dimanche 18 février 2024

Union Africaine 

La Mauritanie à l’épreuve du continent

 


C
e n’est pas la première fois que notre pays se retrouve propulsé au-devant de la scène continentale en assurant, pour une année, la présidente tournante de l’Union Africaine. Mais cette fois, la présidence de l’UA nous tombe dans les bras dans des circonstances particulières.

Elle est d’abord le fruit d’un consensus solennellement exprimé par les pays de l’Afrique du nord à un moment où il est pratiquement impossible de faire converger ces pays vers une décision commune.

Elle est aussi un «coup de chance» pour la Mauritanie qui entend reprendre l’une de ses vocations originelles qui consistait à être «le trait-d’union» entre le nord et le sud du Sahara. A un moment où cette vocation sera certainement l’un des éléments de langage de la future campagne présidentielle.

Elle est surtout un moment d’accomplissement qui arrive après quelques grandes émotions vécues par les Mauritaniens (parcours de l’équipe nationale de football dans la dernière CAN notamment) et à un tournant dans le projet de société et de gouvernance lancé le 1er août 2019 par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Quelles attentes et quelles opportunités s’ouvrent devant le pays à cette occasion ?

 

Lucidité dans le discours

 

En se référant à feu Moktar Ould Daddah, le Président Ould Cheikh El Ghazouani, nouvellement investi par ses pairs à la tête de l’Union Africaine, rappelait sans doute le poids de l’Histoire et la grandeur de la mission qui incombe à l’organisation en ces temps où la morosité semble dominer.

Inspiré comme à son habitude, il soulignait que le Président Ould Daddah «croyait en la nécessité de promouvoir l’action africaine commune, fermement convaincu que son pays (la Mauritanie, ndlr) qui constitue un lien historique et culturel, entre le sud et le nord du continent, devait être l’un des piliers de cet édifice africain naissant».

Où en est l’UA ? certes l’Agenda 2063 ambitionne d’arriver à «une Afrique intégrée et prospère, gouvernée pacifiquement, dirigée par ses citoyens, et une force dynamique sur la scène internationale». Mais l’organisation panafricaine est loin de satisfaire les attentes de ses peuples.

La situation de pauvreté dans laquelle vivent les peuples du continent en général contraste scandaleusement avec les potentialités du continent. Richesses du sous-sol et halieutiques, abondance de sources d’énergie renouvelable, dynamisme de la démographie, position géopolitique… tout concourt à faire du continent une promesse permanente de futur. Ce qui est loin de changer le présent.

Le manque d’éducation, de démocratie, l’exclusion, l’iniquité dans le partage des ressources, la mauvaise gouvernance du potentiel sont autant de causes d’instabilité endémique voire structurelle. Cette mauvaise gouvernance est à l’origine des guerres civiles, des rébellions, des coups d’Etat et de la propagation du crime organisé sur notre continent.

«Notre continent abrite plus de 50% de l’extrême pauvreté dans le monde, possède 25% des terres arables mondiales et ne contribue qu’à 10% de la production agricole mondiale, ce qui menace de continuer à détériorer sa sécurité alimentaire», reconnait le nouveau Président de l’UA. Les images se succèdent de jeunes africains fuyant leurs terres d’origine pour des raisons économiques, climatiques, sanitaires, ou politiques, souvent à cause de la conjugaison de tous ces facteurs.

 

Promesses d’avenir

 

Si, à un moment les regroupements régionaux ont été perçus comme solution en perspective d’une intégration africaine plus large, nous en sommes aujourd’hui à les regarder se décomposer l’un après l’autre. L’une des premières préoccupations du nouveau Président en exercice de l’UA sera certainement d’endiguer le phénomène et de ramener l’unité sur la base du partage et de la tolérance. Les questions de savoir que fera-t-on du G5 Sahel, ou comment éviter la dislocation des organisations régionales comme la CEDEAO, comment rapprocher les pays du Maghreb, régler les différends de la Corne de l’Afrique, arrêter les changements anticonstitutionnels du pouvoir.

Dans une étude publiée à l’occasion de la tenue du 37ème sommet de l’UA, l’organisation internationale Crisis Group explique la nécessité d’agir vite et fermement pour résoudre les multiples conflits qui ravagent actuellement le continent et prévenir ceux qui sont latents. Pour ce faire, l’organisation déclare qu’en 2024 «l’UA devrait explorer de nouvelles façons de traiter les crises de gouvernance ; s’engager pour sauver le Soudan ; résoudre les conflits en Éthiopie et stabiliser la RDC ; maintenir ouverts les canaux diplomatiques dans le Sahel central ; mettre le conflit anglophone du Cameroun à l’ordre du jour ; réactualiser son partenariat avec la Somalie et contribuer à préparer le Soudan du Sud pour les élections».

Chercher des solutions multilatérales aux crises et aux menaces est aussi une nécessité à l’heure où le monde, particulièrement le continent, est traversé par le repli sur soi des Etats au nom d’un souverainisme désuet et dangereux. Mutualiser les ressources et les compétences en matières de partenariats techniques et financiers extérieurs est aussi nécessaire pour accéder aux financements peu onéreux et réaliser les projets structurants, y compris ceux qui visent l’exploitation commune des ressources naturelles. L’exemple de l’exploitation gazière dans le bassin sénégalo-mauritanien doit faire école.

L’UA verra s’ouvrir devant elle l’occasion de participer au forum du G20 qui rassemble les plus grandes économies du monde. En septembre prochain, la nouvelle présidence ne manquera de présenter un plaidoyer voire un plan de financement au profit des pays du continent. Si le maintien de la paix dans le monde, la lutte contre la pauvreté, et si la peur de l’immigration sont des préoccupations réelles pour le monde riche, il va falloir faire un effort supplémentaire pour aider les pays à prendre en charge leurs populations et éviter les grands bouleversements.

