mardi 29 octobre 2013

Les otages d’Arlit libérés

Inattendu et surprenant ! Le Président français François Hollande annonce ce soir la libération des quatre otages enlevés en septembre 2010 sur le site minier d’Areva à Arlit au Niger. Le Président Hollande est au plus bas de sa forme, les derniers sondages l’accréditent de moins de 24% d’opinion favorable et la courbe s’en va descendant. La gestion faite de l’affaire Leonarda, du nom de cette jeune kosovare expulsée de France, n’a fait qu’user l’image déjà ternie d’un Président qui se bat vainement contre une crise économique et sociale qui ne semble pas s’atténuer. Pour la troisième fois, c’est donc le théâtre des opérations au Nord du Mali qui donne un nouveau souffle au Président français.
Le bonheur des parents et des retrouvailles en général va cacher momentanément – peut-être le temps de reprendre le souffle – les questions essentielles qui entourent cette libération. En attendant d’en savoir plus, l’on peut rapporter le récit qui fait déjà le tour du monde.
Les négociations auraient repris il y a quelques mois. La diffusion par les ravisseurs de la vidéo il y a six semaines environ, faisait partie du processus de négociations : il fallait donner une preuve de vie des otages après tant d’accrochages dans la région où ils sont sensés être détenus.
Le Président du Niger entre en ligne et fait actionner ses réseaux à travers un ancien ministre de l’environnement Mohamed Akotey qui est secondé par un ancien membre de la DGSE française qui préside (ou qui est lié) à une société privée de sécurité.
On sait que depuis la débandade des groupes jihadistes sous les coups répétés des forces françaises, et surtout depuis la mort de Abu Zeyd, le redoutable chef de la Katiba Tarek Ibn Zeyad responsable de l’enlèvement. Depuis ce temps, les otages sont entre les mains d’un groupe prêt à négocier.
On sait aussi que l’influence du chef de Ançar Eddine Iyad Ag Ghali restant intacte, les otages sont devenus une partie prenante de la problématique du Nord. Leur sort est désormais lié au processus de règlement de la question du Nord. Ce n’est donc certainement pas par hasard que le gouvernement malien a annoncé ce matin-même l’annulation de quelques mandats d’arrêt qui visaient certaines grosses pointures de l’aristocratie devenue élite politique locale.
La DGSE qui avait implanté un bureau à Gao, savait parfaitement que ce sont les filières touarègues qu’il faut désormais activer pour avoir un répondant. Ne pouvant plus passer par Bamako, c’est naturellement le Niger qui devait servir d’interface. Exit aussi le Burkina Faso et son incontournable président dans ces affaires-là.
Comme le rapporte déjà la presse, la libération a été obtenue jeudi dernier. Mais les modalités d’échange (de quoi ?) devaient prendre le temps nécessaire de vérifier qu’on n’est pas floué. Pour chacune des parties. Depuis dimanche (28/10), les otages ont été récupérés. Restait la mise en scène qui devait suivre. Le timing est choisi. L’évènement peut être annoncé par le Président depuis Bratislava en Slovaquie…

Selon les premières informations, une somme de 20 à 25 millions d’euros a été versée pour obtenir cette libération. Si le gouvernement français refuse de reconnaitre qu’il a versé une telle somme, ce serait donc Areva qui a payé pour ses employés. Quelle différence ?

lundi 28 octobre 2013

A quand l’Observatoire du Sahel ?

Il s’agit d’un projet qui vise à installer un Observatoire du Sahel en Mauritanie qui couvrira la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso. Le choix de la Mauritanie s’explique par «son positionnement géographique et stratégique» et son rôle pionnier dans la lutte contre le terrorisme.
C’est pourquoi, les initiateurs du projet se battent actuellement pour avoir un répondant dans notre pays. Ayant eu l’aval de notre ambassade à Genève, ils attendent encore que le ministère du développement réagisse. Les objectifs de l’Observatoire peuvent être résumés ainsi :
- fédérer derrière un projet transversal et pluridisciplinaire visant à repenser les enjeux de sécurité et de développement au Sahel dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme au Sahel ;
- Créer une interface entre le milieu des praticiens et la société civile afin de faciliter le débat sur les questions susmentionnées
- Soutenir la recherche dans la sous-région, notamment à travers des approches empiriques et de terrain
- Tenir une conférence (dans les mois à venir) à Nouakchott, dans le but de dynamiser l'ensemble du projet et susciter la réflexion autour d'une problématique pré-définie et produire un rapport d'activités sur les principaux éléments de ledit évènement.
- Enfin, il s'agira d'accentuer les efforts de la recherche sur des thématiques peu ou mal comprises que sont les questions liées à la gouvernance, à la jeunesse, à l'islamisme et aux trafics en tout genre qui affectent la région et au delà.

