jeudi 2 juillet 2015

Il faut sauver la saison de Kanawal (de l’Adrar)

Kanawal, un quartier à l’entrée sud de la belle ville d’Atar. Un quartier qui a son histoire qui pèse dans la somme de l’Histoire de la région de l’Adrar. Un quartier qui a son caractère : festif, ouvert, cosmopolite mais aussi laborieux et organisé.
C’est naturellement dans ses grands espaces publics que s’organisent les veillées autour d’une partie de pétanque, d’un med’h, d’une soirée folklorique… C’est ici aussi que s’organisent les grands tournois à l’occasion de la guetna, ce festival des dattes qui est l’occasion de célébrer la culture oasienne très profonde. Ici, la guetna est d’une ampleur et d’une couleur qu’on ne lui connait nulle part ailleurs. Kanawal devient un point de convergence où une partie du pays se retrouve le temps d’une célébration…
Cette année, le mawsim de Kanawal risque d’être privée de l’une de ses manifestations majeures : le tir à la cible. L’organisation qui la prend en charge est traversée par une profonde crise de leadership.
La justice, comme à son habitude, a ajouté à la confusion dans ses décisions en faveur de l’une ou l’autre des parties prenantes dans un conflit qui a fini par prendre les allures d’un mauvais scénario et d’un tout aussi mauvais jeu de rôles. Du coup, deux directoires pour l’union nationale du tir à la cible. L’exercice qui s’est transformé en sport noble ces dernières années, est devenu l’objet d’enjeux financiers considérables. D’où la lutte acharnée autour de son leadership.
Devant cette confusion, le ministère de la culture, ministère de tutelle, n’a pas trouvé mieux que de demander la suspension des activités de l’union. Il suffisait pour cela d’arrêter l’approvisionnement en munitions dont la traite est la première source de revenus de l’activité. Avec l’arrêt de l’activité, c’est tout un pan du festival (mawsim) de Kanawal qui se trouve en danger.
En effet depuis près de deux décennies, des concours de tir étaient organisés pendant ce festival. Ce qui drainait des activités économiques dont profitaient d’abord les populations laborieuses de l’Adrar. En plus des échanges sociaux et humains qui participaient à alléger la souffrance de ces populations confrontées au dur labeur de la culture oasienne qui est d’abord marqué par la carence de l’eau notamment et par l’hostilité du climat avec les chaleurs excessives.
Cette année, la guetna a été visiblement mauvaise, les problèmes d’approvisionnement en eau potable se posent encore et la culture maraichère a été à son plus bas niveau. La saison du festival était donc plus attendue que par les années passées. Perçus comme un moment d’exceptionnelle abondance, les quelques jours d’activités sportives et culturelles qui animaient la ville d’Atar permettaient à des commerces de prospérer l’espace d’un temps certes court, mais intense. L’absence du concours de la cible cette année remet en cause ce fil d’espoir, cette soupape qui permettait de faire passer un souffle d’oxygène.
Les étrangers ont tué la région en la déclarant zone rouge. Les caprices du climat ont eu raison de la légendaire endurance des habitants d’une région longtemps habitués à vivre de la sueur de leurs fronts – ils sont les seuls dans l’espace Bidhane à faire du travail une valeur. Il ne faut pas qu’une décision rapidement prise prive ces populations et cet espace d’une aubaine qui peut paraitre peu mais qui est beaucoup dans un environnement fait de rareté.
Le règlement des contentieux autour du leadership ne peut pas bloquer les compétitions prévues pour ce mawsim de guetna en Adrar. Parce qu’il va prendre du temps, parce qu’il exige une réelle prise de conscience des autorités et des pratiquants autour des véritables enjeux financiers et sécuritaires (surtout) du tir à la cible.

