jeudi 31 octobre 2013

Zèle, acharnement ou maladresse ?

Ahmed Ould Khattri, ancien directeur de PROCAPEC, a été empêché de se présenter aux élections législatives au niveau de R’Kiz, suite à une démarche initiée par le Parquet général qui a écrit à la CENI pour signaler que l’intéressé ne pouvait se présenter parce qu’il est sous le coup d’une «condamnation». Démarche singulière et inappropriée.
Singulière parce que le Parquet n’a aucun mandat pour interpeller la CENI. Rien dans la loi électorale, ni dans la pratique n’ouvre la voie au Parquet pour une telle interférence. A la limite, le Parquet ne sait même pas qui se présente et sous quelles couleurs. Il doit être pris par le suivi des enquêtes sur les viols et meurtres, par les affaires pendantes devant les juridictions, et non par l’épluchement des listes candidates pour savoir qui peut et qui ne peut pas se présenter.
Inappropriée parce que si le Parquet est très au fait de qui est qui parmi les candidats, il aurait interdit la candidature à d’autres personnes, notamment à ce candidat qui se présente en bonne place sur la liste UPR et dont la procédure judiciaire vient de se terminer pour le faire bénéficier d’une «liberté provisoire» qui ne le soustrait pas normalement à la situation de "poursuivi". Et si Ould Khattri avait été candidat UPR, aurait-il fait l’objet de la même démarche ? si non, pourquoi ne pas entamer la démarche contre cet autre candidat ?
Inappropriée aussi parce que nous sommes en phase de crédibilisation d’élections qui font déjà l’objet d’objections plus ou moins objectives avec notamment l’absence d’une partie de l’opposition (boycott), les lenteurs de la CENI l’organe chargé d’organiser ces élections, la culture du doute devenue un élément essentiel de la réalité mauritanienne… Trop de choses peuvent être invoquées par ceux qui ne veulent pas de ces élections – et ils sont nombreux parce qu’ils se trouvent aussi dans la Majorité et chez les «participationnistes» -, trop pour prêter le flanc ou pour créer de nouvelles sources de suspicions et de doutes.
C’était à la CENI de voir par elle-même si Ahmed Ould Khattri a un dossier complet, auquel cas l’accepter, sinon le rejeter. Pas besoin d’une interférence du Parquet parce que les concurrents de Ould Khattri et du parti Tawaçoul sous les couleurs duquel il voulait mener campagne, auraient pu émettre des réserves. A ce moment-là, les services concernés – peut-être le Parquet – seront interpellés pour rétablir le droit. C’est ce qui devait être…
L’interférence du Parquet trouverait sa justification dans l’établissement d’un casier judiciaire «vierge» à Ould Khattri. N’est-ce pas un cabinet d’un tribunal, un service du secteur de la justice qui établit ce genre de document ? A qui la faute si dans notre pays, on peut établir un document comme celui-là ? A qui la faute si dans ce pays, des hommes, sous mandat, d’autres en liberté conditionnelle ont été, par le passé, nommés ministres ? Cela fait partie de la déliquescence du secteur de la Justice, déliquescence née de plusieurs décennies d’inféodation, d’incohérences, d’impunité, de poursuites ciblées, de décisions qui n’ont aucun rapport avec la Justice, d’arbitraires… (tout le reste a été dit)… C’est cette situation qui devait être corrigée depuis août 2005. Mais la réforme a toujours été remise à plus tard à cause des «urgences politiques» : le débat politique occultant toujours l’essentiel.
Qu’on donne à Ould Khattri ou à quelqu’un d’autre un certificat attestant qu’il ne souffre aucune poursuite judiciaire et qu’il n’a jamais été condamné, qu’il est donc dans la situation normale d’un citoyen normal, cela relève d’un dysfonctionnement de la Justice qui lui-même n’est que la partie visible d’un iceberg de dysfonctionnements : tout ce qui fait qu’aujourd’hui aucune action de la Justice ne peut être comprise ou justifiée aux yeux du citoyen lambda. C’est cette situation qu’il faut corriger un jour ou l’autre. Si le Parquet avait ordonné une enquête sur l’établissement de ces casiers judiciaires et sur les autorités qui les établissent, cela aurait eu le résultat escompté : les challengers de telle ou telle liste auraient engagé une procédure de contestation et le dossier aurait fini devant le Parquet pour conclure. Plus adroitement, en prêtant moins le flanc aux critiques et en laissant peu de place aux interprétations fallacieuses ou non.

