samedi 21 septembre 2013

Le prêche en plein air

C’est une émission de la chaîne Mourabitoune qui propose, presque chaque jour, une tranche qui consiste à suivre un prédicateur qui s’appelle Ould Abdel Melik. Il s’agit d’un Imam découvert sur la chaîne Sahel à tous ses débuts. A l’époque il proposait une veillée ramadanesque sur le toit d’une maison. Très chaleureux, l’homme maitrise la diction du Coran et sait parler au commun du mortel. Un vrai prédicateur, relativement moderne dans ses propos, il évite d’être sectaire dans ses développements. D’ailleurs avec Mourabitoune, son émission est devenue un prêche à l’air libre.
On le voit déambuler dans les rues des quartiers pauvres, interpeller les passants pour en faire un auditoire et leur parler de la Morale islamique. Et comme il voit que parmi son auditoire il se trouve des non Hassanophones, il parle Pulhar, probablement la seule langue nationale qu’il connait. A coup de sermons sur le vol, sur ce que doit être le comportement du «bon musulman», notre prédicateur enchaine les manifestations, de groupe en groupe, faisant la Morale à tous.
En principe, il n’y a rien à dire. C’est même utile en ces temps de «décadence morale», des temps où l’on exagère parfois les manifestations de la criminalité, où l’on dénonce dans les prêches de vendredis ce qu’on croit être la déperdition morale, en ces temps où «le monde semble donner les signes de sa fin», une telle entre prise ne peut pas être l’objet de critique. Seulement…
Ce n’est pas dans les quartiers populaires que nous avons le plus besoin de «moralisation», de rappel à l’ordre moral. C’est plus à Tevraq Zeina où sévissent encore les prédateurs qui ont pillé le pays, appauvrissant une partie de sa population, à Tevraq Zeina, véritable havre de la déperdition, là où l’on trouve les voleurs les plus dangereux pour la communauté, les plus grands menteurs, les alcooliques, là où se pratique l’adultère à ciel ouvert… C’est ici que les prédicateurs du genre de Ould Abdel Melik doivent être dirigés.
Je le dis parce que je trouve que les prêches, tous les prêches que j’ai déjà entendus, sont toujours plus violents, plus rigoureux, plus déterminés quand ils sont faits en milieux pauvres. Alors que dans les mosquées des quartiers aisés, ces prêches sont plus souples, plus modérés, plus généraux… Là-bas on a affaire à des esprits qu’on croit plus fragile et qui sont donc susceptible d’être emballés dans la bataille politique qui s’annonce, ici on est en face à ce que la société compte de gens qui sont supposés «intelligents» et «critiques». L’on sent alors que le prêche fait partie d’une entreprise d’embrigadement et qu’il n’est pas forcément une attitude positive visant à donner quelques enseignements utiles et à redresser des torts. 

vendredi 20 septembre 2013

Elawa où es-tu ?

