dimanche 21 avril 2013

Sentiments mitigés


Comme d’habitude, je me suis réveillé très tôt ce matin-là. Vendredi matin, les courses obligatoires, devenues routinières : Mosquée, boulangerie, retour à la maison. Télévision. J’apprends plusieurs nouvelles qui font naitre chez moi plusieurs sentiments. Je partage avec vous quelques-uns de ces sentiments.
Soulagement et réconfort. Les Moulin-Fournier, cette famille française enlevée au Cameroun par la secte Bokou Haram, les Jihadistes du Nigéria qui ont fait allégeance à Al Qaeda. Parmi les victimes du rapt, quatre enfants. Les images publiées par les ravisseurs pour faire pression avaient scandalisé la communauté musulmane. Parce que rien, absolument rien, ne pouvait justifier une telle barbarie. Même pas les raisons fallacieuses avancées par eux.
Après d’âpres négociations, les Français ont réussi à libérer les leurs. Un dénouement qui permettra au Président François Hollande de redresser sa notoriété, lui qui paraissait si malmené par les sondages. Mais qui ne résout rien de la problématique du terrorisme qui a fait de la France une cible privilégiée.
Le gouvernement français soutient qu’il n’a pas versé de rançon et qu’il n’a pas accédé aux doléances des terroristes ravisseurs en aucune manière. Il préfère louer la coopération avec les pays concernés (le Cameroun et le Nigeria). Le croit-on ? difficilement.
Selon toute vraisemblance, une rançon a été versée soit par un pays tiers (le Qatar ? le Burkina ? les deux pays ont des passerelles avec ces organisations), soit par la société qui emploie le père de famille. Le Cameroun aurait libéré des membres de la secte. Tandis que le Nigéria préparerait une loi d’amnistie qui en concernerait d’autres.
Révolte et déception. J’ai prié tous ces jours pour que l’attentat de Boston n’ait aucun lien avec l’Islam ou les Arabes. Finalement, la deuxième grande information du jour après la libération des otages français, est bien la cavale des deux auteurs de l’attentat. Il s’agit de deux frères d’origine tchétchène arrivés aux Etats-Unis en 2001 ou 2002, dont l’un était parfaitement intégré, obtenant la nationalité en 2012.
Le plus âgé des frères Tsarnaev s’appelle Tamerlan… un prénom de destinée parce qu’il s’agit de ce turco-mongol qui a semé la terreur dans la partie oriental de l’Empire musulman au XIVème siècle, avant de fonder une principauté autour de Samarkand. Le Tamerlan d’aujourd’hui, c’est celui qui visiblement avait de l’ascendant sur son frère cadet, Djokhar – le premier avait 26 ans, le second 19. Bons musulmans – plutôt musulmans fervents -, les deux jeunes ont été embrigadés à travers les réseaux sociaux. Ils ont bien préparé leur coup.
Aux Etats-Unis, l’incompréhension est grande. Comment des jeunes se comportant comme tous les jeunes de leur âge, peuvent-ils basculer de la sorte ? Surtout que Tamerlan avait une fille d’une citoyenne américaine qu’il avait convertie à l’Islam. Les analystes et les commentateurs semblent avoir oublié que les deux Tchétchènes transportaient avec eux leur haine de l’Occident, du libéralisme, de l’Autre en général quand ils sont venus s’installer au Massachussetts. Leurs déboires sur place n’ont fait qu’exacerber ce qui était déjà là et qui pouvait provoquer à n’importe quel moment un accès de folie meurtrière. Pas besoin d’aller loin dans les enquêtes se rapportant au cursus de chacun : la haine qu’ils avaient trimbalée en eux a été entretenue et excitée par les sites faisant l’apologie de la violence, aboutissant à ces explosions de Boston.
Surprise et honte. C’était sur I-TV, une chaine française d’information continue. Une édition spéciale consacrée à la libération de la famille Moulin-Fournier. Deux journalistes interrogent le spécialiste maison de l’Afrique et des groupes terroristes, un certain Olivier Ravanello que j’avais entendu plusieurs sur le Mali et dont les connaissances – du moins sur la région - me paraissaient très approximatives. Aujourd’hui, il s’agit de commenter cette libération d’otages…
Le «spécialiste» qui a certainement pris le temps de préparer cette «expertise» se lance dans une longue litanie où il parle de «forces kenyanes» qui seraient remontées vers le Nord «du Kenya» pour mater la «secte kenyane» qui veut imposer l’application de la Charia «à tout le Kenya». Les «relations de la France avec le Kenya», de la France «avec le Cameroun» ont permis de dénouer la situation. En quelques minutes, l’expert aura prononcé le nom du Kenya au moins six fois. Ce qui est surprenant, ce n’est pas seulement la confusion dans les propos du spécialiste, mais aussi et surtout le silence des deux journalistes qui sont en face de lui.
Cela m’a rappelé que quand il a voulu s’excuser pour ses propos sur le Président mauritanien, le député français Noël Mamère avait prétexté qu’il s’agissait d’un défaut de langage, qu’il pouvait dire «le Président de l’Algérie, du Mali, du Niger…», n’importe lequel… Comme le mépris que cette élite française affiche est sans limite. Entre le Kenya et le Nigéria, quelle différence ? Tous deux des pays africains. Olivier Ravanello, le spécialiste de la question aurait pu citer l’Ouganda, l’Egypte ou le Botswana… quelle différence ?

