mercredi 17 juin 2015

Le baccalauréat, quelles solutions ?

Ce nouveau scandale du baccalauréat doit servir d’électrochoc aux structures du ministère pour apporter des correctifs à même de garantir l’équité, la transparence et la régularité de l’examen. Reprendre l’épreuve de physique-chimie est certes une bonne décision, mais il faut plus.
D’abord l’enquête. Une enquête doit être immédiatement lancée pour savoir d’où vient la fuite. Ne pas hésiter à remonter les filières jusqu’à aboutir à la source de cette fuite grave et dangereuse. Assurer ensuite le maximum de publicité aux résultats de l’enquête et frapper fort les coupables s’il en existe.
Dans l’immédiat, proposer des solutions pour éviter l’intrusion des moyens modernes dans le trichage. On parle beaucoup de l’utilisation excessive des réseaux sociaux et des applications permettant de diffuser informations et solutions concernant les épreuves. Si le gouvernement peut assurer l’installation de brouilleurs de réseaux dans tous les centres de l’examen, ce serait une solution à tester. Sinon, renforcer et systématiser le contrôle au téléphone.
Dans le long terme, envisager une profonde réforme de l’examen lui-même. Si dans beaucoup de pays, il n’existe pas de baccalauréat, dans d’autres, cette épreuve est étalée sur deux ans : les anticipés permettent aux candidats de l’année suivante de passer les épreuves des matières secondaires pour ne laisser que les matières principales. Ce qui facilite quelque peu la tâche. Mais le mieux, serait de faire du baccalauréat une composition de passage et rien de plus. Comment ? C’est aux spécialistes de l’éducation de faire des propositions.
On ne peut pas continuer à lier l’avenir d’un enfant à un examen qui se déroule en trois jours et qui est destiné, dans sa forme et dans son fond, à sanctionner un cursus qui aura duré treize ans (six pour le fondamental, quatre pour le collège et trois pour le lycée). D’autant plus que l’examen a perdu, depuis le scandale de 2000, toutes ses lettres de noblesses.
Il permet encore de distinguer qui des étudiants a droit à une bourse, à l’étranger ou à l’intérieur, de freiner quelque peu le gonflement de la masse des demandeurs d’emplois. Pas plus.
C’est bien cette hantise de réguler la masse des chômeurs qui a dicté aux pouvoirs publics (sous pression de la Banque Mondiale) de rallonger le cursus pour retarder le plus l’arrivée de dizaines de milliers de jeunes Mauritaniens sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui que la formation technique est remise sur la sellette, deux mesures s’imposent.
La première est de faire de l’école mauritanienne un outil de formation et de perfectionnement professionnels. Multiplier pour cela les établissements techniques secondaires, diriger les élèves de plus de quinze ans vers ces établissements au lieu de ceux de l’enseignement général, imposer dès le concours d’entrée en sixième des moyennes d’orientation vers l’un ou l’autre des enseignements (professionnel ou général)…
La deuxième mesure est d’instituer un service national qui, dans sa philosophie, doit être perçu comme un palliatif à l’absence des internats qui étaient un lieu de convergence pour les Mauritaniens de toutes origines. Un service national permettra aux jeunes Mauritaniens de servir leurs compatriotes dans leurs terroirs, de connaitre ces terroirs et leurs habitants, de les préparer à la vie active et aussi …retarder leur arrivée sur le marché du travail (si cela importe tant).
Les sous doués passent le bac, c’est le titre d’un film qui a eu un succès énorme à Nouakchott au début des années 80. C’est un peu une parodie de ce qui se passe aujourd’hui : parents et élèves multipliant les procédés et méthodes pour trouver le moyen de faire parvenir à leurs enfants les solutions des épreuves. Y compris les messages par tamtam utilisé par le fils d’un ambassadeur africain qui disait à ses copains : «bac ou pas bac, je serai ministre»…