La décision prise par les autorités n’a pas pris en compte le sentiment de dizaines de pratiquants de ce sport. Elle a ignoré aussi l’intérêt des populations locales pour ce qui est devenu un grand moment social, culturel et économique pour des régions où le tir à la cible est une activité traditionnelle.

mercredi 1 juillet 2015

Le calvaire des prédicateurs

Vous avez certainement lu cette information concernant des groupes de prédicateurs mauritaniens refoulés du Sénégal ou d’ailleurs, sans donner les véritables raisons de ces refoulements. Il est très probable – et même certain dans des cas – que la raison principale est l’absence d’une démarche officielle de la part du ministère des affaires islamiques vers les pays devant recevoir les nôtres. En réalité, le département est englué, depuis des décennies, dans une atmosphère de malversations, de magouilles qui font surface de temps en temps mais qui n’ont jamais été traitées sérieusement. Les ministres qui se succèdent sont rapidement pris en otage par les groupes organisés en maffias et sont obligés de s’aligner et d’accepter l’ordre des choses.
Comme chaque année, le ministère envoie des groupes de prédicateurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Une manière de canaliser la prédication et de la contrôler, mais aussi d’entretenir un rôle de diffuseur de la bonne parole dans les espaces influencés par le rayonnement de la culture mauritanienne et de ses érudits.
Le jeune ministre Ould Ehl Daoud a voulu imposer des règles transparentes cette année. Il a institué un concours pour sélectionner les érudits devant faire campagne pendant ce ramadan. Quarante personnes environ ont réussi à passer le cap. Mais finalement, le groupe dépassera la centaine parce que beaucoup d’autres individus y ont été ajoutés pour faire plaisir ici et rendre service là.
Le ministère a promis de mettre les moyens et de déployer le dispositif adéquat pour permettre aux érudits de prêcher la bonne parole là où ils iront. Un groupe de douze a été envoyé en Côte d’Ivoire. Avant leur départ, on leur a donné un per dium de 700 euros chacun. On leur a dit officiellement qu’ils seront reçus par l’Ambassadeur à Abidjan et le chef de la communauté mobilisée à cet effet. Les services concernés du ministère ont rassuré les membres de la délégation sur le dispositif déployé pour leur permettre un bon et fructueux séjour.
A l’arrivée le 19 juin dernier, le groupe a dû attendre un bon moment à l’aéroport avant de rencontrer le représentant de l’Ambassade qui avait juste son véhicule. Il a fallu donc prendre des taxis pour se rendre dans les lieux de résidence prévus. Les douze allaient se retrouver le lendemain dans un hangar autour du Chargé d’affaires. On était dimanche et il fallut attendre lundi pour être reçu par l’Ambassadeur.
Très affable mais visiblement impuissant, l’Ambassadeur expliqua que le ministère n’a rien fait de ce qu’il lui avait demandé de faire. D’abord, la démarche officielle consistant à avertir le Conseil ivoirien des Ulémas n’a jamais été faite. Ensuite, la Communauté mauritanienne a exprimé son refus catégorique de recevoir une telle mission. Enfin l’Ambassade avait dit qu’elle ne peut assurer que le logement pour six érudits. Tout cela a été ignoré par le ministère qui a envoyé récemment un message annonçant l’arrivée de la mission, sans plus.
L’ambassadeur a ensuite conseillé aux érudits de ne rien entreprendre dans un pays qui appartient à une zone sous menace de groupes radicaux, où donc la suspicion est grande si on n’a pas l’aval du conseil général des Ulémas locaux.
Les érudits ont dû se débrouiller. Deux ou trois étaient venus pour passer des examens médicaux. Ceux-là s’installèrent chez des parents établis à Abidjan. D’autres ont choisi de prendre le chemin du retour soit par route en passant par le Mali avec tous les risques que cela comporte, soit par avion par la route de Dakar. Les billets retour ayant réservés sur Mauritanie Airlines International (MAI) dont les lignes ne seront assurées à partir d’Abidjan qu’à partir de la mi-juillet. C’est donc sur leurs propres comptes que les érudits ayant regagné le pays l’ont fait.
Au total, 110 érudits environ ont été envoyés en Afrique, dans le Monde arabe, en Europe et en Amérique. En moyenne près de mille euros ont été affectés à chacun des voyageurs en plus des frais de voyage. C’est un pactole considérable pour une mission qui a été largement déviée de son objectif initial. Alors ? cela mérite un tour de l’Inspection générale d’Etat.