Il faut signaler enfin que l’Observatoire sera l’interface pour l’UNIDIR (United Nations Institute for Disarmament Research), basé à Genève et qui lance un projet de recherche sur le Sahel. Un projet qui vise à analyser les limites des politiques de coopération dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme dans la sous-région. C'est un projet transversal (analyses des dynamiques locales, régionales et internationales) et pluridisciplinaire (prendre en compte les domaines de la sociologie et de l'anthropologie, notamment les variables historiques et géographiques de la sous-région afin de contrebalancer les discours et approches sécuritaires qui sont limitées au vu de l'évolution du terrorisme au Sahel).

 De plus, à travers ce projet d'Observatoire au Sahel, la Mauritanie se trouvera de facto impliquée dans la mise en place des structures nécessaires pour une meilleure compréhension des enjeux de sécurité et de développement dans la sous-région et au delà.

dimanche 27 octobre 2013

Qui va défendre la CENI ?

La CENI est l’objet de toutes les attaques. Et ça vient de commencer. Parce que les Mauritaniens cherchent toujours un responsable à leurs déboires, les politiques plus que le citoyen lambda. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai rarement vu un Mauritanien - noir ou basané, gris ou clair - reconnaitre ses erreurs et assumer la responsabilité de ce qui lui arrive comme conséquence de ses choix et de ses positionnements souvent hasardeux. Même quand vous reprochez à quelqu’un ses tendances à user de mensonge dans telle ou telle situation, il vous dit fatalement : «Ce n’est pas exprès, mais que veux-tu ? les gens te poussent au mensonge à force de te presser…» C’est bien parce que vous l’avez «trop regardé» qu’il a brûlé le feu rouge entrant en collision avec une voiture qui venait dans l’autre sens. Parce que vous l’avez «appelé au téléphone» qu’il a finalement renoncé à la mosquée pour faire sa prière d’Al Maghrib… n’importe quoi pour éviter de faire face à lui-même.
Les critiques dont la CENI est aujourd’hui l’objet sont peut-être fondées, pour certaines d’entre elles, mais elles ne justifient pas la violence des propos tenus, encore moins la stigmatisation dont ses membres et son président font l’objet. Une violence qui prépare – et entretient – un climat délétère, une atmosphère faite de tension et de rejet. C’est comme si on voulait discréditer à l’avance le travail qui sera fait. C’est de bonne guerre s’il s’agissait seulement des partisans du boycott qui feront tout pour faire échouer les futures élections dont la réalisation dans un minimum de «normalité» va les mettre définitivement hors jeu. Mais l’hostilité vis-à-vis de la CENI devient dérangeante quand elle s’exprime à travers les propos de ceux qui ont choisi et ses textes fondateurs et son appareil dirigeant. Comment comprendre cette focalisation des partis ayant participé à la confection de cette institution sur les défauts de la CENI ? Comme s’il ne s’agissait pas de choix qu’ils ont faits.
Quand la première mouture du texte fondateur de la CENI a été rejetée par le Conseil constitutionnel, il y a eu une campagne pour demander aux protagonistes du dialogue de faire en sorte de ne pas limiter le conseil des Sages aux plus de 60 ans. Ils ont refusé et sont allés au-delà de 60 ans pour tous ses membres. Prétextant qu’il est difficile de trouver dans les moins de 60 ans, l’indifférence, la neutralité, l’expérience nécessaires au travail demandé. Messaoud Ould Boulkheir, Boydiel Ould Hoummoid, Abdessalam Ould Horma, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, Ahmed Ould Bahiya et tous ceux qui ont participé au dialogue ont sélectionné ceux qu’ils croient être les plus pourvus : Abdallahi Ould Soueid’Ahmed, Ahmed Ould Ghnahalla, Moulaye Ahmed Ould Hasni, Pr Ba Mohamed Lemine, Dr Manthita Tandia, Memed Ould Ahmed et Mohamedhen Ould Bagga.
Aucun de ceux-là n’était connu du grand public, du moins pas pour ses précédents politiques compromettants. La principale critique émise au lendemain de leur nomination était surtout liée à l’âge et à la capacité de mettre en œuvre le processus électoral bloqué à l’époque.
On sait, tout le monde sait, que ces hommes et femme peuvent se tenir à égale distance des protagonistes politiques. Tout le monde sait qu’aucun d’eux ne peut faire l’objet d’une suspicion quant à la recherche de l’intérêt national et au sens de l’équité. Ils peuvent faire des erreurs, des mauvais choix. Ils ont peut-être fait de mauvais choix, certainement des erreurs. Mais ce n’est pas pour cela qu’il va falloir les disqualifier avant de les voir diriger le match tant attendu.
J’ai lu et entendu une grande adversité vis-à-vis de Ould Soueid’Ahmed et de ses compagnons. Elles ne sont tout simplement pas justes et relèvent de l’acharnement. Le niveau du langage, le contenu des critiques, l’absence de propositions alternatives, le manque de volonté de pousser vers une meilleure attitude, de meilleurs procédés… tout cela indique les véritables desseins.
D’une part, des partis qui préparent l’opinion à leurs résultats qui seront le reflet de l’appréciation publique de leurs actions. D’autre part, cette propension, devenue sport national, à toujours noircir le tableau. Comme si la réalité ne suffisait pas et comme si tous ne sont pas responsables de cette situation qu’ils prétendent décrier.

