Pages

mercredi 5 mars 2014

Le jour d’après

On est revenu à la raison. On commence se poser les questions qu’il fallait poser dès les premiers instants, celles qui relèvent de l’intelligence du fait. On comprend désormais que la version que nous avons eue est celle d’un adolescent de 16 ans. On comprend que l’information n’est pas aussi avérée qu’on l’a laissé penser. En attendant que l’enquête en cours aboutisse, on peut faire une évaluation de ce qui s’est passé.
Une grande casse qui a entrainé mort d’homme, un jeune étudiant, mort à la suite de l’inhalation des gaz lacrymogènes et probablement de l’explosion de la grenade tout près de lui. Une mort de trop sans aucun doute qu’on pouvait éviter d’une part en imposant aux forces de l’ordre de se comporter avec prudence, d’autre part en laissant les manifestants exprimer leur colère en toute liberté comme cela a été fait en toute quiétude jusque-là.
Les grandes gueules se sont tout de suite ouvertes pour condamner «le trop de liberté d’expression», d’autres ont commencé à indexer les médias dits «islamistes» avant d’attaquer tout ce qui est presse pour la rendre responsable des débordements. La cabale qui avait commencé il y a quelques mois avec les attaques contre Sahel TV, puis Al Wataniya et Aqlam, cette cabale a repris de plus belle.
La Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) a alors convoqué les responsables des stations (radios et télévisions) pour parler des responsabilités, des dérapages, des cahiers de charge, du professionnalisme… Tout le monde semble avoir fini par comprendre que l’heure est grave et que la situation ne supportait pas plus d’excitation ou de provocation. Un pays déstabilisé, une quiétude bouleversée, une société traumatisée, un homme en meurt, d’autres sont blessés, avec des dégâts matériels importants…, tout ça pour un récit d’un enfant de 16 ans, une relation d’une grande imprécision et comportant de nombreuses contradictions… mais un récit qui a failli emporter un pays et qui a ébranlé la paix sociale.
On s’en remettra difficilement. Mais cela m’a rappelé les jours néfastes qui ont précédé les évènements d’avril 1989. Avec notamment, les rumeurs qui naissent ici et là-bas pour faire état de massacres interethniques là-bas et ici (selon que vous soyez ici ou là-bas). Les mêmes vecteurs, la même intoxication, peut-être les mêmes hommes qui vont, après, se décharger sur le protagoniste du moment traité comme «ennemi». Cela m’a rappelé aussi l’époque où El Bouchra et La Vérité annonçaient les répressions futures par des attaques ciblées contre tel ou tel organe de presse accusé d’être affilié à telle ou telle mouvance. C’est peut-être pour cela que les observateurs ont, ces jours-ci, pensé à de possibles reculs sur le plan des libertés. Il n’en sera rien parce que le Président Ould Abdel Aziz n’acceptera pas de faire le moindre pas en arrière dans ce domaine. Il est conscient que les acquis en la matière ne doivent pas être remis en cause, sous aucun prétexte.

Nous sommes quant à nous tristes et inquiets parce que la démocratie et son fondement la liberté d’expression ont besoin d’être défendues. Alors que nous sommes dans un pays où la demande démocratique n’a jamais été très forte (elle n’a jamais vraiment fait l’objet de sacrifices), et où ceux qui sont hostiles à l’exercice de la liberté d’expression sont nombreux et bien incrustés dans l’encadrement social et politique. Tout comme ceux qui ne veulent pas de la démocratie.