samedi 20 avril 2013

Ne croyez rien de ce qu’on vous dit


J’ai lu l’autre jour que le Président Messaoud Ould Boulkheir a rencontré – une fois «a téléphoné», une fois «a rencontré» - le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Que les deux hommes ont discuté de l’initiative du président de l’Assemblée nationale qui venait d’être acceptée – toujours selon ce que j’ai lu – par la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Déduction : on est sur le point d’aboutir à un accord politique qui ferait dépasser à la Mauritanie la situation actuelle.
J’ai lu aussi – il y a quelques jours – que la CENI a décidé de fixer le 1er octobre comme jour d’élections (premier tour). Ceux qui ont lu l’information n’avaient pas besoin de poser la question, il suffisait de regarder le calendrier pour voir que c’est un mardi : le jour d’élections est toujours un vendredi. Mais le sens critique est le moins partagé chez nous.
D’ailleurs, nos lecteurs, nos auditeurs continuent de croire (à 100%) ce que nous leur servons. Alors que chaque semaine, voire chaque jour, nous leur donnons la preuve que nous ne sommes pas crédibles. Je crois que c’est lié à la demande de vérité qui n’existe pas. Nous sommes dans une société où la demande d’exactitude n’est pas évidente.
Quand on ouvre un site, qu’on lit un journal, on écoute une radio ou l’on regarde une télévision, ce qu’on attend ici, ce n’est l’information, c’est le commentaire de l’information. Ce n’est pas le fait qu’on veut avec exactitude, c’est la confirmation de ce qu’on a entendu dans tel ou tel salon, chez tel ou tel groupe politique. Ce n’est pas l’analyse froide et raisonnée qu’on espère, c’est le commentaire partisan et virulent.
C’est aussi à nos lecteurs, nos auditeurs et nos téléspectateurs qu’il faut reprocher les manquements à la déontologie qu’ils sont prompts à dénoncer. Ils sont en partie responsables de la corruption du secteur des média. Par leur propension à ne s’intéresser qu’à la moins probable des informations, qu’au plus fallacieux des arguments, qu’au plus tendancieux des commentaires.
Comment nous arrive l’information ? Très peu d’entre les journalistes ceux qui vont à la quête de l’information. En général, elles arrivent dans nos rédactions, prêtes à être diffusées. Nous les créons parfois. Quand on a un souci de primeur de l’information. En ajoutant «de sources sûres…», «de sources proches de…», «selon une grande figure qui a préféré gardé l’anonymat…»… dès que quelqu’un préfère garder l’anonymat, il perd sa notoriété. Il devient un inconnu, un néant.
On accompagne l’information selon ses positions et ses préférences. Parce qu’elle a été servie par «un ami», elle peut être réaménagée pour lui donner la forme qui sied. Si elle est commanditée par un «bailleur», elle est servie tel qu’elle est parvenue, avec la grossièreté souvent, les fautes et les insuffisances. Si elle est soufflée par un service, elle est amplifiée par la rumeur qui l’accompagne.
Dans notre pays, on a oublié – tous, hommes politiques et journalistes – que la démocratie se nourrit de vérité et de transparence, de dialogues et d’échanges, d’équité et d’engagements. Que le pire ennemi de la démocratie est bien la propension à exacerber les différences, à exciter les frustrations, à provoquer les fractures et à créer un climat propice à la violence. 

