vendredi 10 octobre 2014

A méditer

C’est l’histoire d’un ancien planton qui a travaillé dans l’administration coloniale, puis celle de l’indépendance. Le Gouverneur français avec lequel il avait travaillé pour la première lui avait appris à lire deux mentions : «confidentiel» et «urgent». Lui intimant l’ordre de le déranger à tout moment et en tout lieu chaque fois qu’il voit l’une de ces mentions sur un courrier qu’il reçoit. Il avait donc appris à courir avertir le Gouverneur chaque fois qu’il identifiait l’une de ces deux mentions sur un courrier. Qu’il soit dans sa chambre à coucher, en réunion, dans les toilettes, en sieste… C’est devenu machinal.
Quand les Français sont partis, il reçut son premier patron mauritanien. La première semaine de prise de service, le nouveau Gouverneur compris combien ce planton était exceptionnellement au service, combien il semblait maitriser les secrets du métier, combien il était dévoué. Il commençait à l’apprécier véritablement.
Un jour, il vint le voir alors qu’il venait de sombrer dans un profond sommeil. Il le réveilla en lui disant : «il y a là une lettre confidentielle». Sans dire mot, le Gouverneur prit le document et le rangea sans le regarder. Un autre jour, il vint le chercher chez une famille où il était venu se payer un moment de fuite et de repos pour lui dire qu’il y avait là un «courrier confidentiel». Cette fois-ci, le Gouverneur se contenta de lui remettre le courrier tout en lui demandant de le déposer sur le bureau, toujours sans l’avoir lu. Un troisième jour, le planton arriva en courant pour taper à la porte des toilettes. Essoufflé, il expliqua qu’il y avait là «un courrier urgent». Excédé, le Gouverneur le tint par la main avant de le faire asseoir sur une banquette du salon. «Ecoute mon frère, dans ce pays, nous vivrons encore quelques siècles, deux peut-être trois, avant de trouver un sujet confidentiel ou d’avoir conscience d’une situation d’urgence. Alors reposez-vous et contentez-vous de déposer le courrier sur le bureau sans me le dire…»
Le planton comprit alors que les choses ont changé…

jeudi 9 octobre 2014

Du pétrole au Sénégal

Selon une dépêche de l’agence panafricaine de presse APA, l’entreprise britannique Cairn Energy a annoncé d’importants gisements de pétrole dans le off-shore sénégalais. ''Les premières estimations des réserves de ce puits vont de 250 millions de barils de pétrole (avec une probabilité de 90 %) à 2,5 milliards de barils (avec une probabilité de 10 %)'', a indiqué un communiqué de la société. Le communiqué précise que l’entreprise "ne compte pas pour l'instant procéder à la phase de test du puits pétrolier'' et que ‘'des travaux d'évaluation supplémentaires seront conduits, à partir des données sismiques récoltées afin de ‘calibrer le puits’ et déterminer l'étendue de la découverte''.
Les gisements se trouveraient à 100 kilomètres des côtes et seraient à une profondeur d’environ 1500 mètres. Cairn Energy évite d’annoncer le développement dans l’immédiat. Comme si l’essentiel était de faire l’annonce, probablement pour booster les actions en bourse de l’entreprise. Un procédé qui a déjà été utilisé chez nous par ces multinationales qui ne reculent devant rien pour tirer le maximum de profit de nos Etats.
En Mauritanie, la ferveur des années 2000 a disparu, ou s’est largement atténuée. D’abord à cause de la mauvaise gestion qui a accompagné les premières exploitations (l(affaire Woodside, l’affaire de la commercialisation, de la SMH…). Ensuite parce qu’il n’y a pas eu de découverte depuis celles de Chinguitty faites par Woodside. On a vu que depuis, il y a eu trois forages qui ont finalement été négatifs. Les entreprises ayant accouru pour s’installer en Mauritanie ont diminué leur présence (elles ne sont pas parties contrairement à ce qu’on dit). Tullow, Dana et bien d’autres ont allégé leur présence. Tandis que Petronas qui a racheté l’activité de Woodside cherche aujourd’hui à vendre tout son actif : la production très faible ne couvre pas les frais d’exploitation, d’où la difficulté pour elle de se débarrasser de cette activité. Mais la grande déception vient de l’on-shore : Repsol très présente au début, a plié bagages, tandis que la française Total a gardé seulement un bloc sur les trois qu’elle avait dans la région de Taoudenni.
Reste cependant le démarrage pour bientôt de deux exploitations dans le off-shore mauritanien. La première concerne l’américain Kosmos Energy qui va forer en novembre prochain après avoir procédé à des explorations sismiques sur une surface de 10.000 km2. La seconde concerne Chariot Oil & Gas qui va forer elle aussi dans le nord de l’off-shore en 2015.
Dans les milieux, on préfère parler d’une «accalmie» et même d’une «mauvaise passe» plutôt que de «crise» ou d’«illusions perdues». Même s’il est vrai n’a pas su profiter de son potentiel, surtout à cause de l’inefficience de la gestion de la ressource humaine en la matière.