Apaiser les tensions, rapprocher les points de vue pour préparer l’avènement d’une nouvelle équipe en 2025. En effet, le sommet prochain doit élire un nouveau président de la Commission de l’UA à la place du tchadien Moussa Faki Mahamat, du vice-président et des six commissaires dont celui Paix et Sécurité, toujours objet de forte concurrence entre nos deux grands voisins immédiats du Maghreb (Maroc et Algérie).

La nouvelle présidence tournante aura pour tâche d’insuffler un engagement plus fort des dirigeants et des Etats pour soutenir l’organisation d’une part sur le plan politique et d’autre part sur l’aspect financier. En effet rien que les opérations de maintien de la paix sont supportées à 25% par l’UA (les 75% sont supportés par l’ONU).

Le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani arrive à la tête de l’UA à un moment crucial pour le monde arabe. La guerre de destruction menée par Israël à Gaza et dans les Territoires occupés de Palestine, exige de notre pays un effort supplémentaire en vue d’assurer à la cause palestinienne, arabe en général, le soutien des frères africains. C’est cela qui avait donné un sens à la présidence mauritanienne sous feu Moktar Ould Daddah et qui avait permis à la Mauritanie de jouer pleinement son rôle d’interface entre ses deux versants africain et arabe.

lundi 2 mars 2020

Coronavirus & Consorts


Le coronavirus – dénommé désormais COVID19 – fait des ravages. La peur voire la terreur accompagnant les épidémies s’intensifie. Dans un Monde déjà affecté par les plaies causées par les dérèglements climatiques, économiques et sociaux, la méfiance est à son paroxysme. Cette maladie impose une sombre atmosphère où l’individualisme se confond fatalement avec l’égoïsme, parce qu’elle engendre le réveil des instincts primitifs et des replis mortifères. Il en naît une sorte de chao dans l’intelligence des choses et dans les comportements des moins audacieux qui y voient l’«opportunité» de se défaire de toutes les réserves morales qui régulent leurs propos et leurs actes.
Dans notre espace, l’effet de l’épidémie – pandémie – est là : la culture des clivages, des sectarismes, l’appel aux instincts primaires dans les «identités meurtrières», l’excès dans les paroles dites souvent sans discernement, la violence dans les actes irréfléchis… cela arrive quand la Raison dérive.
Quoi qu’on dise cependant, rien ne justifie cette hystérie qui se déchaîne à travers les réseaux sociaux, par messages audio, visuels (et audiovisuels) si ce n’est l’incompétence et la mauvaise foi.
L’incompétence parce qu’il s’agit du refus d’imaginer un monde meilleur, de le proposer ensuite de façon intelligible et acceptable pour la plupart d’entre nous. Une incompétence qui délégitime les revendications parfois les plus «normales» parfois les plus «justes». Une incompétence qui pousse à choisir la paresse comme attribut de la démarche suivie. Réduisant le champ de l’intelligence au strict appel au premier degré du sens, celui qui marque la régression de l’humaine condition.
La mauvaise foi sert à couvrir l’incapacité à produire un discours rationnel, un plaidoyer puissant développant un argumentaire imparable. La force de la vérité s’inscrit toujours dans la justesse des propos. La mauvaise foi est aussi une parade au refus de reconnaître les manquements du passé récent, «les absences» répétées sur le champ de bataille quand ce ne sont pas les complicités avec les forces réactionnaires et maléfiques qui ont fait peser une chape de plomb sur cet espace d’infinies plénitudes.
L’incompétence et la mauvaise foi empêchent certains parmi nous de voir tous ces feux au vert. Ils préfèrent alors freiner des quatre fers au risque de causer des embouteillages et des accidents constituant ainsi des goulots d’étranglement dans la marche inexorable du Progrès.
Non ! Non ! et non !
La Mauritanie d’aujourd’hui a besoin de consolider le front intérieur. Les Mauritaniens, plus que par le passé, doivent se donner la main pour préserver ce climat de sérénité où les promesses d’une équité sont réelles, où une gouvernance neuve et nouvelle s’installe, et où il fait mieux de vivre quelles que soient par ailleurs les appréhensions que nous pouvons avoir les uns et les autres.
Le rendez-vous de l’Etat de droit, de la citoyenneté solidaire, de la justice sociale vivante, de la tolérance active, de la culture innovante et productive, bref le rendez-vous de la Modernité dans tous ses états ne peut être gagné que si nous avons conscience du moment et de son caractère exceptionnel.
La rupture avec le passé pesant – et clivant – commence par le rejet des discours haineux, la condamnation des relents racistes et des revendications sectaires (ethnicistes, tribalistes et/ou régionalistes).
La refondation exige le calme parce qu’elle a besoin de savoir raison garder. Elle a besoin de chacun de nous pour endiguer «les inspirations contagieuses» du moment, celles qui, comme le coronavirus (Covid19), semblent s’étendre inexorablement, produisant une atmosphère chaotique où la musique est un bruit, où les mots sont des flèches empoisonnées, où le dialogue est une cacophonie.

Ould Oumeir
(Horizons quotidien du 2 mars)

jeudi 9 mai 2019

PRESIDENTIELLE 2019 : Un cycle politique qui n’en finit pas de finir


Nous arrivons évidemment à la fin d’un cycle politique qui a commencé à la veille de l’indépendance nationale et qui a survécu jusqu’à présent aux multiples bouleversements que le pays a connus. Le système politique mauritanien est en train de muter pour donner, espérons-le, quelque chose de neuf et de nouveau. De «neuf» dans la forme et de «nouveau» dans le contenu.