En décidant de passer outre et d’en faire une affaire personnelle visant la seule personne de Ould Khattri et en s’abstenant de poursuivre d’autres personnes dans la même situation que lui, le Parquet a laissé la porte ouverte aux interprétations les plus dangereuses. En s’abstenant de poursuivre les autorités qui ont établi les casiers judiciaires, le Parquet évite de corriger le plus évident et le plus dangereux des dysfonctionnements de la Justice.

mercredi 30 octobre 2013

AQMI, la nouvelle énergie

Quoi qu’en disent les autorités françaises et quoi qu’on appelle ce qui a été versé – «rançon», «compensation», «contrepartie»… -, il est sûr qu’une grosse somme a été versée à ceux qui détenaient les quatre otages. 20-25 millions d’euros peut être une fourchette indicative quand on sait que pour libérer les trois premiers otages (un togolais, un malgache et l’épouse Larribe), les sociétés françaises ont dû verser plus de dix millions d’euros.
Sitôt empochée, la somme va servir d’abord à arroser les intermédiaires, puis à huiler les réseaux de la clientèle tribale des groupes terroristes  et enfin à s’acheter de nouvelles armes. Il suffira pour eux de se rendre dans le Sud libyen pour trouver l’armement le plus sophistiqué pour faire face aux forces de la MINUSMA et celles françaises encore déployées dans le Nord malien, sinon à frapper ailleurs pour étendre le conflit aux pays de la région.
Alors que la France accueillait triomphalement ses ex-otages, les Jihadistes attaquaient Gao à coups de mortier. Ils savent qu’avec une opération spectaculaire, ils peuvent reprendre du poil de la bête et recommencer à recruter parmi la jeunesse désemparée de l’espace sahélo-saharien.
La libération des otages est certes un évènement heureux pour tout le monde, surtout pour les Français qui récupèrent ainsi quelques-uns des leurs, mais en terme de victoire, il faut la mettre à l’actif des terroristes parce qu’ils auront vaincu les réticences françaises quant au paiement des rançons. Ils auront prouvé par la même occasion leur capacité à imposer leur diktat au pays qui continue de les bombarder. Avec, en prime, la préservation de la santé des otages malgré la situation difficile créée par la guerre dans le Nord malien. Sur tous les plans, ce sont les ravisseurs, les criminels de guerre qui en profitent.
Le plus grave est que la somme versée va servir immédiatement à équiper des unités combattantes qui ont pour objectif de bouter les Français hors de la région. D’où le refus de reconnaitre que de l’argent a été versé aux ravisseurs. Quitte à recourir à des formules ridicules comme «aucun argent public» n’a été versé. A supposer que l’argent versé appartienne à Vinci et Areva, les deux sociétés françaises pour lesquelles travaillaient les ex-otages, en quoi cela change-t-il les donnes ? Ces sociétés ne sont-elles pas «publiques», au sens de propriété «publique» ?
Querelle de mots qui aura des conséquences politiques certaines sur la politique intérieure française dans les jours qui viennent.
Au niveau de la zone Afrique, particulièrement Sahel et Sahara, les pays ne doivent pas laisser passer cette reculade française sur un principe que tous voulaient imposer au monde. L’Algérie et la Mauritanie en premier ont intérêt à se prononcer sur la question. Tout versement de rançon est dangereux rien que parce qu’il incite à continuer sur cette voie et qu’il entretient cette «économie de la traite des personnes» qu’est la prise d’otages. 

