce que les autorités mauritaniennes avaient mal pris. Le passage n’eut pas lieu…
La Mauritanie étant un pays incontournable dans la construction de la paix au Mali, il fallait donc faire l’effort de venir et de rester le temps nécessaire pour embarquer le pays aux côtés de la France. Le prétexte de la réunion des ministres des 5+5 était l’occasion de réparer ce qui peut l’être.
A son arrivée à Nouakchott, le ministre français a donné le la en déclarant que les relations franco-mauritaniennes sont exemplaires et couvrent plusieurs domaines d’intérêt commun. Quand il a été reçu par le Président de la République, il a poursuivi : «j’ai eu l’honneur d’être reçu par le Président de la République en compagnie de mon ami et collègue le ministre des affaires étrangères et de la coopération. Nous avons abordé les relations bilatérales entre la Mauritanie et la France. La Mauritanie est un ami solide de la France et la solidité de cette amitié s’est traduite dans des actions concrètes».
Annonçant que «dans quelques instants, je signerai ce qu’on appelle un document de partenariat qui permet d’organiser un certain nombre d’appuis concrets de la France à des projets en Mauritanie qu’il s’agisse de la formation professionnelle, de l’éclairage, des services publics... Il y a une amitié solide entre la Mauritanie et la France».
Et de poursuivre : «nous avons évidemment parlé de la situation régionale et de la situation internationale notamment au Mali puisque la Mauritanie suit ce qui se passe au Mali avec énormément d’intérêt et nous avons une analyse extrêmement convergente. Le Mali a besoin de sécurité comme toute la région. L’intervention qui a eu lieu a permis de rétablir la sécurité mais il faut conforter cet élément là. Vous savez sans doute que d’ici quelques jours l’ONU va adopter ce qu’on appelle une opération de maintien de la paix qui permettra d’avoir une force de sécurité très importante au Mali qui va continuer à sécuriser le Mali et nos amis mauritaniens envisagent y prendre part et ils définiront eux-mêmes la manière de le faire».
Reprenant quelques-unes des conditions de la Mauritanie : «Mais il y a aussi l’aspect politique, parce qu’il faut que le Mali s’engage dans le dialogue et la concertation pour aller vers les élections. Nous avons également parlé de cela avec le Président mauritanien qui a une analyse très fine des choses et nous partageons - ce qui m’a frappé dans nos conversations - l’approche qu’il faut qu’il y ait un véritable dialogue entre le sud et les populations du Nord pour que chacun se sente à l’aise et qu’un certain nombre de difficultés, qui ont existé dans le passé, puissent être résorbées. Puis, il y aura des élections qui sont prévues au mois de juillet. Donc, il y a l’aspect de la sécurité, il y a l’aspect des élections et du dialogue et il y a l’aspect économique puisque le Mali comme l’ensemble de la région a besoin d’un soutien économique. Souvent, l’origine des questions est dans une difficulté économique.
Bref, des conversations très chaleureuses, avec le Président de la Mauritanie qui est un ami de la France et vous savez que maintenant je vais avec le collègue ministre des affaires étrangères et de la coopération ensuite, nous aurons à dîner ensemble avec le Premier ministre. Demain, nous passerons, si je puis dire, à un autre exercice celui du dialogue 5+5 : les 5 pays du nord de la méditerranée et les 5 pays du sud. Là aussi nous travaillons la main dans la main avec nos amis mauritaniens. Donc une rencontre excellente avec des amis très solides».
Au même moment, la France proposait au Conseil de sécurité des Nations-Unies d’autoriser le déploiement d’une force de maintien de la paix au Mali à partir du 1er juillet prochain. Ce qui devra occasionner le changement de la MISMA (mission panafricaine au Mali) en MINUSMA (mission intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali).
Il s’agira de déployer un maximum de 11.200 soldats et 1440 policiers. Cette force sera appuyée par une force guerrière française qui interviendra en cas de besoin.
L’absence de la Mauritanie à l’effort de maintien de la paix la privera de suivre de près la situation d’une région qui constitue un espace vital pour elle. Moralement injustifiable, cette absence est un lâchage d’un pays frères, le Mali, et de ses populations.

dimanche 14 avril 2013

Le temps, le temps… !


