jeudi 18 octobre 2012

Le Président va bien


Hier mercredi, le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz a reçu la visite du ministre français de la défense accompagné de certains hauts responsables de son département. Une visite de courtoisie qui en dit long sur l’intérêt que les Français portent aux relations entre les deux pays. comme pour démentir les rumeurs circulant ces jours-ci à Nouakchott, l’AMI a publié des photos du Président accompagné du ministre français.
Hier aussi, le Président a marché dans le hall de l’hôpital Percy. Il a reçu la visite de nombreux de ses compatriotes résidents ou non en France. Ceux-ci n’ont pas pu cependant le voir, les règles des visites étant ce qu’elles sont dans cet hôpital militaire où sont soignés les grands blessés des guerres.
Comme aucun organe vital n’a été touché et comme sa santé s’améliore rapidement, le Président Ould Abdel Aziz pourrait sortir dans les jours qui viennent de l’hôpital mais devrait rester à Paris une dizaine de jours pour la convalescence.
Signe de «détente», tous ses collaborateurs qui l’ont rejoint là-bas ont été priés de rentrer. Ils ont tous revenus mardi et mercredi.
Cette absence ne semble pas affecter le cours normal de la vie en Mauritanie. Aucune mesure particulière n’a été prise, aucun déploiement de forces dans les rues, aucun signe de tension… tout semble normal. Comme quand il est là ou qu’il est en voyage. Et c’est tant mieux. Le pays n’a pas besoin de pression de plus que celle exercée par la perspective d’une guerre au Mali. Une guerre programmée mais qui semble  compromise par les choix stratégiques des uns et des autres des intervenants (CEDEAO, pays du champ, ONU, France, USA…).

mercredi 17 octobre 2012

La CENI évalue


Des voix commencent à s’élever pour critiquer la lenteur avec laquelle la CENI se déploie. Certains n’hésitant pas à attribuer cette lenteur à l’âge de ses membres qui sont tous déjà à la retraite et dont la majorité n’a pas une idée actualisée des mécanismes administratifs du pays. les critiques ont commencé aussi à dire que la CENI ne fait que des recrutements, chacun de ses membres essayant de caser les siens. On est toujours exigeant vis-à-vis des autres sans prendre en compte les contraintes auxquelles ils doivent faire face dans l’exécution de leurs missions. Et on est toujours prêt à faire le procès pour 20% d’échec tout en se taisant sur 80 ou 100% d’échec…
Après les visites de terrain qu’elle a entreprise pour savoir où en sont les administrations concernées par les opérations de vote, l’Agence d’enrôlement et la commission d’appui, la CENI vient de déployer plusieurs délégations en vue de faire une évaluation de l’état d’avancement des inscriptions sur les registres, la disponibilité des populations, des administrations et les infrastructures qu’elle pourrait utiliser au moment des démembrements.
C’est ainsi qu’une mission dirigée par Memed Ould Ahmed est partie couvrir les régions du Trarza, Brakna, Gorgol et Tagant. Pour les Hodh, l’Assaba et le Guidimakha, c’est Moulaye Ahmed Ould Hasni qui dirige la mission. Pour le nord, Adrar, Inchiri, Tiris Zemmour et Dakhlet Nouadhibou, la mission est dirigée par Mohamedhen Ould Bagga. Les autres membres s’occupent de Nouakchott où la durée prévue pour la mission est de trois jours (trois départements par jour). Pour l’intérieur, les missions prendront une dizaine de jours.
On peut donc espérer que dans une quinzaine de jours, la CENI commencera à s’entretenir avec les partis politiques pour savoir les appréhensions des uns et des autres et surtout pour (re)lancer le processus politique.

