Pages

samedi 9 août 2014

A quand l’Institution de l’Opposition ?

C’est bien l’un de ces instruments prévus par la Constitution pour renforcer la démocratie. En février 2007, le souci était de trouver une porte de sortie honorable pour l’opposition «traditionnelle» représentée par des candidats comme Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir. La question était de savoir comment pouvait-«on» les amener à accepter, sans heurts, de perdre en face d’un candidat sorti de nulle part, n’ayant aucune expérience politique et dont le seul atout est d’être soutenu par une partie de la junte au pouvoir.
Par la création d’un Statut de l’Opposition, on assurait aux perdants annoncés une présence sur l’échiquier et une participation plus ou moins effective dans l’exercice du pouvoir. Avec, en prime, ce rang, certes protocolaire, égal au chef du gouvernement accordé au Chef de file de l’Opposition démocratique. A l’avance «on» savait qui devait l’être et qu’est-ce que cela permettrait.
La première mouture fut rapidement adoptée, sans concertations préalables. Au lendemain de l’élection présidentielle, l’Institution de l’Opposition démocratique prit du temps à se former. La digestion de la défaite a été difficile et l’entente autour de qui fait quoi au sein de cette Institution compliquait la situation.
Le Chef de file fut reconnu et installé. Le bureau suivra plus tard, beaucoup plus tard. Cela occasionnera des échanges sulfureux entre chefs politiques. Sans pour autant empêcher des contacts entre le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah, le Chef de file de l’Opposition. Prévues pour se tenir tous les trois mois, ces rencontres étaient juste l’occasion de voir les deux hommes ensemble. En fait par deux fois seulement.
Vint le temps des contestations intérieures. Les parlementaires de l’Union des forces du progrès qui est le seul parti ayant par le passé demandé la création d’un tel Statut, vont initier une réforme de la loi en vue de limiter les pouvoirs et le statut du Chef de file. La nouvelle loi entend faire du bureau de l’Institution, non pas de son Chef de file, la personne morale qui la représente. Le poste de secrétaire général devenait important et même ceux de membres. Surtout que la gestion d’un budget conséquent était en cause (ce budget va varier entre 90 et 110 millions par an). Qui sera quoi ? Nouvelle querelle qui va durer celle-là.
La crise politique qui s’ouvre avec la constitution du premier gouvernement de Yahya Ould Ahmed Waghf, pour s’accentuer avec le deuxième gouvernement du même Premier ministre par ailleurs président du parti Adil qui a phagocyté les Indépendants issus du PRDS, cette crise politique va reléguer au second plan la question de l’Institution. Cependant, la participation de l’UFP et des Islamistes de Tawaçoul au gouvernement de Ould Ahmed Waghf, met fin à la querelle autour du secrétariat général qui va revenir à Ibrahima Moktar Sarr.
Le 6 août 2008, le Chef de file de l’Opposition démocratique et son parti le RFD préfèrent accompagner «le mouvement de rectification» (l’appellation est la leur). S’en suit la longue nuit qui va commencer à se dissiper avec l’Accord de Dakar. Gouvernement d’union nationale, organisation d’une élection présidentielle consensuelle le 18 juillet 2009, on espère avec cela sortir de la logique de confrontation et normaliser les rapports entre les protagonistes politiques. C’était trop demander.
Il faudra attendre le 19 octobre 2010 pour voir côte à côte le Président de la République élu en juillet 2009 et jamais reconnu, et le Chef de file de l’Opposition démocratique qui n’aura pas cependant droit à faire une déclaration publique à sa sortie d’audience. Pendant quelques semaines, les deux hommes évolueront côte à côte au cours de cérémonies officielles successives. Avant de rompre à nouveau.
La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) se substitue peu à peu à l’Institution de l’Opposition. Elle permet à tous les leaders d’occuper le strapontin de la présidence tournante et leur évite d’avoir un seul chef. L’Institution de l’Opposition est ainsi jetée aux oubliettes. Ne subsiste d’elle que le budget et le fonctionnement dans l’opacité la plus totale. Même quand la COD s’avère dépassée comme structure regroupant l’ensemble de l’opposition au pouvoir, on choisit de créer un Forum national pour la défense de la démocratie (FNDU) au lieu de revenir à l’Institution démocratique légale. C’est que l’objectif premier est de la faire dépasser.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Il y a les élections législatives qui ont donné Tawaçoul comme premier parti d’opposition. Le Conseil constitutionnel devait annoncer solennellement que le poste de Chef de file de l’Opposition revenait justement à ce parti. Cela n’a pas encore été fait. Ceux de Tawaçoul accusent le pouvoir de trainer la procédure. C’est d’ailleurs ce qui ressort de la dernière interview de Cheikh Mohamed el Hacen Ould Dedew qui y voit l’un des aspects du retard de la démocratisation. Le mieux pourtant est de permettre au plus vite l’installation du bureau de l’Institution de l’Opposition démocratique et de lui permettre de travailler selon les dispositions prévues par la loi.