dimanche 9 décembre 2012

En attendant le Parlement

C’est une bonne nouvelle que de savoir, même avec du retard, que le Conseil des ministres a adopté la décision relative à l’accord de pêche entre la Mauritanie et l’Union Européenne. Cet accord était contesté par l’Espagne qui a mobilisé le Portugal, la Lettonie et l’Estonie contre. Certains des contradicteurs du régime espéraient ouvertement son rejet par les autorités de Bruxelles. Quant aux armateurs nationaux, ceux de bonne foi d’entre eux, tentaient de rappeler aux autorités mauritaniennes les déséquilibres que l’accord occasionnait. Les voix de ceux-là sont encore couvertes par la cacophonie des «affairistes» parmi eux. Il faut cependant reconnaitre que pour le pélagique, les autorités mauritaniennes doivent, et au plus vite, entendre les acteurs et trouver avec eux un terrain d’entente… En attendant, voici le communiqué du Conseil du Conseil des ministres européens :
«Le Conseil a adopté une décision relative à la signature, au nom de l’UE, et à l’application provisoire du protocole fixant les possibilités de pêche et la contrepartie financière prévues par l’accord de partenariat de pêche (APP) en vigueur entre l’UE et la République Islamique de Mauritanie.
L’accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre l’UE et la Mauritanie a été conclu en 2006. L’objectif principal du protocole joint à cet accord est de définir les possibilités de pêche offertes aux navires de l’UE ainsi que la contrepartie financière due, de manière distincte, au titre des droits d’accès et de l’appui sectoriel. A l’issue des négociations, un nouveau protocole a été paraphé le 26 juillet 2012, le protocole précédent devant expirer le 31 juillet 2012. Le nouveau protocole couvre une période de deux à compter de la date de sa signature. Afin que les navires de l’UE puissent poursuivre leurs activités de pêche, le nouveau protocole devrait être appliqué à titre provisoire à partir de la date de sa signature, dans l’attente de l’achèvement des procédures nécessaires à sa conclusion».
D’ailleurs le même Conseil a adopté un règlement fixant la répartition des possibilités de pêche entre les Etats membres.
La mise en œuvre de l’accord n’attendra donc pas le passage devant le Parlement. Notamment le versement de la contrepartie financière qui viendra renforcer les capacités financières du pays.
Ce déclic vient juste après la décision de réhabiliter l’ANAC en retirant la Mauritanie de la liste noire en matière de sécurité aérienne. En la matière, les autorités et en tête le Premier ministre qui a géré lui-même le dossier, ont fourni un gros effort qui a finalement donné.

samedi 8 décembre 2012

L’art guérit

C’est une histoire qui m’a été racontée par un ami récemment. L’Emir Ahmed Ledeid Ould Sidi, le résistant que l’Histoire a retenu come le héros de Legweyshishi un certain 28 novembre 1908 et dont la date a été choisie par les premiers bâtisseurs du pays comme jour d’indépendance, cet Emir fut atteint d’une forte fièvre que médecins traditionnels et marabouts détenteurs des secrets cabalistiques n’ont pu guérir. Un accès palustre très probablement qui semblait venir à bout de ce guerrier intrépide, de ce résistant hors norme… Autour de lui s’étaient rassemblés tous les proches, espérant que les invocations communes pouvaient aider à conjurer le sort qui frappait inexorablement…
Un jour, vint au campement Mohamed Ould Ngdhey, ce grand griot qui a marqué son époque plus connu sous le nom de «La’war» (le borgne). Grand poète aussi, Ould Ngdhey demanda à prendre la place du marabout qui s’était confortablement installé au niveau de la tête de l’Emir, pour mieux lui servir les incantations et autres formules consacrées pour guérir. Et comme on ne pouvait rien refuser à Ould Ngdhey, il s’assit près de l’Emir et s’inclina vers sa tête, comme pour lui dire quelque chose à part. L’Emir s’étira et murmura. C’était la première fois qu’il réagissait depuis qu’il avait eu cette fièvre. Il ne tarda pas à demander à boire pour émerger de sa longue absence…
Tous étaient curieux de savoir quelle incantation avait guéri l’Emir, quel secret avait dit Ould Ngdhey, quelle formule… Mais Ould Ngdhey déclara qu’il ne livrera son secret que sur ordre de son Emir. Et quand tout redevint normal, quand l’Emir recommença à marcher et à discuter, il demanda publiquement à Ould Ngdhey de dire ce qu’il avait murmuré à son oreil.
«mighwaasak yalli baasht assma’
yasaghnaay illi yantq ibshi
yahmad Liddayd yammaakr itma’
yalli ilaa mshayt blaa imilshi
aji’lu yaa rabbi himt isba’
yithaawug u yitmaqat u yimshi»
(Que ta maladie, ô seigneur de la notoriété/toi qui enrichis tout celui qui parle/toi Ahmed Leddeid trésor du quémandeur/toi qui n’a pas d’égal/…soit la fièvre du lion, il baille, s’étire et s’en va) Cette traduction est approximative.
Depuis, l’on croit, dans le sud-ouest, que l’art a ses vertus. Notamment celle de guérir. Encore faut-il que ceux qui l’entendent soient au niveau de l’apprécier.