vendredi 19 avril 2013

A chaque station son discours


Parce que je devais assister à la prière du mort organisée dans une mosquée de Tinsweylim (non loin de l’hôpital Zayed), j’ai dû suivre une conférence animée par trois figures du parti Tawaçoul dont, je crois le président du Conseil national du parti islamiste. Dans cette mosquée, chaque jeudi, les «bonnes âmes» - il ne doit pas obligatoirement s’agir de militants du parti – se retrouvent ici pour «minbar el khamis» (la tribune du jeudi). Un conférencier, toujours une notoriété de ce courant, présente son point de vue et répond aux questions qui pourraient être posées.
Ce jeudi, le thème était celui de la fraternité en Islam. Sujet bateau, sujet noble quand même. Intéressant dans un pays où l’atomisation de la société a provoqué un affaiblissement considérable de la chaîne des solidarités traditionnelles, pour ne pas dire naturelles. Dans une ville comme Nouakchott où la frénésie et l’avidité ont corrompu ce qui devait être d’humanité. Au sein d’une élite obnubilée par la recherche d’un pouvoir lui donnant accès à quelque ressource à piller. Sujet porteur donc.
Trois axes : celui de la noblesse fondatrice du sentiment de fraternité en Islam, à force de versets coraniques et de Hadith du Prophète (PSL) ; celui de la Morale à la base ; et enfin celui de l’Histoire des rapports entre les communautés en Mauritanie (Négro-africains et Arabes). Sur le premier aspect, rien à retenir sauf l’exemplarité des préceptes que dictent Coran et Sunna. Sur le second, j’ai été surpris par l’extraordinaire sens de mesure, l’incommensurable abnégation, l’inégalable sens de l’équité (inçaav) du président du Conseil national de Tawaçoul qui a soutenu que dans toute attitude le Musulman est tenu de ne retenir que le côté positif des autres et de ce qui advient en général. En clair et sans appel : il faut éviter de s’attarder sur le mauvais aspect de la vie, des événements et des hommes.
Côté Histoire, j’ai appris que Dan Fodio, El Haj Oumar Tall, Kankan Moussa… et tous ces princes d’Etats islamiques subsahariens n’auraient pas été si leurs maîtres sahariens n’avaient pas continué à les alimenter en bonnes paroles. J’ai appris aussi que la guerre qui se déroule actuellement au Mali ne serait que le prolongement d’un contentieux ouvert avec l’arrivée du colon dans la région. Et, par déduction, la guerre entre le Mal et le Bien est loin d’être finie…
De tout ce qui a été dit – et bien dit -, je retiendrai cet appel à la pondération du président du Conseil national de Tawaçoul, un appel dont on a besoin en ce moment où notre élite pousse vers la confrontation violente. Il ne peut pas y avoir meilleure initiative que celle qui pourrait appeler à l’apaisement dans les rapports, à la mesure dans les prises de position, à la reconnaissance des aspects positifs des uns et des autres, de la bonne foi de tous…
Imaginons un moment, le parti qui revendique une inspiration d’ordre religieux donc Immanent, demander à tous, y compris ses militants et ses partenaires, de tempérer les propos, de chercher une voie médiane qui pourrait reconnaitre à ses adversaires (devenus concurrents ou même partenaires), d’être moins vindicatifs, moins aigris, plus tolérants, plus mesurés dans leurs propos…, mais c’est déjà une révolution «démocratique», une victoire sur le mauvais génie. Alors pourquoi ne pas adopter ce discours tenu dans cette mosquée d’un quartier populaire ?