mardi 16 juin 2015

Pour répondre au ministre

Quand le ministre des relations avec le Parlement et la société civile a reçu quelques représentants des organisations de la presse, la discussion est fatalement arrivée aux appréciations personnelles de son Excellence sur les prestations de Ahmed Ould Cheikh du Calame et sur la mienne lors d’un débat sur la situation de la presse animé par Ahmed Ould Elbou d’Al Wataniya. Forcément, il en retenait seulement ce qui a été dit sur l’aide à la presse.
Je n’évoquerai pas «la manière trarzézienne» qui aurait été utilisée par Ahmed selon le ministre qui avoue avoir très mal pris les termes du directeur du Calame qui, après avoir critiqué les critères de définition des quotas, a rappelé que son journal, parmi les plus anciens et les plus ancrés, s’est retrouvé dans la sélection derrière des titres qui n’ont aucune existence réelle. Et, sarcastique, il a ajouté : «ekheyr minhum, je n’ai pas refusé le peu qu’ils nous ont octroyé». C’est ce «ekheyr minhum» qui aurait amené le ministre à parler d’une façon typiquement du Trarza (de dire les choses ?)…
Le ministre aurait dit ensuite : «Quant à Ould Oumeir, il a dit qu’il a dédaigné l’aide, pourtant, il a fait des pressions énormes pour que son dossier soit traité après la fin des travaux de la commission. Mon conseiller Ahmed Ould Moustapha m’a relancé plusieurs fois pour m’amener à accepter de laisser passer son dossier et j’ai finalement accepté. Maintenant je crois que Ould Oumeir veut raviver une vieille guerre entre lui et moi…»
Quelques précisions. Je n’ai jamais dit et surtout pas au cours du débat en question que je dédaignais le dépôt du dossier de La Tribune. Parce que tout simplement, à la manière des gens du Trarza, j’ai évacué rapidement la question en disant expressément que «La Tribune n’a pas profité de l’aide mais c’était ma faute». Et comme l’animateur connait les bonnes manières et comme il sait qu’il n’y avait rien à ajouter, il n’a pas insisté pour savoir en quoi «c’était ma faute».
Donc le ministre n’a jamais entendu les propos qu’il me prête parce qu’ils n’ont jamais été dits. Quand j’ai appelé mon frère et ami, le journaliste Ahmed Ould Moustapha, c’était pour lui expliquer la raison objective de notre exclusion.
Il y a quelques mois, on nous avait demandé de déposer un dossier pour l’aide à la presse. C’est une formalité que nous remplissons depuis l’année dernière sans attention particulière. En général, tout ce qui s’y rapporte de papiers sont confectionnés rapidement et en dehors de toute légalité. C’est justement ce qui permet à des journaux peu connus, parfois sans existence réelle (siège, employés, lecteurs…) de profiter plus que d’autres qui sont connus du large public. Personnellement, ma culture m’interdit de trop insister sur les aspects monnaie et reste. Personne ne peut dire qu’il m’a entendu protester ou dénoncer ce que certains considèrent comme injustice dans la distribution de l’aide à la presse. Je crois qu’il est suffisant de dire que «La Tribune n’en bénéficie pas» pour que lecteurs, auditeurs et téléspectateurs s’en rendent compte, la liste des bénéficiaires étant publique.
L’absence de La Tribune est simplement due à une erreur de casting : on avait déposé un dossier en mai 2014 que nous croyions être celui de l’aide. Personne parmi nos amis et confrères qui nous avaient pourtant embarqués dans une bataille autour de la confection de la commission, personne n’a attiré notre attention là-dessus et tous savaient pourtant.
Au moment de la publication de la décision, un membre de la Commission m’a contacté pour me dire que «les membres de la commission ont très mal pris votre refus de déposer un dossier. Ils y perçoivent une sorte de mépris…» Il se trouve que la commission est présidée par un ancien ministre de la communication qui avait, malgré sa jeunesse, marqué positivement de son passage ceux qui travaillaient dans le champ, moi particulièrement. Elle comprenait aussi, des gens comme Ahmed Ould Moustapha et Imam Cheikh, pour lesquels j’avais – j’ai toujours – un grand respect. Et c’est bien pour cela que j’ai appelé Ahmed et c’est bien lui qui a trouvé qu’il serait «injuste de ne pas faire profiter La Tribune au moins de la subvention de l’impression». Fidèle à son sens de la mesure et de l’équité, le président de la commission m’a appelé ensuite pour me dire qu’il a fait le nécessaire pour que La Tribune profite au moins de la réduction de l’impression. Je suis sûr que les conseils pressants d’Ahmed Ould Moustapha ont joué, mais auprès de la seule autorité à même d’en décider : la commission chargée de l’aide publique à la presse, pas le ministère des relations avec le Parlement qui n’a aucune compétence en la matière.
Quant à un probable contentieux qui m’a opposé dans le passé au sieur Izidbih Ould Mohamed Mahmoud, je n’ai jamais été au courant de cela. Aucun échange épistolaire entre nous, aucune polémique verbale, aucun affrontement ni public ni privé. J’appartiens effectivement à une culture qui m’apprend à laisser passer le flot de paroles sans essayer de leur accorder plus d’importance qu’il ne sied, à ne jamais traiter ni discuter avec passion… j’ai appris dans ma vie à discuter les idées, pour échanger, pour savoir de l’autre, pour essayer de lui donner, de lui prendre et d’arriver finalement à une convergence sinon à un compromis où chacun a défini son rapport à l’autre, avec respect, sans prétention. Je ne vois pas donc à quel niveau peut se situer le point de discorde avec le frère Izidbih Ould Mohamed Mahmoud. S’il n’avait pas été ministre de la République aujourd’hui, ses propos n’auraient en aucun cas retenu mon attention pour susciter chez moi un quelconque émoi.