Quelqu’un que j’aime beaucoup me rappelait récemment ce que Gandhi avait dit : «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde» ! Chacun de nous doit faire sienne cette sagesse.

samedi 26 octobre 2013

Sur la ligne de départ

A la date limite fixée par la CENI, 440 listes candidates aux législatives dont le premier tour est prévu le 23 novembre, ont été déposées par une soixantaine de partis et coalitions de partis (environ 58 partis participent à ces élections). 428 listes appartiennent à des partis et 12 à des coalitions.
58 listes ont été déposées pour la liste nationale qui comprend 20 sièges, 29 listes de femmes ont été déposées pour la liste nationale réservée aux femmes. Les deux listes nationales font partie du lot soumis à la proportionnelle. Ce qui complique la tâche aux grands partis et ouvre les portes aux plus faibles.
Sur le plan régional, Nouakchott arrive naturellement en tête avec 43 listes déposées pour 11 sièges à pourvoir (proportionnelle). Le Hodh Echergui avec 42 listes, le Hodh el Gharby avec 29 listes, l’Assaba avec 32 listes, 33 listes au Gorgol, 34 au Brakna, 33 au Trarza, 16 en Adrar, 30 à Nouadhibou, 12 au Tagant, 24 au Guidimakha, 18 au Tiris Zemmour et 7 en Inchiri.
La ville où il y a le plus de protagonistes est Kiffa où 17 listes ont été déposées. Ici la proportionnelle va jouer. Alors que pour les municipales, 9 listes sont inscrites et deux d’entre elles seulement devront aller au second tour pour se départager définitivement.
A Tamchekett (Hodh el Gharby), Chinguitty (Adrar), Wadane (Adrar), Tichitt (Tagant) et Bir Mogreyn (Tiris Zemmour), 2 listes seulement se font la concurrence. Ce qui ne veut pas dire que la course n’est pas aussi passionnée qu’ailleurs. Le duel qui devra être le plus suivi est celui qui va opposer Dr Louleid Ould Wedad, député depuis toujours de Wadane et candidat d’El Wiam au jeune candidat de l’Union pour la République (UPR), Sidi Baba Ould Lahah. Tout les oppose : les ancrages politiques qui font que l’un appartient au vieil Appareil de l’avant août 2005 et l’autre à l’après ; le conflit générationnel, l’un appartient à la classe politique traditionnelle, l’autre se propose comme relève… en plus de tous les autres protagonismes que les observateurs ne manqueront pas de trouver et qui animeront la campagne dans un bled perdu, abandonné depuis sa mise en quarantaine par le Quai d’Orsay (Wadane est au centre de la fameuse Zone rouge).
Les listes ont encore jusqu’au mardi 29 octobre à minuit pour faire les réaménagements nécessaires et pour compléter leurs dossiers. Rappelons que de quelques candidats, notamment UPR, ont retiré leurs candidats, certains d’entre eux préférant aller sous d’autres couleurs. C’est le cas de deux des candidats UPR de Kobenni qui ont finalement été cooptés par El Wiam : Fatma Mint Eli Mahmoud, activiste dans l’humanitaire, et Babah Ould Ahmed Babou, député sortant. Tous deux sont fortement soutenu par Mohamedou Ould Cheikh Hamahoullah, le Chérif de Nioro qui entend régler ses comptes avec ses adversaires politiques dans la région pendant ces élections, d’où l’importance des enjeux.

