samedi 21 décembre 2013

Solstice d’hiver politique

Dans l’ensemble, l’organisation technique du deuxième tour est plutôt satisfaisante. Le processus est beaucoup plus fluide qu’avant et il y a moins de monde devant les bureaux.
Pour revenir aux commentaires de quelques résultats, nous allons nous attarder sur quelques cas. Tout en rappelant que l’engagement de hauts responsables sur tel ou tel front indique clairement l’intérêt pour eux de montrer un poids électoral dont ils seraient pourvus.
Au Hodh Echrgui, Tawaçoul a gagné les communes de Néma et de Djiguenni, pour ne citer que les plus importantes. L’élection municipale est plus significative que la législative parce qu’elle relève du local pur. Celui qui n’a pu faire barrage à l’avancée de ses opposants, c’est celui qui ne bénéficie pas d’assise «convenable» ou «suffisante».
Au Hodh el Gharby, on notera que la force derrière le passage de deux députés à la proportionnelle – Mohamedou Ould Cheikh Hamahoullah, le Chérif de Nioro – a perdu les cinq communes du département, d’où le questionnement autour de la question. Toujours dans cette région, si l’UPR a gagné haut la main la mairie de Tintane, il n’a pas pu avoir les députés.
En Assaba, c’est la victoire de la coalition contre Kaba Ould Elewa (passé député au premier tour) qui gagne la mairie de Kankossa sous les couleurs du Sursaut, tandis que Legrane est remporté par Mint Menkouss candidate UPR.
Au Gorgol et au Guidimakha, c’est l’UPR qui se reprend, ainsi qu’au Brakna. Tandis qu’au Trarza, l’UPR perd la commune et la députation à Rosso où tout le monde, notamment le ministre de l’agriculture, a déployé d’énormes efforts au profit de l’UPR. Il perd devant Al Wiam dont le président Boydiel Ould Hoummoid a fait le déplacement lui-même pour assurer un soutien qui s’est avéré nécessaire à ses listes. Dans la même région, la commune de Mederdra bascule dans le panier du Sursaut de la Jeunesse fortement soutenu par le ministre des affaires économiques et du développement, Sidi Ould Tah qui fait perdre ainsi une mairie à l’UPR, parti dont il est officiellement membre du directoire.
En Adrar, où la surprise était venue de Chinguitty quand un jeune «illustre inconnu» a battu au premier tour El Arby Ould Jedeyn, ancien colonel, vice-président de l’Assemblée sortante. Ici le vote sera refait pour des irrégularités constatées par le Conseil Constitutionnel au niveau d’El Ayn Safra.
Au Tagant, ce qu’il faut retenir, c’est la force encore réelle de l’aristocratie locale. Si le camp Ehl Zeine l’a emporté dès le premier tour à Tijikja, celui de d’Ahl Mohammed Ould Ahmed bénéficie d’un soutien populaire au niveau du département de Moudjéria : Qrini, député sortant, emporte la mairie de Nbeika sous les couleurs du PRDR alors que Sid’Ahmed remporte la députation. Comme quoi, les efforts du Gouverneur de la BCM, des ministres de la pêche et de l’agriculture n’auront servi à rien.

Ce jour de solstice s’annonce froid – très froid – pour certains…

vendredi 20 décembre 2013

Dommage collatéral

C’est l’histoire d’un ami qui revenait de son exil la semaine dernière.
Cheikh, est un brillant mathématicien qui n’a pas trouvé quoi le retenir dans son pays. Comme beaucoup de compétences, il a préféré émigrer pour trouver de quoi satisfaire sa soif de recherches et de savoirs. Il est parti s’installer quelque part dans l’un des pays du Golf.
Chaque année, il vient ici passer ses vacances avec sa famille. L’occasion de ramener les enfants dans le pays apprendre quelques-unes des valeurs qui existent encore dans le milieu auquel mon ami Cheikh appartient.
Cette année – en fait l’autre semaine – il avait choisi de prendre la route qui passe par Istanbul en Turquie. Il avait lu sur des sites mauritaniens que la Mauritanie et la Turquie avaient signé un accord de libre-circulation entre les deux pays. Les sites disaient, avec détail, que Mauritaniens et Turcs n’avaient plus besoin de visas pour entre dans leurs pays respectifs. Donc il n’a pas été gêné de devoir passer quelques jours en Turquie. Le temps pour lui de laisser la famille se reposer et de faire un peu de tourisme.
Il débarque donc en Turquie sans avoir pris le soin d’avoir un visa d’entrée parce qu’il avait lu l’information sur plusieurs sites. Surprise : obligation pour lui d’avoir un visa d’entrée. Rien à faire, il restera prisonnier lui et sa famille (avec enfants) dans cet aéroport qui n’a rien d’un refuge en ces temps d’hiver rigoureux. Au premier jour, les enfants se lassent et commencent à exprimer leur inquiétude et leur désarroi. Puis il sera obligé de louer une chambre d’un hôtel d’aéroport à dix euros l’heure !