Les Bidhânes considèrent qu’il existe cinq saisons. Trois «majeures» qui sont «Likhriiv», «Shta» et «Eçayf». La première correspond à l’hivernage, la saison des pluies. La seconde correspond à l’hiver, la saison froide. La dernière à la saison sèche, c’est naturellement la plus redoutée parce qu’elle correspond à la saison des «vaches maigres», de la disette et de la tristesse.
Le passage de Likhriiv à Shta s’annonce par Elawa qui correspond à une sorte d’automne dans le désert. Le vent sec et chaud assèche les marigots et fait jaunir l’herbe. Conséquences heureuses : reflux des moustiques, atténuation des fortes chaleurs par la douceur des nuits, retour aussi «au calme» parce que la période ne sied pas aux grands déplacements chez le monde nomade. Elle correspond plutôt à une saison de semi-sédentarité dont l’homme profite pour manger de la bonne viande, boire du bon lait et se reposer le temps d’accueillir le froid souvent insupportable pour lui.
Plus triste et moins inspirante est la transition entre Shta et Eçayf, le Tiviski local. Nacy Abeiderrahmane, la créatrice de la première industrie de lait chez nous était (très) bien inspirée d’appeler comme cela son entreprise. Une manière d’entretenir un patrimoine qui disparait. Qui a aujourd’hui besoin de savoir dans quelle saison nous baignons ?
C’est justement dans le souci de rappeler la conception traditionnelle des Bidhâne que je vous en parle.
Au début était le calendrier berbère qui a fini par se confondre avec le calendrier julien. Nos ancêtres avaient une année de 12 mois, de 365 jours au total répartis comme suit : Ianuaris (Yunaayir) avec ses 31 jours, Februarius (Vabrayir) avec 29 jours, Martius (Maaris) avec 31 jours, Aprilis (Ibriil) avec 30 jour, Maïus (Maayo) avec 31 jours, Iunius (Yuuniya) avec 30 jours, Quintilis (Yuuliya) avec 31 jours, Sextilis (Ghisht) avec 30 jours, September (Shutambar) avec 31 jours, October (Aktawbar) avec 30 jours, November (Nuwamber) avec 31 jours et December (Dujambar) avec 30 jours. Le calendrier qualifié ici de «shamsi» (solaire) et qui n’est qu’une survivance d’un passé lointain.
L’adoption du calendrier musulman (ou hégirien, de l’Hégire) n’a pas changé la profonde perception du temps chez nous. Pour tout ce qui touche aux changements naturels de notre environnement, nous avons continué à user du calendrier julien. Pour avoir aujourd’hui la date dans ce calendrier, il suffit de retrancher 13 jours au calendrier usuel, celui que nous avons adopté avec la colonisation probablement. C’est ainsi que nous sommes aujourd’hui le 7 septembre 2013 (2963 dans le calendrier berbère).
Or Elawa commence le 3 septembre. Normalement, nous devons déjà sentir des rafales de «Yajuura», ce vent chaud qui rappelle quelque peu la chaleur des harmattans tout en restant d’une certaine douceur. Les pluies devaient s’arrêter, avec cependant quelques trombes brusques et éparses. Cette transition climatique dure 40 jours selon l’acception des Bidhâne. C’est vers la fin de ces quarante jours, que les campements se rapprochent les uns des autres, que les wangalas (festins en communauté et avec chacun son tour) ont lieu, c’est la période des grands méchouis, des grandes amours… sans doute la période la plus heureuse de l’année.
Erebâne Wul Amar Wul Maham, l’un des Génies de la poésie locale chantait cette période de l’année en ces termes :
«kelhamd illi manzal la’laab
dahru vaat u gafaat is haab
likhriiv u taavi ‘aad ish haab
il harr u varqet yaajoura
u vraq baass ilkhayl illarkaab
ilmin ha kaanit ma’dhuura
u khlat bard ellayl u lemdhal
waryaah issehwa mahruura
u khlat zaad igiliiw u dhal
ilkhayma hiya waamur»
(Les grandes dunes ne sont plus occupées,
ce temps-là est passé, bonheur !
le temps des pluies hivernales s’éloigne,
les fortes chaleurs/ont baissé, bonheur !
comme le souffle de l’harmattan
qui empêchait de monter les chevaux,
-prétexte pour les mauvais cavaliers, ha !
et se sont accordées la fraîcheur de nuit et la fraîcheur de jour,/
le vent du nord ouest a soufflé,
 s’est fondu dans l’air encore humide des marigots asséchés,
dans l’ombre des tentes et celle des acacias)