La Coordination de l’Opposition démocratique (COD) a finalement accepté «le plan de sortie de crise» proposé par le président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir… Ce «plan» a été proposé il y a presque un an et lancé par son auteur fin janvier dernier… Et c’est le 12 avril que la COD a répondu «favorablement». Tout ce temps pour en finir avec un plan dont l’élément essentiel est la constitution d’un gouvernement d’union nationale. C’est quand même la seule chose que les politiques (et les média) retiennent de cette initiative.
Après deux à trois ans de lutte acharnée contre le régime et d’exigence toujours renouvelée du départ de Ould Abdel Aziz, la COD va-t-elle accepter d’entrer dans un gouvernement dont elle juge le chef illégitime ? Oui, apparemment ce n’est pas ça qui va déranger parce qu’on se précipite – après quelques mois de réflexion intense – pour «répondre favorablement» à une initiative qui a pris un coup de vieux avec la décision de la CENI de fixer les élections législatives et municipales. A partir de cette date, l’objet de toute discussion doit être l’organisation de ces élections et comment permettre de mettre en place un dispositif acceptable par tous pour les garanties de transparence qu’il offre.
En fait à quoi servirait un gouvernement d’union à ce tournant de notre Histoire ? Simplement à faire participer quelques vautours de la politique à ce qu’ils croient être un festin à ne pas manquer.
Les élections, c'est dans quelques mois. Il ne faut pas attendre d'être en septembre pour dire si oui ou non on y participe.

samedi 13 avril 2013

Maroc-Mauritanie


Dans quelques jours, se tiendra une nouvelle session de la haute commission mixte mauritano-marocaine. Elle devra évaluer les relations entre les deux pays et essayer de les approfondir et de les développer.
Cette session arrive à un moment important, vital pour les deux pays et pour la région en général. Elle est l’occasion pour les deux pays de dépasser les incompréhensions, certes passagères mais lourdes pour l’avenir des rapports entre eux.
Dans le passé, la relation entre la Mauritanie et le Maroc a été gérée dans une espèce de convivialité qui a détruit le caractère officiel et solennel de cette relation. Les individus, les particuliers essayant de se substituer aux ensembles que sont les Etats.
A un moment donné, des particuliers ont effectivement cherché à passer outre les Ambassades et les représentations de deux pays. Ce n’était plus l’Ambassade du Royaume du Maroc à Nouakchott ou celle de Mauritanie à Rabat qui demandait à l’Agence marocaine de coopération internationale de «bourser» tel ou tel étudiant, mais des particuliers. Ce sont des écrits de particuliers qui nous renseignaient périodiquement sur l’état de ces relations, essayant parfois d’interférer pour les tendre ou les assouplir.
Quand les deux pays décideront de revenir à un cadre officiel et à s’y tenir, ce sera la fin de certaines sources d’incompréhensions. La commission mixte pourra alors faire évoluer les choses vers la suppression des visas.
Il n’y a pas de raison d’avoir un visa entre la Mauritanie et le Maroc. Pour quelque raison que ce soit. Les relations historiques, sociales, humaines, politiques, économiques dictent plutôt l’institution d’un régime de libre-échange, pas l’obligation d’un visa d’entrée.
Pendant longtemps, c’est la Mauritanie qui a demandé le maintien du visa. A un autre moment, c’est le Maroc. Il est temps pour les deux pays de supprimer cette obligation pour permettre la création d’un espace de libre circulation qui pourrait être le noyau de ce Maghreb, rêve de tous.
Une trentaine d’années de «tâtonnements diplomatiques» qui nous a fait perdre nos vocations naturelles, notre âme, nos choix stratégiques, notre Histoire et surtout notre géographie. Pendant une trentaine d’années, l’autorité a travaillé pour faire de la Mauritanie un îlot de conservatismes primaires (ostracisme, racisme, «arriérismes»…). Pour faire de nos frères des étrangers, de nos voisins des extraterrestres, de nos amis des ennemis. L’extravagance est passée par là. Et avec elle les décisions les plus incongrues et les plus graves : crises avec les pays voisins, sortie de la CEDEAO, établissement de relations avec Israël, coupure de relations avec l’Irak, volte-face fréquent, inconsistance, instabilité, imprévisibilité…
Nous avons donc à réhabiliter notre vocation première qui est celle d’être une terre africaine et arabe, une terre de convergence ; d’être un pays profondément établi dans son arabité et fier de son enracinement africain. Cultiver cette double appartenance dans l’humilité et les bonnes prédispositions vis-à-vis de nos frères et de nos amis. En fonction de cela faire ses choix stratégiques de relations.
Je pense personnellement que l’adossement de la Mauritanie à un Maghreb fort et uni, son appartenance à part entière à une Afrique de l’Ouest intégrée dans la CEDEAO et son maintien de relations privilégiées avec l’Europe à travers la France, l’Espagne et l’Allemagne, avec l’Asie à travers la Chine et le Japon, avec l’Amérique (Etats-Unis et Canada d’une part, Brésil et Venezuela d’autre part), tout cela peut garantir la survie du pays dans un environnement de plus en plus exigeant en matière de production, de qualité de vie, de concurrence…
Notre relation avec le Maroc ne doit pas être dictée par les intérêts bassement matériels de quelques individus vivant sur les embrouilles. Elle ne doit non plus être conditionnée par le bon vouloir des frères algériens. L’inverse est tout aussi vrai.