48 heures d’enfer parce que des sites ont donné une mauvaise information. Mon ami n’est pas près d’oublier sa mésaventure. Il en veut à mort à mes confrères et moi parce qu’il nous tient responsable de ce qui lui est arrivé. Dommage !

jeudi 19 décembre 2013

Nouveaux projets OMVS

Les Présidents du Mali, du Sénégal, de la Mauritanie et le Premier ministre guinéen étaient à Kayes où ils devaient procéder à l’inauguration du barrage de Felou et à la pose de la première pierre de la centrale hydro-électrique de Gouina.
Mardi 17 décembre, l’aéroport de Kayes reçoit les Présidents Macky Sall du Sénégal et Mohamed Ould Abdel Aziz de Mauritanie, le Premier ministre guinéen représentant le Président Alpha Condé est arrivé le premier. Tous accueillis par le Président Ibrahim Boubacar Keita et par la population de Kayes et leurs communautés respectives.
C’est d’abord l’étape de Felou, ensuite Gouina. Présentation selon un communiqué du Haut Commissariat de l’OMVS :

 «Situé sur le cours principal du fleuve Sénégal, en territoire Malien et précisément à 15 km au sud ouest de la ville de Kayes, cet aménagement a pour vocation la valorisation des ressources énergétiques duBassin du fleuve Sénégal, par la production d’électricité en vu d’améliorer les conditions de vie socioéconomiques des populations des pays membres de l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS). 
Le barrage au fil de l'eau a une Longueur de 945 mètres et une hauteur max sur terrain naturel (TN) de 2 mètres. La centrale est équipée de 3 groupes de type bulbe. La chute maximale est de 13,9 mètres. Le productible annuel est de 431 GWH pour une puissance installée de 60 MW. 
L’Aménagement de Félou est composé des ouvrages suivants : le seuil ou barrage ; l’ouvrage de tête ou prise d’eau ; le canal d’amenée ; l’usine ; le poste de départ 225KV et la ligne HT 225 KV d’évacuation de l’énergie vers le poste deKayes.
Le cout de l’Aménagement de Félou est de 125.734.129 Euros, financé conjointement par : l’Association Internationale pour le Développement (IDA), laBanque Européenne d’Investissement (BEI) et les Gouvernements du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie.
Le programme de développement des infrastructures hydroélectriques de l'OMVS, prévoit un certain nombre d'aménagements à moyen et long terme pour accroitre davantage la maîtrise et l'exploitation rationnelle des eaux du fleuve, dans l'agriculture, la disponibilité de l'énergie et la Navigation sur le fleuve.
Après le barrage anti-sel de Diama, les barrages hydroélectriques de Manantaliet de Félou, Gouina et Koukoutamba sont sur la rampe de lancement
».

