lundi 24 décembre 2012

La route encore


Entre Kiffa et Tintane, rien ne semble avoir avancé depuis mon dernier passage début novembre. Moins d’engins alors qu’on attendait plus sur une route dont la construction dure depuis près de quatre ans, moins d’activité forcément. Sur tout le tronçon, deux point «petits» points d’activité, l’un non loin de Fam Lekhdheyraat et l’autre à côté de Devaa. Sur chacun des points, trois ou quatre engins pour le terrassement… Autant dire qu’on ne semble pas pressé de finir cette route qui relie pourtant la Mauritanie de part en part.
Par contre à Tintane, la construction des routes nouvelles avance considérablement. D’ailleurs la nouvelle ville commence à avoir de la forme avec le nouveau marché qui s’étale tout au long de l’avenue principale qui contourne l’ancienne ville. Quand on y passe on redécouvre le Tintane d’antan, avec des dizaines de vendeurs et d’acheteurs, de curieux, une foule multicolore et nombreuse, un monde pressé de sortir de ce tohu-bohu… Difficile de trouver le passage dans cette atmosphère de souk géant.
Et toujours ces belles villas qui prennent l’allure de châteaux pour finir par être des fiefs. Les féodaux ici, ce sont les hommes politiques qui entendent afficher leur puissance financière en écrasant la misère voisine. La demeure de l’ancien président de l’Assemblée nationale du temps de Ould Taya, l’ancien colonel député de la ville Cheikh Sid’Ahmed Ould Baba est un vestige de la première époque PRDS où il a régné en maître sur les populations du département, distribuant prébendes et cadeaux à ceux qui le méritent à ses yeux. Celle, plus impressionnante pour ses couleurs, de l’actuel député l’islamiste Ould Seyidi, celui qui vit officiellement de l’importation des médicaments (hum…), celle-là semble défier la «belle» époque du PRDS tout en reproduisant ses réflexes. Le même souci d’écraser par l’impression de richesse, d’être le bienfaiteur, le sauveur, l’omnipotent, le distributeur de richesse… Ce qui me fait dire que notre classe politique a toujours rêvé d’être simplement là où elle pourrait jouir des avantages d’avoir le pouvoir et le pouvoir du pouvoir…

dimanche 23 décembre 2012

Elections jouables


Toutes les raisons pour que l’opposition participe aux prochaines élections législatives et municipales. D’abord parce que le boycott est une attitude négative préjudiciable à la démocratie et à l’action politique en général. Ensuite parce que tous les acteurs significatifs sont assurés d’une représentation grâce à la proportionnelle qui sera appliquée au niveau de la liste nationale qui compte quarante sièges, au niveau des 12 capitales régionales qui compte chacune trois sièges et au niveau de certains départements qui sont passés à trois sièges au lieu de deux.
Là où la proportionnelle joue, il faudra 75% et plus des voix à un parti pour rafler la majorité des sièges. Quand il s’agit de trois sièges les 75% sont nécessaires pour en avoir deux. Si l’on calcule, on trouve que si l’Opposition va ensemble au niveau des législatives, elle est assurée d’avoir au moins le quart de la liste nationale (10 sièges), le tiers des sièges départementaux (12)… dans le pire des cas. On sait par ailleurs qu’il ne faut pas compter avec «le pire des cas» pour elle. Elle devra effectivement compter sur les choix qui feront des mécontents dans les rangs des partis de la Majorité principalement l’UPR.
Mais comment éviter le piège du boycott ? D’abord fixer des doléances acceptables et discutables, quelque chose qui pourrait être perçu comme une volonté d’ouverture et une possibilité de dépasser le blocage actuel. Il s’agira d’abandonner l’exigence du départ du régime pour des revendications autour de garanties permettant d’aller à ces élections dans une atmosphère sereine. La question devra être celle de savoir comment assurer la plus grande régularité au scrutin. Comment rassurer sur les intentions de jouer franc jeu. Comment permettre à ceux qui veulent aller à la compétition de le faire à égalité sinon en toute équité.
Il y a ceux qui pensent qu’il y a nécessité d’ouvrir la CENI pour permettre à la COD ou à ceux qui veulent participer d’avoir leurs représentants au sein de cette institution. Ce serait accentuer le caractère partisan de la CENI, ce qui comporte des risques énormes dans un pays comme le nôtre où les passions politiques sont encore très fortes. La particularité de la présente CENI, c’est qu’elle peut jouir de la confiance de tous parce que, dans l’ensemble, ses membres sont plutôt «acceptables». A part deux d’entre eux, les autres ne sont pas particulièrement contestés. Revenir sur la constitution du club des Sages peut entrainer un processus de déconfiture du dialogue et de ses résultats.
Il y a ceux qui croient qu’avec un ministre de l’intérieur  moins «prononcé», plus «neutre», un technocrate sans appartenance politique déclarée et une CENI plus active et plus engagée, on peut amener les différents acteurs à s’impliquer d’avantage dans la préparation des élections et donc dans leur organisation. A ce moment-là, la convergence pourra être telle qu’elle peut amener les principaux acteurs à participer à ces élections.
Pour ce qui est de leur date, les autorités semblent croire que «techniquement, elles peuvent être organisées au plus vite». Avant mai prochain, en sachant que la session est pour le début du mois ? En septembre en sachant que l’hivernage n’est pas un moment propice ? En octobre en sachant qu’on a déjà pris trop de retard ?
C’est à la CENI de décider. A elle de faire vite et efficace.