mardi 16 octobre 2012

La culture de la rumeur


L’un des legs malheureux des trois dernières décennies, est cette propension du Mauritanien, quelque soit son degré d’instruction, son origine sociale, sa piété… à préférer la rumeur à l’information.
J’essaye, dans mon entourage, de faire prendre conscience aux gens de la gravité d’une telle situation qui fait qu’aujourd’hui votre interlocuteur ne veut pas entendre la vérité et lui préfère le faux. C’est ainsi que la rumeur a remplacé l’information et que la culture de l’imprécis a moulé nos esprits. Quand je dis «Mauritanien» ici, comprenez bien qu’il s’agit du Nouakchottois qui a fini par imposer ses (re)lectures des faits par usage excessif de l’internet et du téléphone portable. Avec le premier, on croit avoir trouvé le support inaliénable de la vérité. Notre rapport à l’écrit étant de le sacraliser, nous avons fini par croire que ce qui passait par internet était «écrit», alors qu’il s’agissait tout simplement d’un détournement de l’outil informatique au profit d’un mode d’expression orale, celui qui a fait «çadrayet aaswaaqa», une sorte d’arbre à palabres où les habitants des Mahçars d’antan vidaient leurs contentieux «verbalement».
L’usage généralisé des téléphones portables a, quant à lui, fait que nous n’avons plus de complicités entre nous, de chuchotements, d’informations passées entre nous, chacun de nous exposant publiquement, et à voix haute, ses échanges avec ses vis-à-vis. Le message est alors reçu accidentellement par des oreilles auxquelles il n’était pas destiné. Des oreilles qui reçoivent des bribes, qui les retiennent et qui en font forcément des histoires qui n’ont souvent rien à voir avec les faits d’origine. Comme nous sommes tous devenus des «récepteurs accidentels» de bribes d’information, nous avons fini par devenir des producteurs d’information.
Ajoutons à cela, le développement non maitrisée des moyens de communications comme les journaux, les sites et maintenant les radios (les télévisions sont encore en retard). A chacun de ses phénomènes a correspondu une dérive. A l’époque de la prolifération des journaux, c’est la diffamation et/ou l’encensement de celui qui offre ou qui n’offre pas qui a fini par décrédibiliser le secteur. Est arrivé le phénomène des sites qui a, en plus de cette tare originelle, a institutionnalisé la culture de la rumeur et de l’approximation. Les radios relayant carrément les discussions de salon et consacrant aussi les deux tares héritées de l’exercice de l’écrit (sur papier et sur internet).
Chaque fois que vous allez donner une information exacte, rapporter un fait dont vous avez été témoin, il se trouvera toujours quelqu’un qui va vous dire : «’ajiib, aana ba’d sma’t, bizarre, moi j’ai entendu quand même…» Pour vous donner une version complètement étriquée de l’évènement qui s’est déroulé sous vos yeux et dont vous n’avez raté aucun détail. Le plus grave, c’est que vous allez vous retrouver tous en train de discuter la version «remaniée» et/ou construite, le témoin que vous êtes oubliant qu’il avait été témoin, se retrouve écrasé sous les suppositions des autres. Dans notre entourage d’aujourd’hui, rares ceux qui cherchent la vérité, l’exactitude des faits. La tendance est de chercher à noyer tout dans un flot d’approximations et de suppositions qui changent selon les interlocuteurs.
Dans notre société, la bataille doit être aussi celle de la réhabilitation de la vérité. Ici, la vérité a perdu sa notoriété.

lundi 15 octobre 2012

Notre Président est «touchable»

