samedi 3 mai 2014

De la liberté de presse

En juillet 1991, quelques jours après la promulgation de la loi sur la liberté de presse, l’équipe de Mauritanie Demain à la quelle j’appartenais, recevait son premier acte administratif de répression : la notification de la saisie de son numéro qui ouvrait la page des années noires (90-91) en donnant la parole aux rescapés encore meurtris mais francs dans leurs relations des événements (aucune emprise politique ne s’exerçant encore sur eux). Un dossier au titre évocateur : «La fin d’un mariage de raison ?» s’agissant des relations entre les communautés. La saisie nous avait été signifiée d’abord sur une feuille de papier quelconque et avec comme justificatif le fameux article 11 qui ouvrait la voie à tous les abus de l’administration. De ce numéro plus de dix mille exemplaires furent distribués sous forme de photocopies grâce notamment à l’activisme des éléments du Mouvement des démocrates indépendants (MDI) et certaines figures du Mouvement national démocratique (MND). Nous sommes dans la phase de la création du Frond démocratique uni pour le changement (FDUC) qui va se transformer en Union des forces démocratiques (UFD) après la libéralisation de l’espace politique qui interviendra les semaines suivantes.
Mars 1994, la Mauritanie reçoit le roi d’Espagne. Un texte le décrivant en légère tenue sur les plages d’un pays sous perfusion et complètement en crise, ce texte est le prétexte pour le ministère de l’intérieur pour saisir et même interdire pendant trois mois l’hebdomadaire Le Calame. «Le ministère de l’intérieur peut, par arrêté, interdire la circulation, la distribution ou la vente de journaux {…} qui portent atteinte aux principes de l’Islam ou à la crédibilité de l’Etat, causent un préjudice à l’intérêt général ou troublent l’ordre et la sécurité publics». La décision du ministère est sans appel et n’est jamais justifiée.
En fait derrière cette interdiction, se trouve un dossier sur les événements de 1989 et sur les implications dans ces événements de quelques hauts responsables qui venaient d’être nommés. La description détaillée et appuyée par les chiffres, les noms de victimes, de dates était suffisante pour créer le malaise général. Cette interdiction est le point de départ d’une approche visant la mise au pas de la presse indépendante. Deux journaux en sont victimes immédiatement : Akhbar el Ousbou et Mauritanie Nouvelles. On cherche à asphyxier les autres lentement et inexorablement.
Cette politique de mise au pas sera soutenue par une forte volonté de noyer le plus utile, le plus crédible afin de banaliser le phénomène de la presse. Des journaux furent créés et soutenus à coups de millions pour diffamer, insulter, divulguer de fausses informations et finalement créer un sentiment hostile à la liberté d’expression en général.
Septembre 2005, dans le sillage des journées de concertations, le Premier ministre de l’époque, Sidi Mohamed Ould Boubacar dirige lui-même les concertations autour de la question des réformes à apporter dans le domaine de la communication. A ces concertations participent finalement tous ceux qui prétendent, à tort ou à raison, être du champ. On en sort avec la fin du régime de l’autorisation (récépissé du ministère de l’intérieur) vers celui de la régulation (dépôt légal auprès du Parquet et création d’une Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel). L’ère de la censure est définitivement derrière nous.
L’avènement du régime civil en mars 2007, surtout l’arrivée plus tard en son sein de certains partis de l’ancienne opposition, va signifier quelques reculs significatifs : fermeture de la «Radio citoyenne» qui était le seul véritable espace de liberté et d’ouverture du pays, arrêt de toutes les émissions de débats sur TVM et Radio Mauritanie, gel de la loi sur la libéralisation de l’audiovisuel… Puis vint la crise politique qui allait occulter pour un bon moment tout ce qui concerne la presse et la liberté d’expression. A partir de 2009, le processus de libéralisation devait reprendre. Avec toutes ces lois sur la libéralisation de l’audiovisuel, la presse électronique, l’aide publique à la presse… et dont la plus importante reste la dépénalisation du délit de presse.
Pendant ces années, la fête du 3 mai était célébrée dans l’enceinte d’une ambassade étrangère. Il faut attendre l’arrivée de Me Hamdi Ould Mahjoub au département de la communication pour que la partie mauritanienne se l’approprie définitivement. L’année passée, cette fête a été célébrée sous forme de communion de l’ensemble des acteurs de la profession : le ministre Mohamed Yahya Ould Horma avait tenu à impliquer tout le monde en l’étendant sur une semaine et non un jour. Aujourd’hui, le ministère semble avoir irrité une bonne partie des acteurs de l’information par la nouvelle approche visiblement considérée comme un recul.

