mercredi 1 janvier 2014

La nouvelle année

2011… 2012… 2013… et maintenant 2013. Je choisis de vous faire relire quelques passages d’écrits postés ici. Le 31 décembre 2011 : «Une année de plus est passée. Les années s’égrènent, une à une sans qu’on se rende compte que nous perdons un temps précieux.
La politique reste l’occupation première de l’élite mauritanienne. Elle le restera tant qu’elle est une source de revenu, de sécurisation de carrière et de promotion sociale. Les pratiques PRDS (parti-Etat, 1991-2005) ont fait que 98% de l’élite ont trouvé dans l’exercice de la politique la voix la plus aisée et la plus courte pour gravir les échelons, accumuler les biens et profiter de l’impunité ambiante. La politique est devenue un exercice permanent d’indignité et de mensonges. Sans risques pour ses auteurs.
Le jeu politique reste un exercice pour les plus doués dans l’irrespect du code de la route et autres réglementations sociales. Ceux qui clignotent à gauche et virent à droite. Ceux qui ont toujours un objectif déclaré, un objectif caché et un autre qui leur permet de ne jamais être stable dans le positionnement, ni constant dans les engagements.
L’école est toujours un dépotoir social, une sorte de fabrique de la nullité à ciel ouvert. C’est vraiment le Mal, avec un grand M. Et parce que l’ascension professionnelle et la promotion sociale ne sont pas le fruit d’un effort particulier, encore moins la conséquence de qualités particulièrement positives, l’école fournit la médiocrité ambiante et la cultive.
Malgré la multiplication des festivals, des émissions spécialisées dans la promotion de la musique ou de la poésie, malgré toutes les gesticulations, nous ne retrouvons pas le chemin de la prospérité, de la créativité et du rayonnement. Le «recul de la joie» - c’est comme ça qu’un ami à moi appelle la tristesse ambiante et qui est la cause, selon lui, de nos déboires – règne toujours, faisant de nous l’un des peuples les plus constipés sur terre. L’expression du bonheur est une condition de l’accomplissement individuelle et commun. Le Mauritanien n’est jamais satisfait et ne fait rien pour l’être…
Pas la peine de parler d’économie, de la fracture sociale, de la menace sécuritaire, de l’administration… cela nous attristera encore plus. Alors que nous sommes déjà trop tristes».
Le 1er janvier 2012 : «Je sais… je sais… j’ai appelé ainsi l’année 2003 et toutes celles qui l’ont suivie. Sous nos cieux, toutes les années sont celles du dragon (‘aam elghoul). Une manière de dire la fragilité d’un pays qui se cherche, un pays qui n’en finit pas de se chercher et qui n’arrive pas à se retrouver. D’une société émiettée et déstructurée qui n’arrive pas à réhabiliter ses valeurs originelles tout en refusant de s’adapter au monde auquel elle est sensée appartenir.
Le grand évènement de l’année 2012 aura été cet accident malheureux dont a été victime le Président de la République le 13 octobre dernier. Malheureux pour ce qu’il a failli causer – la mort du Président en exercice -, mais aussi pour ce qu’il a causé de …dommages collatéraux.
L’accident, comme tout accident du genre, nous a révélé quelques-uns de nos défauts les plus prononcés. D’abord la propension au mensonge et la décrédibilisation de la vérité. Ensuite la vacuité du discours politique qui se trouve réduit à son expression la plus triviale. Enfin la méchanceté – parfois gratuite si ce n’est pas souvent – des protagonistes.
L’accident a aussi révélé que le pays pouvait fonctionner normalement malgré l’absence du chef qu’on qualifiait d’absolu, que le système est assez consistant pour fonctionner dans les pires des conditions et que la population n’est pas prête à suivre tous les «appels d’air» qui se créent avec vocation d’aspirer le pays et de l’entraîner au milieu d’un tourbillon.
Les ennemis du régime auront tout essayé pendant cette épreuve, mais rien n’a été ébranlé. Quelles leçons faut-il en tirer ?
Il faut adopter une approche plus raisonnée, plus réfléchie, finalement plus politique pour permettre à la Mauritanie d’affermir le processus démocratique et de renforcer l’Etat de droit. Pas travailler continuellement et inlassablement pour conquérir un pouvoir dont on ne saura pas quoi faire le jour où il vous échoit entre les mains».
Retour sur les souhaits en 2012 pour les renouveler, comme je l’ai fait en 2013, pour 2014 :
«Que 2014 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorance…
Que 2014 soit le début véritable des refondations. Refondation mentale. Au niveau de l’Appareil de l’Etat, au niveau des populations où l’on a besoin de recouvrer notre système de valeurs, de retrouver nos réflexes de solidarité, de réactiver les soupapes sociales de sécurité, d’ouvrir les vannes du partage, de reprendre le sourire les uns face aux autres…
Refondation d’un Etat de droit avec le respect des institutions, des lois et textes réglementaires. Une justice plus forte, plus impersonnelle pour mettre fin à la règle de l’impunité. Une école plus performante pour former le Mauritanien de demain (celui d’aujourd’hui est un peu perdu pour nous). Une santé de proximité. Une administration plus soignée, plus efficace, plus convaincante… Une classe politique plus exigeante pour elle-même, plus engagée, plus claire dans ses engagements, plus forte dans ses choix… Un gouvernement plus à l’écoute des gémissements, plus proche du peuple… Un débat plus serein… Une économie plus dynamique… Une société plus créative…»