Les étrangers arrivent difficilement à comprendre qu’un président de la République soit blessé par une unité quelconque dans les conditions qui sont celles qui pèsent sur le Sahel en général et sur le pays en particulier. Ils ne peuvent pas concevoir que le Président de la République refuse de s’incliner devant les exigences de sa sécurité. C’est normal qu’ils doutent donc de la version officielle. Mais nous ?
Nous savons que le Président Ould Abdel Aziz n’a jamais accepté de se priver de sorties en solitaire, dans les rues de Nouakchott et dans le désert. C’est, pour lui, la même chose que quand il s’arrache à ses gardes du corps et qu’il sort du tracé initialement prévu par le protocole, pour aller se mélanger à la foule, sans précaution aucune. Sa manière de répondre à l’élan populaire de ses soutiens, de se confondre avec la foule et de rester en contact avec le citoyen lambda.
Avec ce qui est arrivé samedi dernier, le Président va-t-il se résoudre à obéir à sa sécurité et à respecter les consignes préalablement fixées ? Peut-être. Peut-être pas.
D’une part, c’est là une leçon – à moindre frais heureusement – qui sert à comprendre que, dans les conditions actuelles, le Président de la République est «touchable», c’est-à-dire qu’on peut l’atteindre. Vu son statut de Président de la République d’un pays fragile, a-t-il le droit de s’exposer de la sorte sans tenir compte des conséquences de ses «sorties» impromptues des tracés initialement prévus ? C’est la question qu’il doit se poser et dont la réponse doit lui dicter son comportement futur.
D’autre part, il s’agit d’un style qui lui va bien et qui rompt avec les déplacements calculés au millimètre près de ses prédécesseurs qui affichaient une grande réserve vis-à-vis de la «normalité». Et parce qu’on évoque la «normalité», on peut dire que le Président Ould Abdel Aziz a toujours voulu être un …président «normal». Sans le dire comme ça. Mais en restant avec des habitudes qui lui font gagner quelque proximité, physique et affective, avec les citoyens de son pays. Dans le temps, parmi les choses qui impressionnaient chez Mokhtar Ould Daddah, c’est cette «présence parmi nous» qui participe à son adoption par ses concitoyens qui sont alors naturellement poussés à lui laisser une place dans leurs cœurs.
Entre les deux attitudes, celle qui impose le critère sécurité et celle qui met en avant celui de la convivialité, il y a un équilibre à trouver. 

dimanche 14 octobre 2012

Le Président va mieux


Pour une première c’en était une : hier, samedi, en fin d’après-midi, la voiture du Président de la République qui revenait d’une sortie dans le désert, est l’objet d’un tir d’une patrouille militaire dans les environs de Toueyla (trentaine de kilomètres au nord de Nouakchott). C’est la version donnée par le ministre de la communication qui fait foi dans la mesure où aucun crédit ne peut être accordé à tout ce qui se dit. Notamment sur l’éventualité d’un acte délibéré visant la personnalité du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz.
Tout ce qui lie l’accident à une entreprise terroriste aurait été immédiatement exploité par les autorités qui se verraient alors à l’avant-garde de la lutte contre le phénomène et subissant pour cela l’ire des combattants. C’est pourquoi la thèse de l’accident parait la plus probable.
Au-delà du fait de savoir ce qui s’est passé exactement, c’est la santé du Président de la République qui importe en ces heures. Pas seulement pour les raisons humanitaires et affectives que l’on peut prétexter, mais surtout pour ce que cette mort aurait impliqué pour la Mauritanie. Imaginons un moment que le pire était arrivé. Le pire étant la mort du Président. Quel que soit par ailleurs le responsable de cette mort ou le mobile de l’acte, le pays serait plongé aujourd’hui dans l’inconnu.
Si j’en parle, c’est bien pour interpeller ce qui reste des consciences nationales afin de les amener à prendre sérieusement en compte la fragilité de cette entité qu’est la Mauritanie.
Nous avons encore en tête les images de juin 2003, le sac de certains édifices publics, la désertion des prisonniers, la fuite des hommes d’affaires et des dignitaires du régime de Nouakchott, la peur d’une population désemparée, celle d’une classe politique tétanisée et incapable de réaction.
Il y a eu certes des coups d’Etat chez nous, toutes sortes de coups (la nuit, le matin, l’après-midi…), mais jamais, à part celui du 8 juin 2003 cela n’a entrainé mort d’homme. Et les morts de ce jour-là, nous avons accepté, implicitement, de les inscrire dans la rubrique «pertes et profits», la plupart des responsables ayant aujourd’hui pignon sur rue (et notoriété).
Chez nous, l’assassinat politique relève du domaine de la légende. Certains continuent de croire que l’Emir Mohamed Fall Ould Oumeir, que Sidi Mohamed Ould Soumeyda, que le colonel Ahmed Ould Bouceif et ses compagnons, que le commandant Jiddou Ould Saleck, que même Ahmed Ould Minnih et Pr Mohamed Ould Ahmed Aicha… que tous ceux-là ont été victimes d’un complot (sabotage, empoisonnement…). Cela reste cependant du domaine des allégations. Jamais, depuis le temps des Emirats, il n’y a eu un assassinat politique sur cette terre. Et si la dévolution du pouvoir a toujours été par voie de coup d’Etat, elle est restée sans violence.
Ceux qui veulent accréditer l’idée d’une opération visant le Président de la République doivent se reprendre et saisir les conséquences de leur propagande.
Remercions Allah de nous avoir préservés du pire et reconnaissons qu’il n’y avait aucun intérêt à cacher la vérité si elle était autre que celle donnée officiellement. C’est d’ailleurs ici le lieu de souligner la rapidité avec laquelle le ministère de la communication a réagi. Une première aussi dans ce pays où l’on a appris à cacher tout, le temps de laisser s’installer le doute et la peur.
Tout le monde savait que le Président de la République passait ses heures de repos en plein désert, au nord de Nouakchott. Tout le monde savait qu’il se déplaçait seul, sinon «légèrement» accompagné, même dans les rues de la capitale où il a pris l’habitude de circuler de nuit comme de jour. Mais ce que nous ignorions c’est qu’il y avait des patrouilles de l’Armée dans ces zones-là. En fait, la présence, la semaine dernière, de dizaines d’intervenants miniers américains, australiens et européens à Nouakchott et le passage du rallye «légende des héros» expliquent largement les derniers renforcements de la sécurité autour de la ville de Nouakchott plusieurs fois menacée par AQMI. Cette patrouille mise en cause dans le tir accidentel pourrait faire partie de ce déploiement.
N.B: Le Président a été blessé au niveau du côté (bas, shaakla), aucun organe vital n'a été touché. Il a subi une opération réussie à l'Hôpital militaire et a été évacué pour des soins complémentaires.