Devant la prolifération des moyens de communication, la volonté politique de n’opérer aucun acte remettant en cause la liberté d’expression, l’impossibilité matérielle d’ailleurs de la limiter aujourd’hui, il faut trouver une situation d’équilibre qui, tout en garantissant l’exercice de la profession dans les normes modernes, oblige au respect de la déontologie et de l’éthique. Un seul moyen : appliquer la législation en cours pour réprimer toutes les dérives que nous constatons quotidiennement et dont nous sommes tous victimes. Le pays en premier…

vendredi 2 mai 2014

La marche des déportés

Vue d’ici, la marche des rapatriés qui a quitté Boghé il y a quelques jours, est une sorte d’objection de conscience en ce qu’elle comporte d’expression pacifiste et «démocratique» dénonçant une situation alarmante. Elle est aussi l’occasion de se rappeler d’où viennent ces compatriotes, non pas pour désamorcer la colère actuelle, mais pour rappeler toutes les colères légitimes qui auraient dû s’exprimer au moment des faits et qui ont préféré le silence sinon la complicité franche et absolue. Ces «rapatriés» qui marchent, au nom de tous les autres, sur la capitale, ces rapatriés furent des «déportés».
En avril 1989, s’ouvrait pour la Mauritanie une ère de confrontations qui, après avoir pris l’allure d’un conflit avec le Sénégal, sont devenues l’occasion pour l’Autorité de l’époque d’épurations épouvantables qui ont touché des milliers de nos compatriotes de la Vallée. Cette période noire de l’Histoire du pays, s’étendra sur quelques années : elle ne s’arrêtera qu’à partir d’avril 1991, date de l’annonce de la démocratisation du pays et à la suite de laquelle le régime va procéder à la libération des prisonniers négro-africains retenus à la suite du faux complot, occasion d’une épuration.
Si les déportations s’arrêtent à cette date, la souffrance des victimes va continuer. Une première vague revient en catimini au milieu des années 90. Il faut attendre la reconnaissance solennelle par Sidi Ould Cheikh Abdallahi des faits en mai 2007 pour voir s’enclencher le processus de retour. La résistance au sein du système fortement investi par les responsables de l’époque des crimes, ne permettra pas cependant d’y aller franchement. C’est seulement après le coup d’Etat du 6 août que le pouvoir va procéder à des actes significatifs (prière de l’absent à la mémoire des morts, reconnaissance des crimes commis, excuses de la Nation…). Le processus de rapatriement est clos le 24 mars 2012 par l’arrivée de la dernière vague de 297 personnes à Rosso en présence du Haut Commissaire aux réfugiés des Nations-Unies et du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Selon l’accord signé avec le HCR en novembre 2007, le calvaire de l’exil prenait ainsi fin pour des milliers de Mauritaniens chassés de chez eux pour des raisons diverses après le rapatriement officiel de 107 contingents.
Rentrés chez eux, ces compatriotes n’ont pas eu tous leurs droits. Si la plupart d’entre eux ont été réellement et plus ou moins convenablement insérés, nombreux sont ceux qui sont restés dans la misère. Mais le combat qu’ils mènent se passe normalement dans le cadre de la légalité nationale et à travers les procédés prévus par la loi et la tradition. Dont cette marche.
Encore une fois, il faut s’en prendre aux hommes politiques pour différentes raisons. D’abord parce que la misère de ceux-là a vite été oubliée (ignorée) quand elle n’est pas apparue comme une opportunité à utiliser pour mobiliser la rue. Ensuite parce qu’ils ont laissé la scène à ceux qui ont été coupables des pires exactions dont ont été victimes les milliers de nos compatriotes. Les hommes qui ont sévi durant les années noires sont connus, les populations ne les ont pas oubliés. Ministres, Walis, secrétaires généraux, conseillers publics ou occultes, directeurs politiques, responsables de la sécurité… tous sont là et occupent à présent la scène politique mauritanienne qui leur a permis de muer et de faire oublier leurs crimes.
Ne nous étonnons point si pas grand monde ne va à la rencontre de ces marcheurs : ils sont une sorte d’objection morale à ceux du sérail du PRDS et du régime de l’époque qui emplissent les airs de leurs ricanements hideux.