samedi 22 décembre 2012

Evaluation


Cela devait se passer dès le 1er trimestre de 2012, cela a attendu les derniers jours de l’année. «Cela», c’est l’évaluation de la mise en œuvre du troisième plan d’action de la stratégie de lutte contre la pauvreté (CSLP) couvrant la période 2011-2015. Et comme pour justifier on vous rappelle que dans le temps, les évaluations se faisaient à la fin du cycle et non chaque année, tout en précisant d’ailleurs qu’il n’y a eu qu’une seule évaluation, celle de 2004.
Cette fois-ci, le ministère des affaires économiques et du développement (MAED) a voulu frapper très fort en organisant les assises de l’évaluation dans une ville de l’intérieur, en l’occurrence Kiffa, la capitale de l’Assaba. Une manière de soutenir la décentralisation et de signifier l’intérêt qu’on accorde à la participation des populations locales et de leurs représentants.
Il y avait là quatre maires par région tous les Walis, les députés qui ont voulu faire le déplacement. Pour l’Opposition, seul le député RFD Yacoub Ould Moïne était présent. Des ONG’s, peu ou pas de syndicats, peu ou pas de presse, de nombreux représentants locaux… En plus de trois membres du gouvernement (MAED, l’intérieur et le secrétariat général du gouvernement) et du commissaire chargé des Droits de l’Homme. De nombreux experts. Deux jours de travaux, de critiques, d’évaluation qui aboutissent, on l’espère ici à la validation du rapport 2011 avant de lancer celui de 2012 qui devrait être évalué en mars prochain. C’est à ce moment-là, à ce moment seulement, que la Mauritanie pourra prétendre à entrer dans la conformité.

vendredi 21 décembre 2012

Que de mensonges !


J’ai été…nommé ce jeudi par certains de ces sites prompts à donner l’information la moins vérifiée. Pas question pour eux de confirmer, d’entrer en contact avec ceux dont ils vont parler, de s’assurer que ce qu’ils vont livrer à l’opinion est juste. Non ! la question pour eux est juste de pouvoir structurer et écrire. Ces sites induisent les radios en erreur et quand c’est la radio, cela prend une ampleur auprès du public. Imaginez la pression que j’ai vécue toute la journée de jeudi, jusqu’en fin de soirée. J’ai dû recharger deux fois mon téléphone.
Mardi dernier, c’était le limogeage du Directeur de Cabinet du Président qui avait «été fait»  la Une. Même procédé : les sites d’abord, les radios ensuite. Ce fut ensuite la mort du président irakien qui avait été annoncée. Chaque jour en fait sa «fausse» Une qui fait le tour… Jamais de démenti ni d’excuses pour le public ainsi abusé. Non pas la peine. Cela procède de la volonté de maintenir un climat de suspicion où il importe peu de savoir le vrai du faux, «de toutes les façons ce n’est pas important». Une manière de décrédibiliser le fait et par-delà, la vérité. La bataille est bien celle-là : chiffres officiels, réalités du terrain, réalisations, avancées, réussites des uns et des autres, distinctions, vraies informations… tout cela doit relever du «pas important» et du «douteux». Tant pis pour les crédules…
Je reviens à cet autre mensonge qui a effrayé quand même des milliers de gens : l’annonce de la «fin du monde», annonce faite par les Mayas dont le message aurait été décrypté par les scientifiques et les diseurs de nouvelles (bonnes et mauvaises). Voilà déjà ce que j’écrivais le 1er janvier 2012 de cela :
«On nous avait mis en garde contre cette année. La littérature relevant de l’eschatologie cosmique, mais aussi le cinéma, la poésie et finalement tous les arts nous ont prédit la fin du monde en 2012. Il y a même eu un film inspiré de cette fin des temps toute proche.
Mais au-delà de l’inspiration artistique qui a quand même donné des chefs d’œuvre comme 2012, le discours est resté le même. A chaque chiffre rond, des philosophes, des artistes, des religieux ont pensé que la fin des mondes, telle que décrite dans les textes ésotériques, que cette fin était imminente.
Nous, Musulmans, on est prémuni dans la mesure où nous croyons – c’est l’un des dogmes de la foi – que la fin du monde fait partie d’un Savoir spécifique réservé au Tout-Puissant. Personne – pas même le Prophète Mohammad (PSL) – n’est habilité à en savoir plus que ce qui a été révélé. Autant dire rien. Cela arrivera quand cela devra arriver. Nous estimons que la fin du Monde est pour chacun de nous l’instant où il meurt.
C’est pourquoi nous disons : «travaille pour ton monde comme si tu devais vivre éternellement, travaille pour ton Au-delà comme si tu devais mourir demain». Essayons de travailler pour le monde ici-bas comme si «nous devions vivre pour l’Eternité»… un peu d’efforts…
Que 2012 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorances…» 