NB : Traduit avec le concours de Mick Gewinner 

jeudi 19 septembre 2013

Les défis pour IBK

Le faste pour l’investiture du nouveau président Ibrahim Boubacar Keita. De nombreux invités dont les Présidents français et tchadien qui ont le plus donné pour la libération du Nord du Mali dans le cadre de l’opération Serval. Il y avait là aussi le Roi Mohammad VI du Maroc qui venait renouer de vieilles relations entre les deux pays juste au lendemain d’un geste royal vis-à-vis de l’Afrique : la régularisation des clandestins africains se trouvant sur le sol marocain.
Des absences quand même dont les plus remarquées sont celle du Président sénégalais et celle du mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz qui a eu quand même droit aux remerciements du nouveau Président malien. Pour le rôle joué dans la stabilité et la réunification du Mali. Mais les phrases «cordiales» du Président IBK ne suffisent pas à renseigner sur les réelles intentions de l’homme vis-à-vis des pays voisins notamment de la Mauritanie. Sa première sortie, bien avant son investiture, il l’avait réservée au Tchad, à la Côte d’Ivoire, au Burkina…, en somme quelques-uns des pays qui ont participé effectivement à l’opération Serval dirigée par les Français et destinée à faire recouvrir au Mali sa souveraineté sur son Nord. Alors que l’un des défis majeurs qu’il doit relever en ce début de mandat, c’est bien la normalisation des relations avec les pays voisins, notamment ceux dits «du champ» (Mauritanie, Algérie et Niger). Ce sont ces pays qui ont le plus souffert de l’indulgence des autorités maliennes vis-à-vis des groupes terroristes et des narcotrafiquants qui ont fini par faire main basse sur le Septentrional malien. «Indulgence», parfois «complicité» quand on sait que toutes les opérations entreprises contre ces groupes ont été ventilées à partir du commandement malien vers les cibles visées. C’est ce qui explique l’échec de l’opération lancée en commun sur la forêt de Wagadu en février 2011. C’est une page qu’il faut tourner et définitivement.
D’abord en renforçant le dispositif militaire malien : ce ne sont pas les forces étrangères, d’ailleurs déjà mécontentes de leur situation, qui vont pacifier le Mali, mais seulement les fils du pays. Si l’on prête à IBK quelque vénération pour le fondateur de l’Empire du Mali, Soundjiata Keita, il faut qu’il se comporte et au plus vite en conquérant. Ni les Français, en phase d’ailleurs de retrait, ni les Tchadiens, encore moins les autres unités de la MINUSMA qui manque déjà de moyens, ne sont capables d’assurer un stabilisation définitive de cette partie du Mali. Les groupes armés sont terrés dans les environs de Gao, de Menaka, de Tessalit, dans les massifs de montagneux des Ifoghas, dans le désert de l’Azawad. S’ils ont perdu quelques-uns de leurs chefs emblématiques – Abu Zeyd, Abdallah Echninguitty…-, les plus rusés et les plus dangereux parmi leurs leaders sont encore vivants. Où sont Belmokhtar, Iyad Ag Ghaly, Hammada Ould Mohamed Khairou, Abul Hammam… ? Où sont passés tous ces chefs ?
On peut penser un moment qu’ils ont rejoint les théâtres de Libye ou de Tunisie pour les Maghrébins d’entre eux, mais l’élément soudanais (africain) est resté, attendant le moment propice pour recommencer à harceler les forces de maintien de la paix qui, entre temps, donneront, par leur comportement l’argument de se faire traiter en «forces d’occupation». Les attaques menées contre les regroupements des combattants MNLA ne sont que les prémisses d’une guerre dont les objectifs sont mal définis. C’est contre les Jihadistes et les narcotrafiquants que tous les efforts doivent être retournés. L’ennemi principal est celui-là. D’autant plus que la tension née de ces échauffourées complique le retour des populations déplacées pendant la guerre.
Première leçon : la guerre n’est pas finie et seuls les Maliens peuvent la mener jusqu’à terme. Sinon nous aurons encore et encore l’insécurité et donc l’instabilité dans toute la région. Les rafistolages, avec notamment les accords signés ici et là, n’y feront rien à part retarder les échéances. Le Mali doit se prendre en charge avant de faire appel à ses frères et amis.
Un pays en crise se devait de rompre avec les méthodes du passé et les hommes du passé. Quand on fait la radioscopie du gouvernement choisi, on est frappé par la présence d’anciens responsables dans les formations ATT et Alpha Oumar Konaré, l’ancien chef d’Etat qui s’est contenté de regarder les choses arriver. L’un des grands problèmes du Mali, c’est la gestion des affaires sous ATT qui a eu la prouesse de mouiller tout le monde en concoctant des gouvernements d’union nationale, procédé qui a fini par tuer l’opposition qui ne pouvait plus se proposer en alternative au pouvoir.
Autre défi lié à la stabilisation, c’est la réforme de l’Armée. Avec quel matériau, quels officiers et quelle logique ? Il va falloir rendre à l’Armée malienne sa confiance, faire oublier les massacres perpétrés par quelques-unes de ses unités (comme celle de Diabali qui a assassiné froidement treize prédicateurs mauritaniens en septembre 2012), effacer les images de débâcle devant quelques poignées de rebelles des esprits et l’empêcher de se comporter en milice cherchant à assouvir une quelconque vengeance. Difficile mais faisable. Sans une Armée forte du soutien des populations, il ne faut pas espérer stabiliser le Nord.
Le Président Ibrahim Boubacar Keita l’a dit : «Tout est négociable sauf l’intégrité du territoire». Pour affirmer ensuite qu’«il n’y aura ni fédéralisme, ni autonomie, et encore moins de débat sur une quelconque indépendance d’un centimètre carré du pays». Et de promettre que «plus jamais ça».