mercredi 8 octobre 2014

La France a-t-elle perdu ses guerres ?

On croyait les velléités guerrières de la France sérieusement «tempérées» par le départ de Nicolas Sarkozy dont la politique en la matière était dictée par le gourou Bernard-Henry Lévy (BHL pour les intimes), celui qui avait inspiré, conçu et même encadré la guerre de Libye. On sait aujourd’hui combien était hasardeuse l’entreprise de la France qui avait quand même réussi à tirer avec elle l’armada de l’OTAN. Résultat : destruction de la Libye, prolifération des groupes armés échappant à tout contrôle, sanctuarisation de l’espace libyen par Al Qaeda et ses avatars et grands risques de partition dont les contours se dessinent déjà. Si l’expédition libyenne a été la première des guerres nouvelles de la France, elle est un échec total.
L’arrivée au pouvoir du socialiste François Hollande avait fait espérer une démarche moins guerrière, plus modérée, plus humaniste et mieux réfléchie face aux tourments du monde. Mais les échecs sur le plan intérieur allaient imposer à François Hollande une recherche effrénée de quelques palliatifs pour redorer une image sérieusement amochée au niveau intérieure. Le Mali allait lui offrir une première occasion.
On ne saura peut-être jamais pourquoi les bandes armées de Ansar Eddine (groupe salafiste-nationaliste dirigé par Ag Ghali), du MUJAO (mouvement de l’unicité et du Jihad en Afrique de l’Ouest, dissidence de AQMI composé d’une multitude de nationalités dont essentiellement des Arabes du Nord malien), de AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique, dirigée par les Algériens) et des Murabitounes (groupe dissident dirigé par Belmokhtar alias Bellawar), pourquoi ces bandes ont-elles décidé subitement de foncer sur Bamako, au moment où les manifestations de soutien à la junte éclataient à Bamako. Une convergence d’action qui ne pouvait relever du hasard et qui a eu pour conséquence immédiate l’intervention de l’Armée française.
L’opération Serval servira à repousser les assaillants dans un premier temps. Et pour couvrir cette action unilatérale, la Communauté ouest-africaine (CEDEAO) fut sollicitée : la force deviendra par la suite la mission africaine au Mali (MISMA). Ce sont les Tchadiens qui payeront le prix fort en termes d’engagements sur le terrain et de pertes humaines. Sous couvert de la force internationale timidement rassemblée par les Français dans le cadre de la MINUSMA (mission des Nations Unies au Mali), les forces maliennes avancèrent sur un terrain qu’elles ne pouvaient conquérir définitivement par elles-mêmes. D’abord pour les insuffisances qu’elles connaissent et que tous les équipements et toute l’assistance en formation ne peuvent combler. Ensuite pour ce qu’elles doivent subir d’hostilité de la part de populations meurtries par les exactions commises par cette Armée. Avant de conquérir le territoire, il fallait conquérir les cœurs, ce qui est loin d’être fait.
La France a depuis changé le nom et les objectifs de sa mission : pour Serval on a choisi Barkhane qui a vocation de couvrir tout l’espace sahélien et d’engager plus de moyens et d’hommes. Les délais initialement fixés pour le désengagement sont largement dépassés. On est d’ailleurs parti pour une opération de longue durée, si elle n’est pas indéfinie dans la mesure où on est loin de neutraliser les menaces qui pèsent toujours lourdement sur la région.
Les mines qui sautent au passage des troupes tchadiennes ou nigériennes, les obus qui s’abattent sur les bases de la MINUSMA, le retour avéré des combattants dans les villes du Mali et dans leurs environnements immédiats, le recrutement continu de combattants… tout cela est bien l’expression de l’échec patent de cette deuxième guerre française.
La troisième guerre perdue par la France de François Hollande est celle qui se déroule loin des yeux en République Centrafricaine. Là-bas, les massacres interreligieux continuent, l’occupation du pays par les légions français n’ayant fait qu’ajouter à la confusion générale.
Ce qui n’empêche pas le Président François Hollande d’engager l’aviation française dans les frappes destinées à détruire les combattants de l’Etat islamique en Irak, tout en refusant de faire quoi que ce soit pour la Syrie. Dans cette guerre qu’on mène de loin – à partir des cieux – on peut toujours se targuer de remporter une victoire en détruisant un dépôt d’armes ou un quartier général, sans pour autant changer la donne sur le terrain. Entretemps, cette guerre a mis en avant les ressortissants français qui sont immédiatement devenus une cible pour les Jihadistes radicaux. Toutes ces guerres ne permettent pas cependant de rehausser la popularité du président français dans son pays. Elles ne permettent pas non plus de faire baisser la courbe du chômage ou d’atténuer les effets d’une crise multiforme : politique par la perte des repères idéologiques ; économique par les contreperformances d’une économie française qui ne sort pas de la zone d’instabilité ; morale par tous ces scandales qui éclaboussent la République en général et déprécient l’image d’un Président finalement très «normal».