Seulement, l’homme est aux affaires publiques et il s’adressait à un parterre de journalistes. Il y a un aspect de ses propos qui méritait les précisions apportées. C’est fait.

mercredi 10 juin 2015

La Tricité, mégalopolis

Je me réveille le matin, très tôt. Après avoir fini tout ce que j’ai à faire, y compris le petit-déjeuner, je descends attendre dans le hall de l’hôtel. Dans un moment de pleine oisiveté, je saisis une revue tout en Polonais en me disant que je regarderai les photos en essayant d’imaginer de quoi l’on parle. Surprise : à la troisième page, une belle photo d’une tente de chez moi, sous la tente un homme, une femme et leur enfant… tout sourire… le bonheur des bédouins du Sahara…
Sous la photo un texte d’une trentaine de ligne. J’ai tout de suite repéré le mot «Mauretanii»… trois fois… puis le nom de Abderrahmane Sissako mais pas son film Timbuktu. Mais de quoi devait parler le papier si ce n’est de cinéma ? Quand mon guide-interprète arrive, il m’explique qu’il s’agit d’un papier annonçant le festival «Printemps de cinéma» de Gdansk auquel notre compatriote et notre héros national est invité. L’auteur explique que le réalisateur est mal connu en Pologne mais qu’il a un grand succès en Europe et ailleurs… ma journée commence bien.
Direction : le Centre européen de solidarité. Quelque chose de tout nouveau. Une sorte de musée dédié au mouvement Solidarnosc et à la lutte qui a commencé par être le fait de la classe des travailleurs pour finir en une révolution populaire impliquant toutes les forces vives de la Nation. Tout a commencé ici dans les chantiers navals Lénine de Gdansk. C’est ici que les prolétaires de toute la Pologne se sont unis pour contester l’hégémonie du Parti communiste et au-delà le joug de l’Union soviétique. A l’intérieur du musée, c’est le cheminement de cette révolution qui est repris et commémoré.
Devant le centre se dressent trois grandes croix qui ont été dressées ici par les ouvriers de Gdansk en mémoire de ceux des leurs qui sont tombés dans les événements de 1970. La croix ici, c’est quelque chose qu’on respire. Où vous vous tournez, il y a un symbole religieux vous rappelant que vous êtes en terre de chrétienne (catholicisme principalement). Et comme dit le philosophe français Michel Onfray : «Toute civilisation épouse le mouvement de spiritualité qui la porte et la rend possible», ici c’est le catholicisme qui a porté la révolution. Sans le Pape Jean-Paul II, on peut se demander de ce qu’il serait advenu du mouvement ouvrier de Gdansk. Ici, la ferveur religieuse a été le moteur de la résistance au communisme. Elle a donc soutenu la révolution.
Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski déclare l’état d’urgence. Ce jour-là, un photographe heureux prend un cliché montrant le cinéma Moscou de Varsovie affichant le célèbre film Apocalypse Now et dans les rues les chars de l’Armée qui écrasaient déjà l’insurrection. Un résumé du chaos qui allait survenir. Il faudra attendre le désengagement russe et la Perestroïka pour voir le régime militaire lâcher du lest. La voie est ouverte pour la démocratisation seulement en 1989. Le 4 juin de cette année, les Polonais votent pour Solidarnosc et son leader devient le premier Président élu de Pologne.
L’histoire ne se termine pas là. Gdansk qui a vu le déclenchement de la première guerre mondiale, qui a été détruite par cette guerre, cette ville qui a été le berceau de l’insurrection qui a finalement libéré le pays, cette ville est aujourd’hui en pleine mutation. Avec son stade gigantesque construit à l’occasion de l’Euro 2012, avec ses zones spéciales de développement, ses centres technologiques, son ouverture sur la Mer baltique, le dynamisme de son économie et surtout l’afflux de touristes venus contempler «l’or du Nord» (Ambre). Tout ici reflète les couleurs de cette pierre précieuse, résidu d’un autre âge.