mardi 30 juin 2015

Fantasmes, désinformations et lobbying

A peine quelques jours se seront passés depuis la réunion qui a ouvert la voie à la reprise des négociations entre l’Union européenne et la Mauritanie en vue d’un nouvel accord de pêche, et voilà que les rumeurs les plus folles et les informations les plus improbables sont savamment distillées par les lobbies intéressés par la conclusion de cet accord. Lancées à partir de Vigo et de Las Palmas, les rumeurs prennent l’ampleur d’informations avérées et sont facilement reprises par les médias.
La semaine dernière, une réunion technique a regroupé négociateurs mauritaniens et européens à Bruxelles. La réunion qui a pris juste une journée a permis de fixer la reprise des négociations début juillet (vers le 7) à Nouakchott. L’évaluation technique de l’état d’avancement des dossiers litigieux a permis de mieux appréhender l’avenir de ces négociations.
Comme nous vous le disions (posting de mardi dernier), la question de l’apurement de l’enveloppe «Appui sectoriel» a été réglée. Ce contentieux qui date de janvier-février 2008, devait nécessairement trouver solution. Selon une source du ministère des pêches, le contentieux sur l’appui sectoriel ne portait plus que sur 6,5 millions euros. Il a été convenu d’utiliser cette somme dans la construction du port de Tanit qui est un projet structurant dans le secteur des pêches
Quant aux discussions, rien, absolument rien n’a concerné une quelconque «concession» de la Mauritanie, selon les négociateurs qui affirment qu’il n’a surtout pas été question ni de la pêche céphalopodière, ni de la remise en cause des fondamentaux de l’accord précédent (2012-2014).
La partie mauritanienne considère que les céphalopodes et la sardinelle sont les seuls produits qui peuvent être pêchés par les artisanaux mauritaniens. Le souci est bien de les réserver aux opérateurs nationaux. D’ailleurs, la décision prise il y a environ trois ans a été comparée à la nationalisation des mises de fer en 1974, tellement sa portée économique et sociale était grande. Jamais les Mauritaniens n’accepteront de discuter ce choix patriotique historique. Quid des dérogations au profit d’opérateurs espagnols ?
Les armateurs espagnols sont habitués à lancer des informations aussi farfelues que celle annonçant l’autorisation de pêcher pour des céphalopodiers espagnols dans les eaux mauritaniennes, ou encore la suspension de l’obligation de débarquement dans les ports mauritaniens en contrepartie de la construction d’un port spécial et l’autorisation pour eux de débarquer le pélagique à Las Palmas en attendant.
Une manière de faire pression pour influer sur les négociations et d’empêcher la conclusion d’un accord équitable. Une fois encore, les armateurs espagnols mêlent fantasmes, rumeurs et désinformations pour influer sur le processus de négociation. Tout indique cependant qu’ils échoueront comme par le passé, chacune des parties, Union européenne et Mauritanie, sachant ce qu’elle tire comme profits de cette coopération qui doit nécessairement instituer un commerce équitable et respectueux des impératifs du renouvellement de la ressource.
Jusque-là, la Mauritanie et l’Union Européenne ont travaillé ensemble. Ce qui a permis la conclusion du dernier accord de partenariat dont les résultats sont évidents pour les deux parties. Et ce sont les Espagnols qui y gagnent le plus, eux qui profitent de l’accord au titre de quatre autres pêcheries qui ne sont pas les céphalopodes. On peut même aller jusqu’à rappeler ici que si Tenerife n’est pas Lampedusa aujourd’hui, c’est bien parce que quelque part la Mauritanie a efficacement combattu la migration clandestine. Cela a son prix aussi.