mardi 7 octobre 2014

Maalouma: Le concert

Le lieu : l’«Ambassador» restaurant-traiteur qui dispose d’un espace où il peut déployer un dispositif de réception grandiose (tentes, tables, chaises, couverts, tapis et même une scène où les artistes vont se produire).
Le moment : la soirée de dimanche (5/9) comme pour prolonger la journée de l’Aïd Al Adh’ha et profiter de l’élan festif général.
Le public : un rassemblement hétéroclite de jeunes et de moins jeunes, de vieux et de moins vieux, de hauts responsables et de simples citoyens, d’intellectuels, de diplomates…, des hommes et des femmes que seul l’art de Maalouma peut faire converger dans le même lieu.
Ils sont venus là pour assister à ce qui semble être une première en Mauritanie : le lancement du nouvel album de Maalouma Mint El Meydah, un album au titre évocateur, Knou. Du nom de ce rythme que la musique Bidhâne (azawâne) a consacré à l’expression corporelle féminine. Dans un environnement plutôt conservateur, en tout cas peu exubérant en matière de corps, la danse Knou a très tôt exigé de celles qui la pratiquent de répondre aux canons de beauté dans le monde bédouin et une grande retenue. Le mélange de cette beauté publiquement mise en valeur et le souci de la modération de l’expression corporelle, ce mélange a donné la grâce qui caractérise cette danse et celles qui la pratiquent.
Ce showr, Knou, est si apprécié par les professionnels de la musique Bidhâne que les plus entreprenants parmi eux l’ont joué dans plusieurs modes sans toucher la rythmique originelle qui fait son charme et sa spécificité. Si certains le jouent dans le Vaghu de la Jamba el Kahla (Voie noire) et d’autres dans le K’hal de la Jamba el Baydha (Voie blanche), l’inégalable Cheikh Sid’Ahmed el Bekaye Ould Awa a joué le Knou el Vayez dans le Seyni Karr de la Voie blanche. Le fait d’attribuer cette danse exclusivement aux femmes – et aux belles femmes – est, à mes yeux, un ornement de plus pour rendre la perfection à un rythme unanimement apprécié.
Ce soir Maalouma a choisi de faire danser une professionnelle de la danse traditionnelle, Mint Chighali Mint Amar Iguiw qui a su rendre la grâce caractéristique de ce moment. Elle s’est fait accompagner par la tidinitt de Mohamed Ould Hembara qui a su mettre l’ambiance et rendre la mélancolie du rythme. Une mélancolie qui n’a rien de triste parce qu’elle impose aux auditeurs dignité et grandeur.
Certains vous diront que Knou décrit la démarche des gens qui descendent d’un piton qui porte ce nom. En le descendant, les gens se déhanchent et déambulent gracieusement. C’est ce que la plupart des «explicateurs» nous disent. Mais à regarder la danse, on est plus proche des chancèlements d’un oiseau blessé, aux déhanchements d’une belle et grasse autruche sur le point de tomber entre les mains du chasseur qui l’a juste blessée sans la tuer… le temps pour elle de faire quelques pas de plus… au rythme d’un effort immense qui est rendu par la mélancolie de la musique qui instruit aussi sur le destin tragique et inévitable de l’oiseau… tout est dit dans le rythme. Les mots chantés traditionnellement – repris ce soir par Ould Hembara et Maalouma – peuvent dire quelque chose, comme ils peuvent ne rien dire…