En grandissant la ville a formé une sorte de mégalopolis avec deux autres centres urbains : Gdynia et Sopot. Si Gdynia est un prolongement de l’activité du port de Gdansk, elle est aussi une sorte de Silicon Valley. Alors que Sopot est une magnifique station balnéaire qui se trouve sur la Baltique. L’ensemble de ces cités est appelé ici la Tricité.

mardi 9 juin 2015

Gdansk, la ville de Lech Walesa

«Quand j’étais petit garçon, je m’imaginais Gdansk comme une grande ville, avec un port et des chantiers navals. Je savais que la seconde guerre mondiale y avait commencé. J’avais aussi entendu dire qu’il y avait de nombreux sites historiques à Gdansk. C’est tout ce que je savais alors.
A la fin du printemps 1967, j’ai pris le train et je suis allé au bord de la mer. Je suis descendu du train à la gare de Gdansk Glowny. Une minute plus tard, je suis tombé sur un ami de mon ancien voisinage qui m’a convaincu d’aller travailler aux chantiers navals. A Gdansk, j’ai rencontré mon épouse Danuta et c’est là que nos enfants sont nés… C’est donc comme ça , à mon insu, que je suis devenu citoyen de Gdansk.
Aujourd’hui, bien des années plus tard, après avoir visité tant de villes en Europe et dans le monde, je peux dire que je ne voudrais jamais échangé Gdansk contre New York, Paris, Bruxelles, Tokyo ou Moscou…
A la fin du 20ème siècle, la Pologne a donné à l’Europe et au monde le Pape Jean-Paul II. Quant à Gdansk, il a donné le mouvement Solidarnosc à sa nation, à l’Europe et au monde entier (…)»  Tiré de Gdansk selon Lech Walesa.
Gdansk, c’est d’abord Lech Walesa et son mouvement Solidarnosc (Solidarité) qui a fait bouger les chantiers navals de la ville avant de faire soulever toute la Pologne pour la libérer ensuite du joug du régime soviétique et en être le premier Président élu au suffrage universel. Une épopée qui allait sonner le glas de l’Empire soviétique et du bloc communiste en général.
Mais Gdansk est ce qu’elle a été : un centre commercial et culturel de l’Europe du 15ème au début du 20ème siècle. Avant d’être détruite elle aussi en 1945. C’est autour de son passé glorieux que la ville s’est reconstruite. Deux symboles de cette reconstruction : le Théâtre Shakespeare qui est l’un des centres culturels européens et la vieille ville restaurée tel qu’elle était avant les bombardements de la seconde guerre.
Le Théâtre Shakespeare est une reconstruction d’un bâtiment qui avait d’abord servi de scènes de jeux avant de recevoir des troupes venus de partout et notamment du Royaume Uni. La bourgeoisie née de l’activité commerciale sur la Baltique a encouragé le développement des arts et des lettres. Très tôt l’auteur anglais fut joué ici. C’est cette tradition qu’on fait revivre dans un centre ultramoderne. Sa vocation est de devenir un lieu d’expression pour les troupes européennes. Mais déjà il reçoit chaque année une saison entièrement dédié à Shakespeare.
La grande porte de la vieille ville comporte trois entrées. Sur chaque d’elles une inscription en latin. Sur celle de gauche, il est écrit que «la sagesse se trouve dans les actes de la République». Sur celle du centre, on nous dit que «la Justice, la Liberté et la Tolérance sont des valeurs immuables de la République». Sur celle de droite enfin, on nous apprend que «la Liberté, la Concorde permettent à tous Prospérité et Notoriété».
Ces inscriptions datent de la fin du 18ème siècle et fondent visiblement les grandes valeurs du libéralisme naissant. Elles sont en cas la première étape de la révolution bourgeoise qui a permis de se libérer des carcans de la société féodale. Car la démocratie, les démocraties sont le fruit d’une lutte longue et acharnée pour plus de liberté, plus de possibilités d’influer la gestion publique des affaires par le citoyen, plus de participation, plus d’expression de la pluralité…
La démocratie, comme tout ce qui est bon et beau, se mérite. Parce qu’elle se mérite, elle est à conquérir.