Si l’on prend comme référence le Congrès d’Aleg de 1957, on peut considérer que la première phase de ce cycle a été la plus longue parce qu’elle s’estompe avec la libéralisation de l’espace politique public qui a donné les partis (1991).
Cette phase se caractérise par le monopole exercé par l’Autorité publique sur la vie politique et, conséquence de cette mainmise, l’obligation pour les voix «discordantes» à s’exprimer dans la clandestinité. Les outils et supports de cette expression sont le tract, le graffiti, les chants anonymes, la mobilisation «au noir»… ce qui a donné les groupuscules politiques qui ont animé les frondes des années 60, 70 et 80 : les nationalistes arabes et/ou négro-africains, les gauchistes d’obédience communiste (staliniens, maoïstes, trotskistes…), les islamistes…
C’est l’époque de la floraison des courants monolithiques qui ont imprégné la scène et qui ont fini par en être l’idéologie nourricière. Le travail politique s’est alors limité à une lutte frénétique pour la proximité du pouvoir. Le jeu consistait à approcher, pour les manipuler, les apparatchiks du pouvoir en place. Et pour ce faire, œuvrer pour éloigner voire éliminer toute velléité concurrente. Le rapport violent de la relation entre acteurs est né de cette volonté de tout prendre à soi en excluant – en «mettant hors d’état de nuire» - tout autre acteur politique concurrent. Chaque mouvement a ainsi participé à la répression des autres en la justifiant et même en jouant le rôle de l’indic.
Quand survient la démocratisation en 1991, les mouvements et groupuscules sont tous passés par la case de victime d’une répression et par celle de commis de l’appareil répressif. La scène publique était devenue un champ de recyclage d’anciens prisonniers torturés qui reprenaient du service, le temps de se venger sur les autres en manipulant l’Appareil d’Etat. C’est d’ailleurs parmi les acteurs politiques – les leaders et activistes de mouvements clandestins – que se recrutaient les hommes de renseignements. Cela permettait à l’Appareil de suivre «de l’intérieur» et aux mouvements d’investir les officines pour pouvoir les manipuler.
La naissance des partis, conséquence de l’ouverture politique imposée par la situation internationale, devait aboutir à la disparition progressive des méthodes et des logiques qui ont marqué les trente premières années de la République. Une période de transition va suivre caractérisée par la cohabitation entre le système totalitaire et ses méthodes et une démocratie limitée à l’existence de partis politiques réduits à des faire-valoir pour un régime qui ne lâche finalement rien.
Les dérives autoritaires laissent des blessures profondes : 1989, 1990 et 1991… avec leur lot de tristesse, de massacres, de déportations et d’emprisonnements… La démocratisation, loin de régler les contentieux, donne raison aux expressions extrémistes avec la naissance des discours particularistes se basant sur l’instrumentalisation des tares sociales (esclavage) et des injustices nés des exactions commises durant les années de braise (89-91).
Les acteurs politiques, adeptes du «tout ou rien», adoptent le boycott comme forme de résistance. Ce qui contribue à les marginaliser et consacre la fin du processus de démocratisation.
Le blocage, la détérioration des conditions de vie des populations, l’échec évident des programmes d’ajustement dont l’expression marquante fut l’utilisation excessive des faux chiffres par le pouvoir, la destruction des mécanismes traditionnels de solidarité sociale, le dressement des communautés les unes contre les autres, la promotion des particularismes, la privatisation des biens communs au profit d’une minorité qui a fini par «acheter» (s’approprier) le pays, et, plus grave, la fragilisation de l’Appareil de défense et de sécurité qui a provoqué l’attaque de Lemghayti signe précurseur d’un effondrement planifié par le régime en place… tout cela va justifier – amplement justifié – le coup d’Etat d’août 2005.

La période de transition (2005-2007) devait servir à asseoir un système politique nouveau, mais les résistances de l’ancien monde ont obligé à passer par les secousses qui ont suivi : la fronde de 2008 puis le coup d’Etat, la logique de confrontation qui a marqué les dix dernières années, les boycotts et les participations ratées, les déchirures au sein des formations politiques…
Ce parcours cahoteux pour les acteurs politiques va leur imposer de subir le cours des événements sans jamais réussir à le changer, même pas à l’influencer. L’Opposition avait fini par parier sur le troisième mandat. Préférant mobiliser autour de cette éventualité au lieu de préparer l’échéance. Incapable d’identifier ce qui peut l’unir, elle est réduite aujourd’hui à aller en rang dispersé.

 Le plus grand des partis d’opposition, Tawassoul, a choisi le candidat par défaut après avoir refusé le principe de la candidature de l’intérieur de l’opposition. Pari risqué quand on sait que l’aventure va nécessairement prendre la forme d’une réhabilitation d’un passé par le biais du recyclage de ses hommes. Elle comporte aussi des risques pour ce parti qui se retrouve à la manœuvre dans cette opération de lifting. Le candidat du parti Tawassoul aujourd’hui incarne tout ce que les militants de ce parti prétendaient combattre.

L’Union des forces du progrès (UFP) réussit à légitimer l’absorption de l’héritage du Président Ahmed Ould Daddah et à s’allier ainsi au Rassemblement des forces démocratiques (RFD) à un moment où les deux partis venaient d’accuser un retard substantiel par rapport à Tawassoul notamment. Le boycott systématique des dialogues et des scrutins a affecté l’exercice politique et l’influence populaire des deux partis. En se lançant, comme ils l’ont fait, à l’aventure, les deux partis risquent leur survie : au cas où ils arrivent derrière le candidat de Tawassoul et/ou celui de Sawab/Ira, c’est une fin assurée qui attend cet attelage qui fait oublier, le temps d’une campagne, tout ce qui a pu opposer ces deux formations.

Le mariage contre-nature entre IRA et les Baaths de Sawab est une troisième variante des déviances qui caractérisent l’espace politique traditionnel et qui ne sont finalement que le signe précurseur d’un effondrement programmé. Même si le candidat Biram Ould Abeid peut se prévaloir d’être le premier candidat à s’être déclaré, le refus de ses compagnons de l’adopter comme «candidat principal de l’Opposition» en fait déjà l’expression d’un marginalisme évident. Le discours populiste aidant, le candidat Ould Abeid est condamné à jouer contre tous pour se présenter comme la promesse d’avenir. Tout dépend de comment va-t-il trouver le point d’équilibre entre le discours violent et revanchard et l’attitude raisonné de l’homme d’Etat rassurant pour une bonne partie de la population.