Yebghouk ethnayn/aana waana
thaaleth lathnayn/dhaak ellaana (tu es aimé par deux : moi et moi//le troisième s’il y en a, est bien moi)

Allah akbar/andak yaana
mab’ad Likçar min Dagana (Allah est grand/pauvre de moi//que Likçar est loin de Dagana)

laa tam ezmaan/hawn ehdhaana
Yengaal Vlaan/ja li Vlaana (Si ce campement/reste non loin de nous//on dira qu’Untel/est venu à Unetelle)

Mais aussi : Laa ja likhriiv/n’udaana//nizegnen kiiv/bouzenaana (quand vient l’hivernage, je tournerai en rond comme tourne le scarabée)

C’est ici qu’il faut chercher – pour la trouver – l’une des premières révolutions apportées par Maalouma : elle a su changer les mots du rythme pour raconter la vie d’un homme qui fut mille et une choses, à travers des bribes suivant une métrique particulière… cet homme que vous voyez là a été le Don Juan de son temps, le poète de son temps, le héros de son temps, le richissime de son temps, le Sage de son temps, la référence de son temps… nta vem ? (es-tu là ?)… une question pour s’assurer de l’attention de l’auditeur et qui remplace la réplique consacrée yamyaana, yom yom...
Avec Knou, Maalouma continue son expérience qui consiste essentiellement à récupérer ce qu’il y a de mieux dans le patrimoine musical pour le rendre dans la meilleure des formes que permettent les instruments modernes.
Quand, au milieu des années 80, Maalouma Mint El Meydah avait commencé son expérience, elle fut l’objet d’incompréhensions qui prirent parfois des tournants dramatiques. Celle qui bouleversait un ordre séculaire en voulant vaincre la force d’inertie qui se légitimait par la volonté de «préserver la tradition», fut accusée de folie au tout début de sa carrière. La société acceptait difficilement l’émancipation de la «griotte» vers le statut d’«artiste» à part entière. On a toujours su que «quand les rythmes de la musique changent, les murs de la ville tremblent». On a toujours craint cela.
Le style «singulier» - pour ce qu’il a d’originalité – de Maalouma a introduit trois nouveautés essentielles dans le déroulement d’un concert : la station debout qui impose une réelle présence à l’artiste et une plus grande association de l’auditoire, la composition du rythme pour trouver ensuite le texte qui va avec et l’unicité du thème célébré (ou traité) par les mots. Trois éléments qui donnent une oughniya à la Mauritanienne, un concert limité dans le temps et à la portée de tous. On est loin des longues veillées, véritables moments sociaux il est vrai, mais répondant à une hiérarchisation de la société en un temps qui n’est plus et qui n’a plus sa raison d’être. Ce style, dénoncé au début, est devenu le modèle plus ou moins rendu par les artistes-griots d’aujourd’hui. En cela Maalouma a été effectivement une pionnière.
Ce soir Maalouma va ouvrir avec Gwoyredh, ce showr «piqué» dans le répertoire de son père Mokhtar Ould Meidah, l’un des plus grands maîtres de l’art traditionnel. L’un des mérites de Maalouma ce soir, c’est qu’elle nous évitera le playback grâce à l’accompagnement d’artistes confirmés venus spécialement de France rejoindre Arafatt (pianiste, compositeur, distributeur, poète, artiste complet ayant accompagné sa sœur tout au long de sa carrière), Ali Ndaw et tous ceux qui ont su et pu traduire les idées de Maalouma.
L’ârdine nous transperce les sens avant de nous installer dans une atmosphère faite de sentiments mitigés : mélancolie amoureuse, gaité innocente, espoirs et souvenirs… Puis la voix de Maalouma arrive pour nous baigner dans l’univers du plus romantique des poètes amoureux de l’espace Bidhâne, M’Hammad Wul Ahmed Youra, le génie de tous les temps de cet espace…

