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dimanche 2 novembre 2014

Les risques terroristes

Il y a quelques semaines, quatre jeunes mauritaniens ont été arrêtés à Zouérate après avoir fait l’objet d’une filature et d’une surveillance rapprochée de la Gendarmerie nationale. Les enquêteurs ont découvert chez l’un d’entre eux une vidéo qu’ils se préparaient visiblement à rendre publique. Elle montre trois d’entre eux prêtant allégeance au groupe de l’Etat Islamique dirigé par Aboubekr Al Baghdadi, autoproclamé Calife de cet Etat. Transférés à Nouakchott, l’un d’eux a été libéré sans suite, alors que les trois autres continuent de suivre la procédure qui les mènera certainement devant la Justice pour association de malfaiteurs en vue de mener des actions terroristes.
Ce qui frappe chez ces trois individus, c’est d’abord leur jeunesse : le plus âgé est né en 1981, les deux autres en 1988 et 89. L’un d’entre eux travaille comme électricien, l’autre comme laborantin alors que le troisième dirige une école coranique. Celui-là a été accusé en 2008 d’appartenance à un groupe terroriste et pour cela emprisonné jusqu’en 2010. Il fait partie d’un groupe ayant bénéficié d’une grâce présidentielle. Le voilà qui revient à l’action. Il est quand même le premier à revenir parmi les repentis de ces années-là.
Dans la vidéo, on les voit un à un prêter allégeance en imitant les positions des assassins ayant procédé à la décapitation des otages occidentaux : le couteau à la main gauche, un léger foulard sur la tête (l’un d’eux le faisait à visage découvert) et le drapeau noir frappé de la profession de foi des Musulmans se déployant au-dessus des têtes.
Au cours de leur interrogatoire, ils ont reconnu avoir agi en vue d’aller guerroyer en Syrie et en Irak aux côtés des combattants de l’Etat islamique. Ils n’ont cependant pas fait état de projets en Mauritanie. Ni de liens avec l’extérieur. L’un d’eux a fait état d’un message de soutien adressé par l’un des prisonniers salafistes de Nouakchott. Ce qui pose le problème de l’isolement – vain finalement – de ces prisonniers dont certains continuent visiblement à avoir des contacts avec des candidats au Jihad.
Mais au-delà de l’avertissement que le fait constitue, l’affaire n’est pas aussi grave qu’on essaye de le présenter. Il s’agit plus d’amateurs peu déterminés à aller jusqu’au bout et sans moyens pour justement accomplir ce qu’ils croient être une mission. Même si cela commence toujours par une banalité du genre…
Les autorités ont raison cependant d’agir avec fermeté et rigueur : les trois compères vivaient à Zouérate, le poumon minier du pays, là où résident actuellement un demi-millier d’étrangers et où la Mauritanie doit assurer pour éviter un scénario à la Aïn Eminas, quand un groupe de terroristes avait semé la panique dans ce complexe gazier algérien.
Il faut rappeler qu’en juin 2005, la garnison de Lemghayti avait été attaquée par le groupe de Bellawar avec le bilan qu’on sait : 17 morts mauritaniens et 5 Jihadistes. Puis vint la série noire de 2007-2008-2009 avec notamment : Tourine (12 morts décapités), Ghallawiya, Aleg (touristes français), Nouakchott (un américain assassiné à Nouakchott), puis les enlèvements d’humanitaires espagnols, de touristes italiens, et surtout les attaques contre Bassiknou, Nouakchott, les tentatives d’attentats spectaculaires, les morts de policiers mauritaniens… Une série d’attaques lancées par Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) contre notre pays qui a vite compris qu’il ne pouvait compter que sur lui-même.
A partir de 2009, l’Armée mauritanienne va commencer à reprendre l’initiative notamment en montant des unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme. C’est en juillet 2010, l’expédition qui permet de mettre en déroute les unités combattantes d’AQMI qui s’apprêtaient à faire route vers la Mauritanie. En 2011, le démantèlement des bases avancées de AQMI dans la forêt malienne de Wagadu, puis la débâcle des assaillants aux portes de Bassiknou et enfin le rapt de certains intermédiaires qui avaient servi de monnaie de change dans la libération des otages occidentaux enlevés en Mauritanie (Espagnols).
Dans cette guerre préventive – il faut le dire et le répéter – l’Armée mauritanienne a évité à notre pays un destin semblable à celui du Mali qui a fini par sombrer dans le chao imposé par les groupes terroristes installés dans un Nord abandonné par le pouvoir central. A l’époque aucun pays n’avait voulu venir en aide à la Mauritanie qui a dû guerroyer seule. Si aujourd’hui, on peut s’enorgueillir d’avoir la paix chez nous en sentant loin de nous la menace terroriste, c’est bien parce que notre Armée a su et pu nous protéger au moment qu’il fallait.
Seulement, il ne faut jamais oublier que les risques de résurgence de groupes autoproclamés jihadistes dépositaires de la légitimité divine, que ce risque est toujours là. Vigilance donc !