mardi 29 octobre 2013

Les otages d’Arlit libérés

Inattendu et surprenant ! Le Président français François Hollande annonce ce soir la libération des quatre otages enlevés en septembre 2010 sur le site minier d’Areva à Arlit au Niger. Le Président Hollande est au plus bas de sa forme, les derniers sondages l’accréditent de moins de 24% d’opinion favorable et la courbe s’en va descendant. La gestion faite de l’affaire Leonarda, du nom de cette jeune kosovare expulsée de France, n’a fait qu’user l’image déjà ternie d’un Président qui se bat vainement contre une crise économique et sociale qui ne semble pas s’atténuer. Pour la troisième fois, c’est donc le théâtre des opérations au Nord du Mali qui donne un nouveau souffle au Président français.
Le bonheur des parents et des retrouvailles en général va cacher momentanément – peut-être le temps de reprendre le souffle – les questions essentielles qui entourent cette libération. En attendant d’en savoir plus, l’on peut rapporter le récit qui fait déjà le tour du monde.
Les négociations auraient repris il y a quelques mois. La diffusion par les ravisseurs de la vidéo il y a six semaines environ, faisait partie du processus de négociations : il fallait donner une preuve de vie des otages après tant d’accrochages dans la région où ils sont sensés être détenus.
Le Président du Niger entre en ligne et fait actionner ses réseaux à travers un ancien ministre de l’environnement Mohamed Akotey qui est secondé par un ancien membre de la DGSE française qui préside (ou qui est lié) à une société privée de sécurité.
On sait que depuis la débandade des groupes jihadistes sous les coups répétés des forces françaises, et surtout depuis la mort de Abu Zeyd, le redoutable chef de la Katiba Tarek Ibn Zeyad responsable de l’enlèvement. Depuis ce temps, les otages sont entre les mains d’un groupe prêt à négocier.
On sait aussi que l’influence du chef de Ançar Eddine Iyad Ag Ghali restant intacte, les otages sont devenus une partie prenante de la problématique du Nord. Leur sort est désormais lié au processus de règlement de la question du Nord. Ce n’est donc certainement pas par hasard que le gouvernement malien a annoncé ce matin-même l’annulation de quelques mandats d’arrêt qui visaient certaines grosses pointures de l’aristocratie devenue élite politique locale.
La DGSE qui avait implanté un bureau à Gao, savait parfaitement que ce sont les filières touarègues qu’il faut désormais activer pour avoir un répondant. Ne pouvant plus passer par Bamako, c’est naturellement le Niger qui devait servir d’interface. Exit aussi le Burkina Faso et son incontournable président dans ces affaires-là.
Comme le rapporte déjà la presse, la libération a été obtenue jeudi dernier. Mais les modalités d’échange (de quoi ?) devaient prendre le temps nécessaire de vérifier qu’on n’est pas floué. Pour chacune des parties. Depuis dimanche (28/10), les otages ont été récupérés. Restait la mise en scène qui devait suivre. Le timing est choisi. L’évènement peut être annoncé par le Président depuis Bratislava en Slovaquie…

Selon les premières informations, une somme de 20 à 25 millions d’euros a été versée pour obtenir cette libération. Si le gouvernement français refuse de reconnaitre qu’il a versé une telle somme, ce serait donc Areva qui a payé pour ses employés. Quelle différence ?

lundi 28 octobre 2013

A quand l’Observatoire du Sahel ?

Il s’agit d’un projet qui vise à installer un Observatoire du Sahel en Mauritanie qui couvrira la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso. Le choix de la Mauritanie s’explique par «son positionnement géographique et stratégique» et son rôle pionnier dans la lutte contre le terrorisme.
C’est pourquoi, les initiateurs du projet se battent actuellement pour avoir un répondant dans notre pays. Ayant eu l’aval de notre ambassade à Genève, ils attendent encore que le ministère du développement réagisse. Les objectifs de l’Observatoire peuvent être résumés ainsi :
- fédérer derrière un projet transversal et pluridisciplinaire visant à repenser les enjeux de sécurité et de développement au Sahel dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme au Sahel ;
- Créer une interface entre le milieu des praticiens et la société civile afin de faciliter le débat sur les questions susmentionnées
- Soutenir la recherche dans la sous-région, notamment à travers des approches empiriques et de terrain
- Tenir une conférence (dans les mois à venir) à Nouakchott, dans le but de dynamiser l'ensemble du projet et susciter la réflexion autour d'une problématique pré-définie et produire un rapport d'activités sur les principaux éléments de ledit évènement.
- Enfin, il s'agira d'accentuer les efforts de la recherche sur des thématiques peu ou mal comprises que sont les questions liées à la gouvernance, à la jeunesse, à l'islamisme et aux trafics en tout genre qui affectent la région et au delà.

Il faut signaler enfin que l’Observatoire sera l’interface pour l’UNIDIR (United Nations Institute for Disarmament Research), basé à Genève et qui lance un projet de recherche sur le Sahel. Un projet qui vise à analyser les limites des politiques de coopération dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme dans la sous-région. C'est un projet transversal (analyses des dynamiques locales, régionales et internationales) et pluridisciplinaire (prendre en compte les domaines de la sociologie et de l'anthropologie, notamment les variables historiques et géographiques de la sous-région afin de contrebalancer les discours et approches sécuritaires qui sont limitées au vu de l'évolution du terrorisme au Sahel).