mardi 31 décembre 2013

Tribunal spécial

Réuni ce mardi 31/12, le Conseil de la Magistrature dirigé par le Président de la République, a évité d’aborder la question des affectations qui prend en général une grande partie de son temps. Comme il n’a pas été question de l’avancement en grade. Une seule décision concernant le personnel a été prise : entériner le recrutement de huit nouveaux Magistrats dont une femme. Une première en Mauritanie, même si une femme est en fin de formation à l’Ecole nationale d’administration, de journalisme et de magistrature (ENAJM). Une avancée à saluer en ces temps de recul majeur et de régression mentale…
Mais la grande décision reste la création d’un Tribunal spécial chargé des crimes de l’esclavage. Dans un pays où la question du traitement réservé par la justice à la pratique est controversée, il est important d’avoir une Cour spécialement dédiée à faire appliquer la loi criminalisant la pratique.
Avec cette innovation, la criminalisation prendra forme. Ce qui évitera toutes les indulgences relevant souvent de la mauvaise volonté des Juges et donnant une image négative du pays. Permettant l’application stricte de la loi.
Il est désormais difficile d’empêcher une procédure liée à la pratique d’aboutir à une condamnation effective des auteurs. Les victimes sont désormais certaines de trouver réparation. Ce qui devrait rassurer les organisations de défense des droits humains qui font de la lutte contre l’esclavage une cause.
Parce que des cas sont signalés ici et là, il y a lieu d’aller vite dans la procédure de mise en place d’une telle juridiction. Le plus vite sera le mieux.

lundi 30 décembre 2013

Les Mauritaniens de l’étranger

La première rencontre des expertises et compétences mauritanienne s’est achevée ce jour avec la formulation d’un paquet de recommandations sur lesquelles nous reviendrons.
La cérémonie de clôture a été présidée par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Elle a vu les participants adresser une motion de remerciements aux Autorités lue par Brahim Ould Lemghallef du Canada. Puis la lecture des recommandations faite par Abdoulaye Diagana de France (Kassataya). Parmi ces recommandations, on note l’organisation des Etats généraux pour le développement, la levée de la limite d’âge pour permettre aux chercheurs et professeurs travaillant à l’extérieur de dispenser leurs connaissances dans les universités mauritaniennes le moment venu, la création d’une plate-forme dynamique d’échanges entre les compétences nationales, la facilitation des procédures d’état civil (nationalité, enrôlement, papiers…), la création d’un guichet unique pour la création d’entreprises (PME), l’utilisation des quotas mauritaniens dans les organisations internationales, la création d’une structure chargée des Mauritaniens de l’étranger…
Pour sa part le Premier ministre devait rappeler que la migration est rarement un acte volontaire. Mais qu’elle permet de s’ouvrir sur d’autres cultures humaines, d’autres valeurs pour enrichir sa propre expérience.
Le Premier Ministre devait préciser que les autorités mauritaniennes sont conscientes de difficultés que vivent les immigrés à cause de l'éloignement et de l'absence d'accès aux fonctions administratives.
«Cette situation ne devra pas constituer un motif d'inquiétude ou de frustration, mais un moyen de raffermir la détermination et de valoriser la productivité en perspective d'un retour heureux au pays pour participer à la construction nationale». Et comme pour rassurer sur l’état du pays, il a ajouté : «Des chantiers de construction et d'urbanisation sont en cours partout dans le pays, grâce à la multiplicité et à la diversité des financements et à leur usage transparent, ce qui encourage le retour des hautes compétences et expertises nationales».
Rappelons que, comme prévu, les travaux de la rencontre se sont déroulés en trois sessions :
            - La première session a permis aux Experts de présenter des modèles de projets dans des domaines majeurs comme l'énergie, l'eau, la santé, l'environnement, les infrastructures de base, les nouvelles technologies de l’information, l'enseignement supérieur, l’emploi, la recherche scientifique, l'industrie, l'entreprenariat etc.
            - La deuxième session a servi à identifier les faiblesses et insuffisances au niveau de la préparation et de la mise en œuvre des projets de développement.
            - La troisième session a eu pour objet de rechercher le cadre adéquat en vue de canaliser et de promouvoir l’apport des compétences et expertises résidant à l’étranger. Pour ce faire, établir des passerelles permanentes entre les Experts eux-mêmes, entre eux et le pays pour garantir leur participation à son développement.