lundi 29 juin 2015

Renforcer le front intérieur

Ce qui s’est passé cette semaine en France, en Tunisie, au Koweït et plus proche de nous au Mali, doit nous rappeler la fragilité des équilibres et de la stabilisation à laquelle des efforts énormes nous ont permis de parvenir. Aucun pays de la planète ne semble à l’abri d’une explosion, d’une cavale meurtrière menée par un loup solitaire ou par des bandes organisées. Vigilance, vigilance !
C’est d’abord à l’Appareil sécuritaire de renforcer sa puissance de veille. Pour cela il faut lui donner les moyens de protéger notre espace, nos corps et nos biens.
La police mauritanienne a acquis une très grande expérience dans la lutte contre les extrémismes. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir besoin de grands moyens pour accompagner la fulgurante ascension de nouveaux groupes terroristes. En matière de formation, de moyens techniques de pointe, de développement du renseignement humain, d’infiltration des réseaux…
En même temps, une réflexion politique est à mener par tous les acteurs. C’est le lieu ici d’appeler au renforcement du front intérieur. Le processus de dialogue lancé il y a peu doit nécessairement reprendre son cours pour permettre aux protagonistes de renflouer encore le creuset qui les sépare. Il est inutile de rappeler le peu qui les dresse les uns contre les autres.
Quelqu’un comparait la gauche et la droite à un corps hémiplégique en disant que le danger arrive quand la partie saine n’arrive plus à jouer son rôle moteur à force de contorsions et de faux mouvements. Remplaçons par Pouvoir et Opposition.
La peur de la contamination doit pourtant nous amener à plus de prédispositions à nous entendre, à nous accepter. Il faut craindre le moment où un fou, un illuminé accepte de jouer les kamikazes et fasse sauter n’importe quel édifice de Nouakchott. La fragilité de notre pays est si réelle qu’il lui sera difficile de s’en relever.
La plus grande richesse que nous avons actuellement est cette stabilité qui nous offre une tranquillité certaine. Apprécions la situation tout en pensant qu’il s’agit d’un trésor à protéger, à préserver.

dimanche 28 juin 2015

La politique pourquoi faire?