samedi 13 octobre 2012

La presse en question


Au moment où l’on passe à la mise en application de la loi relative à l’aide publique à la presse, il est utile pour tous de marquer un moment d’arrêt pour savoir ce qui ne va pas.
Le foisonnement des sites et des journaux n’a finalement pas été un signe de bonne santé. Sauf peut-être qu’il est le meilleur indicateur de la facilité avec laquelle on peut créer un organe depuis que les contraintes ne sont plus là. Ce foisonnement a favorisé l’entrée sur la scène médiatique d’acteurs qui n’ont rien à voir avec le secteur. D’où les excès enregistrés ces derniers temps et qui sont le premier grand mal de la presse. Insultes, diffamation, stigmatisation, racisme, apologie de la violence… tout y est pour tendre encore plus les rapports sociaux et politiques entre les différents segments de la société. Ça se passe comme si tout le monde était de mèche pour promouvoir la rumeur, les à-peu-près, les médisances, les mensonges…
C’est que la paresse intellectuelle, mais aussi l’incompétence notoire, a fait que la plupart de nos confrères se contentent de reprendre les papiers de certains sites. Du «copier» et «coller». D’où l’uniformisation de l’information. La ligne éditoriale n’existant pas, les organes – sites, journaux et maintenant radios et télé – ont fini par répéter les mêmes informations, les mêmes analyses. Nous savions, depuis l’explosion du phénomène des pharmacies et des stations d’essence, que la duplication est le fort des Mauritaniens. Il suffit que l’un d’eux se lance dans une aventure qui lui réussit plus ou moins pour voir tous ceux qui le peuvent lui emboiter le pas, utiliser les mêmes matériaux que lui, s’adresser à la même clientèle, pêcher dans les mêmes eaux… Sans innovation, sans apport supplémentaire. C’est l’une des causes de l’échec de l’industrialisation du pays.
Aujourd’hui elle est la première raison du manque de crédit de la presse. Quand vous avez lu, avant de dormir, quelques quatre sites mauritaniens, vous pouvez vous abstenir de chercher du nouveau dans les journaux du lendemain. Ils ne font en général que reprendre, avec les fautes souvent, les textes qui paraissent dans ces sites. Même qu’ils ne changent rien à l’alignement des sujets.
Il est temps pour nos organes de presse de mûrir et de se professionnaliser. L’information qu’on donne doit être vérifiée, sinon, et pour être le plus complet possible, donner toutes les versions des faits sans prendre partie. Bien sûr qu’on a le droit d’exprimer son opinion, sa position, mais sans prétendre cependant à l’objectivité. Parce que le souci doit être celui de la transparence avec le citoyen que nous devons nous abstenir de tromper.
Entre l’expression d’une opinion ou d’une position et l’information donnée de façon tendancieuse, il y a un pas… énorme. Que l’on franchit allègrement à chaque bout de phrase ici. Tout développement de la presse commence par la prise de conscience de ses insuffisances. Qui sont criantes aujourd’hui.