Les deux jours ont été marqués par des discussions ouvertes et franches.

dimanche 29 décembre 2013

Le Président et les Experts

C’est le Président de la République lui-même qui a présidé la cérémonie d’ouverture de la rencontre des Experts mauritaniens organisée par l’ANESP. Extrait du discours :
«Première du genre, cette rencontre rassemble un nombre important d'experts de qualité et de compétences variées.
Les échanges entre les participants à la présente rencontre permettront d'élaborer le cadre adéquat pour mettre à profit toute cette ressource humaine. Elle vise également l'implication des expertises nationales dans la préparation et l'exécution des projets de développement.
Au cours des 4 dernières années, la Mauritanie a franchi d'importantes étapes sur la voie du changement et du développement.
Les libertés individuelles et collectives sont effectives et permettent la consolidation de la démocratie.
Les infrastructures de base ont permis des avancées significatives dans le désenclavement de toutes les régions du pays et l'accès des populations aux services de base.
Les politiques volontaristes visant les couches les plus vulnérables sont menées avec rigueur.
La lutte contre la gabegie et la revalorisation des ressources du pays ont rendu possibles ces réalisations.
Le contexte national favorable nous permet de mobiliser tous nos efforts au service du développement du pays.
Vos compétences et vos expériences professionnelles, Mesdames, Messieurs, les experts, doivent être mises à contribution au profit du développement du pays
».
De son côté le directeur général de l’ANESP a rappelé le contexte et les objectifs de la rencontre. Extrait :
«Cette rencontre, la première du genre dans notre pays, répond à ce souci constamment exprimé d’identification et de mise en valeur de cette richesse que constitue l’expertise nationale. Elle est aussi une réponse à l’une des préoccupations fondamentales de l’Agence Nationale pour les Etudes et le Suivi des Projets (ANESP), celle qui vise à mobiliser les ressources en vue d’optimiser le processus d’élaboration et de mise en œuvre des projets de développement.
L’ANESP, permettez-moi Monsieur le Président de le rappeler, a pour ambition de devenir un pôle d’excellence grâce à son organisation et à ses méthodes de travail. Elle se veut un laboratoire d’idées capable de drainer compétences et expertises en vue de leur permettre de participer au développement de notre pays.
Ce n’est donc pas par hasard si l’ANESP organise aujourd’hui la première «Rencontre des Compétences et Expertises Nationales». Cette rencontre est le fruit de la convergence entre une volonté politique réellement engagée pour accomplir de grands bonds en avant dans le pays, et la nécessité de mettre à profit toutes les expertises et compétences pour consolider les acquis et mieux envisager l’avenir.
Cette rencontre vise enfin à mettre en réseau les Experts mauritaniens, à renforcer les liens entre eux et le pays et à permettre à tous de participer à son développement. Ils sont plus de deux cents Experts mauritaniens à avoir répondu positivement à notre démarche.
Les participants à cette rencontre représentent la crème d’une élite dont les qualités et les multiples spécialités sont attestées par le niveau de responsabilité qu’ils occupent dont certains dans des entreprises et des institutions prestigieuses dans les cinq continents.
Nous souhaitons pour cette rencontre qu’elle soit le fondement d’un processus d’intégration et d’implication de toutes les compétences scientifiques et techniques à l’effort de développement de la Mauritanie.
(…) A la fin de la rencontre, les propositions des Experts nous permettront de faire des recommandations pour aider à dégager des orientations en vue d’asseoir une stratégie efficiente dans la préparation et la mise en œuvre des projets de développement. 
Nous aurons aussi présenté le premier ATLAS ANESP où seront répertoriés les Experts mauritaniens. Nous sommes sûrs que cet ATLAS ANESP constituera une première formule de proposition en matière de ressources humaines pour notre économie et pour les sociétés et entreprises actives dans le pays»