C’est au cours d’un débat entre journalistes sur Al Mourabitoune que la question a été soulevée. A quoi sert la politique ? à prendre le pouvoir ? à participer aux affaires de la cité ? à concevoir les meilleures conditions pour la réalisation du bien commun ? à établir un contrat ou des règles reconnues par tous en vue de parvenir à des équilibres dans la conduite des affaires publiques ?
Au tout début était la question de savoir qu’est-ce qui a manqué à notre élite politique pour imposer un processus démocratique plus ou moins acceptable et consensuel. Pour répondre à cette question, on peut axer sur le seul aspect exercice du pouvoir et donc sur ses modalités (élections). Pour expliquer que notre élite n’a jamais eu les éléments du jeu entre les mains, qu’elle a dû subir la brutalité du pouvoir militaire chaque fois qu’elle a cru être au bout du processus. C’est faire preuve d’indulgence vis-à-vis de cette élite qui n’a jamais rien essayé depuis la première décennie de l’indépendance.
A l’époque, contre vents et marées, l’élite a bien eu pour ambition d’asseoir les fondements d’un Etat égalitaire, citoyen, moderne, pacifique et ouvert. Elle a réussit plus ou moins.
Plus quand il s’est agi d’imposer un Etat dans un environnement hostile où les ennemis de l’intérieur étaient plus actifs et plus dangereux que ceux de l’extérieur. Plus aussi quand le jeune Etat a pu imposer des règles générales à tous et à se faire accepter par les élites traditionnelles (féodales). Plus enfin quand le jeune Etat est devenu un acteur de la scène internationale.
Moins sans doute pour ses incapacités à éradiquer les tares d’une société profondément inégalitaire et donc injuste. Moins aussi quand le pays a été incapable d’instituer le pluralisme et d’incarner la pluralité. Moins enfin quand le jeune Etat s’est laissé enivré par ses succès relatifs et a cru qu’il était assez fort pour mener une guerre qui ne se justifiait pas.
Mais depuis la première décennie, qu’a fait l’élite politique mauritanienne ? Un constat nous permettra peut-être d’en savoir plus.
En mars 2007, le pays connait sa première élection présidentielle consensuelle, plus ou moins régulière. Sur les 19 candidats, deux sortent du lot et doivent se faire face pour un second tour : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Deux hommes qui ont tous deux appartenu au dernier gouvernement de Mokhtar Ould Daddah, celui qui a été renversé le 10 juillet 1978. Deux hommes connus pour être des technocrates et non des politiques. Même si pour Ould Daddah, l’entrée en politique date de 1991 (décembre), on peut estimer que les deux hommes sont entrés dans le champ politique par accident (si ce n’est par effraction).
On peut en tirer deux conclusions : soit que la nostalgie était si forte que le peuple a voulu restaurer ce qui restait du pouvoir de Mokhtar Ould Daddah ; soit que toute l’action politique des mouvements et groupuscules qui ont animé la scène trois décennies durant, n’a pas permis de faire sortir du lot un homme capable de provoquer l’adhésion du plus grand nombre. Dans l’une comme dans l’autre des conclusions, c’est bien un échec avéré du personnel politique.
Si l’on suit l’actualité, rien que depuis 1992 (la première élection présidentielle pluraliste), on se rend compte que le personnel politique a toujours couru derrière les événements. Que la capacité d’initiative a été nulle. Une excuse et une explication.
L’excuse, c’est que les formations sont profondément infiltrées par les services de renseignements et que les acteurs subissent des pressions sociales et politiques énormes. L’explication, c’est que les acteurs sont pour leur écrasante majorité obnubilé par l’exercice du pouvoir et le profit qui peut en être tiré. Une conséquence aussi : les acteurs politiques ne voient pas venir les événements, ils sont alors obligés de se contenter de réagir. D’où cette propension à toujours reconnaitre les putschs qui surviennent et qui arrivent à un moment où les forces politiques sont lessivées par des querelles de positionnements qui les empêchent de voir clair.
Mais plus grave encore : notre démocratie a besoin de démocrates. Sommes-nous prêts à concéder une once d’attention, un sacrifice minime pour nous permettre de nous écouter les uns les autres, de trouver entre nous un terrain de convergence ? Avons-nous justement une idée claire de ce terrain de convergence vers lequel nous devons nécessairement évoluer ? Quelle conception avons-nous de la démocratie en général et de notre devenir commun ? Laissons-nous une place pour l’autre et quelle perception justement avons-nous de l’autre ?
Il faut rappeler que l’élite politique actuelle a été formée à l’école du monolithisme (Parti unique, mouvements identitaires, totalitaristes…). Que ce que nous voulons exiger en termes d’alternance pacifique au pouvoir est une notion étrangère à la culture qui est la nôtre. Qu’il s’agit donc d’un apprentissage, long et ardu, qui demande patience et sacrifice.
Chaque fois que vous demandez à notre intelligentsia de réfléchir à l’avenir, de chercher à le concevoir et à le réaliser dès à présent, vous êtes l’objet d’un lynchage public. Une façon de cacher le désarroi face à l’avenir devant lequel on se sent incapable. Quand on refuse de se projeter pour anticiper sur les événements à venir, on annihile toute capacité de progrès. On se condamne à l’inertie. Et c’est ce qui nous arrive.