vendredi 7 décembre 2012

La HAPA avertit

La Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) se mêle enfin de ce qui la regarde finalement. Voilà qu’après avoir rappelé à l’ordre l’ensemble des médias publics et privés, elle organise un atelier sur leur rôle en période électorale. Une soixantaine de personnes dont la plupart des journalistes ont participé à cet atelier où des compétences du métier ont été sollicitées.
C’est, pour le président de la HAPA, Hamoud Ould M’Hammad, «un forum qui nous aidera tous, régulateurs, médias publics et privés, journalistes, à répondre à des questions pratiques qui se poseront à nous à tout instant, et aussi à une meilleure compréhension de notre rôle et de l’action que nous devons mener». Une occasion d’expliquer la régulation, ses objectifs, son champ d’action, ses outils…
«La période électorale vous le savez, est chez nous propice aux émotions, l’on y oublie parfois les convenances, et la passion, en cette saison, l’emporte souvent, malheureusement sur la tempérance. La HAPA dont la mission en cette étape cruciale pour notre démocratie consistera essentiellement à s’assurer de l’égalité des temps d’antenne et de parole offerts par les médias aux différents candidats, est aussi comptable du bon respect par toute la profession des principes déontologiques et d’éthique dont le maître-mot est le respect strict de certaines méthodes de travail qui fondent la bonne foi, sinon la stricte objectivité».
Quand nous revendiquions le régime de la régulation en lieu et place de celui de l’autorisation, cela supposait une maturité que nous sommes supposés avoir à partir de l’accumulation de nos expériences.
Jusqu’en 2006, toute publication était soumise à une autorisation préalable (le récépissé de dépôt légal devenant autorisation). Il s’agissait de laisser paraitre seulement les publications qui auront répondu à certaines normes. Là où était l’injustice, c’est que la loi sur la presse ne prévoyait pas l’autorisation et que l’appréciation était laissée à la discrétion d’un fonctionnaire du ministère de l’intérieur plus prompt à réagir comme «assurant de l’ordre public» que comme garantie de l’exercice de la liberté d’expression.
En 2006, notre société nous a suivis en instituant pour nous le régime de la régulation. C’est par nous-mêmes que nous devons être régulés. Ce sont nos compétences et nos prédispositions à savoir ce qui doit être dit (ou écrit), ce qui peut être dit (ou écrit) de ce qui ne doit et ne peut l’être. Cela suppose un degré de maturité qui implique la conscience de la responsabilité. Puis vint la dépénalisation du délit de presse qui était aussi l’une de nos revendications primordiales et qui accentua cette nécessité d’être à la hauteur du défi, celui de se prendre en charge en exerçant en toute responsabilité le droit à s’exprimer et le devoir d’informer. Nous sommes supposés avoir dépassé l’époque où la passion aveuglait, où l’instrumentalisation par les services de renseignements et les lobbies financiers et sociaux décrédibilisaient l’entreprise de presse… l’époque où tout était permis sauf l’essentiel. A cette époque-là, les journaux sérieux, ceux qui enquêtaient sur les malversations et sur la mauvaise gouvernance en général, ceux qui dénonçaient ouvertement l’arbitraire, ceux-là souffraient les saisies et les censures. Alors que ceux qui insultaient sans retenue les gens, qui distillaient une littérature raciste et attisaient les haines sociales, ceux-là étaient engraissés par le système.
…Après tout le parcours difficilement accomplis par la presse, nous voyons refaire surface la délation, la fausse information, la propagande raciste et violente. D’où la nécessité pour la HAPA de se manifester.

jeudi 6 décembre 2012

Que restera-t-il de la Syrie ?