vendredi 12 octobre 2012

Mauritanides, bientôt en kiosque


Jorge Luis Borges, «Loterie de Babylone» : «Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été pro-consul; comme eux tous, esclave ; j’ai connu comme eux tous l’omnipotence, l’opprobre, les prisons…»
Abdel Wedoud Ould Cheikh, notre grand sociologue que nous n’avons su retenir parmi nous et qui «conclut» le premier recueil des «Mauritanides», la célèbre chronique de Habib Ould Mahfoud : «Comme tous les hommes de la Ruritanie, j’ai été berger, j’ai été täkûsu, j’ai été Ministre ; comme  tous, esclave du Sultan ; j’ai connu comme eux, les grands espaces démultipliés par de lointains mirages, les fétides marécages urbains de Mustikcity et les premiers frémissements de la religion du sac plastique, les sombres geôles de la Structure-boutique.  (…) La Structure-Boutique, sortant de son indifférence habituelle aux récriminations des joueurs, dût faire appel à des théologiens chargés d’élever le statut de La Loterie et celui de la place que le hasard y occupe au rang de dogme religieux essentiel corroboré par des hadîth prémonitoires. Et de faire des preuves du hasard dans la glorieuse histoire du Sultanat une matière fondamentale d’enseignement. C’est depuis cette époque que l’école ruritanienne prit le nom d’Ecole du Hasard qu’elle garde encore de nos jours».
Dans ce recueil des Mauritanides, on retrouve 94 textes triés par un comité désigné par l’Association des Amis de Habib. Les critères de choix ne sont pas expliqués et les textes ne sont pas contextualisés… m’enfin, si l‘on considère que la mise en contexte est le fait de restituer la conjoncture dans laquelle le texte a été écrit. L’une des grandes richesses des Mauritanides, c’est d’être une chronique d’un temps, d’être le commentaire de ce qui était chaque semaine. Il s’agit d’un texte littéraire certes, mais aussi d’un témoignage… sur une période donnée.
Dans ce recueil d’environ 380 pages, on retrouve la fraicheur d’antan et, sur l’essentiel, les problèmes de toujours.
Habib Ould Mahfoudh (1960-2001) est né aux environs de N’yivrâr près de Méderdra, capitale de l’Iguidi et chef-lieu de département de la région du Trarza dans le Sud-ouest mauritanien. C’est dans cette région qu’il passa ses premières années au gré des affectations de son père qui fut l’un des premiers gendarmes du pays. Issu d’une tribu guerrière du Nord, Habib a vite été pétri de cultures riches et diverses. Sous la tente qui l’a vu naître, trois écoles du domaine bidhân (maure) s’enrichissent l’une de l’autre : celle de la mesure et de l’humilité, celle de la vivacité et de la spontanéité, et celle de la candeur et de l’endurance.
C’est dans l’environnement extraordinaire de N’yifrâr des années 1960 qu’il grandit et qu’il s’ouvre à la vie. Il apprend à être curieux sans être impertinent, doué sans espièglerie, intelligent sans prétention... C’est comme ça qu’on naît et qu’on grandit ici.
Son premier maître d’école est un poète, feu Mohamed Ould Bagga, sa première classe se passe sous la tente, son premier livre personnel est un Larousse que son père lui a rapporté et qu’il se met à réciter dès qu’il a su lire.
Il débarque à Méderdra à la fin des années 1960 où il termine son cursus scolaire primaire puis se déplace à Nouakchott en 1972 où il entre au Collège des Garçons. Ceux qui ont étudié avec lui ont encore le souvenir de ce garçon intelligent, qui était toujours premier en français. C’est en classe de troisième qu’il compose son premier poème et écrit son premier théâtre.