«shmeshâna wu shga’adna/âana wunta hawn uhadna 
yal ‘agl vdaar ‘la medna/giblit sâhil wâd Hnayna
dhihka kaan g’adna ‘idna/kaan mshayna ‘anha shayna
maa vit aana wunta lathnayn/viddaar bkayna wu shkayna
wutmathnayna viddaar ilayn/min haq ddaar itnajayna» 

M’Hammad Ould Ahmed Youra savait se parler du temps qui passe, oubliant ceux qui l’ont vécu, les laissant se débattre dans les souvenirs de moments à jamais perdus. Il savait «gronder» cette âme qui ne sait même pas pleurer aujourd’hui le bonheur ici vécu, qui ne peut même pas rendre ces bribes de bonheur… une tentative de faire de ce temps perdu un moment d’éternité en le confondant avec le lieu témoin inaltérable de ce temps-là qui a vu les amoureux vivre intensément leur plénitude.
Un souci partagé par les grands poètes de tous les temps. On a encore dans la tête cette interpellation de Lamartine :

 «Eternité, néant, passé, sombres abîmes, 
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
 
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
 
Que vous nous ravissez ?» (Le Lac)
 

Ce soir, nous manqueront pourtant les répliques des rappeurs qui, dans le CD, complètent le cycle qui va de la voix de Mokhtar Ould Meydah sortie d’outre-tombe pour nous baigner dans ce qu’il y a de plus envoutant dans la tradition musicale des nôtres, à Maalouma qui célèbre le poète M’Hammad Ould Ahmed Youra en passant par Bonkofa qui a pu malicieusement s’intégrer à l’ensemble, le tout composant une harmonie qui donne un sens nouveau, une dimension nouvelle à tout l’art de Maalouma.
Il y a quelques temps, j’écrivais que le nouvel album de Maalouma fera date parce qu’il va signer l’arrivée à maturité d’un style, celui de Maalouma. Un style devenu école malgré les hostilités des premières heures. Parce que quand l’école initiée par Maalouma mûrit, elle revient fatalement aux premières sources de ses inspirations : son père Mokhtar, sa tante Nîla Mint el Boubâne, ses premiers amours musicaux occidentaux et arabes… En somme, un ancrage dans la Tradition résolument ouvert à la Modernité.
Ce soir, Maalouma a permis aux Nouakchottois de renouer avec les atmosphères festives, celles qui bannissent les frontières des âges et celles des appartenances, celles qui peuvent vaincre les fractures pour aller au-delà des pesanteurs pour aboutir à une communion salvatrice pour ce qu’elle offre en terme de catharsis collective.

lundi 6 octobre 2014

Que craint Tawaçoul ?