C’était le pays arabe le plus propre, le mieux équipé, le plus moderne de tous les points de vue… En Syrie, on dispensait le meilleur enseignement dans toutes les matières. C’est le premier pays où la médecine était, depuis toujours enseignée en Arabe. L’un des plus forts taux d’alphabétisation, là où la production agricole était excellente malgré l’exigüité du territoire, là où les industries étaient les plus développées, là où la vie était la moins chère…
Vint la «révolution» et «le printemps arabe»… La révolution détruisit toutes les infrastructures : actions de sabotages de rebelles, bombardements aveugles de l’Armée régulière… entre ça et ça, ce sont les routes, les ponts, les immeubles, les fabriques, es centrales, les forages qui disparaissent.
Le «printemps» a apporté les combattants Salafistes qui ont commencé par «intoxiquer» le mouvement de rébellion avant de finir par faire main basse sur la révolution elle-même. Nous sommes en hiver, la saison qui convient pour caractériser la Syrie des groupes islamistes radicaux. Ce qui restera de ce pays ne vaudra même pas d’y vivre convenablement. Au meilleur des cas, des Emirats indépendants les uns des autres, se faisant très probablement la guerre les uns les autres et imposant la désolation et la prison aux populations…
Pas de quoi s’extasier finalement. Ceux qui nous ont servi ce rêve de «monde nouveau» ne se sont certes pas trompés, ne serait-ce que parce que ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie, est le début de l’avènement d’un nouvel ordre où le peuple a son mot à dire. C’est une révolution en marche qui doit passer par des chemins tortueux, qui doit manger ses enfants, pour durer le temps nécessaire à sa maturation.
Nous avons vu le peuple égyptien se dresser contre son Président qui tentait de s’introniser comme le nouveau Pharaon. Le recul de la dictature qui semblait se rétablir sous d’autres couleurs et avec d’autres hommes, est le produit d’un processus qui ne finit pas de surprendre… Le même processus que la Tunisie devra suivre… En espérant que dans les deux pays, la révolution soit comprise en termes de transition et de processus laborieux…
Mais le cas de la Syrie a terni ce «printemps arabe» qui a enchanté un moment donné. Il nous a rappelé que dans certains pays, cela peut prendre la tournure du chao.

mercredi 5 décembre 2012

Bravo Alakhbar.info !

Notre confrère Alakhbar.info vient de lancer son projet d’édition de mémoires et témoignages d’hommes politiques et d’acteurs de la vie nationale. C’est avec les mémoires de l’ancien colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla, ancien président du Comité militaire de salut national (CMSN) que l’agence alakhbar.info commence son entreprise. Ce qui s’explique, selon la préface du livre parue en Arabe, par l’intérêt que suscite l’homme pour la période qu’il a passé à la tête de l’Etat, environ quatre ans, alors que ses deux prédécesseurs militaires n’ont pas accumulé un an et demi à eux deux. Ce qui en fait «le deuxième Président» après Mokhtar Ould Daddah, selon cette lecture.
Les avis sont partagés selon l’éditeur sur le régime de Ould Haidalla. Entre ceux qui pensent qu’il a été l’homme des décisions «courageuses et fondamentales» (loi domaniale, interdiction de l’esclavage, la pêche…), et ceux qui croient qu’il s’agit d’un régime dictatorial, policier qui a posé les fondements de ce qui allait suivre…
L’ancien président s’est plusieurs fois proposé pour aller à la conquête du pouvoir. En 2003, il a été le candidat d’une grande coalition comprenant les Islamistes, sous prétexte qu’il était le plus indiqué des candidats pour faire face au régime de Ould Taya et pour refuser le diktat de celui-ci. On connait la suite : l’emprisonnement du candidat et de ses principaux soutiens, les 18% des voix (la deuxième place quand même), et l’éclatement de la coalition qui était autour de lui…
…J’ai reçu pour ma part une copie du livre. J’ai cherché dans la table à matière l’épisode du 16 mars sur lequel je voulais entendre l’ancien président. Page 123 et suivantes. J’ai été atterré. Aucune information digne d’être au niveau du scoop ou même de l’éclairage. Aucune révélation. L’on apprend que le colonel Kader serait parti pour avoir soupçonné le pouvoir de vouloir le liquider, ce qui, selon Ould Haidalla était faux. Pour dire qu’il s’agit d’un complot fomenté à partir de l’extérieur et nier toute dérive de son pouvoir pour dire  que les raisons de ses détracteurs étaient tout à fait personnelles. Que ce soit Mohamed Ould Cheikh Ould Jiddou qui aurait eu des démêlées avec la douane, Abderrahmane Ould Moyne qui devait aller à la retraite, Moustapha Ould Abdeiderrahmane qui était à la SOCOGIM, Haba Ould Mohamed Val… tous avaient, selon Ould Haidalla, des ressentiments personnels pour s’opposer à lui. Reste à savoir ce qu’en pensent ceux qui vivent parmi les hommes qu’il a cité… Une remarque avant d’en finie et en attendant que je lise le livre «du Palais à la prison», le narrateur n’évoque jamais les morts en invoquant les formules consacrées (rahmatu Allahi ‘alayhum), ne semble rien regretter de l’époque…
Pour revenir à l’édition, c’est une excellente idée que de créer une édition sous l’intitulé «c’est mon expérience» où l’éditeur prend en charge les déclarations de l’auteur pour les arranger et les présenter sous forme de livre. Une sorte de «shahidoun ‘ala el ‘açr» (témoin de son temps).
Il est à rappeler cependant que les témoignages et les mémoires de chez nous proposent un rapport «insolite» avec l’Histoire qui est soit remaniée soit ruminée… Faire attention à cela.