Il y a enfin, la candidature de Kane Hamidou Baba qui se présente comme étant «le candidat des communautés négro-africaines». Avant de créer son Mouvement pour la Refondation, il avait été un soutien inconditionnel du Président Ahmed Ould Daddah qu’il a suivi de l’Union des forces démocratiques (UFD), à UFD/Ere nouvelle puis au RFD qu’il a quitté au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008 qu’il avait soutenu avant de se porter candidat en juillet 2009.
Certains observateurs estiment qu’il va pêcher dans le même électorat que convoitent les candidats Mohamed Ould Maouloud (UFP/RFD) et Biram Ould Abeid. D’autres rappellent plutôt son résultat en 2009 quand il a eu 11.568 voix soit 1,49% des suffrages exprimés arrivant 7ème après Mohamed Ould Abdel Aziz (52,58%), Messaoud Ould Boulkheir (16,29%), Ahmed Ould Daddah (13,66%), Mohamed Jemil Mansour (4,76%), Ibrahima Moctar Sarr (4,59%) et Ely Ould Mohamed Val (3,81%).

Jusqu’à présent les «aventures» électorales ont été «passées» au registre des «pertes et profits». Ce qui explique le comportement quelques fois «incalculé», pour ne pas dire «irréfléchi», des acteurs politiques constamment à la recherche de la confrontation sans prise en compte du rapport de force sur le terrain.
Cette fois-ci, ceux parmi eux qui auront perdu la bataille devront se résoudre à quitter définitivement la scène politique. Ils ne pourront point s’accrocher au sempiternel argument de «la manipulation des élections».
Aucun de ceux qui se présentent aujourd’hui face au candidat de la Majorité, ne survivra au temps de l’échéance. Seul le candidat Biram Ould Abeid pourra faire partie du paysage futur, s’il réussit à gagner ce pari de la modération et donc de «l’utilité» pour une cause unanimement prise en compte, y compris par le candidat Mohamed Ould Ghazouani qui lui a consacré une partie de son discours.
Tous les autres mènent ici leur dernière bataille. C’est la survie des partis qui est ici en jeu.


mercredi 23 janvier 2019

"Mon" Président à moi

Parler de Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas chose aisée. Plus difficile encore d’en dresser le portrait. L’homme est méconnu. Tout comme le politique. Alors que son parcours dérange, ses manières dérangent… ce qui en a fait un malaimé.

En juin 2003, j’ai rencontré pour la première fois Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’époque lieutenant-colonel, commandant le Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP). Il venait de vivre la dure épreuve du putsch du 8 juin. Il fut – je l’avais écrit à l’époque – l’élément moteur de l’échec de ce coup qui a coûté cher au pays (17 morts dont Mohamed Lemine Ould Ndeyane, chef d’Etat Major à l’époque). Son bureau portait encore les stigmates de la folle entreprise : vitres brisées, murs perforés, impacts de balles partout… de quoi se dire que le commandant du BASEP avait été un objectif.
«Tu sais, si ce type (Ould Taya, ndlr) ne tire pas la leçon de ce qui vient de se passer, le pays risque d’aller à la dérive». C’est à peu près ce que le colonel Ould Abdel Aziz m’avait dit en me racontant le retour épique de l’équipe à la présidence après plus de 24 heures passées soit en combattant (pour lui) soit en se terrant dans le camp de Garde (pour le Président et sa suite). Ce n’était pas facile pour un officier de l’époque de tenir de tels propos devant un inconnu qui plus est un journaliste.

Le 28 janvier 2006, au Palais des Congrès, feu le colonel Eli Ould Mohamed Val vient de pérorer sur le vote blanc, le présentant comme une troisième voie pour éviter les candidats civils. La salle est estomaquée. Le colonel Ould Abdel Aziz, toujours commandant du BASEP, se lève. Je lis la fureur sur son visage. Il ajuste sa tenue et se rend immédiatement à son QG. Il ordonne le déploiement de ses unités. Il me parlera plus tard d’une «tentative de coup» sur le processus de la part de son cousin, président du CMJD.
«Un officier n’a que sa parole à donner et nous nous sommes engagés à mener un processus qui doit nécessairement aboutir à une élection libre. Ni prolongation de la transition, ni entorse au processus ne seront permises». Fermeté et engagement pour faire respecter le chronogramme décliné à la suite des journées de concertations.

Juin 2008, je suis appelé par la présidente effective de la cellule de communication de la Présidence. Elle veut discuter de la situation politique du pays, me faire comprendre ce qui se passe. A l’expression de son visage, je vois que les choses se corsent. Comme je suis à la présidence, je vais voir le Général Mohamed Ould Abdel Aziz – devenu chef du cabinet militaire du Président.
«Tu vois comment la cellule de communication instrumentalise la presse contre moi, me dit-il en exposant des articles truffés d’insultes à l’égard de sa personne et de ses alliés. Je peux te dire qu’il n’y aura pas un coup d’Etat, que ce qui sera entrepris respectera la Constitution». J’en déduis que la crise est profonde. Je vais dans le bureau de Boydiel Ould Hoummoid, fraichement nommé ministre secrétaire général de la présidence. Je lui fait part de mes inquiétudes et lui expose ma lecture : son prédécesseur, et globalement l’entourage civil du Président Ould Cheikh Abdallahi, a engagé un bras de fer avec l’aile militaire du pouvoir, une démarche suicidaire et dangereuse pour l’équilibre du pays et pour la démocratie, j’interpellais en lui sa sagesse et son non engagement dans cette querelle pour essayer de recoller ce qui peut l’être.
Suivront les événements que l’on sait : tentative de régler le différent par députés interposés, offensive de l’aile civile du pouvoir, limogeage de tous les chefs militaires en pleine nuit et coup d’Etat du 6 août.

Octobre 2008, je suis convoqué à la présidence. Le Général Ould Abdel Aziz semble serein malgré toutes les menaces qui pèsent sur son pouvoir : refus de la communauté internationale de le reconnaitre, contestations intérieures et essoufflement du pays qui vit sous la menace de l’instabilité depuis quelques mois. Il parle des Etats généraux de la démocratie. Je lui dis qu’ils ne signifieront rien si l’opposition n’y participe pas.
«Elle va y participer. Nous ne ferons aucune démarche politique qui n’inclut pas tous les acteurs ou en tout cas la majorité d’entre eux. Même s’il y a des élections, ce ne sera qu’avec tout le monde».