jeudi 1 mai 2014

Revenir à soi

Je commence depuis hier à émerger. Al hamdu liLllahi. A tout moment de la vie, on se doit de faire cette profession de gratitude envers Le Bienveillant… je ne sais comment dire cela, alors je le dis tout simplement : al hamdu liLlah, encore et toujours…
Depuis le temps que j’ai arrêté d’alimenter le blog, j’ai perdu le fil des évènements. De là où je suis, j’entends et vois parfois les évolutions du pays. Le dialogue qui a fait pschitt. La marche du siècle qui a finalement été ce qu’elle devait être : une marche qui a rassemblé tous les épris de justice et d’égalité et pas seulement les Haratines. La longue marche d’une délégation des rapatriés qui doit finir dans les heures qui viennent devant la présidence à Nouakchott. Les candidatures à la présidentielle : celle effective du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, celles annoncées de Birame Ould Dah Ould Abdeidi, de Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeyni (Bâtonnier de l’Ordre national des avocats), de Ibrahima Moktar Sarr (président AJD/MR), de Boydiel Ould Hoummoid (président du Wiam), Lalla Meryem Mint Moulaye Idriss (ancienne directrice-adjointe du Cabinet de Taya), de Messaoud Ould Boulkheir ou de l’un de ses poulains de l’APP, celles qui étaient attendues dans certains milieux et qui n’arriveront visiblement pas, les partis politiques du FNDU ayant annoncé, un à un, le boycott de l’élection présidentielle préparant ainsi lé dacision du regroupement qui ne tardera pas.
Ce soir, j’ai le temps de suivre l’actualité en Mauritanie. Comme d’habitude, TVM à 20 heures, Al Wataniya à 20:30, Sahel TV à 21 h et Al Mourabitoune à 22 h. Toutes les chaines ouvrent sur les marches des syndicats en ce 1er mai. TVM est la seule cependant à donner toutes les marches, mêmes celles des syndicats les plus insignifiants. Les autres chaines choisissent l’une ou l’autre des centrales, sans explication des raisons du choix. On sait que chacun des syndicats – en tout cas les plus «enracinés» parmi eux – est affilié à un parti politique. Mais ce ne sont pas tous les partis qui ont «un bras syndical» : l’Union pour la République (UPR), l’Union des forces du Progrès (UFP), Al Moustaqbal, l’Alliance populaire progressiste (APP), Tawaçoul ont leurs syndicats ; ce n’est pas le cas du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) qui a ignoré l’instrumentalisation de ce pan actif dans la lutte sociale.
En général, les syndicats qui ne sont pas des ex-croissances des partis, sont l’expression d’un positionnement pour leurs leaders. La période transitoire 2005-2007 a connu la plus grande explosion en la matière. C’est un peu une manière pour ceux qui n’ont pas eu d’emplacement sur l’espace politique de se frayer un chemin en proposant de supposés services aux politiques, particulièrement aux autorités qui ont souvent besoin d’appuis même factices.
Quand on parle de marche cette semaine, c’est certainement à celle du 29 avril que l’on doit faire référence d’abord. Pour ce qu’elle comporte de symbole (marche pour les droits) et pour ce qu’elle a finalement été (une marche des Mauritaniens et non «d’une partie des Mauritaniens»). Oui, cette marche a certainement permis de remettre en surface la question lancinante de la citoyenneté, celle de l’esclavage dans les aspects pratiques et séquelles. Une reconnaissance par tous de la nécessité d’agir afin de refonder un système égalitaire, à même d’imposer aux Mauritaniens des valeurs de justice et d’équité.
Je regrette – on regrettera encore – la présence massive des leaders politiques dans les premiers rangs de la manifestation. Cela donnait l’impression d’une instrumentalisation d’une classe de leaders incapable de mobiliser par elle-même et qui est prête à enfourcher toutes les montures que «le Temps lui propose» (traduit du Hassaniya). C’est d’autant plus désolant qu’après plus de soixante ans d’indépendance, ce sont des fils de cette communauté, des victimes de ces conditions (parfois seulement) qui inspirent les revendications sur les questions de l’esclavage et de l’intégration des Haratines dans une société égalitaire, contenues dans le Manifeste de 2013… Ce qui a donné un aspect sectaire à la démarche alors qu’elle est la conséquence de l’incapacité des partis unitaires – au pouvoir ou dans l’opposition – de prendre en charge ces questions de manière à satisfaire les attentes de l’élite des couches déshéritées.
Il est à regretter aussi que ceux parmi cette élite Haratine qui avait le plus la parole, ne sont pas les plus représentatifs dans la lutte pour les droits. Certains d’entre eux ont même cautionné, justifié, parfois pratiqué eux-mêmes l’injustice qui consiste à exploiter son frère soit en le faisant travailler sans contrepartie, soit en faisant de sa souffrance un fonds de commerce pour négocier tel ou tel placement dans le système politique.
La campagne présidentielle prochaine doit être le lieu d’un véritable débat sur la question. Elle doit obligatoirement se faire autour de propositions claires et réalistes. La feuille de route adoptée récemment par le gouvernement peut être une base de départ…