samedi 27 juin 2015

Une Armée républicaine est une armée forte

La sortie ces derniers jours d’une nouvelle promotion d’élèves officiers de l’Ecole militaire Interarmes d’Atar (EMIA) – la 31ème depuis la création de l’école en 1976 – est une occasion de revenir un peu sur la nécessité pour nous – journalistes, politiques… - de revoir notre relation à l’Armée.
Sortie exsangue de la guerre du Sahara, l’Armée nationale ne s’est pas relevée avant ces dernières années. C’est que les gouvernants l’ont surtout perçue comme une source de menace pour leur pouvoir. Ils ont alors orchestré une opération de sape qui a abouti au résultat que nous avons connu en 2005.
Le 4 juin 2005, un commando du Groupe salafiste de combat et de prédication (GSPC qui deviendra Al Qaeda au Maghreb Islamique, AQMI) attaque la garnison de Lemghayti, quelque part dans le désert mauritanien. C’est un trafiquant de la zone qui donne l’alerte bien après le déroulement des événements. C’est dire que l’unité cantonnée à Lemghayti n’avait même pas la possibilité d’entrer en contact avec son Etat Major. Le pouvoir d’alors réagit très mal.
Aucun éclaircissement ne sera donné sur les conditions de l’attaque. Si bien que l’héroïsme des éléments de l’unité de l’Armée nationale sera passé sous silence. On laissera croire que les soldats mauritaniens avaient été surpris parce qu’ils avaient établi des relations de copinage avec les trafiquants de la région dont les terroristes. En fait, ces soldats avaient peu de moyens et étaient laissés à la merci de ces trafiquants qui avaient de fortes relations à Nouakchott.
La colère du Président de l’époque est si forte qu’il décide d’envoyer une expédition punitive poursuivre les assaillants jusqu’aux confins de la frontière entre le Mali et le Niger. Pour équiper les troupes, il fait appel aux groupes d’affaires : un groupe finance la motorisation, un autre l’armement, un autre la logistique… ce sont donc les privés – les commerçants, les hommes d’affaires… appelez-les comme vous voulez – qui financent l’expédition punitive.
Le millier d’hommes envoyés au désastre reviendra à la faveur du coup d’Etat du 3 août 2005, sans avoir pu accrocher l’ennemi. C’est certainement la goutte qui a fait déborder le vase et qui a finalement amené les plus jeunes des officiers supérieurs à renverser le Président Ould Taya.
Mais la transition qui s’ouvre avec le coup d’Etat est 100% politicienne. Les vrais enjeux pour le pays – apurement des passifs humanitaires, refondation des institutions étatiques, réinvention des vocations premières de l’Etat mauritanien…-, ces enjeux sont occultés par la course au pouvoir et la perspective des élections. La passion fait le reste.
L’Armée est donc oubliée dans les débats restés plus ou moins superficiels. Personne ne pense à lui donner les moyens de sa profonde réforme. Sans doute, le mépris affiché par l’élite traditionnelle qui a toujours vu en l’institution militaire un outil à utiliser dans la conquête et donc dans le maintien du pouvoir. L’équiper, la réorganiser, la restructurer, la moderniser… tout ça n’est pas dans le registre des urgences.
L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement civil n’a pas changé les choses. Surtout qu’elle s’est accompagnée d’un déni du danger. L’autorité politique, par la voix du Président et du Premier ministre, a immédiatement nié l’existence d’une menace terroriste. Première conséquence : rien n’est fait pour améliorer l’exercice des forces armées et de sécurité. Au contraire, on revient rapidement à la charge pour essayer de les mettre au pas. Alors qu’elles avaient besoin d’être renforcées.
Les événements se précipitent avec les attaques terroristes de 2007 et 2008. Puis la crise politique ouverte qui mène droit au coup d’Etat du 6 août 2008. En plus des incertitudes sur le plan intérieur, le pays fait face à une guerre larvée menée à partir du Mali voisin par des bandes armées combinant trafics (drogue, cigarettes, armes) et lutte idéologique. Tourine, rapts successifs d’étrangers, attentats, assassinats d’étrangers… C’est la menace pesante qui dicte l’ordre de priorité.
L’Armée connait alors une remise à niveau qui lui permet rapidement de porter le théâtre des opérations sur le territoire ennemi (les caches des groupes armées dans le Sahara malien). L’offensive que mène la Mauritanie pour assurer la sécurité de ses frontières apporte ses fruits. En quelques mois, plusieurs opérations sont menées contre les terroristes dans leurs bases. Toutes leurs tentatives de faire des actions d’éclat en Mauritanie s’écrasent contre le cordon de sécurité mis en place par l’Armée nationale. La stratégie mise en œuvre par la Mauritanie n’a pas le soutien de ses voisins et amis. Ils paieront plus tard cette désinvolture, notamment quand tout le Nord malien sera sous contrôle jihadiste. Ils payent encore aujourd’hui le prix fort de ne pas avoir réagi à temps.
C’est sans doute cette guerre préventive qui a permis au pays de ne pas se laisser entraîner dans le tourbillon qui a suivi et qui a mis à genoux bien des Etats. Il y a lieu pour nous de célébrer notre Armée à toute occasion. Il y a lieu surtout de se dire qu’une Armée qui n’a pas les moyens de remplir ses missions de défense et de préservation de l’unité du pays, ne peut aspirer à être républicaine.
Jusqu’à présent, notre Armée a lorgné du côté du pouvoir seulement quand elle a été abandonnée par les décideurs ou quand elle a été l’objet de leur vindicte : 1978 avec la guerre du Sahara dans les conditions qu’on sait, 1984 avec sa marginalisation au profit de forces extérieures (Polisario notamment), 2005 avec son démantèlement progressif durant les deux décennies qui ont précédé, en 2008 avec la remontée en surface des démons des pouvoirs précédents.
Le pari est heureusement engagé sur la ressource humaine. En plus du lycée militaire, il y a désormais une Ecole supérieure polytechnique, une Ecole de l’aéronautique, une Ecole d’Etat Major, une Académie militaire bientôt. Tout un dispositif qui permet de former une élite capable de comprendre et de faire face aux multiples défis du monde d’aujourd’hui.  
«L’Institution militaire est devenue incontestablement un acteur de développement à travers sa participation distinguée au renforcement des capacités des autres départements, notamment la santé, l’éducation, la construction des routes, la réalisation de réseaux d’adduction d’eau et d’assainissement en plus de son intervention dans les domaines humanitaires». Quand un responsable militaire nous dit cela, c’est en pensant au Génie militaire, à l’hôpital militaire, aux écoles… là où effectivement le savoir-faire militaire est mis à contribution pour servir le pays.

