Pages

mardi 1 avril 2014

Les hommes du dialogue

On a longtemps attendu (trop attendu) cet instant. Et voilà que les «trois pôles politiques» (comme en 2009 à Dakar) acceptent de se faire face à face.
La Majorité a envoyé Mohamed El Mokhtar Ould Zamel et El Moudir Ould Bouna, tous deux députés de l’Union pour la République (UPR), comme quoi c’est bien ce parti qui dirige dans ce pôle. Ould Zamel est le président du groupe parlementaire UPR à l’Assemblée nationale.
Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU, pas FNDD) a délégué Ahmed Ould Lafdhal du RFD et Kane Hamidou Baba du MPR (mouvement pour la rénovation). Aucun syndicaliste, aucune personnalité de la société civile.
La Coalition pour une alternance pacifique (CAP) est représentée par Abdessalam Ould Horma de Sawab et Idoumou Ould Abdi, secrétaire génaral du Wiam. Sawab qui a participé aux dernières élections n’a pas un siège, mais il préside actuellement la CAP.
On n’a pas vraiment besoin de voir le parcours de chacun de ces hommes, sa position réelle sur l’échiquier qu’il représente, sa disponibilité à voir s’apaiser les relations entre les partenaires politiques, ses engagements antérieurs pour la démocratie, l’égalité, la justice, l’unité et la démocratie…, pas besoin de faire l’évaluation. On se connait assez. Il suffit juste de savoir qui représente quoi pour savoir qu’en mettant en avant ces hommes-là, on a, de part et d’autre, donné la preuve qu’on se moque un peu de l’opinion publique et du pays en général, en tout cas qu’on n’attend pas grand-chose de ce dialogue.
On nous dira qu’il s’agit là d’«éclaireurs» qui ont pour mission de «jauger» l’adversaire en attendant de passer le cap de l’observation. Qu’au premier couac, les trois parties dénonceront leurs envoyés tout en corrigeant le tir et en sachant jusqu’où on peut aller. Si vous connaissez l’histoire du papillon (bouverteta) qui disait à ceux qui l’auscultaient maladroitement pour savoir de quel sexe il est : «le temps pour vous de savoir, je serai mort». La fragilité de ct insecte est légendaire et il est absurde de le retourner dans tous les sens pour savoir s’il est mâle ou femelle.
Avec nos politiques, il est nécessaire de parler vrai : nous n’avons plus le temps parce que nous en avons déjà trop perdu à savoir si le «b» était chimique (sorcier), s’il fallait composer avec le pouvoir ou chercher à le faire dégager, s’il fallait participer ou pas aux élections législatives et municipales, s’il fallait subir les événements et attendre qu’une «ouverture vienne du Ciel»…
Ceux parmi eux qui n’ont pas compris que l’occasion de reprendre la route de la démocratie est peut-être là, vont tout rater. Ce peut-être l’occasion d’approfondir les règles du jeu démocratique pour le rendre plus régulier et plus équitable notamment en renforçant les outils qui le mettent en œuvre. Ce peut-être l’occasion d’exiger le retour sur les élections législatives et municipales et leur reprise pour après l’élections présidentielle. L’occasion de maintenir le statu quo actuelle, avec la même Institution de l’Opposition, et aussi d’ouvrir la voie à tous de participer et de revenir sur scène. Ce peut-être l’occasion de préparer l’élection présidentielle de 2019 qui est le vrai rendez-vous de l’alternance.
Revenons un moment en arrière et rappelons-nous dans quelles conditions le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été élu : malgré le soutien affirmé de la junte au pouvoir, il a eu seulement 24% au premier tour ; il a fallu le retournement de Messaoud Ould Boulkheir et le ralliement de Zeine Ould Zeidane pour le faire passer avec 52%. Plus proche de nous, l’expérience des législatives et municipales est édifiante à Tintane, à Rosso, à Guérou, à Chinguitty… Tout nous enseigne ici que le seul soutien de l’autorité n’assure plus une victoire aux élections.
En 2019, le Président Ould Abdel Aziz ne sera pas candidat. Il se contentera certainement de porter un candidat. L’histoire du pays nous apprend qu’entre un candidat «sortant» (ou en place) et un candidat «soutenu», il y a une grande différence. Autant le premier peut paraitre «imbattable», autant le second peut être battu.
C’est certainement ce que les Islamistes de Tawaçoul ont pris en compte dans leur position marquant plutôt une indifférence vis-à-vis de la future présidentielle : s’il y a une chance, c’est pour l’alternance, c’est celle de 2019 qu’il faut préparer dès à présent. La préparer suppose une présence sur la scène. Elle nécessite un positionnement de leadership au sein de la nouvelle opposition. Ce qui fait de la perspective de boycott, une aubaine pour ce parti dans la mesure où la participation pourrait mener au retour des autres partis dans le jeu.