dimanche 20 avril 2014

Dialogue, pas dialogue…

A peine avons-nous poussé un ouf de soulagement en apprenant que les trois pôles revenaient à la table de négociation après un blocage causé par le deadline, voilà qu’un autre blocage survient, cette fois-ci parce que le FNDU tient à mentionner le terme «agenda unilatéral». La Majorité a immédiatement ressenti cela comme une provocation visant à donner l’impression que le pays vit dans une situation d’exception où l’une des parties tente d’imposer son point de vue. «Nous croyons être dans une phase de négociations qui ouvre sur une situation consensuelle. Nous sommes obligés de tenir compte des délais constitutionnels tant qu’il n’y a pas un accord, mais rien n’empêche de revenir sur tous les délais quand on se mettra d’accord», déclare un membre de la délégation de la Majorité.
Hier, on apprenait que le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) a finalement accepté de revenir avec une proposition : accepter de laisser le gouvernement convoquer le collège électoral dans les délais en contrepartie d’un deadline fixé pour douze jours pour terminer le dialogue.
Quand ils se sont quittés mercredi dernier sur une note plutôt de rejet, les trois pôles avaient buté sur un deadline. Deux des pôles (la Majorité et la CAP) avaient estimé pouvoir en finir avant le 21 avril, date ultime pour la convocation du collège électoral si l’on voulait respecter les délais fixés pour la présidentielle future. Alors que le FNDU avait jugé qu’il n’était pas question de bénir la convocation par le gouvernement du collège électoral. Pourtant une voix, celle de Me Lô Gourmo Abdoul, s’était fait entendre pour expliquer qu’il s’agissait là d’une affaire qui ne regardait que le gouvernement qui pouvait adopter le système du «pilotage automatique». Finalement ce sont les voix «discordantes» qui l’emportèrent : la réunion fut suspendue sans rendez-vous précis.
Samedi, les trois présidents de groupes se sont retrouvés pour écouter la nouvelle proposition du FNDU. Le chef de file de la Majorité demanda à discuter avec les siens pour savoir si oui ou non il allait accepter. Mais on était sûr que la Majorité allait accepter une proposition qu’elle a été la première à faire lors de la première séance. Surtout qu’elle gagnait un point en donnant l’impression que c’est elle qui faisait des concessions et que ce sont les autres qui font perdre le temps.
Rappelons-nous que quand le dialogue a été ouvert, c’est le FNDU qui a exigé la présence du gouvernement, ce qui a demandé deux jours. Quarante-heures ont été nécessaires pour lui permettre de venir présenter sa proposition sur le nombre des participants : il était le seul à demander 7 sans pour autant pouvoir donner sa formation. Après quarante-heures d’attente, le FNDU a finalement exigé une représentation de 11 membres pour chaque délégation (pour désamorcer les divergences intérieures). Adoption enfin de l’ordre du jour, mais désaccord sur le deadline. Report qui prend 24 heures, puis nouveau report pour voir venir les délégations à la table. Avec un long exposé du FNDU qui finit par refuser un deadline de moins de trois semaines. Nouveau report pour enfin revenir après trois jours reprendre les choses là où on les a laissées et accepter ce qui a été refusé sans raison véritable. Pour, de nouveau, suspendre… Parce qu’au moment de signer le P-V de réunion, le FNDU a exigé la mention de «l’agenda unilatéral». Ce que les autres ont refusé, créant ainsi un nouveau blocage.