samedi 28 décembre 2013

Les Mauritaniens du Canada

Ils sont une bonne vingtaine d’experts et de diplômés des universités canadiennes à avoir fait le déplacement pour participer à la première rencontre des Compétences et Expertises nationale, rencontre organisée par l’Agence nationale pour les Etudes et le Suivi des Projets (ANESP).
Ils représentent la communauté de là-bas et semblent bien préparés, en tant que groupe, à marquer de leur présence la manifestation qui est la première du genre. Ils entreprennent des rencontres préliminaires et comptent manifester publiquement leur présence ici.
Ils sont sans doute les plus organisés de nos ressortissants. Ils veulent capitaliser ce passage en Mauritanie pour explorer les opportunités offertes par le pays, rencontrer le maximum d’officiels et attirer les caméras vers eux.
Avec le doyen de la communauté Brahim Ould Lemghallef, la communauté mauritanienne du Canada détient sans aucun doute la palme de l’originalité. Arrivé en 1973 au Canada, le personnage fort sympathique est resté un Mauritanien des années 70. Avec le Hassaniya de l’époque, l’ouverture de l’époque, la tolérance, la jovialité et donc l’optimisme. Parti pour être quelconque, il est titulaire d’un MBA en finances et joue les ainés des générations successives. Sans doute le premier facteur d’unité pour la communauté.
Les autres viennent de toutes les régions de Mauritanie. Ils sont formés dans les meilleures écoles et, pour certains, travaillent déjà dans de grandes sociétés.
Qu’ils s’appellent Mohamed Billy Ould Sidi Ould Ahmed Deya, Al Housseinou Sall, Sidi Ould Souene’, Abdallahi Ould Qestallani, Fatimetou Mint Tolba, Hamjatou Kane, Radya Mint Khouna, Sidi Mohamed Ould Hartane, Isselmou O Sidina, Mohamed O. Abdallahi…, ils occupent chacun un poste de haute responsabilité là où il se trouve et chacun d’eux est prête à participer au développement de la Mauritanie selon sa spécialité.

L’image de la Mauritanie dépend d’eux car il n’y a pas d’Ambassadeur là-bas. Chaque année, ils commémorent la fête de l’indépendance par un gala. Le 30 novembre dernier, c’était au restaurant La Khaima qui appartient justement à un Mauritanien. Ils ont aussi un site, www.maurican.com. Et leur leitmotiv est : «Vivre ensemble pour accomplir notre destinée commune».