jeudi 18 avril 2013

Militaires et médecins


Première sortie publique du général de brigade Mohamed Ould Ghazwani depuis qu’il est chef d’Etat Major des Armées de la République Islamique de Mauritanie. L’occasion du 3ème congrès du groupe de travail maghrébin de médecine militaire qui se tient à Nouakchott. Avec des représentants de plusieurs pays et de plusieurs institutions. Voilà ce qu’en dit l’AMI :  
«…Le congrès, qui dure 4 jours, est organisé par la direction générale de service sanitaire des forces armées et sécuritaires sous le haut parrainage du Président de la République M. Mohamed Ould Abdel Aziz.
La rencontre, à laquelle participent 60 personnes venant de 16 pays arabes, africains et étrangers, vise à doter ces participants des derniers quêteurs dans le domaine de médecine militaire, qui représente la pierre angulaire dans le renforcement des capacités combatives des militaires d'une part, et un facteur puissant dans le domaine de la santé publique.
Dans un mot pour la circonstance, le général de brigade Mohamed Ould Mohamed Ahmed chef d'Etat major a indiqué que cette rencontre représente un vaste espace pour l'échange d'expérience et expertises et du développement des savoir- faire dans le domaine de la médecine militaire.
Il a ajouté que ce congrès se tient dans une atmosphère particulière, où la zone connaît des grands défis sécuritaires, dictés par les phénomènes du terrorisme, du crime organisé, du trafic et du commerce de stupéfiants.
Le chef d'Etat major a souligné que cette situation requiert plus de sacrifices pour disponibiliser la couverture sanitaire adéquate nécessaire pour la période.
De son côté, le colonel Mohamed Saleck Ould Mohamed Abdoullah, directeur général de santé des forces armées et de sécurité, également président en exercice du Groupe de travail maghrébin de médecine militaire, a souhaité la bienvenue aux hôtes de la Mauritanie participant à cette session, précisant que la rencontre de Nouakchott comprendra la présentation de plus de 40 exposés sur les différents aspects de la médecine militaire et permettra de renforcer les capacités médicales des armées et d'intensifier le services de santé publique.
Pour sa part, l'ex président du Groupe de travail maghrébin pour la médecine militaire colonel Major Amer Kane Bedouche s'est dit fier de se trouver dans sa 2ème patrie, la Mauritanie, pour participer à ce congrès, soulignant qu'il concrétise le désir des pays concernés de développer le service de médecine militaire, Chose qui ne peut être réalisée que par la coopération, la complémentarité, l'échange des expériences et la poursuite de l'action commune. 
Le secrétaire général du conseil international de la médecine militaire, le Général Marc Marillon a rappelé, quant à lui, les principes à l'origine de la création du congrès mondial de la médecine militaire, soulignant que l'idée vise dans coordination entre les médecins militaires confrontés aux mêmes défis, soignant les mêmes malades et blessés militaires et civils.
"Grâce à cette institution, les contacts sont permanents entre les professionnels de la santé militaire dans tous les Etats" a-t-il dit. 
De son côté, le président du conseil international de la médecine militaire le Général Hillary Akadou a exprimé la joie qu'il éprouve de participer aux travaux de ce congrès, à l'invitation du directeur général de la santé des forces armées et de sécurité en Mauritanie. 
"Il est nécessaire de conjuguer les efforts de tous pour hisser la médecine militaire dans les pays concernés au niveau des attentes et espoirs de leurs armées dans ce domaine. 
La présidence tournante du Groupe de travail maghrébin de médecine militaire a été confiée au directeur général de la santé des forces armées et de sécurité en Mauritanie
». 