Janvier 2011, nous revenons d’un voyage en Afrique du Sud quand je suis reçu en cabine première par le Président de la République. Nous parlons de la situation en général et j’arrive à provoquer une discussion autour du dialogue espéré entre le Pouvoir et l’Opposition.
«Rien, absolument rien, ne doit rester tabou et tout ce qui sera décidé sera appliqué dans les délais impartis». Je ne peux m’empêcher de soulever la question des limites que doit prendre la réforme constitutionnelle envisagée. Est-ce qu’elle va toucher les articles limitant les mandats ?
«Non ! Ce n’est pas notre objectif. Ceci dit, si de l’autre côté, on essaye de faire sauter le verrou de l’âge, je ne vois pas pourquoi les nôtres n’auront pas le droit de soulever cette question». Un an plus tard, il renouvelle en ma présence la même détermination sur la question. Puis une autre fois en février 2013. J’écris alors un texte avec pour titre : «2019, c’est déjà demain». J’entreprends aussi une démarche en vue de sensibiliser les grands acteurs de la scène politique sur l’importance de ce rendez-vous qui doit nécessairement constituer une alternance même mécanique à la tête du pouvoir…
Des moments qui résument pour moi cette personnalité : le franc-parler, la fermeté, la témérité et la détermination. Des qualités autrement perçues par ses détracteurs qui voient en lui un homme «introverti», «emporté», «rustre» et «méprisant». Oubliant que cet homme-là les a menés en bateau jusque-là.
D’abord pendant la première transition en les emmenant, pour la plupart, à voter Ould Cheikh Abdallahi, un candidat sorti d’on ne sait où. Ensuite en 2008, en jouant l’ordre constitutionnel pour dénoncer le retour en force du système décrié de l’avant août 2005. En les amenant plus tard à signer l’Accord de Dakar et à organiser conjointement des élections où il s’est présenté comme le promoteur du changement contre une alliance contre-nature entre soutiens et opposants de l’ancien régime.

Aujourd’hui encore, il a porté un coup majeur à ses détracteurs qui lui ont toujours dénié la faculté de discerner ce qui est bien pour lui, pour son peuple et pour son pays. Ceux-là ont véhiculé l’image d’un dictateur sans foi ni loi.
Et voilà que par le renouvellement solennel de sa volonté de respecter la Constitution après tant de tumulte, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz dément tous les pronostics et détruit les préjugés entretenus à coup de rumeurs imbéciles.
L’officier qui a libéré le pays du joug d’une médiocratie assassine en août 2005, qui a refusé d’abdiquer en 2008, est l’homme qui a pris sur lui le devoir de remettre le pays sur les rails.
Après dix ans de construction et de refondations, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz accepte de diriger un passage de témoin, une alternance pacifique et, quelque soit celui qui lui succédera, une normalisation voire une stabilisation du système politique mauritanien.
C’est possible. Mais seulement si l’ensemble des acteurs regardent le moment présent comme une nouvelle opportunité de convergence…

lundi 19 novembre 2018

Editorial 761


Le décor est planté. Ou presque. Le dispositif mis en place par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz pour préparer l’échéance de 2019 semble prendre forme. Il s’articule autour de ses hommes de confiance, ceux qui ne peuvent être soupçonnés d’arrivisme, d’opportunisme ou de fausse loyauté, ceux qui ont fait leurs preuves en tout : efficacité, constance, fidélité, dévouement…
La composition du nouveau gouvernement annonce à peu près de quoi demain sera fait. Nettement rehaussé par la présence du Chef d’Etat Major des Armées, le Général Mohamed Ould El Ghazwani comme ministre de la défense, ce gouvernement semble être celui de la consolidation de l’existant tout en incarnant l’espoir d’une reprise en main. Laquelle commence par l’apaisement des relations.
Finies les querelles qui ont rongé le système ces deux ou trois dernières années. Finie la tension permanente avec les protagonistes traités en ennemis et non en partenaires.
La mise en place de la nouvelle Assemblée nationale avait déjà permis de hisser à sa tête Cheikh Ould Baya, le député de Zouerate et ancien président de l’Association des Maires de Mauritanie.
Homme de confiance, Ould Baya croit profondément aux vertus du dialogue, mieux, à la nécessité et à la possibilité de convergence en matière politique. Le processus de désignation de son bureau, mais aussi celui de la mise en place du conseil régional du Tiris Zemmour et du Conseil municipal de Zouerate, ont donné la preuve de ce souci, constant chez lui, de chercher le consensus surtout quand il est possible.
La pièce manquante du puzzle est l’instance dirigeante du parti Union pour la République qui tient son congrès dans la deuxième moitié de décembre prochain. Mais on peut dire dès à présent que le décor planté jusque-là, est celui qui va permettre d’apaiser les rapports, de les normaliser et pourquoi pas de faire converger l’ensemble des acteurs politiques pour permettre un tan soit peu de sérénité…
La Mauritanie qui parait aujourd’hui un pivot de stabilisation du Sahel, est un pays fragile. Sur le plan intérieur, l’échec patent des politiques à proposer et/ou à accompagner, les secousses récentes et anciennes, les tares sociales structurelles, les déficits de gouvernance accumulés, bref… le lourd héritage des décennies d’errements a traumatisé les acteurs les empêchant de réfléchir, de se projeter pour anticiper. Ils se sont contentés de courir après les événements sans pouvoir jamais rattraper le temps et les occasions perdus. Résultat : une société émiettée et une élite déresponsabilisée.
Sur le plan régional, la Mauritanie est entourée de problématiques dont le débordement ici est un risque énorme.
Au nord, le conflit du Sahara qui bout constamment. Avec lui la question des Bidhanes au Maroc, de la succession en Algérie, de la stabilisation en Libye… A l’est et au sud-est, l’Azawad et la question peule qui créent l’environnement propice au développement et à l’implantation des groupes extrémistes religieux et ethniques. Au sud, les convulsions qui frappent de temps en temps des pays et des sociétés qui, comme nous, ne sont pas encore arrivés à leurs points d’équilibre.
Les richesses, gaz et pétrole, qui s’annoncent sont certainement des facteurs aggravant pour ce qu’ils attirent de convoitises. Nous oublions souvent que les quantités annoncées nécessitent une ressource humaine (savoir-faire, technicité…) que nous n’avons pas mais que tous les autres ont. Nous oublions aussi que la présence de grandes sociétés multinationales (Majors, comme on dit) est nécessairement une menace sur la souveraineté et même sur la cohésion des pays où les richesses sont exploitées.
C’est seulement quand on aura jaugé et jugé ces menaces que nous comprendrons que «quelque chose» peu être fait. Que «quelque chose» doit être fait.
Pour consolider le front intérieur en répondant aux attentes légitimes et dont l’expression peut (ou pas) comporter quelques exagérations. Les populismes se nourrissent sur l’incompétence des acteurs. La meilleure façon de leur barrer la route, est de traiter sereinement et intelligemment les revendications.
Pour renforcer le statut de la Mauritanie comme pôle de stabilisation et comme élément facilitateur dans une région en pleine ébullition.
2019 est un rendez-vous crucial. En décidant de respecter son serment et de se conformer aux dispositions de la Constitution en matière de mandats, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz permet d’ouvrir une nouvelle fois, la porte de l’espérance avec en prime la possible expérience d’une alternance au pouvoir annoncée. Cela rapportera mieux et plus à la Mauritanie que le gaz, le pétrole et que tous les métaux précieux du monde.
Inchaa Allah