lundi 8 juin 2015

Négociateur malgré moi

La première rencontre officielle est celle qui se déroule dans les locaux du ministère des affaires étrangères polonais. Elle me met en face de représentants du département chargé des relations avec l’Afrique, le Maghreb et le Moyen-Orient.
Mes interlocuteurs me font la somme des relations entre les deux pays qui ont connu selon eux une nette amélioration ces dernières années avec notamment des échanges de visites entre responsables importants des deux pays. D’abord la visite de la délégation mauritanienne dirigée par Ahmed Ould Teguedi, l’ancien ministre des affaires étrangères qui semble avoir fait impression ici (son nom est prononcé automatiquement sans besoin de revenir à un papier). Ensuite la délégation polonaise dirigée par le Président du Sénat et comprenant de nombreux hommes d’affaires et de hauts responsables. Le Président du Sénat est la deuxième personnalité de l’Etat. C’est lui qui dirige le pays en cas d’empêchement ou d’absence du Président de la République.
La partie polonaise s’apprête à commémorer le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations entre les deux pays. Cela se traduira par l’organisation de manifestations culturelles et de voyages occasion d’échanges entre la Mauritanie et la Pologne. Pour ce pays une ouverture vers l’Afrique est nécessaire et si cela peut se faire à travers la Mauritanie, ce serait mieux.
«Nous sommes conscients de la place stratégique qu’occupe la Mauritanie comme pays charnière entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. Nous percevons le développement de toute relation avec le pays dans une vision d’ensemble nous permettant de nous ouvrir les espaces prometteurs d’une Afrique en marche».
La visite de la délégation polonaise a permis d’identifier quelques domaines de coopération qui pourraient être lancés dans l’immédiat. Tout ce qui concerne l’exploitation des minerais, notamment le fer. Mais aussi la pêche, l’agriculture, l’industrie…
Ma deuxième rencontre justement a lieu dans les locaux de l’Agence de presse polonaise (PAP) et me permet d’échanger avec des représentants de la Chambre de commerce de Silésie. Ils m’expliquent qu’il s’agit d’une institution indépendante qui ne fait pas partie des structures étatiques. Ce qui ne les empêchent pas d’être l’un des pivots de la coopération extérieure de la Pologne moderne.
En plus de la promotion des investissements polonais et des échanges avec les autres pays, ils sont intéressés, dans le cas de la Mauritanie, par l’établissement d’une coopération scientifique et technique. Ils sont aussi intéressés par les secteurs de production de lait et de viande, par la pêche (industrie), par le développement des services…
N’étant pas moi-même concerné par ces propositions, je leur suggère d’entrer en contact avec notre ambassade à Berlin, avec la Chambre de Commerce de Nouakchott, le Patronat et surtout la Zone franche de Nouadhibou. Toutes ces structures seront prêtes à leur donner les informations nécessaires pour mieux encadrer cette entrée des opérateurs polonais dans l’espace mauritanien. Ils décident alors d’organiser un voyage en février prochain pour «voir ce qui peut être fait». Ils insistent encore sur l’aspect développement des relations universitaires. Ce sera possible surtout que le pays a mis en place des établissements d’excellence et s’oriente vers la formation professionnelle. Peut-être qu’un contact avec l’Université de Nouakchott et les différentes écoles spécialisées dans la formation (Polytechnique, ingénieurs, travaux publics…), serait édifiant.
Je finis cette première journée par une visite guidée dans le Palais royal et dans ses merveilleux jardins. Un moment de détente mais aussi d’exploration d’un passé toujours présent.
La Pologne est un pays qui a existé malgré les velléités de ses voisins, malgré les guerres qui l’ont dévasté plus d’une fois. Tout est reconstruit, tout est restaurer pour reconstituer le passé prestigieux d’une Pologne indépendante. Mais partout, on rappelle les destructions et les limites des reconstructions.