mercredi 17 avril 2013

Générations perdues


C’est l’un des soucis majeurs de la Mauritanie que l’existence de générations entières formées en ce temps qualifié par tous de «règne de la médiocrité». Ces trois décennies qui ont vu tout foutre le camp : le niveau, l’école, les valeurs, l’économie, la politique, la Morale, le moral, l’honneur, l’engagement, la vérité… Nous ne sommes pas assez durs avec ce temps qui a rongé ce qu’il y avait de mieux en nous. Heureusement qu’il y a eu des résistances.
Aujourd’hui, les survivants du système, ceux qui l’ont nourri et entretenu, essayent de se mêler à la foule des résistants, de se refaire une virginité, de se retaper et de nous faire oublier les rôles mesquins qu’ils ont dû jouer… Ils sont les mêmes physiquement…, moralement certainement…, mais ils prennent des places qui ne devaient pas être les leurs.
Les inventeurs de l’article 104, les tortionnaires, les bourreaux, les prédateurs, les promoteurs des faux chiffres, les génies malfaisants de l’époque 1980-2005 doivent reculer, la distance nécessaire pour permettre au pays de reprendre ses souffles, le temps nécessaire pour lui donner l’occasion de se relever.
Les résistants de l’époque doivent au plus vite avancer un pas de plus pour ne pas se laisser submerger par ceux qui les ont exploités tout ce temps. Ils n’avaient pas le droit de servir de «blanchisserie» aux bourreaux d’hier. Nous laissant sans repères…
Pour revenir à ces générations qui font déjà la Mauritanie d’aujourd’hui et qui seront les maîtres de celle de demain, il faut dire qu’elles inquiètent. Il m’arrive de temps en temps d’observer de près le comportement de ces jeunes de moins de 35 ans et de remarquer qu’ils sont l’ante-Etat. Comment peut-il en être autrement ?
En 2000, lors de la campagne de répression contre les jeunes de Conscience et Résistance, des gens sont venus dans les rédactions demander de ne pas citer leurs enfants arrêtés dans ce cadre. Je me souviens avoir tenu à deux «grandes personnalités» de l’époque le raisonnement suivant : pourquoi avoir honte d’avoir donné à la Mauritanie un(e) jeune interpellé par la situation du pays et soucieux de l’engagement sur la voie de changement ? Je crois qu’il est plus grave de les doter de cartes d’identité nationale falsifiées, avec des noms et des âges qui ne sont pas les leurs et de leur demander ensuite de voter l’une de ces calamités du PRDS… J’en avais fait un texte que j’avais intitulé «Générations Maawiya, générations perdues». Pour dire combien nous sommes inconscients de vouloirs léguer à la Mauritanie un encadrement pourri par l’appât du gain.
Récemment encore, je suivais un quiz organisé par des jeunes Mauritaniens – étudiants apparemment – et où la question se rapportant à la date du premier référendum sur la première Constitution du pays était posée. L’un des participants me pose la question. Je réponds naturellement que la première Constitution a été adoptée le 22 mars 1959, puis révisée le 26 novembre 1960, le 20 mai 1961 pour fonder le régime présidentiel et préparer la fin du pluralisme politique qui allait suivre. La loi 61.095 du 20 mai 1961 n’a pas fait l’objet d’un référendum, mais celle de 59, si.
Les compagnons du quiz ne voulaient rien entendre. Il n’y a jamais eu de Constitution, ni de référendum avant le 20 juillet 1991. C’est comme ça que des pans entiers de notre Histoire sont rayés par le fait de l’insouciance qui est une règle de conduite qui caractérise notre élite…