 De plus, à travers ce projet d'Observatoire au Sahel, la Mauritanie se trouvera de facto impliquée dans la mise en place des structures nécessaires pour une meilleure compréhension des enjeux de sécurité et de développement dans la sous-région et au delà.

dimanche 27 octobre 2013

Qui va défendre la CENI ?

La CENI est l’objet de toutes les attaques. Et ça vient de commencer. Parce que les Mauritaniens cherchent toujours un responsable à leurs déboires, les politiques plus que le citoyen lambda. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai rarement vu un Mauritanien - noir ou basané, gris ou clair - reconnaitre ses erreurs et assumer la responsabilité de ce qui lui arrive comme conséquence de ses choix et de ses positionnements souvent hasardeux. Même quand vous reprochez à quelqu’un ses tendances à user de mensonge dans telle ou telle situation, il vous dit fatalement : «Ce n’est pas exprès, mais que veux-tu ? les gens te poussent au mensonge à force de te presser…» C’est bien parce que vous l’avez «trop regardé» qu’il a brûlé le feu rouge entrant en collision avec une voiture qui venait dans l’autre sens. Parce que vous l’avez «appelé au téléphone» qu’il a finalement renoncé à la mosquée pour faire sa prière d’Al Maghrib… n’importe quoi pour éviter de faire face à lui-même.
Les critiques dont la CENI est aujourd’hui l’objet sont peut-être fondées, pour certaines d’entre elles, mais elles ne justifient pas la violence des propos tenus, encore moins la stigmatisation dont ses membres et son président font l’objet. Une violence qui prépare – et entretient – un climat délétère, une atmosphère faite de tension et de rejet. C’est comme si on voulait discréditer à l’avance le travail qui sera fait. C’est de bonne guerre s’il s’agissait seulement des partisans du boycott qui feront tout pour faire échouer les futures élections dont la réalisation dans un minimum de «normalité» va les mettre définitivement hors jeu. Mais l’hostilité vis-à-vis de la CENI devient dérangeante quand elle s’exprime à travers les propos de ceux qui ont choisi et ses textes fondateurs et son appareil dirigeant. Comment comprendre cette focalisation des partis ayant participé à la confection de cette institution sur les défauts de la CENI ? Comme s’il ne s’agissait pas de choix qu’ils ont faits.
Quand la première mouture du texte fondateur de la CENI a été rejetée par le Conseil constitutionnel, il y a eu une campagne pour demander aux protagonistes du dialogue de faire en sorte de ne pas limiter le conseil des Sages aux plus de 60 ans. Ils ont refusé et sont allés au-delà de 60 ans pour tous ses membres. Prétextant qu’il est difficile de trouver dans les moins de 60 ans, l’indifférence, la neutralité, l’expérience nécessaires au travail demandé. Messaoud Ould Boulkheir, Boydiel Ould Hoummoid, Abdessalam Ould Horma, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, Ahmed Ould Bahiya et tous ceux qui ont participé au dialogue ont sélectionné ceux qu’ils croient être les plus pourvus : Abdallahi Ould Soueid’Ahmed, Ahmed Ould Ghnahalla, Moulaye Ahmed Ould Hasni, Pr Ba Mohamed Lemine, Dr Manthita Tandia, Memed Ould Ahmed et Mohamedhen Ould Bagga.
Aucun de ceux-là n’était connu du grand public, du moins pas pour ses précédents politiques compromettants. La principale critique émise au lendemain de leur nomination était surtout liée à l’âge et à la capacité de mettre en œuvre le processus électoral bloqué à l’époque.
On sait, tout le monde sait, que ces hommes et femme peuvent se tenir à égale distance des protagonistes politiques. Tout le monde sait qu’aucun d’eux ne peut faire l’objet d’une suspicion quant à la recherche de l’intérêt national et au sens de l’équité. Ils peuvent faire des erreurs, des mauvais choix. Ils ont peut-être fait de mauvais choix, certainement des erreurs. Mais ce n’est pas pour cela qu’il va falloir les disqualifier avant de les voir diriger le match tant attendu.
J’ai lu et entendu une grande adversité vis-à-vis de Ould Soueid’Ahmed et de ses compagnons. Elles ne sont tout simplement pas justes et relèvent de l’acharnement. Le niveau du langage, le contenu des critiques, l’absence de propositions alternatives, le manque de volonté de pousser vers une meilleure attitude, de meilleurs procédés… tout cela indique les véritables desseins.
D’une part, des partis qui préparent l’opinion à leurs résultats qui seront le reflet de l’appréciation publique de leurs actions. D’autre part, cette propension, devenue sport national, à toujours noircir le tableau. Comme si la réalité ne suffisait pas et comme si tous ne sont pas responsables de cette situation qu’ils prétendent décrier.