Sa participation aux dernières législatives et municipales exprimait une volonté de rester dans le jeu et sur l’échiquier. Il a eu finalement la deuxième place après l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, devenant le premier parti d’opposition du point de vue de la représentation. Tout l’indiquait donc pour hériter de l’Institution de l’Opposition démocratique et donc du poste de chef de file de cette Institution.
C’est le Conseil Constitutionnel qui devait annoncer et installer la nouvelle structure. Cela fait bientôt un an que les résultats des Législatives sont connus, l’Assemblée nationale issue de cette élection ayant tenu plusieurs sessions. Pourtant le Conseil constitutionnel hésite encore à désigner le nouveau bureau de l’Institution. Ceux de Tawaçoul ont d’abord cru qu’il s’agissait d’une interprétation qui interdisait à leur président Jamil Mansour qui n’est pas élu, de devenir le leader de l’Institution. C’est pourquoi ils ont fini par proposer le Maire de Arafatt, Hacen Ould Mohamed. Ils attendent toujours.
Dans les milieux du parti islamiste on commence à craindre une «interprétation» supplémentaire du Conseil constitutionnel qui indiquerait que le président du parti ne pouvant être chef de file parce qu’il n’est pas élu, il va falloir dépasser le parti vers le deuxième parti dont le président est élu, donc vers Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid. Une lecture alambiquée des textes régissant le Statut de l’Opposition démocratique.
Selon nos informations, rien n’est à craindre sur ce plan. On attendrait le retour imminent du président du Conseil constitutionnel pour désigner le bureau de l’Institution. En fait le retard pris s’expliquerait justement par le fait que c’est le bureau en entier qu’il faut désigner et pas simplement le Chef de file. Pour en savoir plus, quelques articles de la loi :
En son article 6, il est dit : «En vue de garantir leurs droits reconnus et de faciliter l’exercice de leurs activités, les formations politiques de l’opposition démocratique coordonnent leurs actions dans le cadre d’une Institution autonome. Cette institution est chargée de garantir la sauvegarde des intérêts collectifs de l’opposition démocratique et de faciliter sa représentation au sein des Institutions de la République». Cet article exclut toute possibilité d’organisation autre que celle prévue par la loi, d’où l’impossibilité de passer outre l’Institution par la création de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) ou du Forum pour la démocratie et l’unité (FNDU).
L’article 7 stipule : «L’Institution de l’opposition démocratique est dirigée par un Comité de gestion composé des leaders des partis politiques de l’opposition démocratique représentée au parlement ou leurs représentants.
Le Comité de gestion exprime l’opinion consensuelle de ses membres sur les questions nationales et internationales d’intérêt commun. Le Comité de gestion peut s’il l’estime utile choisir un porte parole. Le rôle de chacun de ses membres y est défini en fonction de l’ordre d’importance de la représentation de sa formation politique au sein de l’Assemblée Nationale». Ce texte avait été introduit par la réforme proposée par l’Union des forces du progrès (UFP), à l’époque (2008) pour limiter les pouvoirs et le poids du Chef de file de l’opposition. On ajoutera à l’issue du dialogue de 2012 la condition d’être élu. Derrière les deux démarches la volonté d’écarter, d’éviter Ahmed Ould Daddah comme leader légal.
Pour le fonctionnement, l’article 8 indique : «Le comité de gestion de l’Institution de l’opposition est dirigé par le leader principal de la formation politique qui a obtenu le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée Nationale aux élections législatives générales les plus récentes, parmi les partis politiques de l’opposition démocratique, assisté des autres leaders des formations politiques ou leurs représentants, représentées au parlement Le Conseil Constitutionnel proclame, après les vérifications nécessaires, les noms et prénoms du Leader de l’opposition démocratique, ainsi que les autres membres du Comité de Gestion.
La qualité du Leader Principal de l’Opposition Démocratique et celle des autres membres du Comité de Gestion est reconnue pour la durée d’une législature sauf en cas de décès, de démission, ou de décision contraire du Conseil Constitutionnel prise sur le fondement de l’alinéa ci-après.
Les difficultés ou contestations nées de l’application des dispositions de la présente ordonnance et notamment du présent article sont tranchées par le Conseil Constitutionnel sur saisine du Chef de l’Etat, du Président du Sénat et du Président de l’Assemblée Nationale ou de l’un quelconque des membres du Comité de Gestion.
Au titre de leur fonction le Leader Principal de l’Opposition Démocratique ainsi que les membres du Comité de Gestion, ont droits à des avantages protocolaires et matériels fixés par Décret.
Pour le Leader Principal de l’Opposition Démocratique, les avantages matériels ne peuvent être inférieurs à ceux reconnus aux membres du Gouvernement.
Pour les membres du Comité de Gestion ils ne peuvent être inférieur à ceux reconnus aux Présidents des groupes parlementaires..
Les frais de fonctionnement de l’Institution sont pris en charge par l’Etat.
L’organisation et le fonctionnement de l’Institution sont fixés par décret pris en charge par l’Etat».
La mise en place de l’Institution de l’Opposition démocratique et de son nouveau bureau contribuera inévitablement à normaliser les rapports politiques en apportant du neuf. C’est ce que Pouvoir et Opposition doivent comprendre. Elle est la seule porte de sortie qui reste à ouvrir pour permettre l’apaisement de la scène politique. Pour ce qu’elle impose de concertations et de progression dans un cadre institutionnel.