Portrait : Qui est Mohamed Ould El Ghazwani ?


Le Général de Division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed est aussi à l’aise dans ses habits civils que dans la tenue militaire. Sa carrière militaire devait nécessairement être couronnée par cette consécration au ministère de la défense. Il est ainsi le premier militaire à occuper le poste depuis le temps du Comité militaire de Salut national qui a dirigé le pays de 1979 à 1992.
Quand ils ont provoqué la chute du régime de Ould Taya le 3 août 2005, les deux jeunes colonels avaient imposé le principe de ne confier aucun poste ministériel à un militaire. Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed (El Ghazwani) donnaient ainsi le la d’une vision marquée par une profonde aspiration au changement. Même quand il y eut l’intermède du Haut Conseil d’Etat (2008-2009), le gouvernement est resté entièrement civil. Y compris le portefeuille de la défense qui revint au moment de la transition du gouvernement d’union nationale à une personnalité du Rassemblement des forces démocratiques, feu Yedali Ould Cheikh. Le caractère très conciliant du Général El Ghazwani devait permettre de passer l’épreuve d’une cohabitation annoncée pourtant difficile sinon impossible.

Le Marabout chef de Bataillon

Né en 1956 à Boumdeid, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed est le petit-fils d’un moine érudit de la confrérie El Ghodhf qui se distingue par le désintéressement des choses du «monde Ici-bas» et par une dévotion complète à la suprématie absolue du Créateur. Une vision qui se traduit par l’ancrage de valeurs comme la modération, l’abnégation, l’humilité et le sens du partage et de la solidarité.
Rien ne le prédestinait au métier des armes, lui qui a reçu un solide enseignement religieux, digne du milieu dans lequel il est né. Le Coran, puis les abécédaires de l’enseignement dispensé dans les plus grandes Mahadras et auprès des grands érudits de l’époque. L’ouverture d’esprit de son père, vénéré parmi les siens, lui ouvre la voie de l’école moderne. Il obtient son baccalauréat en 1977 à Rosso et s’engage sous les couleurs de l’Armée nationale le 15 octobre 1978. Le pays n’est pas encore sorti de la guerre du Sahara et l’Armée n’est pas encore ce débouché fatal pour ceux qui ambitionnent peu ou prou de peser sur le devenir du pays. Pour rappel, Mohamed Ould Abdel Aziz a rejoint les rangs en mars 1977. Autant dire que les deux hommes qui seront le tandem d’après, font partie de la génération de jeunes attirés par le métier et non par la soif du pouvoir. Les années qui suivront verront les groupuscules politiques infiltrer le corps de l’Armée pour faire main basse sur le pouvoir. Ils ne font pas partie de ceux-là.
Ils appartiennent forcément à des générations d’officiers qui n’ont pas été impliqués dans le 10 juillet 1978 et qui n’ont donc pas eu à porter de responsabilité quelconque dans la gestion catastrophique du pouvoir par les militaires du Comité militaire de redressement national (CMRN) puis du Salut national (CMSN).
C’est à l’Académie Royale de Mekhnès que les deux hommes se rencontrent et s’apprécient. Des points communs : la réserve et le sens du devoir.
Revenu en Mauritanie, Ould El Ghazwani commande des unités opérationnelles un peu partout dans le pays. C’est en 1987 qu’il connaît sa première grande promotion. En effet il est nommé alors aide de camp du Chef d’Etat. En 1989, au lendemain des événements, il fait partie de la délégation qui accompagne le Président Ould Taya en Irak pour sceller l’alliance entre les deux régimes de l’époque. A l’intérieur du pays, Ould Taya avait engagé une chasse aux Baathistes, sur le plan de la diplomatie, le régime de Baghdad devenait son parrain. L’homme n’était pas à une contradiction près.
Première conséquence de ce voyage : l’Irak offre une unité de blindés à Ould Taya. C’est son aide de camp qui est choisi pour faire un stage de formation sur l’utilisation de ces blindés. Tout en étant en Irak pour cela, Ould El Ghazwani n’est remplacé au poste d’aide de camp qu’en 1992, au lendemain de son retour. Il est chargé alors de monter l’unité des blindés qui fera partie du dispositif de sécurité du Président. Il s’agit du fameux Bataillon des Blindés (BB). C’est lui naturellement qui le dirige, même s’il est secondé par un proche du Président qui ne semble avoir confiance totalement qu’à ses proches.
Il effectue plusieurs stages dont une formation à l’Ecole de guerre en Jordanie mais reste commandant du BB. En juin 2003, il est là-bas quand éclate la mutinerie du 8 juin. Quelques officiers avaient mis la main sur le commandement du BB pour exécuter un complot finalement mal préparé et mal exécuté.