mercredi 18 décembre 2013

Egypte, le contre-modèle

Ce qui s’est passé en Egypte est plus révélateur sur le devenir d’une révolution qui n’en est pas finalement une. D’abord la révolte populaire, ce que les spécialistes de la région (les vrais) ont considéré comme étant «le moment social» de la révolte arabe. Pour eux cette révolution s’articulait sur trois «moments» : le social, le politique et l’international.
Le temps social correspondrait à cet instant où le soulèvement est à son comble et où la spontanéité des manifestants et de leurs porte-paroles nous noie dans un romantisme révolutionnaire enivrant. L’articulation du politique sur ce temps devait prendre la forme d’une prise en charge complète de toutes les attentes des «insurgés» en quête de reconnaissance, de recouvrement de la liberté de disposer de soi et des biens de la communauté pour le bien-être de chacun, de reconquête de la dignité et de recréation de liens sociaux abimés par les autocrates et les prédateurs. Le temps international arrivant pour éviter les «pires» scénarii pour les maîtres actuels du monde : il peut prendre la forme d’une guerre visant à accélérer la chute des régimes autocratiques vilipendés par la foule (cas de la Libye et de la Syrie), ou celle de «ralentisseur» du processus d’émancipation si celui est jugé dangereux ou risqué pour les intérêts des puissances occidentales (cas de l’Egypte et de la Tunisie).
En Egypte, la victoire des Frères Musulmans aux élections et leur empressement dans la mise en œuvre de leur idéologie a empêché le nouveau pouvoir de mener la grande bataille contre les forces centrifuges en créant un réel espoir d’un lendemain meilleur. On a ici vite versé dans le tout politique et on a oublié le concret qui comprend la misère réelle des populations, la soif, la faim, le manque de toit, de soin, la carence du système éducatif, le manque d’emplois…
Le pouvoir est resté au stade de promesses. Comme par le passé. Il a aussi péché par naïveté en refusant de chercher le consensus autour de ce qui aurait pu unir et entretenir la flamme révolutionnaire. Du coup, le soulèvement est apparu comme une revanche sociale, une recréation d’une théocratie qui n’a pas de fondements historiques légitimes. On a peu pensé au système politique qui sied dans une société où le rôle de l’Armée restait à définir et à ancrer. Résultat : le coup d’Etat et ce qui s’en est suivi.

Le soulèvement des peuples arabes n’était pas soutenu par une pensée libératrice comme celle des Lumières qui a été à l’origine de la révolution française. Et s’il pouvait trouver ancrage dans la Nahda du 19ème siècle, ce soulèvement s’est interdit d’aller au-delà d’une rébellion populaire qui ne pouvait pas occasionner les ruptures nécessaires pour produire une révolution. Il est resté au stade du phénomène finalement limité dans le temps… et dans l’espace ?

mardi 17 décembre 2013

Le politique d’abord

Cela s’est passé au moment de la pose de la première pierre de la centrale hydro-électrique de Gouina, un projet gigantesque lancée par l’Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Prenant la parole pour souhaiter la bienvenue à des pairs, le Président Ibrahim Boubacar Keita a d’abord rendu hommage aux soldats sénégalais tués dans l’attentat de Kidal qui a visé un poste de la MINUSMA, cette force africaine placée sous le couvert de l’ONU. Une petite digression pour dire qu’il ne dialoguera jamais avec des rebelles armés. «Je ne traiterai jamais d’égal à égal avec des gens qui ont les armes à la main», avait-il martelé comme pour répondre à des demandes venues d’on ne sait où. Ce n’est pas la première fois que le président malien fait de telles déclarations. Lors de sa récente tournée en Europe, notamment la France où il a assisté au sommet sur la sécurité, il a dit clairement qu’il est hors de question de discuter tant que le Mali n’a pas recouvert l’entière souveraineté de son territoire et tant qu’il y a des groupes armés. C’est légitime quand on prend en compte la situation de Kidal et de ses environs encore interdits à l’Armée malienne.
En prenant la parole à son tour, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l’OMVS, a tenu à faire ses hommages aux soldats sénégalais et à présenter ses condoléances au Président du Sénégal et à son peuple. Avant d’exprimer son soutien à la position exprimée par le Président Keita. Il en a profité pour condamner les agressions terroristes dont a été victime la Mauritanie, pays qui a combattu très tôt ces extrémismes qui menaient en fait à la criminalité transfrontalière. Pour lui, l’espace OMVS doit être préservé par la coopération et la solidarité.
Ce détour par la politique a permis de remettre les pendules à l’heure quant aux positions mauritaniennes vis-à-vis de la question. Si le ciel des relations avec le Mali s’est à un moment assombri, c’est bien suite à quelques incompréhensions qui sont ainsi levées. La Mauritanie ne soutient aucune force rebelle au Mali. Elle est contre toute velléité d’indépendance et entend aider le Mali à recouvrer sa souveraineté entière sur son territoire. Elle est aux côtés du Mali dans ce que ce pays croit être le mieux pour lui. Comment d’ailleurs peut-il en être autrement ?
Le Mali et la Mauritanie sont deux dont les relations ne peuvent absolument pas souffrir l’ombre d’un désaccord. Les interférences sociales entre les habitants des frontières imposent un minimum de cohésion et de solidarité qui fait que les pouvoirs sont condamnés à cheminer ensemble. Plus que le Sénégal (fleuve), la frontière entre les deux pays crée un creuset et fait que pour l’un et l’autre il s’agit là d’un espace vital qui commande la stabilité et la sécurité.
Les discours des deux Présidents étaient nécessaires pour ce qu’ils dissipent de malentendus et pour ce qu’ils révèlent de conscience de la communauté de destin. Ils sont aussi une indication pour dire que l’espace OMVS a conscience de la nécessaire solidarité face à l’ennemi commun.