Rappelons que les listes municipales ont été définitivement validées par la CENI. Douze partis ont dépassé le cap des 20 candidatures : UPR (218 listes), Tawaçoul (155 listes), APP (150 listes), El Wiam (103 listes), Sursaut de la Jeunesse (95 listes), UDP (38 listes), Sawab (38 listes), Vadila (35 listes), RD (29 listes), Ravah (26 listes), PUD (24 listes) et PRDR (22 listes).

vendredi 25 octobre 2013

Une soirée Maalouma

D’abord l’ârdine, avec un flux intense, sans agressivité cependant, sans violence aussi… juste une série de sonorités qui vous transpercent… doucement… pas lentement, mais doucement… qui vous transportent… La voix de Maalouma arrive pour vous baigner dans l’univers du plus romantique des poètes amoureux de l’espace Bidhâne, M’hammad Wul Ahmed Youra, le génie de tous les temps de cet espace…
«shmeshâna wu shga’adna/âana wunta hawn uhadna
yal ‘agl ‘la daar Inzdna/giblit sâhil wâd Hnayna…»
Pendant qu’on s’oublie dans la méditation de ce dialogue que le poète entreprend avec son âme ingrate parce que voulant quitter ces lieux sans se donner le temps de pleurer le bonheur ici vécu, sans se souvenir pour rendre aux lieux quelques bribes du bonheur d’antan, en signe de reconnaissance…
…«mâ vit âna wunta lathnayn/viddâr g’adna wu bkayna
wu tmathnayna viddâr ilayn/min haq iddâr tnajayna»
Comme pour venir en écho au poète Lamartine qui, lui, interpellait le temps qui passe :
«Eternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?» (Le Lac)
On est perdu dans la comparaison des approches dans l’expression du bonheur perdu… en pensant que M’hammad a voulu faire de ce temps (qui n’est pas perdu pour lui), un espace qu’il vénère et pour lequel il exprime une profonde gratitude… Lamartine qui s’en prend à «ceux» qu’il croit responsables du vol de son bonheur…
Et dans tout ça, la voix douce et mélancolique de Maalouma… On suffoque sous l’emprise de la complainte quand, soudain sortent les sonorités de la tidinît de Mokhtar Wul Meydah, le père de Maalouma… Il joue sa célèbre partition «Gwoyridh»… «dent-daan-denna-det-denadenadenna-den…»
Une voix unique en son genre. Un jeu unique d’une tidinît unique… On plonge dans le passé… au sens de l’ancrage, du retour aux sources, de l’immersion dans l’Originel, de la restauration de l’Authentique, de la reprise du chemin perdu, celui de la création et de l’innovation…
Retour à Maalouma, à l’ârdîne et à la poésie de M’hammad… le moment de flottement qui devrait se comparer avec celui de l’ivresse… qui met les sens aux aguets… tous les sens… quand arrivent les voix d’un chœur chantant un rap des plus modernes… avec des mots qui célèbrent la vie et qui donnent espoir…
Silence. Méditations. On est encore sous les effets de cette magie qui associe ancien, moderne et postmoderne dans une harmonie parfaite…
«Gwoyridh» est un élément d’un ensemble, celui du nouvel album de Maalouma Mint el Meydah et qui porte le nom évocateur de «Knou», ce rythme si apprécié par les connaisseurs de la musique traditionnelle qu’ils ont souhaité l’entendre joué dans tous les modes. Certains le jouent dans le Vaghu de la Jamba el Kahla (la Voie noire), dans le K-hâl de la Jamba el baydha (Voie blanche), d’autres ont créé «knou el vayiz» dans le Sayni-karr… chacun y allant de ses petites variations pour célébrer ce rythme destiné à faire danser les plus belles femmes présentes. Car pour danser Knou, il faut répondre à un minimum de conditions physiques qui sont pour le rythme, déjà fantastique, une sorte d’ornements supplémentaires…
J’ai, comme Maalouma, le souvenir de la première femme, épouse d’un fonctionnaire affecté au milieu des années 60 à Mederdra, qui dansait le Knou dans cet environnement-là. Je la vois encore envoûter le public qui n’avait pas l’habitude de voir les femmes danser debout… Je crois que ce sont bien les prestations de cette femme-là qui ont causé une nette évolution dans le milieu de l’Iguidi, libérant notamment les femmes des appréhensions qui pesaient pour les empêcher d’occuper la scène de la danse. Comme quoi…
L’album de Maalouma sort en début d’année 2014. Il fera date parce qu’il va signer l’arrivée à maturité d’un style, celui de Maalouma. Un style devenu école malgré les hostilités des premières heures.