C’est ainsi que le dialogue commencé le 1er avril - et qui avait donné pour cela l’allure d’un «poisson d’avril» - n’a pas commencé réellement (au 20 avril). On a certes établi l’ordre du jour qui a été celui proposé par le FNDU, puis trouvé un compromis autour du deadline, mais le véritable dialogue n’a pas encore commencé.
Deux scénarii possibles : le premier est celui qui voit les choses buter sur l’incapacité des trois pôles à arriver à un consensus. Après tout, nous avons en situation de face à face des groupes qui se sont toujours rejetés. Les principales constituantes du FNDU ont exigé le départ du régime en place pendant plus de trois ans. Le régime les a toujours traités comme ennemis. Tandis que la CAP a répété, une année durant qu’elle ne participera à aucun nouveau dialogue. Il faut rappeler ces positionnements pour savoir d’où viennent les protagonistes. Cela permet d’apprécier le degré de suspicion et la forte défiance qui les caractérise.
Dans le cas d’un non accord, une élection présidentielle sera certainement organisée avec les candidats indépendants et les partis qui voudront bien les soutenir. C’est la force de l’engagement des protagonistes qui renforcera ou non son caractère pluraliste lui donnant la légitimité requise. Après l’élection tout peut survenir, y compris un accord politique autour de nouvelles élections législatives et municipales, voire d’un gouvernement d’union nationale.
Le deuxième scénario est celui que nous espérons tous et qui consiste à voir les parties aboutir à un accord politique satisfaisant les attentes de chacun. Parce que chaque parti, chaque syndicat (tous sont affiliés à des partis), chaque ONG (toutes sont rangées sur les partis), chaque «personnalité indépendante», chacun a sa position, sa tactique, son calcul… ce qui ajoute à la confusion.
Malgré cela on peut espérer que les pôles se mettent d’accord sur ce qui est «acceptable» et qui constitue une réelle avancée dans la recherche d’une transparence totale dans les élections. Il est sûr que tout accord, ne serait-ce que sur le renouvellement de la CENI, impliquera nécessairement un recul du calendrier électoral. Dans ce cas, on ne parlera plus de la «constitutionnalité» des délais, on oubliera de remettre en cause la légitimité de l’élection sur cette base, parce qu’un accord politique consensuel est au-dessus de tout.
En attendant, il y a des questions qui doivent être posées aux protagonistes principaux : que perd le Président Ould Abdel Aziz en cherchant une élection consensuelle et, pour ce faire, en faisant les concessions les plus fortes ? Pourquoi ne pas déclencher un (heureux) électrochoc en rencontrant par exemple directement les plus significatifs des leaders de l’opposition (Ahmed Ould Daddah au titre de chef de file de l’opposition, Mohamed Ould Maouloud pour son aptitude à discuter) ? Quelle alternative pour le FNDU qui a été créé soi-disant pour apporter un sang nouveau, un discours nouveau, un cadre nouveau… quelque chose qui peut sortir l’opposition radicale de son isolement à la suite du boycott des législatives ? Le FNDU va-t-il revenir à la logique de confrontation expérimentée sans succès par la COD pendant plus de quatre ans ? Que peut-il mobiliser comme forces ? Quels leaders pour cette nouvelle logique de confrontation ? Quelle stratégie ? Quelle vision ?
On voit bien que le FNDU croit tenir la force politique (en unifiant les partis appartenant ou non à la COD), la force sociale (en impliquant les syndicats qui ont toujours pourtant accompagné les partis auxquels ils son affiliés), la force du leadership (en écartant les chefs traditionnels et en imposant des «personnalités indépendantes»)… Mais il ne s’agit là en fait que d’une reconstitution des anciens schémas qui ont prouvé leur inanité.