lundi 16 décembre 2013

La Tunisie à la recherche de la stabilité

«La Tunisie des frontières :Jihad et contrebande», c’est le titre du rapport de Crisis Group international consacré à l’évolution dans le pays du jasmin. Le rapport a été publié le 28 novembre dernier et ne traite de la situation tunisienne que l’aspect sécuritaire qui pèse sur l’avenir du pays et surtout sur celui du processus politique qui connait de multiples blocages.
«Bien que de faible intensité, indique le rapport, les attentats jihadistes augmentent à un rythme alarmant, choquant la population, alimentant les rumeurs les plus confuses, affaiblissant l’Etat et polarisant toujours davantage la scène politique. Coalition gouvernementale dominée par le parti islamiste An-Nahda et opposition séculariste se renvoient la balle et politisent la sécurité publique au lieu de contribuer à l’assurer.»
Le pourrissement de la scène politique et l’incapacité des acteurs à trouver un terrain d’entente font que la menace de l’insécurité est plus pesante sur l’avenir du pays que par le passé. La Tunisie n’avait pas fini de reprendre le souffle après la révolte de 2010/2011 qu’elle devait faire face déjà aux dangers venant de Libye où l’effondrement du pouvoir commençait à ouvrir la voie à toutes les dérives. Les zones frontalières devinrent rapidement un terreau de développement de la criminalité organisée. Cette économie de guerre, basée sur les trafics de tout genre, est venue se greffer sur un espace de pauvreté et de non droit. Ici, loin de la capitale et des autorités, s’est développée, depuis tout temps, une mentalité de sédition et de mise en réseau des activités illégales. Cela va du trafic de cigarettes et des produits de première nécessité, à celui de la drogue et des armes, et, pour faire le tour, le Jihad s’installe et encadre désormais toute l’activité.
Voilà pourquoi l’enjeu principal en Tunisie est d’abord celui de la restauration de l’autorité de l’Etat. La première conséquence de la révolte étant justement l’effondrement des structures étatiques.

Suit ensuite la nécessité de trouver un équilibre entre les extrêmes : d’une part les Salafistes (Jihadistes ou non) qui perturbent et déstabilisent la Nahda, parti islamiste plutôt moderniste ; d’autre part les tenants d’une laïcité qui frise l’athéisme et qui veulent imposer à la société tunisienne un modèle qui ne lui sied pas forcément, et qui, par leur action, parasite les revendications démocratiques et modernistes légitimes de la société tunisienne. Les premiers ne veulent pas entendre de la démocratie qu’ils assimilent à une hérésie. Les seconds instrumentalisent la peur développée face à l’Islam politique pour remettre en cause les résultats des urnes en obligeant la Nahda à renoncer au pouvoir. Les deux extrêmes se nourrissent l’un de l’autre. D’où le désordre actuel qui a abouti à la dissolution du gouvernement né des premières élections libres et à la suspension d’un processus politique qui aurait dû aboutir à la mise en œuvre d’un modèle tunisien. Nous en sommes là, trois ans après le déclenchement de ce que certains ont appelé pompeusement «la révolution du jasmin» et qui n’est déjà qu’un soubresaut d’une société qui se cherche en l’absence d’un éclairage que l’élite aurait dû fournir.