Aux populations maliennes qui ont tant souffert. Aux pays voisins qui ont eu à subir les dommages collatéraux d’une situation d’insécurité au Mali. A tous, IBK a promis : «Plus jamais ça». Qui vivra verra…

mercredi 18 septembre 2013

Chambardement, remaniement, recentrage…

Tous les mots sont à chercher pour trouver l’expression qu’il faut pour résumer la décision du Président de la République de limoger cinq de ses ministres et de promouvoir quelques-uns d’autres.
Ce remaniement arrive à un moment où l’attention générale est captée par les conciliabules autour de la participation aux prochaines élections législatives et municipales. La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) prenant tout son temps pour annoncer sa décision de boycotter ou de participer. La presse parlant de plus en plus de report de l’échéance, de dialogue entre la COD et le Pouvoir, de constitution de gouvernement d’union nationale, d’ouverture de la CENI, de mise en place d’un Observatoire des élections… chacun y allant de sa lecture des évènements qui n’ont parfois pas eu lieu.
Première lecture donc : pas de gouvernement d’union, ni de gouvernement élargi. Est-ce qu’il faut en conclure qu’il n’y aura pas de report des élections ? certainement quand on sait que tout report risque de compromettre leur tenue en 2013, alors qu’en 2014 nous avons déjà l’élection présidentielle et on ne voit pas les acteurs politiques accepter de coupler les deux élections.
Le remaniement arrive à un moment où la situation de l’assainissement de la ville de Nouakchott est décriée par tous. C’est, aux yeux de certains ce qui explique le limogeage de Mohamed Lemine Ould Abboye du poste de ministre de l’hydraulique et de l’assainissement. Le ministre des pêches aurait été limogé pour ses contreperformances dans le dossier de l’Accord de pêche UE-Mauritanie. Aghdhavna Ould Eyih serait allé parfois contre la position des négociateurs mauritaniens, offrant aux Européens des arguments pour asseoir leur position. Le ministre de la Justice paierait pour les dernières mesures mal mises en œuvre (libérations sous cautions de détenus ayant été arrêtés en dehors des règles définies par la loi), mais aussi pour ses interférences avérées dans le cours de la Justice, ses conflits avec les Magistrats et les avocats, son incapacité à impulser la réforme tant attendue, son népotisme… Pour descendre un ministre, les raisons ne manqueront pas. Mais pour en choisir ?
En terme de valeur intrinsèque – cursus, stature, expérience, compétence – on peut dire que le gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf a largement gagné : les entrants sont beaucoup plus outillés que les sortants. Si l’on excepte au ministère du Pétrole et de l’énergie où Taleb Ould Abdi Val a été plutôt un excellent manager alliant compétence et modernité. Son remplaçant, Mohamed Ould Khouna vient du département de la formation et des nouvelles technologies. On ne peut pas dire qu’il a brillé là où il était, se contentant plutôt de gérer un département qui devait pourtant être la locomotive de la modernisation de l’administration et de la formation technique. Le fait d’être un ancien cadre de la SNIM aurait pu l’amener à l’hydraulique où l’on a envoyé Mohamed Salem Ould Bechir qui, lui a fait ses preuves à la SOMELEC, société qu’il a trouvée à genoux et qu’il a réussi à relever en moins de quatre ans. Son expérience dans le domaine de l’énergie pouvait servir justement au ministère du pétrole et de