Quelqu’un que j’aime beaucoup me rappelait récemment ce que Gandhi avait dit : «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde» ! Chacun de nous doit faire sienne cette sagesse.

samedi 26 octobre 2013

Sur la ligne de départ

A la date limite fixée par la CENI, 440 listes candidates aux législatives dont le premier tour est prévu le 23 novembre, ont été déposées par une soixantaine de partis et coalitions de partis (environ 58 partis participent à ces élections). 428 listes appartiennent à des partis et 12 à des coalitions.
58 listes ont été déposées pour la liste nationale qui comprend 20 sièges, 29 listes de femmes ont été déposées pour la liste nationale réservée aux femmes. Les deux listes nationales font partie du lot soumis à la proportionnelle. Ce qui complique la tâche aux grands partis et ouvre les portes aux plus faibles.
Sur le plan régional, Nouakchott arrive naturellement en tête avec 43 listes déposées pour 11 sièges à pourvoir (proportionnelle). Le Hodh Echergui avec 42 listes, le Hodh el Gharby avec 29 listes, l’Assaba avec 32 listes, 33 listes au Gorgol, 34 au Brakna, 33 au Trarza, 16 en Adrar, 30 à Nouadhibou, 12 au Tagant, 24 au Guidimakha, 18 au Tiris Zemmour et 7 en Inchiri.
La ville où il y a le plus de protagonistes est Kiffa où 17 listes ont été déposées. Ici la proportionnelle va jouer. Alors que pour les municipales, 9 listes sont inscrites et deux d’entre elles seulement devront aller au second tour pour se départager définitivement.
A Tamchekett (Hodh el Gharby), Chinguitty (Adrar), Wadane (Adrar), Tichitt (Tagant) et Bir Mogreyn (Tiris Zemmour), 2 listes seulement se font la concurrence. Ce qui ne veut pas dire que la course n’est pas aussi passionnée qu’ailleurs. Le duel qui devra être le plus suivi est celui qui va opposer Dr Louleid Ould Wedad, député depuis toujours de Wadane et candidat d’El Wiam au jeune candidat de l’Union pour la République (UPR), Sidi Baba Ould Lahah. Tout les oppose : les ancrages politiques qui font que l’un appartient au vieil Appareil de l’avant août 2005 et l’autre à l’après ; le conflit générationnel, l’un appartient à la classe politique traditionnelle, l’autre se propose comme relève… en plus de tous les autres protagonismes que les observateurs ne manqueront pas de trouver et qui animeront la campagne dans un bled perdu, abandonné depuis sa mise en quarantaine par le Quai d’Orsay (Wadane est au centre de la fameuse Zone rouge).
Les listes ont encore jusqu’au mardi 29 octobre à minuit pour faire les réaménagements nécessaires et pour compléter leurs dossiers. Rappelons que de quelques candidats, notamment UPR, ont retiré leurs candidats, certains d’entre eux préférant aller sous d’autres couleurs. C’est le cas de deux des candidats UPR de Kobenni qui ont finalement été cooptés par El Wiam : Fatma Mint Eli Mahmoud, activiste dans l’humanitaire, et Babah Ould Ahmed Babou, député sortant. Tous deux sont fortement soutenu par Mohamedou Ould Cheikh Hamahoullah, le Chérif de Nioro qui entend régler ses comptes avec ses adversaires politiques dans la région pendant ces élections, d’où l’importance des enjeux.