dimanche 15 décembre 2013

La révolution n’est pas la rébellion

A quelques jours de l’anniversaire du «suicide» de Mohammad Bouazizi, un jeune chômeur tunisien qui, excédé par l’acharnement de la police qui l’arnaquait tout le temps, se décida à s’immoler. Le désespoir qui a mené d’autres jeunes sur la voie des attentats-suicides, fait de Bouazizi le premier «martyr» d’une révolte qui va finalement emporter le régime de Zinedine Ben Ali. Comme si le geste désespéré avait été une objection de conscience à une population qui a trop longtemps accepté le règne de l’arbitraire.
On verse tout de suite dans les expressions sibyllines genre «la révolution du jasmin» qui est troquée plus tard contre «le printemps arabe», porteur croit-on de démocratie et de ruptures avec le passé.
La Tunisie va tomber en quelques semaines, suivie de près par l’Egypte où le pouvoir essaye quelques traitements d’un autre âge. L’épisode libyen donne une autre dimension, beaucoup moins romantique au mouvement.
Une dimension dramatique qui se traduit par l’intervention des forces de l’OTAN qui bombarde sans discernement. On ne saura jamais quel est le bilan réel de cette guerre qui va durer quelques mois et qui détruira les infrastructures libyennes, emportant avec elle les tissus sociaux, politiques et tout ce qui restait d’un Etat national centralisé. La mort tragique parce que violente (tout ce qui est violence gratuite produit plus d’effets) ajoute au trauma général. Surtout que les milices finissent par faire main basse sur les affaires, chacune au nom d’un groupe tribal, ethnique ou régional. La perspective la plus optimiste aujourd’hui pour la Libye est celle du retour à trois Etats distincts : la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan.
Mais c’est en Syrie que la dimension dramatique et absurde du «printemps arabe» prend toute son ampleur. Voilà un pays qui a été détruit sous prétexte d’y apporter la «révolution». Il y a moins de trois ans, la Syrie était certes dirigée par une dictature exercée par un pouvoir qui sévissait depuis une quarantaine d’années, le père passant le flambeau au fils. Mais voilà un pays qui, sans avoir les ressources nécessaires, était le plus moderne et le plus développé des pays arabes : pas d’analphabètes ou presque, autosuffisance alimentaire pour les céréales, industries développées, santé et éducation gratuites pour tous, universités performantes… Qu’en reste-t-il ? Le pays a été détruit et ses habitants errent et arrivent même jusqu’en Mauritanie où ils se muent en mendiants. Bachar Al Assad est toujours en place, son opposition dite «démocratique» a été largement dépassée par les groupes jihadistes venus de partout pour faire de ce pays un nouveau «Jihadistan» (terre de Jihad).
Ne parlons pas du processus yéménite qui a permis la restauration de l’ancien régime malgré le coût payé par la population. Ni du Bahreïn où une minorité sunnite continue de dominer la majorité chiite qui subit répressions et privations. Non plus du Soudan où la révolte a été réprimée dans le sang et dans le silence le plus total des faiseurs d’opinion dans le Monde arabe d’aujourd’hui (Al Jazeera et Al Arabiya).
Le premier bilan est plutôt catastrophique pour les Arabes. Les pays qui ont jusque-là joué le rôle de pôle de résistance devant les poussées impérialistes et sionistes ont été affaiblis (Egypte), s’ils n’ont pas été carrément détruits (Syrie). La question palestinienne n’est plus à l’ordre du jour. Et l’on pousse vers une guerre interreligieuse entre Chiites et Sunnites : on avance inexorablement vers des guerres civiles qui auront comme lignes de fracture les appartenances sociales et/ou religieuses.
Qui paye la facture ? En matière de destruction et de morts, ce sont les populations et les pays arabes concernés (Libye, Yémen, Syrie…). En matière de financements, ce sont les pays pétroliers du Golf qui remboursent aux Occidentaux le coût de leurs interventions. Ce sont donc les Arabes qui payent le prix total (destructions et financements).

Un espoir cependant : la Tunisie qui continue quand même à se chercher face aux extrémismes qui tirent chacun de son côté : les Salafistes serviteurs d’une idéologie rétrograde et les «laïcs» tout aussi obscurantistes parce que profondément intolérants et antidémocratiques. Mais l’espoir est entretenu parce que les forces «modérées» et ayant de réels projets pour le pays, ces forces continuent de travailler pour en sortir. Nous y reviendrons.