Un officier républicain

A son retour, il quitte le BB qui ne redeviendra jamais ce qu’il fut : une unité d’élite. Mohamed Ould El Ghazwani est nommé plus tard directeur du deuxième Bureau de l’Armée, celui des renseignements militaires. Il y arrive alors que ce bureau était gangrené par la délation et l’inefficacité. Il essaye de restaurer le système de renseignements militaires. Mais il coïncide avec le procès de Wad Naga.
Comme son alter ego, Mohamed Ould Abdel Aziz, commandant du BASEP (bataillon de sécurité présidentielle), comme Cheikh Ould Baya commandant alors la Marine, Mohamed Ould El Ghazwani refuse de verser dans le mauvais traitement des officiers lors des enquêtes préliminaires. Les soldats, sous-officiers et officiers parqués à l’époque dans une prison de fortune, se souviennent encore de la diligence de ces jeunes officiers qui furent les seuls, avec l’officier Mohamed Ahmed Ould Ismael à avoir risqué leurs carrières en dénonçant les traitements subis par les prévenus putschistes.
Plus tard, lors du procès de Wad Naga, le chef du Deuxième Bureau et le commandant du BASEP joueront un rôle déterminant dans la conclusion heureuse du verdict avec notamment l’absence de condamnation à mort.
Le 3 août 2005, son nom est le quatrième sur la liste du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD). Après les colonels Eli Ould Mohamed Val, Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais cet ordre ne trompe personne. Ce sont les cadets qui ont poussé les ainés à prendre le train en marche. Ils croyaient avoir besoin de l’onction des gens du système pour assurer un changement serein.
Même sils avaient très bien entamé le processus de changement en imposant un calendrier étalé sur 19 mois, les deux jeunes officiers seront vite rattrapés par leur refus de rompre brutalement avec le passé et ses hommes.
L’évolution dans un milieu hostile va aiguiser en eux le réflexe de survie qui nourrit le sens de l’initiative, mais surtout le sens du destin commun. Les tentatives des uns et des autres de les séparer vont justement produire l’effet contraire : après avoir été des compagnons d’armes et des amis, ils deviennent des frères.
Les épreuves vont se succéder pour rendre encore plus intense la relation et le sens de la loyauté de l’un vis-à-vis de l’autre.

Chef de guerre contre le terrorisme

Relativement retiré de la scène publique, le Général Mohamed Ould El Ghazwani prend la tête de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Il réussit à mettre en valeur les compétences de l’encadrement de la DGSN pour les mettre à profit dans la lutte contre le banditisme et le crime transfrontalier. Sous son commandement, la police réussit à neutraliser les cellules dormantes d’Al Qaeda, à démanteler les filières de trafic de drogue en passe déjà de contrôler le pays et à restaurer la confiance entre la sécurité nationale et le citoyen.
En 2008, le Général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed est nommé Chef d’Etat Major national, avant la restructuration qui en fera le Chef d’Etat Major des Armées.
C’est sous son commandement que la lutte contre les groupes terroristes est véritablement engagée. La remise à niveau de l’Armée nationale permet justement de promouvoir les compétences, de procéder aux recrutements nécessaires, d’engager les dépenses et de les exécuter en vue de donner à notre Armée nationale les moyens d’assurer la sécurité du pays. L’entreprise est réussie et la Mauritanie échappe au destin que les Jihadistes avaient décidé pour le Mali et la région en général.
Véritable chef de guerre, il réussit à impulser le sens de l’anticipation et de la prévention. Des attaques sont lancées contre l’ennemi, dans le territoire qu’il s’est approprié. Faire changer la peur de camp, mission réussie.
Mais ses préoccupations militaires ne l’empêchent pas de tisser de grandes relations stratégiques avec les partenaires de la Mauritanie. Il comprend bien que la sécurité est un élément revalorisant de la diplomatie. Le rapprochement avec la France, les Etats-Unis, les pays sahéliens, les Emirats Arabes, l’Arabie Saoudite, s’est d’abord passé à travers la coopération militaire. Ce qui donne au Général Mohamed Ould El Ghazwani une notoriété internationale indéniable.
Malgré ses élans de «guerrier», il a gardé ce fond culturel de modérateur, de pacificateur. Cela se traduit par un sens aigu de l’écoute, par un sentiment de «douceur» qui irradie sur l’environnement dans lequel il évolue, par une franche empathie qui réconforte.
Au-delà des supputations, sport favori sous nos latitudes, l’entrée du Général de Division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed Ould El Ghazwani dans la mouture gouvernementale est loin d’être une effraction. Elle découle du déroulement naturel du processus qui doit rassurer, dès à présent, sur l’avenir du pays.

Gouvernement : Petit changement, Grande évolution


On l’attendait depuis très longtemps. Cela n’est arrivé que la semaine dernière. Quatre ministres sont partis, trois ont fait leur entrée. A première vue, un petit changement, à y regarder de près une grande évolution.
Lecture.