vendredi 12 avril 2013

Emel 2012 au Gorgol


Le programme EMEL 2012 a permis d’apporter une bonne réponse aux sollicitations de la population dans les coins les plus reculés de Mauritanie. C’est cette réussite qui a dicté aux autorités de continuer le programme en 2013, au moins dans sa composante alimentation humaine. Cela se traduit au Gorgol où j’ai séjourné récemment par le maintien de 116 boutiques ouvertes, bien réparties dans l’espace de la Wilaya.
36 dans le département de Kaédi, 24 dans celui de Maghama, 42 dans celui de M’bout et 14 à Mounguel. De quoi permettre à toutes les populations urbaines et rurales de profiter de cette manne.
En milieu urbain, les quantités disponibilisées sont de 6 tonnes pour le riz, 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre et 1,5 tonne pour les huiles. En milieu rural, elles sont de 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre, 3 tonnes pour le riz et 1,5 tonne pour les huiles.
La célérité dans la distribution est exigée pour permettre l’acheminement en temps nécessaire des quantités demandées. De l’avis de tous, cette opération a été salutaire pour les populations. Tant mieux.

jeudi 11 avril 2013

Pourquoi tant d’aigreur ?


Les acteurs politiques de la scène mauritanienne sont aveuglés par l’aigreur et la haine. On dit ailleurs que l’aveuglement est plus dangereux que la cécité. Nous sommes aveuglés par les fantasmes qui remplacent l’analyse du réel, la culture de l’imaginaire qui annihile l’action, la rumeur qui décrédibilise le fait dans sa vérité, et le manque d’esprit critique qui pourrit l’intelligence.
Depuis quelques semaines, on essaye d’accaparer notre attention par de faux dossiers, de fausses enquêtes, de faux enregistrements, de faux échanges…, comme s’il fallait créer, imaginer pour trouver de quoi démystifier l’action du gouvernement ou encore jeter l’opprobre sur le Président de la République pour déstabiliser son régime et l’amener à renoncer gentiment à son pouvoir.
En fait d’enquête, où est le journaliste qui est parti interviewer les prétendus protagonistes de la prétendue «affaire d’Accra» ? On s’est contenté ici et là de prendre pour son compte un entretien réalisé par un sombre journal qui paraitrait en Côte d’Ivoire (L’Inter) avec un citoyen malien du nom de Hamed Oumar. Il est présenté comme un «patron de société de sécurité», «natif du Nord du Mali» et avec lequel on va parler de «la guerre au Mali». Pour ne parler que de la Mauritanie et de ses relations, supposées ou réelles avec le contre-espionnage mauritanien du temps où il poursuivait les Cavaliers du Changement.
L’intéressé avoue n’avoir jamais donné de renseignements sérieux sur les Cavaliers… avant d’être orienté par une question vers une relation avec le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, alors commandant du BASEP (sécurité présidentielle). Et comme s’il n’y avait pas assez d’aventuriers mauritaniens prêts à tout à l’époque pour aller cueillir quelques magots fictifs, c’est ce malien qui n’a jamais servi à grand-chose pour ses commanditaires (selon lui) qui est délégué par le colonel dans une affaire de blanchiment d’argent irakien.