Quand l’école initiée par Maalouma mûrit, elle revient fatalement aux premières sources de ses inspirations : son père Mokhtar, sa tante Nîla Mint el Boubâne, ses premiers amours musicaux occidentaux et arabes… En somme, un ancrage dans la Tradition résolument ouvert à la Modernité. Qui dit mieux ? (qui fait surtout mieux ?)

jeudi 24 octobre 2013

La tribu dans tous ses états

A peine les choix de l’Union pour la République (UPR) annoncés, que les mécontentements se sont exprimés. C’était attendu. Mais ce qui l’était moins, c’est le cadre dans lequel cette expression s’est faite : à travers la tribu.
Au Hodh, en Assaba, au Trarza, des communiqués ont été publiés au nom de tribus mécontentes du choix fait par l’UPR. C’est ce qui choque.
Jamais des choix n’ont suscité autant de désapprobation «tribale». Allant jusqu’à amener à dénoncer des éléments de la tribu cooptés par le parti qu’on dit «au pouvoir». Jamais justement l’expression tribale et sectaire n’a été aussi forte en Mauritanie. Quelques raisons à cela.
D’abord la perte des repères «traditionnels» parmi lesquels ceux dits «idéologiques». Qui est qui aujourd’hui ? qui est de gauche ? qui est de droite ? qui est du centre ? qui est conservateur ? qui est progressiste ? qui est islamiste ? qui est laïc ? La laïcité existe-t-elle ici et sous quels aspects ? suffit-il de revendiquer un référentiel religieux pour être islamiste ? ou de ne pas le faire franchement pour ne pas l’être ?
Il y a aussi les repères «physiques» autour desquels s’articulaient les enjeux politiques locaux et nationaux. D’abord les intermédiaires qualifiés parfois de «grands électeurs» : notables et dignitaires de régimes qui ont toujours servi d’encadreurs de masses. Le pouvoir de Ould Aziz a, dès son avènement, déclaré la guerre à l’intermédiation et aux professionnels en la matière. Décapitant «l’industrie politique» et mettant fin au racolage en la matière. Sans asseoir quelque chose à la place. C’est ce qui explique que la scène semble aujourd’hui un peu perdue, et même chaotique par moments et dans certains microcosmes.
Troisième raison et non des moindres, l’absence d’alternative autre que l’instinct grégaire qui nous réunifie autour de ce que nous avons été et non de ce que nous aurions voulu être. Il est toujours plus facile pour les formations politiques de jouer sur les fibres sectaires et primitives que de concevoir et de travailler pour un projet moderniste et citoyen. Surtout qu’avec la désaffection des populations, le refus de ces formations de prendre leurs responsabilités et leur incapacité à faire face aux défis, les partis politiques n’ont pas pu dépasser le stade de la gestation «démocratique». Leurs choix de boycott en 1992 et plus tard ont eu l’effet d’une IGV pour la démocratie naissante. Du coup, la scène politique n’est jamais arrivée à maturation.
Il est plus simple alors de rester dans les schémas traditionnels qui imposent à l’individu la sujétion au groupe restreint. C’est finalement aux autorités de réagir fortement et rapidement.
Toute expression franchement tribaliste, ethnique et/ou régionaliste publique doit être sanctionnée dans l’immédiat. Aucune faiblesse ne doit être acceptée par les autorités. Les élections concernent les partis et non l’administration publique. Toute protestation doit viser les partis et non les structures de l’Etat…
On pourra m’opposer que l’Etat lui-même et ses représentants doivent se faire respecter. C’est vrai, d’autant plus que ces élections occasionnent des manquements graves. Quand on sait que les arbitrages sur la loi des finances ont été suspendus parce que les administrations n’ont pas le temps, on est en droit de s’inquiéter. Cette loi des finances doit être soumise au Parlement la première semaine de novembre pour permettre aux dépenses de l’Etat d’être ordonnées et d’être exécutées. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, rien n’a été fait du travail préalable. A cause de la politique et des élections…