mardi 16 avril 2013

Question de transparence


La France est secouée par l’affaire Cahuzac qui a été une sorte d’électrochoc provoquant une moralisation qui a commencé par la publication du patrimoine des membres du gouvernement. Pour savoir ce que possède tel ou tel ministre, il suffit maintenant de cliquer sur le nom. L’acquis de transparence est vite assimilé «à du voyeurisme», dans la mesure où il laisse place à une sorte d’exposition de soi qui est indécente. Aussi crée-t-il des préjugés «sympathiques» pour les plus démunis, plutôt «hostiles» aux nantis… Mais en dehors des appréhensions qui sont propres à la société française, que peut-on en tirer ?
En Mauritanie, c’est la loi 2007-047 du 18 septembre 2007 qui oblige la plupart des hauts fonctionnaires et grands responsables de la République à faire une déclaration de patrimoine auprès de la commission nationale instituée à cet effet.
C’est quoi ? La loi «a pour objet de définir le cadre juridique destiné à garantir la transparence financière de la vie publique» (Art. 1). Il s’agit d’une «obligation de déclaration périodique du patrimoine».
Qui est concerné ? On se souvient encore de la bataille livré par les Parlementaires, toutes tendances confondues, pour se soustraire à cette obligation. Finalement sont concernés : le Président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement, les Magistrats, le Président et adjoint de la Communauté urbaine de Nouakchott, les «premiers responsables des Collectivités territoriales ayant en charge la gestion de budgets dont le niveau est fixé par décret», les secrétaires généraux de ministères, les Chefs d’Etat Major (Armée, Gendarmerie, Garde) et leurs Intendants, les chefs de missions diplomatiques et consulaires, les Walis, les directeurs de la Sûreté, des Douanes, du Trésor, du Budget, des Impôts, les directeurs chargés des finances dans les ministères, les directeurs et présidents de conseils d’administration de sociétés publiques et mixtes, les responsables de projets et ceux d’organisations de la société civile bénéficiant de l’aide publique, les comptables publics, les membres des autorités de régulation, des organes et instances de contrôle, ceux des commissions des marchés publics…
Comment et quand ? C’est à la nomination au poste ou à l’investiture et à la fin de mission que les concernés doivent présenter cette déclaration devant la commission de transparence dirigée par le Président de la Cour Suprême. Il s’agit d’une «déclaration de sa situation patrimoniale et celle de ses enfants mineurs». Dans on article 2 qui définit les conditions dans lesquelles la déclaration de patrimoine est faite par le Président de la République, il est dit que «chacune de ces déclarations est rendue publique».
Dans l’esprit de la loi, il s’agissait de publier les déclarations, de les rendre «publiques». Mais un juriste-maison, l’un de ceux qui ont toujours tordu le cou de la loi, a expliqué cette exigence par l’acte solennel de la déclaration. Il suffisait à ses auteurs de faire leurs déclarations en remettant «publiquement» l’état à la commission pour satisfaire à cette exigence.
Où en est-on ? L’exigence de transparence n’est pas une demande politique ou sociale. Du coup le débat sur la question n’a jamais été ouvert par les acteurs politiques. De temps en temps, souvent pour charger les autorités et/ou souligner les insuffisances, un opérateur politique se rappelle de cette exigence légale qu’est la déclaration de patrimoine. Le temps pour lui de se dire qu’elle pourra être exigible pour lui – de façon rétroactive ou prospective -, pour ne pas insister outre mesure sur la question. Reste qu’il s’agit là d’un outil à développer et surtout à préserver dans un pays qui a été mis à genoux par la malgouvernance. 