Que faire quand on ne peut rien faire ? That’s question…

samedi 19 avril 2014

Les amis de Ghislaine Dupont

J’ai reçu ce communiqué de l’association «Les amis de Ghislaine Dupont». Je le partage avec vous tout en appuyant les démarches de ce groupe :
«Trois juges et beaucoup de questions

L’association « Les amis de Ghislaine Dupont » prend acte de l’ouverture de l’information judiciaire contre X annoncée le 11 avril dernier suite à l’assassinat de Ghislaine et de Claude Verlon survenu le 2 novembre 2013 près de Kidal au Mali. Ses membres souhaitent que la désignation de trois magistrats instructeurs (Marc Trévidic, Laurence Le Vert et Christophe Teissier), favorise l’identification, l’arrestation puis le jugement des assassins et de leurs commanditaires.
Ils veulent croire que les enquêteurs bénéficieront de toutes les facilités pour effectuer leurs recherches en tous lieux et auprès de toutes les autorités concernées, maliennes, françaises et onusiennes.
Pour tous ceux qui sont attachés à la vérité, la justice et l’information, il s’agit de voir établies les circonstances de l’enlèvement de Ghislaine et Claude, l’intervention des différentes forces de sécurité qui s’ensuivit dans la ville de Kidal (Mali) puis sur la piste empruntée, sur dix kilomètres, par les ravisseurs jusqu’à l’endroit où furent découverts les corps. 
En l’état des informations connues, le véhicule des ravisseurs ne peut avoir été immobilisé par une simple panne mécanique. Par ailleurs, différentes sources évoquent le survol d’un hélicoptère – non identifié - à la sortie de la ville, quelques minutes après l’enlèvement (13h05) et non à 15h30, heure d’arrivée sur zone d’un Tigre ayant décollé officiellement de Tessalit.
Enfin, plusieurs personnalités affirment avoir appris la mort de Ghislaine et Claude avant 14 heures, soit une demi-heure avant l’arrivée des militaires français sur les lieux du drame. Autant de zones d’ombre à éclairer.

Les Amis de Ghislaine Dupont réitèrent leur demande d’audience auprès du Président de la République, rappelant que celui-ci avait évoqué «l’honneur de la France» en parlant de Ghislaine à sa mère, le dimanche 3 novembre 2013 au matin.» 