vendredi 27 décembre 2013

Besoin de maturation

Certains de mes amis m’ont reproché de faire état de quelques dissensions, consommées ou à venir, au sein de l’Union des forces du progrès (UFP) suite à son choix de boycotter les élections. Juste pour expliquer que j’exprime là une inquiétude pour ce parti qui représente à mes yeux un cadre unitaire où une certaine idée de la Mauritanie et de la politique a été entretenue pendant longtemps. J’ai rarement été d’accord avec les dirigeants de l’UFP et leurs options mais je leur reconnais (sans hésiter) qu’ils ont pu fonder un esprit et un creuset qui reflétait quand même ce qu’est le pays et même peut-être (en partie quand même) ce qu’il devait être.
Le discours est un discours de gauche qu’aucun parti en Mauritanie n’a jamais pu adopter comme l’a fait l’UFP (et ses pères spirituels). Cette perception (satisfaisante) de l’UFP, les Mauritaniens l’expriment de différentes manière : «Nous allons regretter Bedredine et Kadiata Malik Diallo dans le Parlement», «Les vrais politiques, ce sont les gens du MND (mouvement national démocratique qui a donné l’UFP)», «L’UFP est un parti élitiste qui a pu asseoir une base à Moyte en plein Aftout, à Boghé en pleine Vallée…»…
Quand vous entendez ces propos, dites-vous que c’est la manière d’apprécier ce parti et son discours. Ce discours est aujourd’hui «perdu» dans le sens où on l’entend plus. Il est perdu au sein d’une cacophonie faite de verbiages et d’extrêmes. Et ce au moment où l’on en a le plus besoin.
Le besoin de progrès dans la vision de la société, dans ses rapports, dans la dynamique qui doit la diriger, ce besoin fait que les revendications sociales égalitaires doivent être prises en compte par un discours unitaire rejetant tout sectarisme et adoptant une attitude «progressiste» face aux choix de société.
Contre le fanatisme, nous avons besoin d’un esprit ouvert et tolérant. Contre l’obscurantisme, nous avons besoin de Lumières (au sens de la philosophie des). Contre le racisme, nous avons besoin de reconnaissance de nos différences. Contre les égoïsmes, nous avons besoin de solidarité. Contre la confrontation stérile et risquée, nous avons besoin d’alternative politique et sociale…
Analysons les deux grandes mouvances qui occupent la scène et font débat : la question négro-africaine et la question de l’esclavage. Quels discours entendons-nous aujourd’hui ? Ceux de la haine, de l’exaspération des frustrations et de l’intolérance. D’un autre côté ceux de la compromission et du refus de reconnaitre les crimes commis, ceux qui continuent à l’être (esclavage) etc. et au sein de chaque leadership de groupe, une situation qui n’est pas stabilisée.
Entre les négro-africains appartenant à la Majorité, ceux appartenant à l’AJD/MR de Moktar Ibrahima Sarr et ceux de Touche pas à ma nationalité (TPMN) qui l’emportera en terme de vision pour la Mauritanie de demain ?
Entre les Haratines appartenant à la mouvance de Messaoud Ould Boulkheir, ceux relevant de Mohamed Ould Bourbouç et ceux soutenant l’action de Birame Ould Dah Ould Abdeidi, qui imposera sa méthode ?
Vous croyez que ces questions se posent dans un autre parti que l’UFP ? C’est bien pour cela que l’absence de l’UFP inquiète. C’est bien pour cela qu’elle est regrettée. C’est bien pour cela qu’elle constitue une faute aux yeux de beaucoup, y compris du parti. 