jeudi 20 décembre 2012

Accord RIM-U-E, plutôt équitable


Après le passage devant le Conseil des ministres européens, l’Accord de pêche a été l’objet d’une évaluation de la Commission de développement du Parlement européen.
Le 3 décembre dernier, le Conseil des ministres avait ordonné la mise en œuvre provisoire et immédiate de l’Accord en attendant son passage devant le Parlement, dernière étape du processus. La compensation devrait être versée dans les jours qui viennent et les bateaux battant différentes flottes européennes devraient reprendre leurs activités dans les eaux mauritaniennes suivant les dispositions du nouvel Accord.
Les Mauritaniens ont exprimé, dans leur grande majorité, leur satisfaction quant aux termes de l’Accord dont la philosophie procède de la recherche d’une exploitation équilibrée et d’un commerce équitable entre notre pays et l’UE. De l’autre côté quelques voix s’étaient élevées pour dénoncer l’Accord qui faisait de la pêche de fonds un monopole des artisans mauritaniens, obligeait à l’embarquement de 60% du personnel sur les bateaux, limitait les zones de pêche, augmentait le prix du poisson mauritanien… Pour une fois ce n’était pas la régularité des négociations qui était en cause, ni l’intégrité des négociateurs, mais la capacité de la Mauritanie à tirer un maximum de profit de sa ressource.
La réunion du 17 décembre de la Commission de développement a jugé très positif cet Accord qui prend en compte le souci de préserver la ressource et d’équilibrer les rapports. Elle l’a donc entériné. Différentes formations politiques européennes sont représentées dans cette Commission qui fait de la préservation de l’environnement un souci premier.
Reste maintenant à trouver des solutions aux opérateurs nationaux ayant des partenaires autres que des ressortissants de l’UE opérant dans le pélagique, surtout prendre en considération la subvention dont jouissent la flotte UE, ce qui ouvre la voie à une concurrence déloyale, les produits étant vendus sur les mêmes marchés. Reste aussi à aligner tous les investisseurs autres que l’UE, les Chinois par exemple, sur les nouvelles grilles de manière à faire profiter le pays des avancées réalisées avec le nouvel Accord.
La volonté politique a fermement soutenu le processus de négociation avec les Européens, ce qui explique en grande partie la conclusion heureuse en faveur de la Mauritanie.