l’énergie. Surtout que l’un des principaux axes du développement du secteur repose sur l’exploitation des énergies renouvelables. C’est ce genre «d’erreur de casting» qui a fait qu’on a utilisé Hammadi Ould Hammadi aux affaires étrangères, à la défense au lieu de la pêche où il a fait sa carrière et secteur dans lequel il a tout appris. On se résout enfin à l’y envoyer à un moment où le secteur sombre du fait de la mauvaise mise en œuvre de la politique préconisée. Son remplaçant aux affaires étrangères, Ahmed Ould Teguedi, est un diplomate formé pour cela et ayant servi comme ambassadeur, notamment en Israël et dernièrement aux Etats-Unis. Est-ce que ce passage par Israël que certains semblent mettre en avant, est-ce qu’il a pesé dans sa nomination ? si la réponse est oui, c’est certainement un signe d’un recentrage diplomatique qui ne peut vouloir dire le retour à la normalisation avec Israël. Si la réponse est non, ce sera l’occasion de déchainement de passions feintes ou réelles pour la question. L’occasion aussi de rappeler aux détracteurs que celui qui a osé mettre fin à la relation avec Israël, c’est bien le Président actuel, pas son prédécesseur qui avait pourtant bénéficié de la complicité de la plupart de ceux qui contestent aujourd’hui.
La grande inconnue du remaniement est cette Fatima Habib qui est titulaire d’un doctorat de gynécologie et qui reste une énigme pour tous les observateurs qui la découvrent.
Ce qu’il faut souligner quant à l’éducation, c’est non seulement le départ de Ahmed Ould Bahiya, mais la fin du «Ministère d’Etat» qui coiffait les autres secteurs de l’éducation : éducation fondamentale et secondaire. Désormais chaque ministère est autonome et Ould Bahiya est remplacé par Isselkou Ould Ahmed Izidbih qui était jusque-là Directeur de cabinet. L’ancien Recteur de l’université de Nouakchott connait très bien le secteur et y apportera la touche qui lui manquait. Tout comme le professeur Oumar Ould Maatalla qui souffrait tellement de la tutelle du ministère d’Etat, tutelle qui l’empêchait d’entreprendre les réformes qu’il faut. Aujourd’hui l’excuse a disparu.
Bâ Ousmane hérite de l’enseignement fondamental et quitte le secrétariat général du gouvernement qui revient à Malal Dia. Une permutation qui s’explique par les compétences «politiques et sociales» de Ba Ousmane qui aura à diriger un département où s’expriment toutes les sensibilités et qui a besoin plus d’un expert en «mauritanités» que d’un expert dans l’éducation.
Mohamed Ould Boilil s’en va battre campagne pour l’UPR, soit à Keur Macène où il avait été élu en 2006 député RFD, soit à Nouakchott où il pressenti candidat au poste de Président de la Communauté urbaine (CUN) pour l’UPR. Il est remplacé par quelqu’un de la maison, Mohamed Ould Ahmed Rare, plusieurs fois Wali de région, préfet de département…

L’ancien Conseiller du Premier ministre Sidi Ould Zeine est nommé à la Justice. Cadre de la BCM, grand spécialiste de l’économie mauritanienne, Ould Zeine est aussi un grand politique pour le rôle qu’il joue sur le plan national. Homme d’ouverture, il fait partie d’une élite qui a su dire non quand il le fallait, qui a dénoncé les arbitraires de 1989, 90 et 91 et qui a accompagné la démocratisation sans zèle destructeur. Homme de modernité, il pourra être, si telle est sa mission, l’homme des grandes réformes de la Justice. Un secteur qui a besoin de retrouver une quelconque dignité pour rétablir un lien de confiance avec les citoyens.