vendredi 3 octobre 2014

En route vers le Sommet Global de l’Entrepreneuriat

A la mi-octobre, une grande délégation du patronat marocain est attendue à Nouakchott où des échanges sont prévus avec leurs homologues mauritaniens. Une traditionnelle visite destinée à booster les relations économiques entre les deux pays. Mais elle arrive cette année à la veille de la tenue au Maroc de la 5ème édition du Sommet global de l’entreprenariat. En effet la belle ville de Marrakech abritera les 20 et 21 novembre 2014 cette grande manifestation sous le thème «Exploiter la puissance de la technologie en faveur de l’innovation et de l’entreprenariat».
Le choix du Maroc comme lieu d’accueil du Sommet global a été décidé suite à la visite de Sa Majesté Mohammad VI, Roi du Maroc, aux Etats Unis où l’idée a été lancée par le Président Barack Obama.
Le choix porté sur le Maroc pour abriter le Sommet, organisé pour la première fois dans un pays arabo-africain, témoigne du rôle actif que le Royaume joue dans le développement économique global du continent africain, son leadership dans le soutien de l’entrepreneuriat et de l’intégration des jeunes et des femmes dans l’économie.
Cet événement sera l’occasion pour faire du Sommet Global de l’entrepreneuriat 2014 un appel à l’action pour les investisseurs mondiaux en faveur du financement de nouvelles entreprises et projets, en mettant notamment l’accent sur le financement des entreprises pour les femmes entrepreneurs.
Le Sommet Global de l’entrepreneuriat 2014, réunira plus de 3000 entrepreneurs, des Chefs d’Etat, de hauts responsables gouvernementaux, des entrepreneurs mondiaux, des petites et moyennes entreprises (PME), des chefs d’entreprises et des jeunes entrepreneurs du monde entier.
La 5ème édition du Sommet mettra en avant un «village africain d’innovation» qui permettra aux jeunes entrepreneurs africains de promouvoir leurs projets et partager des solutions innovantes concernant des sujets divers, et ce, afin d’encourager le dialogue, l’échange d’idées, et la réflexion novatrice.
Le Sommet Global de l’entrepreneuriat constituera une opportunité de célébration et une plate-forme pour l’échange d’idées et d’expériences innovantes ainsi que l’occasion d’un débat actif autour de cinq sous-thèmes principaux : (I) l’intégration régionale, (II) la croissance économique durable, (III) l’innovation sociales pour les jeunes, (IV) le développement humain, et (V) la migration.
Afin d’encourager le dialogue et l’échange, le Sommet Global de l’Entrepreneuriat 2014 verra la participation d’éminents conférenciers internationaux qui partageront leurs expériences et participeront activement aux discussions sur les différents sous-thèmes du sommet.
Lancé en 2009 par le Président américain Barack Obama, le Sommet Global de l’entrepreneuriat est un forum gouvernemental visant à créer des ponts entre les entrepreneurs, les banques, les bailleurs de fonds, les investisseurs et autres aux Etats-Unis et les communautés musulmanes à travers le monde.
Aujourd’hui, le Sommet Global de l’Entrepreneuriat est devenu une plate-forme soutenant l’entrepreneuriat à tirer profit de la créativité, de l’innovation, du potentiel des millions de personnes à travers le monde pour crée des opportunités économiques.
La première édition du Sommet Global de l’entrepreneuriat a eu lieu à Washington DC en 2010, suivie successivement par les éditions tenues à Dubaï, Istambul, et Kuala Lumpur.