dimanche 7 juin 2015

Varsovie, le passé présent

La route de Varsovie passe par Paris et les pickpockets de CDG quand on ne fait pas attention aux mises en garde pourtant répétées des autorités qui entendent ainsi dégager toute responsabilité dans des pertes éventuelles de biens. Tant pis pour ceux qui, comme moi, n’auront pas pris en compte ces avertissements…
Après quelques trois heures de vol, nous atterrissons sur le tarmac de l’aéroport Frédéric Chopin de Varsovie. D’habitude un aéroport porte le nom d’un homme politique ou d’un chef de guerre. Je comprendrai plus tard pourquoi ce génie de la musique tient une place dans le cœur des Polonais et dans leurs espaces publics. L’homme qui est né et qui s’est révélé ici, a quitté son pays d’adoption pour la France où il est mort. Dans sa vie il avait refusé un passeport russe, condition que l’occupant lui avait posée pour le laisser revenir pour un concert de commémoration. Il avait demandé à sa famille de l’enterrer seulement à Varsovie et si cela ne pouvait se faire, d’enterrer son cœur ici.
A sa mort sa sœur a fait le voyage transportant, sur des milliers kilomètres, le cœur du virtuose aimé. On peut imaginer d’ici la peur qui étreignait cette courageuse dame à chaque contrôle de police, à chaque frontière de province, à chaque entrée ou sortie de ville. Ce cœur est aujourd’hui contenu dans le pilier central de la plus grande cathédrale de Varsovie. C’est un peu si ce cœur bat encore, tellement Frédéric Chopin est présent dans cette ville détruite à 90% pendant la deuxième guerre mondiale.
Varsovie est le lieu où le Pacte qui porte son nom a été signé le 14 mai 1954. Ce fut la réplique du Bloc Est dirigé par l’Union Soviétique de Nikita Khrouchtchev à l’adhésion de la République fédérale d’Allemagne à l’OTAN (organisation du Traité de l’Atlantique qui rassemble les pays de l’Europe de l’Ouest aux Etats Unis d’Amérique).
Varsovie a toujours été le symbole des résistances de l’Etat et du peuple polonais. L’Histoire retient les insurrections de Varsovie dont la dernière est celle qui va du 1er août au 2 octobre 1944 et qui a été une tentative du peuple polonais et de son gouvernement de libérer par eux-mêmes leur pays et d’éviter ainsi que ce soit l’Armée rouge qui le fasse. En fait la Pologne est le seul pays sous occupation nazie qui a conservé un gouvernement dans la clandestinité, gouvernement qui a géré effectivement la vie des citoyens malgré la violente répression du système nazi.
Le symbole de résistance reste le slogan «Pologne combattante» (Polska Walczaca) symbolisé par un W surmonté d’un P. Récemment, un conférencier appelait nos compatriotes à trouver un identifiant par lequel les Mauritaniens s’imposeront un vivre ensemble en le reconnaissant comme symbole de la Nation. Lui prenait comme exemple le IKI japonais, je trouve que PW des Polonais est plus significatif. D’ailleurs, nous partageons avec eux cette sempiternelle conscience de la menace extérieure, de la possibilité pour nous d’être engloutis par un voisin glouton ou de disparaitre dans une guerre qui opposerait des voisins plus puissants que soit. Cette hantise qui oblige à plus de vigilance et d’engagement pour préserver son indépendance, son existence.
Visite au musée. Toute une partie réservée à Faras, l’ancienne capitale de la Nobatie, région autonome de la Nubie ancienne. Des vestiges qui se trouvent actuellement au Soudan et qui ont été entièrement submergés par le lac Nasser, conséquence malheureuse de la construction du barrage d’Assouan.
Ici on a reconstruit une réplique des façades de la cathédrale de Faras. Une manière de rappeler que c’est une mission d’archéologues polonais dirigée par Kazimierz Michalowski qui a permis la découverte de ce joyau de l’archéologie antique. Les fouilles ont eu lieu entre 1961 et 1964.