Lundi 29 octobre, à la mi-journée, la Mauritanie apprend que l’ingénieur Yahya Ould Hademine a finalement présenté la démission de son gouvernement au Président de la République. L’événement, très attendu depuis quelques mois, surtout depuis la mise en place du bureau de la nouvelle Assemblée nationale, est de taille. D’ailleurs TVM l’annonce en urgence avant de diffuser la déclaration du démissionnaire. Quelques phrases pour signifier toute sa reconnaissance au Président qui lui a fait confiance et qui lui a permis de participer à l’effort de construction nationale.
C’est par la même TVM que nous confirmons aussi la nomination de son successeur, Mohamed Salem Ould Bechir, jusque-là Administrateur-Directeur général de la Société Nationale industrielle et minière (SNIM). Il aura 24 heures pour désigner son gouvernement. Mercredi 31 octobre, encore en milieu de journée, l’annonce tombe.
Un gouvernement légèrement diminué avec deux départements en moins, soit 24 membres dont 7 femmes. Quatre personnes ont quitté le gouvernement pour laisser entrer trois nouvelles figures.
Pressenti Président du Conseil constitutionnel, Diallo Mamadou Bathia cède sa place au Général de Division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed Ould El Ghazwani qui devra visiblement cumuler son portefeuille ministériel avec sa fonction de Chef d’Etat Major des Armées. Cette nomination surprend dans la mesure où la Mauritanie n’avait plus eu de militaire à ce poste depuis 1992. D’autant plus que les auteurs du coup d’Etat d’août 2005 s’étaient interdit de nommer un militaire dans le gouvernement.
On peut affirmer à ce stade qu’elle permet au Général jusque-là exclusivement occupé par sa mission militaire, au moins d’apparaitre publiquement dans la tenue civile. Lui qui va à la retraite dans moins de deux mois aura aussi à préparer sa relève à la tête des forces armées et de sécurité.
Mohamed Abdallahi Ould Oudaa, Mohamed Lemine Ould Cheikh et Coumba Bâ quittent aussi le gouvernement.
Au porte-parolat du gouvernement, Ould Cheikh est remplacé par Me Sidi Mohamed Ould Maham, le président du parti Union pour la République (parti au pouvoir). Ce choix trahit la volonté de se préparer à des batailles politiques où la compétence en plaidoyer est demandée. Me Ould Maham qui a déjà fait ses preuves au même poste, est un tribun de grande qualité. Son parcours lui a permis de se frotter aux forces politiques en présence et sa parole peut engager son gouvernement.
Autre nouvelle figure, Mme Djindah Bal, une jeune battante appartenant à ce microcosme des jeunes entrepreneurs férus de technologies nouvelles. A l’heure des startups, elle est toute indiquée pour le département de la jeunesse et des sports mal pourvu depuis quelques années.
Les ministres (re)nommés ont soit gardé leurs départements, soit changé de portefeuilles. C’est ainsi que Naha Mint Mouknass dont le parti (Union pour la démocratie et le progrès) s’est imposé comme troisième force politique lors des dernières élections, hérite de l’éducation nationale. Le secteur malade de l’absence d’initiative et d’action. La dernière grande tentative de le réformer date du passage de Mme Nebghouha Mint Haba (2007-2008). Depuis, on est revenu à la gestion quotidienne des affectations et des établissements scolaires. Aucune réforme n’a été engagée malgré la tenue des états de l’éducation. Le prédécesseur de Mint Mouknass, Isselmou Ould Sidi El Moktar va au ministère de l’hydraulique où l’attend le dossier de l’assainissement de Nouakchott mais aussi celui de la gestion de l’eau dans un pays désertique où il faut trouver des solutions pérennes aux problèmes d’approvisionnement des populations et des industries.
Contrairement au secteur de l’éducation natinale, l’enseignement supérieur a connu une grande réforme impulsée par le ministre Sidi Ould Salem, un professeur d’université qui a eu le courage et la ténacité nécessaire pour imposer une gouvernance toute neuve au département. Malgré l’hostilité générale, Ould Salem a tenu.
Seyidna Ali Ould Mohamed Khouna retrouve le ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration auxquelles on a ajouté l’emploi. Son passage précédent à la tête de ce département lui avait permis d’introduire nombre de textes fondamentaux, notamment ceux sur l’adéquation de la rémunération des fonctionnaires, de leurs statuts et de la gestion de leurs carrières. Revenir pour compléter le travail accompli probablement par la réforme des retraites.
Nani Ould Chrouqa quitte la pêche où il a pu impulser une stratégie basée sur la gestion efficiente de la ressource, la maitrise des outils d’exploitation et la création d’une infrastructure à même de permettre l’intégration de l’activité dans le tissu économique. Le grand objectif de cette stratégie est de faire profiter la Mauritanie de la nouvelle gouvernance du secteur et son peuple des retombées de l’activité (emplois, profits, transformation). Il va à l’urbanisme, véritable bombe sociale même si d’énormes efforts ont été consentis par les pouvoirs publics pour atténuer les effets d’une pression démographique sans précédent sur les milieux urbains.
Il y a les ministres de la continuité, ceux qui sont restés là où ils étaient. C’est le cas de Moktar Ould Diaye, le tout-puissant ministre de l’économie et des finances qui survit à la campagne menée contre lui y compris par ses collègues. Il devra défendre le budget qu’il a élaboré devant le Parlement avant de l’exécuter dans les règles qu’il s’est fixé.
Le cas aussi de Mohamed Ould Abdel Vettah qui reste aux mines, énergie et pétrole. Ce jeune spécialiste en la matière, a pu convaincre de grandes sociétés d’exploitation à venir investir ici. Il est aussi l’artisan de l’accord entre le Sénégal et la Mauritanie en vue de l’exploitation du champ gazier de Tortue-Ahmeyim.
Avec Amal Mint Maouloud, Ould Diaye et Ould Abdel Vettah sont aussi membres de la commission chargée de redynamiser l’UPR et dont la mission ne se termine qu’avec le congrès ordinaire de décembre.
Un gouvernement politique si l’on veut. La nouvelle composition ne peut échapper à la grille de lecture prenant en compte la présidentielle de 2019. Le choix de Mohamed Salem Ould Bechir révèle un souci d’apaisement et d’efficacité. Ce jeune technocrate, même s’il ne fera que ce qu’on lui demandera de faire, n’est pas porté sur l’entretien d’atmosphère délétère pour pouvoir se maintenir. Libéré des occupations politiciennes, sa mission sera celle de travailler pour l’accomplissement d’une multitude de projets en suspend.    
Cap sur 2019 ? Ajouté à l’élection de Cheikh Ould Baya à la Présidence du nouveau Parlement, la composition du nouveau gouvernement semble bien être le prélude à une transition qui ne dit pas son nom.