Mais c’est au Lycée National qu’il se fait connaître. Trois années durant, les élèves de la filière Lettres Modernes n’auront d’yeux que pour celui qui peut aligner des dizaines de lignes sans faire de faute, réciter des centaines de vers sans sourciller. Il obtient le bac en 1980 et se retrouve orienté vers Alma Ata en Russie, pour faire des études de Cinéma. Ce qu’il refuse. Il est finalement inscrit à l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott où il brille véritablement ce qui ne l’empêche pas de la quitter au bout de deux ans. Il est envoyé à Aioun, dans l’Est de La Mauritanie où il enseigne pendant quatre ans tout en complétant sa connaissance de la Mauritanie et en redécouvrant les trésors cachés de la culture bidhân.
En 1987, il est affecté à Nouadhibou où il essaye de s’accrocher à un métier qui a perdu ses lettres de noblesse puis il est muté à Atar en 1991.
Entre-temps ses amis qui ont fondé Mauritanie-Demain, font vite appel à lui. Ici il se fait remarquer par son génie et son courage. C’est là qu’on découvre Mauritanides et c’est ici que Habib se découvre lui-même acceptant d’offrir au monde une face de son être si riche et si complexe.
Zekeria Ould Denna, sans doute le plus grand connaisseur de l’auteur pour avoir été le premier à étudier ses textes dans le cadre de sa thèse de doctorat en sciences politiques, sans doute le plus à même de saisir toutes les tournures, les réserves cachées, les dimensions des propos, la vision du monde et de la littérature, Zekeria a écrit de lui : «…Sur un autre terrain littéraire, H’bib affectionnait plus que tout l’invention langagière et l’imagination truculente du célèbre auteur des San-Antonio. L’amour des livres et de l’écrit en général était d’autant plus sincère et profondément ancré dans la vie de H’bib Ould Mahfoudh qu’il ne s’accompagnait d’aucune ostentation. Lecteur compulsif, à la mémoire prodigieuse, il cite les meilleurs vers des poètes qu’il aime (ou qu’il n’aime pas !) de façon indifférente à leur langue d’origine. Ce n’est pas le moindre des paradoxes d’un homme qui entretenait les paradoxes et les contradictions. C’est parce qu’il se moquait des positions figées et des choix hâtifs ou définitifs qu’il n’a, contrairement à ce que l’on croit, jamais eu une ‘’position’’ politique au sens classique du terme. Il avait cependant des positions éthiques fortes et indiscutables qu’il ne se satisfaisait d’ailleurs pas, comme il est de coutume en Mauritanie, de proclamer bruyamment. Mais sa véritable posture à lui, c’était avant tout l’irrévérence et le sens de la distance ironique.
Cet authentique "écrivain populaire" dont les références vont de l’éclectisme le plus raffiné aux sources orales les plus communes, des Grands Classiques à la BD, du Coran au Mahabaratha, en passant par…tout le reste. A cet égard, je ne vois personne dans l’histoire récente de la Mauritanie qui puisse se prévaloir d’une telle quantité de connaissances sur sa propre société alliée à une parfaite maîtrise des grandes et moins grandes questions culturelles du monde actuel et qui soit capable de les restituer dans une écriture aussi parfaitement maîtrisée. Plus qu’une option, le bilinguisme était une seconde nature chez cet homme qui est sans doute l’un des rares écrivains au monde à avoir réglé à son propre niveau le lancinant problème de la ‘’Traduction’’, hantise de la littérature mondialisée et question centrale de la philosophie de la connaissance».
Nous devons ce recueil qui parait très prochainement chez Karthala, à la persévérance de la veuve de Habib, Taqla Mint Abdeidalla, à celle de ses amis, et surtout à Sylvain Fourcassié, responsable de Coopération française (financier de l’édition) et à notre ami Ali Bensaad du Centre Jacques Berque. Merci à tous ceux-là.