mardi 17 septembre 2013

L'art de célébrer les morts

Dans le temps, les Awlad M’Barek, cette tribu mythique de l’espace Bidhâne, avait une manière particulière de célébrer les morts : en les chantant à travers une partition qui leur est consacrée. Cela finit par ressembler à un «bet» - un poème chanté qui finit parfois par prendre le statut d’un morceau (shawr). Les oraisons ainsi confectionnées sont en général chantées dans le sous-mode de Le’seyri qui annonce la «blancheur» de Mekke (karr jamba el beydha). Pour les Hassanophones de mes lecteurs, je propose le morceau suivant :
«gafaat dhark el ‘arbiya/u khallaat vizzir ilgibli
kubr esma’ wulmezziya/vemseylit Surumolli
gafaat wubga budeyga/layaan ‘arb ettetriiga
khaalaa M’barek vidhiiga/wulwahsh ‘agbu mistakhli
wuhlaal haasi Gandeyga/ muraah tighmos viih dli
gafaat wu bga ghashwut ha/gayaam garwu jmaa’it ha
shiikh limhaaçir haybet ha/wakhyaar ha jahr u dikhli
wu tnetget daarukit ha/vi’naad Kerroum il gibli
u ‘ilb Ajaat bga baani/ulaa had luçuulu daani
wu Nwaamleyni bga vaani/wu Hsey Ganduur ittalli
wu bgaa Swayih barrani/tibraan Géru u guntilli
wu bgaat Kiiva wu tan ha/ma sayl amnaadim ‘an ha
wu Ntakaat u ma’tan ha/la ward jaahum midelli
u haadhiik Nihlaylu ‘an ha/wu bgaat Tigba u ‘Ayn ‘li»

Comme pour dire que tous ces lieux sont orphelins depuis le départ du guerrier prodigue.

lundi 16 septembre 2013

Qui trompe qui ?

Ce fut le titre de l’un des éditoriaux de La Tribune commentant l’une des visites du Président Ould Taya dans la Wilaya du Trarza. On voyait cadres et chefs traditionnels, intermédiaires sociaux et acteurs politiques locaux, fuqaha et shuyukh, figures emblématiques du communisme, du nationalisme et de l’islamisme, tributaires perdant ce statut le temps d’une visite, maîtres ayant toujours les mêmes réflexes… tout ce que la Wilaya comptait, on pourrait dire tout ce que le pays comptait quand on sait que le tout Nouakchott a fait le déplacement… bref tout le monde était là, affichant une ferveur hystérique, attendant le «toucher présidentiel», espérant une quelconque rédemption pour le temps passé à se poser des questions sur la nécessité ou non de soutenir les actions du Président et de les défendre.
Le leurre était si évident qu’on devait fatalement se poser la question : qui trompe qui ? D’une part cadres et populations qui s’émeuvent de tous les mots et des gestes du Président, qui l’écoutent religieuse et qui attendent de lui une onction qui pourrait leur garantir le bonheur ici-bas et le Paradis dans l’Au-delà.
D’autre part le Président qui donne l’impression de prendre plaisir et qui «octroie» sa bénédiction dans les formes attendues. Est-ce qu’il croit réellement à toute cette ferveur ? Ou est-ce qu’il joue le jeu ? Il se dit peut-être que ces «moutons» ne méritent que ce qui leur arrive : être obligés de faire semblant d’embrasser la main qu’on n’a pu couper. Ces gens méritent bien qu’on leur marche dessus.
Cela me rappelle une histoire que je ne lasserai jamais de répéter.
Un mangeur de tortue se promenant un jour particulièrement néfaste, tomba sur une belle tortue. Heureux de cette chance, il s’empressa de la mettre sur sa tête en la retournant. Quand une tortue se retourne, elle pisse fatalement. C’est donc sur la tête du mangeur de tortue que la tortue pisse.
Quand le mangeur de tortue a découvert sa proie, il a dit : «ah ! quelle chance ! une tortue que je vais manger». La tortue quant à elle s’est écriée quand elle fut installée sur la tête de l’homme : «ah ! quelle chance ! je vais encore pisser sur la tête d’un homme». Et chacun de faire la fête selon son désir…
Allez une autre ! Quand l’Emir tel ramenait le butin de ses expéditions contre ses ennemis, il ne savait pas quoi en faire. L’un de ses cousins qui avait jusque-là le respect qui se doit aux guerriers de son rang, lui proposa un jour : «Ecoute, Emir, je vais te proposer un marché : tu vas me confier le butin de la communauté pour le fructifier et en user comme j’entends, en contrepartie je me propose à devenir le piédestal sur lequel tu vas prendre ton bain hebdomadaire…» Quel plaisir que de se laver sur le dos d’un cousin : jamais Emir n’a eu ce privilège qui sera le signe du pouvoir absolu. Et depuis, la descendance a gardé «l’honneur» de recevoir les saletés de l’Emir en contrepartie des biens conquis ici et là par la force.
Les deux situations rappellent les pactes passés par nos intellectuels, notre élite en général avec les pouvoirs en place. Tantôt, ils sont le dépotoir pour le Sultan du moment, tantôt son urinoir…  