mardi 23 juin 2015

UE-Mauritanie, la reprise ?

Les négociations semblent reprendre entre l’Union Européenne et la Mauritanie en vue d’un nouvel accord de pêche. Suspendues en octobre dernier, elles vont formellement reprendre la première semaine de juillet prochain. On se souvient que les négociateurs des deux parties avaient buté sur deux points : la compensation financière et l’apurement de l’appui sectoriel pour l’accord 2008-2012.
Les négociateurs de l’UE avaient proposé de faire baisser la compensation à 47 millions euros pour combler le manque à gagner en appui sectoriel. Pour les Mauritaniens, il était difficile d’accepter un niveau en-deçà des 67 millions obtenus au terme du précédent accord qui a été salué comme une victoire politique. Surtout que les enveloppes prévues sous la rubrique «appui sectoriel» n’ont jamais servi à grand-chose. Les difficultés à faire accepter des projets, puis de mobiliser les financements auprès de la partie européenne, ont toujours empêché la Mauritanie d’en profiter. C’est pourquoi la question de l’apurement de la rubrique appui sectoriel était au centre des préoccupations mauritaniennes. Il semble que sur l’accord 2008-2012, l’UE pourrait reverser une enveloppe de 6,5 millions euros qui serviront certainement à développer les infrastructures de pêche en Mauritanie.
Reste à savoir si les négociations qui vont s’ouvrir début juillet vont permettre aux flottes européennes d’opérer rapidement dans les eaux mauritaniennes. En effet, on se rappelle que l’un des conflits ouverts entre les deux parties, c’était de savoir quand prend effet l’accord. Pour la partie mauritanienne, c’était toujours au lendemain du paraphe de l’accord (31 juillet 2012 pour le dernier accord). Pour les Européens, l’accord prenait effet seulement après approbation par le Parlement, ce qui demande une procédure longue et lourde. Les négociateurs avaient alors opté pour laisser les opérateurs pêcher 24 mois, quitte à savoir quand est-ce que chacun a commencé.
Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Est-ce que les Européens vont demander l’accès des flottes dès la signature de l’accord ou vont-ils attendre que le processus de ratification suive son cours normal ?
Dans le premier cas, la flotte européenne pourra alors revenir dans les eaux mauritaniennes dès juillet. Alors que s’il faut attendre la ratification par le Parlement, il faudra attendre octobre prochain, au moins. Sauf si les Européens donnent un coup d’accélérateur au processus, auquel cas, l’accord sera effectif dès la fin juillet. Rien n’empêche cela en tout cas.