lundi 15 avril 2013

Laurent Fabius en Mauritanie

Une visite attendue depuis longtemps. Depuis le rendez-vous raté du Ramadan passé. Quand Laurent Fabius avait fait le tour des capitales ouest-africaines pour préparer la reconquête du Nord du Mali. Après avoir passé un peu plus de 24 heures à Dakar, partageant les goûts festifs des jeunes contestataires de «Y en a marre», le ministre français avait programmé un passage furtif à Nouakchott, au moment de la rupture du jeûne. Ce que les autorités mauritaniennes avaient mal pris. Le passage n’eut pas lieu…
La Mauritanie étant un pays incontournable dans la construction de la paix au Mali, il fallait donc faire l’effort de venir et de rester le temps nécessaire pour embarquer le pays aux côtés de la France. Le prétexte de la réunion des ministres des 5+5 était l’occasion de réparer ce qui peut l’être.
A son arrivée à Nouakchott, le ministre français a donné le la en déclarant que les relations franco-mauritaniennes sont exemplaires et couvrent plusieurs domaines d’intérêt commun. Quand il a été reçu par le Président de la République, il a poursuivi : «j’ai eu l’honneur d’être reçu par le Président de la République en compagnie de mon ami et collègue le ministre des affaires étrangères et de la coopération. Nous avons abordé les relations bilatérales entre la Mauritanie et la France. La Mauritanie est un ami solide de la France et la solidité de cette amitié s’est traduite dans des actions concrètes».
Annonçant que «dans quelques instants, je signerai ce qu’on appelle un document de partenariat qui permet d’organiser un certain nombre d’appuis concrets de la France à des projets en Mauritanie qu’il s’agisse de la formation professionnelle, de l’éclairage, des services publics... Il y a une amitié solide entre la Mauritanie et la France».
Et de poursuivre : «nous avons évidemment parlé de la situation régionale et de la situation internationale notamment au Mali puisque la Mauritanie suit ce qui se passe au Mali avec énormément d’intérêt et nous avons une analyse extrêmement convergente. Le Mali a besoin de sécurité comme toute la région. L’intervention qui a eu lieu a permis de rétablir la sécurité mais il faut conforter cet élément là. Vous savez sans doute que d’ici quelques jours l’ONU va adopter ce qu’on appelle une opération de maintien de la paix qui permettra d’avoir une force de sécurité très importante au Mali qui va continuer à sécuriser le Mali et nos amis mauritaniens envisagent y prendre part et ils définiront eux-mêmes la manière de le faire».
Reprenant quelques-unes des conditions de la Mauritanie : «Mais il y a aussi l’aspect politique, parce qu’il faut que le Mali s’engage dans le dialogue et la concertation pour aller vers les élections. Nous avons également parlé de cela avec le Président mauritanien qui a une analyse très fine des choses et nous partageons - ce qui m’a frappé dans nos conversations - l’approche qu’il faut qu’il y ait un véritable dialogue entre le sud et les populations du Nord pour que chacun se sente à l’aise et qu’un certain nombre de difficultés, qui ont existé dans le passé, puissent être résorbées. Puis, il y aura des élections qui sont prévues au mois de juillet. Donc, il y a l’aspect de la sécurité, il y a l’aspect des élections et du dialogue et il y a l’aspect économique puisque le Mali comme l’ensemble de la région a besoin d’un soutien économique. Souvent, l’origine des questions est dans une difficulté économique.
Bref, des conversations très chaleureuses, avec le Président de la Mauritanie qui est un ami de la France et vous savez que maintenant je vais avec le collègue ministre des affaires étrangères et de la coopération ensuite, nous aurons à dîner ensemble avec le Premier ministre. Demain, nous passerons, si je puis dire, à un autre exercice celui du dialogue 5+5 : les 5 pays du nord de la méditerranée et les 5 pays du sud. Là aussi nous travaillons la main dans la main avec nos amis mauritaniens. Donc une rencontre excellente avec des amis très solides».
Au même moment, la France proposait au Conseil de sécurité des Nations-Unies d’autoriser le déploiement d’une force de maintien de la paix au Mali à partir du 1er juillet prochain. Ce qui devra occasionner le changement de la MISMA (mission panafricaine au Mali) en MINUSMA (mission intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali).
Il s’agira de déployer un maximum de 11.200 soldats et 1440 policiers. Cette force sera appuyée par une force guerrière française qui interviendra en cas de besoin.
L’absence de la Mauritanie à l’effort de maintien de la paix la privera de suivre de près la situation d’une région qui constitue un espace vital pour elle. Moralement injustifiable, cette absence est un lâchage d’un pays frères, le Mali, et de ses populations.