vendredi 26 septembre 2014

Claude K. nous quitte

Je l’ai connu en 2004 à Paris où je l’ai rencontré pour la première fois par l’entremise de mon ami Diop Moustapha, l’ancien chef de la Marine, ancien directeur de la Sûreté du temps de Ould Haidalla, devenu opérateur dans le secteur des pêches, à l’époque activiste politique persécuté par le régime policier de Ould Taya. Entre Diop et moi, une forte affinité s’était établie, occultant tout ce qui nous séparait et qui a fini par ne plus compter, tellement la relation personnelle et l’affection qui la nourrissait prenaient le dessus. «L’ami de ton ami est ton ami…»
Les deux hommes venaient de lancer le projet de la plate-forme CRIDEM et ils me démarchaient pour avoir mon soutien et la permission de publier mes textes. Je ne pouvais pas refuser.
Le soutien, parce que je suis un fervent militant de la liberté d’expression et je voyais dans l’arrivée sur la scène médiatique d’un portail comme CRIDEM, une chance de développer la presse et de la protéger contre les représailles du gouvernement. La permission de publier mes textes, parce que cela me permettra d’avoir un espace de plus.
Diop Moustapha me raconta les liens très forts entre les «enfants de troupes», me parla des colonels Eli Ould Mohamed Val, Baby Housseinou… Je les taquinais en les accusant d’agir comme s’il s’agissait d’une loge maçonnique, lui préférait parler de «fratrie». Je comprendrai plus tard qu’il s’agit de relations humaines profondes comme il est difficile d’en trouver en ces temps troubles de déshumanisation généralisée des rapports.
Ma relation avec Claude K. passait nécessairement par le filtre Diop Moustapha, plus tard, beaucoup plus tard, un autre ami essayera de nous rapprocher quand je lui reprochais de laisser passer des insultes et de la diffamation sous formes de commentaires des textes repris par son site. Malgré toutes les divergences qui nous séparaient, malgré le peu de contact direct qu’on avait, j’ai toujours respecté en Claude K. cette volonté de trouver une place dans un environnement hostile qu’il a fini par s’approprier en devenant un fils du pays par une alliance matrimoniale qui légitimait parfaitement sa mauritanisation. Il est devenu l’un des nôtres, quelqu’un d’incontournable dans l’espace médiatique de ce pays. Il avait sa place dans nos cœurs, une place qu’il a conquise lui-même. On avait fini par le chercher à toutes les occasions publiques (c’est bien parce que je ne l’avais pas vu à deux circonstances politiques publiques que j’ai demandé pour apprendre qu’il était malade).
A sa famille d’ici et de France, à ses amis et compagnons qui sont devenus ses frères, à tous nos confrères de CRIDEM, je présente mes condoléances les plus attristées.