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jeudi 17 avril 2014

Le privé a raison de la santé

L’enfant se tordait sur son lit. Il était pris par de fortes convulsions qui raidissaient son corps menu. Il était déjà frêle bien avant sa maladie. Ceux qui l’entouraient avec toute la bienveillance qui sied en pareils moments, étaient malheureux de le voir se tortiller ainsi sans pouvoir apaiser ce qui semblait douloureux. La scène était insupportable. La mère s’était retiré à part pour éviter de voir son enfant dans un état pareil.
Depuis le matin, l’enfant avait été admis dans une clinique privée de Nouakchott. Il avait été d’abord retenu dans les urgences avant d’être hospitalisé en attendant le résultat des analyses. Aucun des médecins qui s’est penché sur son cas n’a pu déceler de quoi souffrait l’enfant. On n’avait cependant pas besoin d’être médecin pour savoir qu’il y avait urgence à le faire nourrir : on lui administration le glucose et les solutions salées en plus d’une dose de gardénal (somnifère) pour calmer ses convulsions en attendant.
A un moment de la nuit interminable, l’un des parents parla de symptômes de la méningite sinon d’un neuro-paludisme. En profane, il commença à disserter sur ces symptômes. Vers la fin de la nuit, un médecin décida de lui administrer et un traitement anti-méningite et l’antipaludéen. Par deux fois. La fièvre commença à baisser et dès le petit matin, l’enfant recommença à ouvrir les yeux. Il reconnut même sa maman. Il était sauvé… Al hamdu liLllahi… 
Comme pour l’éducation, l’activité privée a eu des effets catastrophiques sur le secteur de la santé. Derrière la libéralisation de ce secteur, il y avait une volonté de le faire développer par l’initiative privée, notamment la mobilisation du capital et l’exploitation du savoir-faire. C’est devenu une activité commerciale où l’exigence de l’efficacité et de la responsabilité est faible. Tellement faible que vous avez l’impression que vous êtes payés pour être là : les services ont commencé à se détériorer et les mêmes dysfonctionnements qui ont «tué» le secteur public apparurent. Plus intenses et plus destructeurs.
C’est bien parce que personne n’est comptable de son irresponsabilité (dans le diagnostic, le traitement administré, l’opération faite…) que la déconfiture a été forte. Si l’on veut développer le secteur de la santé, il faut d’abord réhabiliter la confiance entre usagers et personnels soignants. Cela passe par une séparation entre le public et le privé, avec cette exigence pour le public de payer assez pour motiver et exiger plus d’efficience et de responsabilité.