Le «shut down mauritanien» menace le pays qui se déchire entre soutiens et protagonistes de groupes tribaux qui n’entendent rien céder de ce qu’ils croient être une suprématie et qui n’est qu’un sentiment factice d’auto-consécration. L’Histoire nous apprend que tout ce que nous savons de nous-mêmes est juste ce que nous voulons savoir, ce que nous avons construit par nous-mêmes et sur le tard. Rien qui puisse justifier la déconstruction de l’Entité nationale.

mercredi 23 octobre 2013

Cri du cœur

J’ai reçu ce papier que j’ai voulu partager avec vous en signalant que l’auteur est une figure emblématique du mouvement national démocratique (MND), d’où l’intérêt de ce qui ressemble plus à un cri de cœur qu’à un exercice froid d’analyse. A vous d’en juger :
«Je ne pouvais imaginer qu’un jour, certains parmi nous ne croiront plus à la démocratie et  n’en voudront pas, nous qui avions abandonné les idées nationalistes chauvines à la fin des années 60 pour adopter la pensée démocratique, ou plus exactement «la démocratie populaire».
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera parmi nous des gens qui n’écouteront pas et qui ne se plieront  pas à la voix des masses populaires, de la base, celles-là même qui permettent de réaliser les objectifs tactiques et stratégiques que nous avons fait nôtres.
Je ne pouvais imaginer qu’alors que nous avons acquis un espace démocratique dans lequel nous nous sommes engagés par la persévérance, le combat et les sacrifices des années 90, il se trouvera parmi nous des personnes qui défendront aujourd’hui le défaitisme et la fuite en avant, sans motif stratégique autre que celui de la peur de participer franchement au jeu politique sur une scène où seul l’engagement peut faire avancer les choses.
Je ne pouvais imaginer un instant qu’il se trouvera parmi nous certains qui travailleront à nous faire taire, à nous empêcher de faire entendre notre discours politique, à nous priver d’exploiter toutes les tribunes pour faire entendre notre voix. faire connaitre nos idées et notre projet de société, produits d’un long parcours et motifs d’une  grande fierté.
N’avons-nous pas fait le choix stratégique de ne renoncer à aucune des tribunes offertes (ou conquises) pour faire passer notre message? N’est-ce pas  pour cela que nous avions participé aux organisations de masses du Parti du Peuple Mauritanien (PPM), puis après à toutes les organisations réactionnaires à pensée unique ?
Nous avions à chaque fois choisi délibérément d’occuper les espaces existants.
Nous avions par exemple participé à la conception et à la rédaction du journal «Gounguel Soukabé» qui était l’organe de la jeunesse du PPM à Kaédi. Cela nous avait permis de publier de belles réflexions qui versaient toutes dans notre vision de la société. Une vision souvent en contradiction avec la pensée dominante : souvenez-vous des articles contre la guerre du Sahara qui, à nos yeux, menaçait gravement les «réformes» entreprises à l’époque (pas besoin de rappeler que l’Histoire devait nous donner raison).
Nous avions aussi intégré activement l’Union des travailleurs de Mauritanie, syndicat affilié au PPM. Puis nous avions été actifs dans le «Volontariat national» des années 80, avant d’aller dans les Structures d’éducations des masses (SEM).
Nous soutiendrons plus tard la liste dirigée par Messaoud Ould Boulkheir aux municipales de 90 à Nouakchott, avant d’aller à toutes les élections proposées par le régime d’alors.
A ce moment-là, les cartes d’identité étaient confectionnées sur des cartons volants, les fonds de verre servant à imiter les cachets. A ce moment-là aussi, pas moyen de contrôler le travail d’une administration complètement inféodée.
Nous avons arraché au pouvoir de Ould Taya, grâce à notre persévérance dans la lutte par le dialogue, l’établissement d’une carte nationale infalsifiable. Nous avons aussi enlevé aux dictateurs successifs maintes concessions qui nous ont permis de conquérir 6 Mairies dont deux centrales (Boghé et Barkéwol) et 3 députés qui comptent aujourd’hui parmi les meilleurs et les plus représentatifs de la ligne populaire. Ce qui leur est reconnu unanimement, y compris par leurs adversaires les plus radicaux. Les députés Kadiata Malick Diallo et Moustapha Bedredine se distinguaient par la maitrise des sujets traités, par la capacité à faire parvenir les critiques et les plaintes des couches défavorisées. Toutes ces organisations et ces élections là n’étaient-elles pas fondamentalement unilatérales et falsifiées ?