vendredi 18 avril 2014

Gabriel Garcia Marquez s’en est allé

Au début était le journalisme : Gabriel Garcia Marquez est arrivé à l’écriture littéraire en passant par le journalisme. Quand il publie Récit d’un naufragé en 1970, il ne fait que reprendre les éléments d’une enquête publiée au milieu des années 50 (sur quatorze articles). Huit marins colombiens tombent à l’eau alors qu’ils sont à bord d’un navire de guerre. Le gouvernement colombien invoque le «mauvais temps» (une tempête) pour expliquer le drame. Grâce à l’enquête journalistique de Garcia Marquez, on découvre qu’il n’y a jamais eu de tempête et que les marins ont été victimes d’un chargement frauduleux de marchandises à bord du navire qui n’avait pas vocation à transporter les marchandises.
C’est sans doute cette vocation de journaliste qui donne à l’auteur l’une de ses plus significatives figures de style : le réalisme dans la description des protagonistes et dans la relation des intrigues choisies. L’autre particularité de l’auteur étant sa force dans la «manipulation» des faits pour en faire un récit où le fantastique et la légende le disputent justement à ce réalisme dans le fonds. Avec lui, on est tangue toujours entre le réel, le vécu et l’imaginaire, le mythe. Là réside d’ailleurs sa première force.
Au milieu des années 70, la génération à laquelle j’appartiens se libérait peu à peu du joug de la pensée unique à multiples faces. Dans son apparence «sociétale traditionnelle», avec cet ordre profondément inégalitaire et dont les conservatismes inhibaient toute volonté de modernisme. Dans son apparence de mouvement de gauche, passagèrement marqué par les dérives autoritaristes du communisme qui nous vient de loin, largement flétri par le trajet et les interprétations.
On venait de s’ouvrir le Monde grâce à une émancipation que nous devions alors à des auteurs et des genres littéraires. Frédéric Dard avec la série San Antonio, la bande dessinée avec Goscinny et Uderzo (avec notamment la série Astérix), Franquin (notamment Gaston Lagaffe), mais aussi et surtout de grands auteurs que nous avalions avec délectation comme Ernest Hemingway (Pour qui sonne le glas, L’adieu aux armes), Faulkner (Le bruit et la fureur, Absalon absalon !), Dostoïevski (Crime et châtiment, L’idiot), Arthur Koestler (Le zéro et l’infini), Margaret Mitchell (Autant en emporte le vent)…
On commençait à humer pleinement l’air de la liberté, à goûter aux odeurs enivrantes de la création poétique et littéraire, à sentir le souffle de la force de l’imagination… Ce qui ouvrait grand notre appétit intellectuel… Tout ce qui n’était pas inscrit dans le programme scolaire nous emportait vers les frontières de ce qui nous paraissait relever de l’Infini.
C’est à ce moment-là que nous découvrions Gabriel Garcia Marquez, d’abord à travers Cent ans de solitude, puis La Mala hora avant de tomber littéralement sous la foudre de L’automne du Patriarche. Œuvre après œuvre, on s’inoculait un virus bienfaiteur qui allait définitivement nous affecter. Viendront les œuvres comme L’amour aux temps du choléra, Le général dans son labyrinthe, Chronique d’une mort annoncée, De l’amour et autres démons, Journal d’un enlèvement, et dernièrement Vivre pour la raconter (récit autobiographique).
Ce n’est certes pas l’attribution du Nobel de littérature à cet écrivain prodigieux qui nous avait influencés. En 1982, nous étions déjà malades de cette littérature, de cette façon d’écrire qui respirait la richesse d’un patrimoine immense et exprimait la force d’un engagement humaniste sincère.
L’une des caractéristiques de l’écriture de Gabriel Garcia Marquez, c’est qu’elle est exponentielle. Dans les années, j’aimais comparer un roman mauritanien où le personnage principal mourait dès les trois premières pages et le roman de Garcia Marquez où apparait un personnage nouveau toutes les deux pages. Cette écriture exponentielle s’accompagne chez Garcia Marquez par une prodigieuse capacité de description des personnages qui fait croire à leur existence malgré l’atmosphère fantastique dans laquelle ils évoluent. On est as loin, quand on s’arrête de lire un roman de Garcia Marquez, de s’attendre à rencontrer l’un des personnages au détour d’une rue de Nouakchott, dans un restaurant de l’époque ou dans un rassemblement du Nouakchott mondain. La description physique et morale des personnages est si précise qu’ils deviennent des amis, intimes ou pas, des adversaires et même des ennemis. La proximité est créée par le truchement de la perspicacité de la description.
A lire absolument de Gabriel Garcia Marquez :
L’amour aux temps du choléra dont la trame se construit autour d’un amour qui prend son ampleur alors que les «tourtereaux» ont dépassé les soixante-dix ans «alors que la mort est tout autour d’eux». Inspiré par l’assassinat de deux Américains autour desquels un mythe a été construit : on disait d’eux qu’à 80 ans, ils se donnaient rendez-vous chaque année à Acapulco pour revivre leur intense passion. C’est un peu la reprise de cette histoire – ces histoires plutôt – que va se construire le roman de Fermina Daza et Florentino Ariza, ce roman qui raconte leurs amours éternelles.
Cent ans de solitude qui raconte, à travers une saga familiale, l’histoire de l’Amérique Latine avec ses misères et ses splendeurs. C’est le plus apprécié de l’œuvre de Garcia Marquez malgré l’avis de l’auteur qui l’a toujours considéré comme une œuvre mineure.
L’automne du patriarche inspiré par la fuite du dictateur vénézuélien Marcos Pérez Jiménez. Selon l’auteur, il s’agit là d’«un poème sur la solitude au pouvoir». A travers la grandeur et la décadence de ce Général, Garcia Marquez a voulu dresser une portrait global de tous les dictateurs de son continent.
Chronique d’une mort annoncée qui est une enquête  sur un meurtre qui permet de remonter surtout le déroulement des évènements pour en connaitre les raisons. L’auteur y fait preuve d’une grande maitrise dans la relation d’évènements réels en les plaçant dans un cadre qui emprunte à la magie quelques attributs.
Carlos Fuentes disait de lui qu’il était «un homme semblable à son œuvre : solide, souriant, silencieux… maître d’un silence comme seules les forêts tropicales peuvent en créer».