mercredi 19 décembre 2012

Portons le deuil


Moustapha Ould Mohamed Salek n’est plus. Le premier président de l’ère militaire a été emporté par une longue maladie qui a finalement été plus forte que la volonté d’un homme qui a marqué son époque. L’un des premiers officiers de la Mauritanie indépendante, après avoir été enseignant comme la plupart, sera aussi l’un des premiers chefs d’Etat Major de l’Armée. Il reviendra à ce poste la veille du coup d’Etat de juillet 1978. Ce qui lui permettra d’être le chef des putschistes du 10 juillet.
Homme de consensus, ayant une expérience du pays, un sens de la mesure, Ould Mohamed Salek était le seul parmi les officiers supérieurs à pouvoir faire l’unité de toute la classe des officiers de l’Armée, les conspirationistes et ceux qui devront prendre le train en marche. A ce titre il fut le président du premier Comité militaire de redressement national (CMRN) qui prit le pouvoir le 10 juillet 1978. Trahi par certains de ses compagnons qui avaient cru pouvoir l’utiliser comme ils voulaient, il résista aux pressions énormes en créant un Conseil consultatif national qui devait être l’embryon de la démocratisation du pays.
Manigances, tergiversations, manque de solidarité… Le colonel Ould Mohamed Salek se retrouve seul devant ses compagnons dont la plupart sont ses cadets. Il se résout à accepter leur diktat. Le CMRN devient CMSN, S pour «salut» et la présidence perd son autorité, le Premier ministre devenant tout puissant. Une situation qui ne peut durer. La disparition tragique du colonel Ahmed Ould Bousseif en mai au large de Dakar, ouvrira la porte de sortie devant le père du 10 juillet qui s’en alla tranquillement.
Plusieurs fois victime de l’arbitraire, notamment sous Haidalla qui l’avait accusé de vouloir revenir au pouvoir, Ould Mohamed Salek acceptera de vivre humblement comme un citoyen mauritanien qui a certes ce qui le distingue mais qui est profondément marqué par son ancrage social et culturel. Des mouvements politiques pourront le remettre sur scène en le présentant en 1992 à la présidentielle, mais il revient vite à son exil intérieur. Il tire la leçon avec humilité, sans extravagance et se retire de la vie politique. Ce qui explique en partie le respect dont il jouit dans les milieux politiques et sociaux mauritaniens.
Le fait d’avoir donné au pays, sans demander de retour, sans fracas, le fait d’avoir dirigé sans dommage pour la société et pour les acteurs, de s’être retiré sans prétendre à être le sauveur… tout cela, en plus des caractères qui l’ont fait (humilité, candeur, attention…), explique largement que nous acceptons tous aujourd’hui de porter son deuil.
Qu’Allah le Tout-Puissant l’accueille en Son Saint Paradis, qu’Il allège les souffrances des siens. 

mardi 18 décembre 2012

Dans la ligne de mire


L’information qui a fait l’actualité de cette journée, c’est celle publiée par la plupart des sites et sur toutes les ondes «libres» : le limogeage du Directeur de Cabinet du Président de la République, Dr Isselkou Ould Ahmed Izidbih. Et chacun d’y aller dans sa «petite» explication pour justifier ce limogeage supposé… «supposé» parce qu’il n’en était rien, absolument rien.
Dès le début, n’importe qui pouvait avoir la vraie information mais qui veut la «vraie information» ? On a souvent parlé ici de cette propension à privilégier la rumeur par rapport à l’information et finalement à accorder plus de crédit au «supposé» plutôt qu’au fait. Une culture qui devient dominante avec l’usage de l’internet. Mais revenons à Ould Ahmed Izidbih et à la campagne dont il est la cible.
Il faut comprendre que l’intellectuel qu’il est – docteur en mathématiques, maitrisant parfaitement l’écriture – a rompu avec l’idée du «Dircab» se mêlant de tout, donnant l’impression de garder les secrets, se suffisant à une relation orale avec son patron, pratiquant la délation dans le système des rapports quotidiens, utilisant inconsidérablement les fonds mis à sa disposition pour avoir «sa» clientèle et «ses» réseaux… Il est déjà dérangeant pour tous ceux qui veulent le maintien des anciens réflexes.
Son passage à l’Université de Nouakchott, l’a obligé à «se frotter» aux organisations estudiantines affiliées à la mouvance islamiste. Il a réussi à faire face à leur mainmise sur l’université, ouvrant un front avec les étudiants et leurs «inspirateurs». Arrivé au Cabinet, il a «amené» avec lui ces animosités qui ont pris l’allure d’une forte haine ouvertement exprimée par tous les symboles et les sympathisants de la mouvance. Il a fini par paraître comme le seul responsable – ou même intellectuel – faisant obstacle à l’hégémonie islamiste sur la scène politique.
Il est accusé d’avoir créé un «cabinet de l’ombre» dédié à une contre-campagne médiatique, véritable rempart à la propagande islamiste et prenant du coup le contrepied de l’Opposition. En l’absence d’autres voix, celle de Ould Ahmed Izidbih a sonné comme une provocation de plus, une résistance de trop d’un système que l’on espérait affaibli. D’où la cristallisation contre la personne.
Autre «péché» de Ould Ahmed Izidbih, c’est de ne pas pouvoir se laisser confiner comme le représentant d’une entité tribale, régionale ou politique particulière. Ce qui est dérangeant pour les esprits de chez nous plutôt portés vers la facilité de ranger chacun dans un petit casier pour ne jamais l’en sortir.
Tout pour être dans la ligne de mire de ceux qui font l’opinion – ou qui croient la faire. Et qui sont de plus en plus décrédébilisés par ces campagnes autour de fausses informations jamais démenties par leurs propagateurs.