Rappelons que les listes municipales ont été définitivement validées par la CENI. Douze partis ont dépassé le cap des 20 candidatures : UPR (218 listes), Tawaçoul (155 listes), APP (150 listes), El Wiam (103 listes), Sursaut de la Jeunesse (95 listes), UDP (38 listes), Sawab (38 listes), Vadila (35 listes), RD (29 listes), Ravah (26 listes), PUD (24 listes) et PRDR (22 listes).

vendredi 25 octobre 2013

Une soirée Maalouma

D’abord l’ârdine, avec un flux intense, sans agressivité cependant, sans violence aussi… juste une série de sonorités qui vous transpercent… doucement… pas lentement, mais doucement… qui vous transportent… La voix de Maalouma arrive pour vous baigner dans l’univers du plus romantique des poètes amoureux de l’espace Bidhâne, M’hammad Wul Ahmed Youra, le génie de tous les temps de cet espace…
«shmeshâna wu shga’adna/âana wunta hawn uhadna
yal ‘agl ‘la daar Inzdna/giblit sâhil wâd Hnayna…»
Pendant qu’on s’oublie dans la méditation de ce dialogue que le poète entreprend avec son âme ingrate parce que voulant quitter ces lieux sans se donner le temps de pleurer le bonheur ici vécu, sans se souvenir pour rendre aux lieux quelques bribes du bonheur d’antan, en signe de reconnaissance…
…«mâ vit âna wunta lathnayn/viddâr g’adna wu bkayna
wu tmathnayna viddâr ilayn/min haq iddâr tnajayna»
Comme pour venir en écho au poète Lamartine qui, lui, interpellait le temps qui passe :
«Eternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?» (Le Lac)
On est perdu dans la comparaison des approches dans l’expression du bonheur perdu… en pensant que M’hammad a voulu faire de ce temps (qui n’est pas perdu pour lui), un espace qu’il vénère et pour lequel il exprime une profonde gratitude… Lamartine qui s’en prend à «ceux» qu’il croit responsables du vol de son bonheur…
Et dans tout ça, la voix douce et mélancolique de Maalouma… On suffoque sous l’emprise de la complainte quand, soudain sortent les sonorités de la tidinît de Mokhtar Wul Meydah, le père de Maalouma… Il joue sa célèbre partition «Gwoyridh»… «dent-daan-denna-det-denadenadenna-den…»
Une voix unique en son genre. Un jeu unique d’une tidinît unique… On plonge dans le passé… au sens de l’ancrage, du retour aux sources, de l’immersion dans l’Originel, de la restauration de l’Authentique, de la reprise du chemin perdu, celui de la création et de l’innovation…
Retour à Maalouma, à l’ârdîne et à la poésie de M’hammad… le moment de flottement qui devrait se comparer avec celui de l’ivresse… qui met les sens aux aguets… tous les sens… quand arrivent les voix d’un chœur chantant un rap des plus modernes… avec des mots qui célèbrent la vie et qui donnent espoir…
Silence. Méditations. On est encore sous les effets de cette magie qui associe ancien, moderne et postmoderne dans une harmonie parfaite…
«Gwoyridh» est un élément d’un ensemble, celui du nouvel album de Maalouma Mint el Meydah et qui porte le nom évocateur de «Knou», ce rythme si apprécié par les connaisseurs de la musique traditionnelle qu’ils ont souhaité l’entendre joué dans tous les modes. Certains le jouent dans le Vaghu de la Jamba el Kahla (la Voie noire), dans le K-hâl de la Jamba el baydha (Voie blanche), d’autres ont créé «knou el vayiz» dans le Sayni-karr… chacun y allant de ses petites variations pour célébrer ce rythme destiné à faire danser les plus belles femmes présentes. Car pour danser Knou, il faut répondre à un minimum de conditions physiques qui sont pour le rythme, déjà fantastique, une sorte d’ornements supplémentaires…
J’ai, comme Maalouma, le souvenir de la première femme, épouse d’un fonctionnaire affecté au milieu des années 60 à Mederdra, qui dansait le Knou dans cet environnement-là. Je la vois encore envoûter le public qui n’avait pas l’habitude de voir les femmes danser debout… Je crois que ce sont bien les prestations de cette femme-là qui ont causé une nette évolution dans le milieu de l’Iguidi, libérant notamment les femmes des appréhensions qui pesaient pour les empêcher d’occuper la scène de la danse. Comme quoi…
L’album de Maalouma sort en début d’année 2014. Il fera date parce qu’il va signer l’arrivée à maturité d’un style, celui de Maalouma. Un style devenu école malgré les hostilités des premières heures.

Quand l’école initiée par Maalouma mûrit, elle revient fatalement aux premières sources de ses inspirations : son père Mokhtar, sa tante Nîla Mint el Boubâne, ses premiers amours musicaux occidentaux et arabes… En somme, un ancrage dans la Tradition résolument ouvert à la Modernité. Qui dit mieux ? (qui fait surtout mieux ?)