dimanche 15 septembre 2013

Vieille habitude

Il y a des habitudes qui sont ancrées et qui sont vieilles comme le temps. Par exemple cette tendance chez les nôtres de changer de camp et d’appréciations «quand il le faut», elle est vieille.
Il ya longtemps, très longtemps, l’un des Emirats de cet espace qui deviendra la Mauritanie, connut un vide dans l’exercice du pouvoir : la prétention d’une famille forte mais n’ayant pas la légitimité nécessaire, bloqua la succession. Chaque jour, les Shuyukhs (Sages) de la Jemaa traditionnelle se réunissaient pour trouver un consensus et légitimer cette prétention qui ne pouvait être contrée pour le moment. Mais chaque fois que la réunion commençait, le même monsieur se levait pour dire qu’il n’était «pas question de donner le pouvoir à (untel), parce qu’il n’est pas le plus indiqué : ni son statut dans la famille, ni son sens du courage, encore moins sa geste ou sa prestance… rien ne le prédispose à diriger notre communauté…»
Chaque fois que ce qui est dit est dit, une gêne clouait les présents. Puis il se trouvait toujours l’un d’eux qui proposait de lever la séance pour le lendemain.
Au quatrième jour des conciliabules – qui n’en étaient pas d’ailleurs -, la même scène arriva. Mais rentré chez lui, le candidat à la chefferie choisit l’une des plus belles juments de son écurie, les plus beaux et les plus complets de ses harnachements, un fusil et une bandoulière pleine de munitions et accompagna le tout de deux boubous, l’un blanc et l’autre bleu. Quand la «grande nuit» tomba et que personne ne bougea plus, il amena le tout devant la tente du guerrier contestataire de sa chefferie. Il le réveilla et lui dit : «c’est pour toi». Aucun mot de plus.
Le lendemain, notre homme porta les boubous offerts, enfourcha la jument et prit le fusil sur l’épaule. La Jemaa se retrouva pour discuter de la problématique de la chefferie : à qui devait-elle revenir ? Comme d’habitude, c’est le même qui prit la parole le premier : «Qui peut prétendre à nous guider en ces moments difficiles ? C’est seulement celui qui se trouve être le plus courageux d’entre nous, le plus téméraire, le plus juste, le plus noble, le plus digne, le plus prodigue, le plus craint… il n’y en n’a pas deux. Seul (untel) peut nous guider en ces temps incertains où l’on a besoin de vrais hommes…»
Quelqu’un parmi les présents réfléchissant sans doute en haut : «mais ce ne sont pas tes paroles d’hier !». et notre guerrier de répliquer : «ce ne sont pas non plus mes boubous d’hier, ni ma jument d’hier, ni mon fusil…»

Morale : le tlah-liih n’est pas d’aujourd’hui…