Nous avons toujours écrit, et tous les Arabes doivent le retenir, que malgré tout ce que l’Occident a essayé de leur coller comme crimes, les responsables du parti Baath irakien n’ont jamais été accusés d’avoir détourné des fonds vers l’extérieur. Vous avez entendu parler des armes chimiques, du nucléaire, des assassinats, de la répression…, de tout sauf que l’un d’eux a détourné et/ou a mis dans un compte à l’extérieur des fonds. Quand on pense à la Tunisie, à l’Egypte, à la Libye, à la Syrie, à tous les pays arabes et au comportement en la matière de leurs dirigeants, il y a de quoi regretter Saddam et ses compagnons… Mais passons.
On s’est basé en Mauritanie sur une interview «accordée» - est-ce le mot ? peut-être que «publiée» est plus adéquat – à un journal ivoirien (peu connu) pour fonder toute une stratégie politique. D’où ça vient tout ça ? Peut importe.
Si l’objectif avait été d’occuper la classe politique par un nouveau sujet sans lendemain, il a été atteint. Avec la complicité de la presse qui n’a fait aucun effort pour disséquer ce qu’on lui servait comme fond de dossier : les enregistrements n’ont fait l’objet d’aucun effort d’authentification, aucune analyse pour savoir s’il s’agit d’un montage ou non, d’un vrai ou d’un faux…
Cela importait peu. Du moment que cela puisse servir à salir l’adversaire, «l’ennemi» du moment, Ould Abdel Aziz, aucune retenue, aucun sens critique, aucune prudence n’est de mise. On en oublie qu’en s’acharnant à salir la personne, on abîme sérieusement l’image du pays et de son peuple. On déprécie l’action publique et on décrédibilise le discours politique.
Peu importe encore une fois. La révolution qui n’a pas réussi par la mobilisation de la rue ni par les appels du pied à un soulèvement de l’Armée, on semble vouloir la provoquer par un sursaut moral… C’est bien beau. Parce que le grand problème de la Mauritanie est bien la déchéance morale, c’est bien le renversement de l’échelle des valeurs, la prostitution des préceptes…
Qui en est responsable si ce n’est cette élite dont les symboles continuent d’occuper notre espace visuel et médiatique depuis toujours ? Qui peut prétendre à restaurer une quelconque Morale parmi ceux qui sont les plus bruyants ?
Quand on a plus de quarante ans en Mauritanie et qu’on n’a pas bougé ou parlé quand il y a eu la guerre du Sahara, quand il y a eu 81 et ce qui s’en est suivi, 86 et ce qui s’en est suivi, 88 et ce qui s’en est suivi, 89 et ce qui s’en est suivi, 90 et ce qui s’en est suivi… on peut égrener les dates, toutes renvoyant à l’exercice aveugle de l’arbitraire, au sac moral et économique du pays, à la constitution de maffias ponctionnant sur les richesses destinées à améliorer les conditions des populations, à rendre plus productives les zones agro-pastorales, plus efficient le système éducatif, plus généralisé et plus efficace le système de santé, à avoir de l’eau potable partout, de l’énergie, des routes… On sait tous qu’est-ce qu’il est advenu de ces richesses privatisées par de hauts fonctionnaires, politiciens sans vergogne, qui ont fait de la démocratie un jeu perfide qui permet l’ascension des médiocres et des pourris. Avec tout ce qu’ils ont amassé trois décennies durant, ces hommes (tiens, il n’y a presque pas de femmes dans le groupe) essayent de maintenir leur diktat. En refusant à la Mauritanie d’avancer. En biaisant les rapports entre Mauritaniens par l’entretien d’une culture de la haine et de l’aigreur.