mardi 4 décembre 2012

Le coup de gueule des pilotes de MAI

«…Afin de contribuer à la création de conditions favorables pour assurer la quiétude, la sérénité, la sécurité et garantir les intérêts et la pérennité de la Compagnie, (nous, pilotes) vous prions, Monsieur le Directeur Général de prendre, au plus tard le 05 décembre 2012, les mesures nécessaires pour palier aux écarts susmentionnés dans la lettre référenciée. Nous vous informons par ailleurs qu’à compter de cette ultime date, 05/12/2012, nous ne pouvons plus assurer les vols commerciaux. Nous assurerons seulement les vols de l’Etat mauritanien, les évacuations sanitaires et les vols à caractère humanitaire».
Il s’agit là d’un extrait de la lettre envoyée le 2 décembre par les pilotes de Mauritanie Airlines Internationale (MAI) à leur directeur général. La lettre «référenciée» est une précédente adresse envoyée le 20 octobre dernier au même directeur général qui ne semble pas accorder d’attention aux doléances des travailleurs de «sa» compagnie.
«Au temps de la compagnie tunisienne Mauritanie Airways, le PN (personnel navigant, ndlr) bénéficiait de contrats types leur octroyant des droits fondamentaux et inaliénables tel que : l’assurance maladie, l’assurance licence, le 13ème mois…, et surtout à un traitement digne et respectueux du staff tunisien pour tout le personnel». Ce qui ne semble pas le cas avec la MAI et son directeur général. Malgré tous les sacrifices du personnel. Les pilotes invoquent ces sacrifices en expliquant qu’il s’agissait pour eux, et pour l’ensemble du personnel, d’accompagner une compagnie nationale naissante. Ils ont pour l’occasion rappelé les efforts et les difficultés surmontées dans des missions vitales comme celle des rapatriements de ressortissants mauritaniens de Libye et de Syrie.
«Aujourd’hui, et après deux ans d’exploitation dans des conditions peu favorables au développement d’une compagnie aérienne digne de ce nom ; et encore moins à l’épanouissement de son personnel, nous regrettons de constater que la confusion et les trébuchements qui entravaient la MAI lors de son lancement persistent toujours».  Les pilotes signataires de la lettre déplorent notamment «l’absence de conditions minimales de fonctionnement d’une compagnie aérienne que ce soit sur le plan technique, administratif, moral ou matériel». Pas de contrats aux normes (ni assurance maladie, ni frais de mission, ni assurance-licence…), pas d’uniformes spécifiques, pas de manuels de procédures techniques, pas de données opérationnels fiables des aéroports desservis, desserte d’aéroports non homologués comme celui de Zouératt, pas de statut du personnel…
Mais le problème essentiel est celui des rapports que la direction générale qui procède à des licenciements abusifs, des menaces, des insultes, des expulsions et une campagne de dénigrement menée contre le personnel.
Ce que ces pilotes demandent c’est d’abor un minimum de respect dans les rapports, l’établissement de contrats «approuvés par l’autorité de l’aviation civile et garantissant tous les droits et avantages reconnus en la matière», l’élaboration de la documentation technique aux normes, un règlement intérieur, un statut du personnel…
«Le personnel navigant conscient de son rôle de fer de lance dans la MAI et fort de la solidarité des membres signataires, est résolu à prendre toutes mesures légales qu’il jugera nécessaire pour mettre fin à la dérive dangereuse et au climat malsain instauré par le directeur général depuis la création de la compagnie ; et ainsi mettre en place un environnement caractérisé par la sécurité, la sérénité et la confiance entre le personnel et sa direction générale».

lundi 3 décembre 2012

Evènements 90/91 ? Dictature ?