jeudi 26 décembre 2013

L’heure des comptes

Est-ce que l’heure des comptes a sonné pour les politiques ? Certainement. Il est temps pour eux de faire le bilan au niveau de chaque groupe de partis, de chaque parti, pour évaluer l’impact des choix faits à l’occasion des élections. En attendant les conclusions «officielles» des partis qui ne finissent pas de digérer l’après-élections, nous sommes en droit de faire les nôtres.
Au niveau de la Majorité présidentielle, on a vu l’Union pour la République (UPR) acquérir une majorité des sièges de l’Assemblée et une grande partie des mairies du pays. Ce qui confirme son statut de leadership au sein de ce groupe. C’est une performance quand on sait que ce parti a souffert des attaques de tout le monde : les partis concurrents de l’Opposition, ses choix, ses militants, ses cadres, son gouvernement… Son président, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine doit être aux anges, lui dont le calme froid inquiète dans les rangs de son parti. Il n’est pas nécessaire pour le parti de chercher des alliances pour former un nouveau gouvernement ou pour faire passer des lois. Aucun parti de la Majorité ne lui impose désormais ses désirs.
Toujours au niveau de cette Majorité, quelques petits partis-satellites de l’UPR réussissent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas du Sursaut de la Jeunesse dont la promotion a été facilitée par la nomination de sa présidente au poste de ministre quelques semaines avant les élections, et «l’orientation» de certains «mécontents» vers ce parti. Ce qui a permis à des ministres, membres des instances dirigeantes de l’UPR de le soutenir contre les listes de leur parti. Idem pour Al Karama qui lui aussi s’impose comme interlocuteur dans la nouvelle configuration sortie des urnes. Reste à savoir comment vont se comporter les élus de ces deux partis : vont-ils s’autonomiser et commettre un parricide en allant contre la volonté de l’UPR qu’ils ont combattu pendant les élections ? On verra…
Au niveau de ce qu’on appelle «l’Opposition participationniste», Al Wiam sort grand vainqueur parce qu’il occupe la première place sur cet échiquier. Son président, Boydiel Ould Hoummoid garde une marge de manœuvre : il peut négocier un ralliement à la Majorité présidentielle comme il peut revendiquer la deuxième place au sein de l’Institution de l’Opposition et attendre tranquillement l’élection présidentielle pour être plus sûr. Le fait de se trouver codirigeant de l’Institution de l’Opposition est déjà une victoire pour celui qui n’a jamais renié le régime de Ould Taya auquel il a appartenu. Le sens de la loyauté est pour beaucoup dans sa réussite.
L’Alliance populaire progressiste (APP) est dans une mauvaise passe. Son président Messaoud Ould Boulkheir ne peut plus occuper le poste de président de l’Assemblée nationale. Il sera mal à l’aise dans une Institution de l’Opposition où il ne sera ni le président ni le secrétaire général. Peut-il se contenter d’un rôle de second plan ? Difficile. L’homme est un battant habitué à jouer dans l’avant-garde. Durant les cinq dernières années, il a été une pièce maitresse dans l’évolution politique du pays : en 2007, son soutien a été déterminant pour le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie de la présidence de l’Assemblée nationale (avec cinq députés ; en 2008, c’est sa présence qui légitime l’action du Front de défense de la démocratie (FNDD) ; en 2009 sa candidature au nom du FNDD et son résultat sont pour beaucoup dans la relégation de Ould Daddah parti initialement pour être LE candidat de l’Opposition ; en 2010, sa présence aux côtés du Président Ould Abdel Aziz permet à celui-ci de délégitimer l’action de ses détracteurs ; en 2011 et 2012, c’est bien son acceptation d’aller au dialogue qui donne à celui-ci tout l’envergure qu’il a eu ; en 2013, on ne parle plus que de «l’initiative du Président Messaoud»… Comment va-t-il accepter aujourd’hui de faire partie du deuxième rang ?
Au niveau de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), le choix du boycott devra être coûteux. En terme de cohésion d’abord : comment ces partis qui n’ont rien à voir les uns avec les autres (à part l’adversité vis-à-vis de Ould Abdel Aziz) vont-ils rester ensemble ? Quelles conclusions vont-ils tirer d’un boycott justifié par la volonté de faire échouer les élections lesquelles se sont finalement déroulées dans de bonnes conditions ?
Sur le plan de l’action, on peut la résumer à deux évènements : une marche avant le premier tour et une autre avant le second. Est-ce suffisant ? Non, parce que le taux de participation a dépassé les 70%. Non parce qu’il y a un après qui donne une configuration politique plutôt excellente pour le pouvoir.
En cours de route, la COD a perdu Tawaçoul, sans doute le parti le plus dynamique en son sein et aussi le plus virulent. Grâce aux résultats obtenus au cours des élections, Tawaçoul fait d’une pierre deux coups.
Parti récent (2007-2008), il s’impose aujourd’hui comme une force majeure sur l’échiquier national. Ses victoires et sa présence dans la Mauritanie profonde lui augurent d’un avenir plutôt radieux. Il dispute aujourd’hui la présidence de la Communauté Urbaine de Nouakchott à l’UPR. Il est déjà le Chef de file de l’Opposition démocratique. Ce qui l’impose à tous comme leadership de l’opposition, comme son porte-parole.
Ce résultat permet, en seconde lecture, de conforter Tawaçoul dans ses choix. Ceux au sein de ses compagnons de la COD qui lui avaient reproché la participation savent aujourd’hui que le parti a tout gagné : être l’opposition «principale» du Pouvoir en place et rester ainsi dans le jeu. Ce qui n’est pas le cas des autres qui doivent se débattre aujourd’hui pour trouver le moyen de ne pas rester au bord de la route.
Reste un parti, l’Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement de Rénovation (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr. Ce parti est l’invité-surprise de l’après-élection. Longtemps dans le sillage de l’Opposition, l’AJD/MR a fait partie de la Majorité avant de la quitter pour rester entre les deux. Même s’il y a été, il ne fait pas partie des «dialoguistes», il n’est pas non plus de la COD. Alors ?

Dès l’élection du directoire de la CUN, on verra où l’AJD/MR va se positionner. Si le vote de ses quatre délégués de Sebkha va à Tawaçoul, c’est qu’il faut attendre le parti à l’Institution de l’Opposition, si le choix est l’UPR, c’est qu’il reviendra à la Majorité. En contrepartie de postes ministériels peut-être ? C’est le seul parti qui est en mesure aujourd’hui de négocier un tel marché, parce que son soutien est capital dans une bataille cruciale pour l’UPR. Mais l’on sait que les penchants de Ibrahima Moktar Sarr sont plutôt «islamistes» et qu’il est déjà en pourparlers avancés avec Tawaçoul…