Toutes ces élections, toutes ces conquêtes ont été possibles grâce à notre forte détermination d’exploiter tous les espaces ouverts dans un environnement ou l’unilatéralisme des dirigeants a toujours été de mise.
Nous avons défié l’unilatéralité, la fraude et la manipulation parce que ce n’est pas la régularité de ces élections qui nous amenait à y participer, mais la prise en compte de leur légalité comme cadre nous permettant de faire parvenir notre discours, notre message à la plus grande frange de notre peuple qui reste la source de notre inspiration et dont le bien-être est l’objectif de notre action…
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera un jour parmi nous des compagnons qui oseront sacrifier tous ces acquis et tous ces militants qui ont permis de réaliser ce parcours, pour… pour… pourquoi en fait ?
Je ne pouvais imaginer qu’un jour, il se trouvera parmi nous quelqu’un qui chercherait une opinion publique – encore à créer en Mauritanie – au risque d’ignorer et de mépriser cette opinion publique que constituent les militants de notre parti, ceux-là qui ont, bon an mal an, accompagné et soutenu notre combat, ceux qui ne cherchent que la réalisation d’objectifs communs, d’objectifs nobles et qui ne sont mus que par la foi en des principes hautement valeureux.
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera un jour parmi nous des personnes qui, après avoir défendu la participation à l’élection, contestable du reste et unilatérale par excellence, de 2009, appellent au boycott d’élections locales où les candidats restent quand même des ressortissants des communes concernées dont les habitants ne veulent que les plus représentatifs et les plus probes de leurs enfants comme représentants, nonobstant l’unilatéralisme du processus électoral.
La démocratie n’est-elle pas fondée sur le principe de la participation à tous les aspects de la vie politique ? Pour ce qui est des garanties, comme il est de tradition chez nous, c’est à nous de les donner à nos militants à travers leur mobilisation en vue de dénoncer toutes les infractions et de les faire échouer. Personne en fait, ne peut nous donner ce que nous voulons, parce que nous, nous l’arrachons, comme par le passé. Et puis, n’y a-t-il pas encore des gens qui savent distinguer entre les enjeux locaux et ceux qui relèvent du niveau national ?... Sommes-nous allés aussi loin dans les erreurs de jugement ?
Dommage.
Je ne pouvais imaginer non plus qu’il se trouvera parmi nous des gens qui ignoreront que l’exercice politique découle d’une analyse froide de la réalité qu’on voudra changer vers le meilleur.
Ne disions-nous pas : «prends de ta main gauche ce qu’on te donne et tends la main droite pour avoir plus» ? Moteur d’une lutte continue que cette affirmation…
Mais… mais… tout ce que je ne pouvais imaginer est arrivé.
 Il s’agit aujourd’hui d’une situation née quand la vénérable direction de mon Parti a choisi de ne pas répondre aux attentes des masses militantes qui ne demandaient que la cohérence dans les positions par rapport à l’histoire commune.
Quand cette direction a d’abord choisi de ne pas choisir, de tanguer entre «la participation» et «le boycott», avant de se résoudre à exiger le retrait des listes déposées en son nom par des militants convaincus de la nécessité pour eux de participer, d’occuper le terrain, de faire entendre leurs voix en vue de refuser le diktat et l’arnaque politique.
…Qu’Allah préserve l’Union des forces du progrès, qu’Il lui rendre ses masses militantes et tous ceux qui ont décidé – ou vont décider - de le quitter…
Nous n’avons jamais été adeptes de la démission devant les défis…
Je ne m’imaginais pas qu’il se trouverait parmi nous des démissionnaires au premier écueil. Une expérience de plus de cinquante ans nous a aguerris. Assez pour nous amener, le cas échéant, à reconnaitre nos erreurs et à travailler pour les corriger. Pour éviter le pire.» 

Aynina Ould Ahmed El Hadi

-Membre fondateur du Mouvement national démocratique (MND)
- Signataire et co-fondateur du Groupe des 25 revendiquant la démocratisation en 1991
- Membre fondateur de l’Union des Forces Démocratiques (UFD)

- Militant de l’UFP