Chaque fois que l’on croit que l’on a tout dit, tout écrit sur les évènements qui ont endeuillé le pays dans les années 89, 90 et 91, quelqu’un nous tire de notre inattention passagère pour nous rappeler les douleurs du passé. Soit en tentant d’instrumentaliser le Mal, soit en essayant de le nier. Les deux attitudes revenant à remuer le couteau dans la plaie…
Hier sur la radio privée Nouakchott info, j’ai entendu le nouveau président de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) Ahmed Ould Sidi Baba dire qu’il n’avait rien su des purges de 1990/91. Cela retient l’attention, parce qu’il ne s’agit pas d’un citoyen lambda, surtout à l’époque des faits. Ancien Maire d’Atar, président du premier parti né après la libéralisation de 91 (RDU : rassemblement pour la démocratie et l’unité), ancien ministre sous Mokhtar Ould Daddah, grand intellectuel, homme d’affaires très averti, Ahmed Ould Sidi Baba était un élément central du système d’alors. Incontournable dans le jeu politique, il a été longtemps une des pièces fondamentales de l’échiquier national. Comment peut-il avoir ignoré une entreprise qui aura duré quelques mois et qui a abouti à l’extermination de quelques dizaines de Mauritaniens ?
Avec feu Habib, nous avions fait une enquête sur les évènements dès juillet 1991. Ce qui a valu à Mauritanie-Demain, le journal où nous étions, sa première saisie. Cette saisie intervenait au lendemain de la promulgation de la loi instituant la liberté de presse. L’acte est en lui-même un présage sur ce qui allait suivre. C’est une autre histoire que nous effleurons plus loin…
A l’époque – juillet 91 – beaucoup de voix s’étaient élevées pour dénoncer les exactions. Celles d’abord des mouvements politiques – clandestins à l’époque -, le MND (mouvement national démocratique) ou le MDI (mouvement des démocrates indépendants) qui ont publié des tracts et dont des éléments sont allés en prison, d’autres sont allés en exil à la suite de la dénonciation de ces exactions.
Celles ensuite de quelques figures indépendantes qui ont signé des pétitions pour mettre en garde et/ou dénoncer les évènements en cours. Le Maire Sid’Ahmed Habott, les sociologues Abdel Wedoud Ould Cheikh et Cheikh Saadbouh Kamara, l’ancien ministre Eli Ould Allaf… étaient de ceux-là.
Les enquêtes de presse viendront éclairer l’opinion publique à partir de 1991, avec donc ce dossier de M-D intitulé «Arabes-négro-africains : la fin d’un mariage de raison», puis avec Al Bayane qui avait été le premier à «déterrer» les fosses communes de Sory Malé («Sory Malé : la terre accuse» dans Al Bayane)…
Dès mars 1991, tout était presque public. Au début, la thèse du coup d’Etat «ethnique» a pris dans l’opinion publique, mais très tôt on a compris qu’il s’agissait d’un prétexte. On en a discuté dans les salons, dans la rue, dans les journaux à l’extérieur, dans les documents politiques et même dans les mosquées grâce notamment à un Erudit hors normes comme Limam Bouddah Ould Bouçeyri (qui en a d’ailleurs parlé dans sa khoutba du fitr d’avril 91, en présence du Président Ould Taya).
On ne peut pas croire qu’un homme du rang de Ould Sidi Baba pouvait ignorer ce qui se passait et qui semblait menacer le régime auquel il appartenait… difficile à croire…
«Il n’y a rien à tirer d’un régime dictatorial, aucun dialogue ne peut aboutir avec ce régime…» C’est ce que le nouveau chef de la COD a dit pour justifier le rejet de dialogue avec le régime de Ould Abdel Aziz… C’est quand même Ahmed Ould Sidi Baba, chef incontesté du RDU, qui avait poussé à un forum qui réunissait les partis d’opposition et ceux de la Majorité dont il était le principal animateur. «Forum», parce qu’on ne pouvait pas parler de dialogue quand le Président de l’époque refusait de recevoir ou d’envisager une rencontre avec les véritables chefs de l’opposition.
Quand on a espéré une quelconque ouverture de Ould Taya, je ne vois pas de qui on peut désespérer. Le régime de la dictature qui a ensanglanté le pays, qui a pillé le pays, qui a corrompu le pays et la société, qui a détruit les fondements de l’Etat dans le pays, qui a institué le système de contrevaleurs qui pèsera encore longtemps sur ce qui reste du pays… Quand on a discuté avec cette dictature-là, quand on a composé avec cette dictature-là, on ne doit rien refuser après…