Celui qui a dit «on ne meurt pas quand on veut, mais seulement quand on peut» est mort ce 17 avril.

jeudi 17 avril 2014

Le privé a raison de la santé

L’enfant se tordait sur son lit. Il était pris par de fortes convulsions qui raidissaient son corps menu. Il était déjà frêle bien avant sa maladie. Ceux qui l’entouraient avec toute la bienveillance qui sied en pareils moments, étaient malheureux de le voir se tortiller ainsi sans pouvoir apaiser ce qui semblait douloureux. La scène était insupportable. La mère s’était retiré à part pour éviter de voir son enfant dans un état pareil.
Depuis le matin, l’enfant avait été admis dans une clinique privée de Nouakchott. Il avait été d’abord retenu dans les urgences avant d’être hospitalisé en attendant le résultat des analyses. Aucun des médecins qui s’est penché sur son cas n’a pu déceler de quoi souffrait l’enfant. On n’avait cependant pas besoin d’être médecin pour savoir qu’il y avait urgence à le faire nourrir : on lui administration le glucose et les solutions salées en plus d’une dose de gardénal (somnifère) pour calmer ses convulsions en attendant.
A un moment de la nuit interminable, l’un des parents parla de symptômes de la méningite sinon d’un neuro-paludisme. En profane, il commença à disserter sur ces symptômes. Vers la fin de la nuit, un médecin décida de lui administrer et un traitement anti-méningite et l’antipaludéen. Par deux fois. La fièvre commença à baisser et dès le petit matin, l’enfant recommença à ouvrir les yeux. Il reconnut même sa maman. Il était sauvé… Al hamdu liLllahi… 
Comme pour l’éducation, l’activité privée a eu des effets catastrophiques sur le secteur de la santé. Derrière la libéralisation de ce secteur, il y avait une volonté de le faire développer par l’initiative privée, notamment la mobilisation du capital et l’exploitation du savoir-faire. C’est devenu une activité commerciale où l’exigence de l’efficacité et de la responsabilité est faible. Tellement faible que vous avez l’impression que vous êtes payés pour être là : les services ont commencé à se détériorer et les mêmes dysfonctionnements qui ont «tué» le secteur public apparurent. Plus intenses et plus destructeurs.
C’est bien parce que personne n’est comptable de son irresponsabilité (dans le diagnostic, le traitement administré, l’opération faite…) que la déconfiture a été forte. Si l’on veut développer le secteur de la santé, il faut d’abord réhabiliter la confiance entre usagers et personnels soignants. Cela passe par une séparation entre le public et le privé, avec cette exigence pour le public de payer assez pour motiver et exiger plus d’efficience et de responsabilité.