Toutes nos pensées aux fouilles jamais terminées de Tegdaoust, Koumbi Saleh et d’Azougui.

samedi 6 juin 2015

D’El Melzem à Paris

Ce matin, à Tiguint. La foule est immense pour accueillir le Président Mohamed Ould Abdel Aziz en tournée dans le Trarza. Les opérateurs politiques, tous pourtant appartenant au même parti (UPR) et soutenant le même dirigeant, ces opérateurs n’arrivent pas à manifester ensemble. Trois sites distincts qui expriment la division. Quelques instants avant l’arrivée du Président, le secrétaire général et le fédéral régional de l’Union pour la République avaient fait le tour des sites sans, visiblement, être dérangés par ces divisions. Signe de l’incapacité de l’appareil politique qui ne peut même pas imposer une unité de façade. De là à croire qu’il y a là quelque volonté de voir ces divisions s’intensifier, il n’y a qu’un pas.
Viennent ensuite toutes agglomérations qui tiennent elles aussi à marquer leur existence au passage du Président de la République. Chaque agglomération correspond à un espace tribal, donc chaque manifestation est celle d’une tribu donnée. Cette atomisation dans l’accueil devient alors le premier facteur de «la sédentarisation abusive» (teqarry al ‘ashwa’i) souvent dénoncée par les Autorités notamment le Président lui-même. Sur la route menant de Tiguint à Mederdra – 50 kilomètres -, plus d’une vingtaine d’arrêts imposés au Président. Comme si chaque ensemble voulait exprimer individuellement son soutien. Derrière ces accueils se profilent souvent des doléances liées pour certains aux nominations de «cadres de la tribu». Dès Rosso, ces doléances se sont exprimées à travers les interventions lors de la réunion des cadres qui a vu certains remarquer le manque de représentativité de la région dans les hauts cercles de l’administration. Ce à quoi le Président avait répondu à peu près en ces termes : «C’est une revendication qui revient partout. Mais vous n’avez pas vous, du Trarza, car vous êtes bien représentés. Vous avez le Président de l’Assemblée nationale Mohamed Ould Boilil, vous avez des ministres…» Deux oublis majeurs : si le premier gouvernement d’après 2009 comptait sept ministres originaires du Trarza, l’actuel n’en compte qu’un seul ; le deuxième oubli, c’est celui du Président du Sénat qui est lui aussi du Trarza, pourtant une grande partie des intervenants n’ont pas manqué de louer ses actions dans la région notamment à Rosso…
Je quittais la région de Mederdra alors que les populations s’activaient partout et essayaient de remporter la palme de la meilleure réception. Ce qui supposait de grands moyens financiers déployés, une mobilisation humaine inhabituelle et un déploiement extraordinaire. Cette ferveur, on l’a vue ailleurs, dans les Hodhs, en Assaba, au Gorgol, au Guidimakha, au Tiris Zemmour, au Brakna et maintenant au Trarza. Elle sera la même au Tagant, en Adrar, en Inchiri… Reste la question de savoir ce qui se cache derrière ces bains de foule de plus en plus sécurisés et surtout : quoi après ?

Sur la route pour Varsovie, Paris est la première étape. Contact avec un autre monde.