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mercredi 8 janvier 2014

Qui gagne la bataille ?

Un communiqué du Tour Operateur «Point Afrique» nous apprend qu’il revient en Mauritanie, «un retour qui se fera progressivement» selon les termes du communiqué. Parce que les autorités françaises classent toujours la Mauritanie, et surtout ses zones touristiques, dans «la zone rouge». Cette zone qui serait très risquée pour les ressortissants occidentaux en général, français en particulier.
Il y a quelques mois, une Espagnole perdait son travail parce qu’elle était allée bivouaquer à une cinquantaine de kilomètres de Nouakchott. Quelques avertissements ont été adressés à des expatriés connaissant mieux le pays que quelques bureaucrates bien installés dans les bureaux des métropoles européennes. Ceux-là refusent de comprendre qu’ils jouent ainsi le jeu des Jihadistes dont l’objectif est de couper toute passerelle entre les gens de différentes latitudes. Tout en détruisant un tissu économique qui offrait quelques subsides à une population souvent laissé-pour-compte  dans l’opération développement.
Dans son communiqué, Point Afrique rappelle les belles années qui ont vu l’Adrar devenir une destination privilégiée de vagues de touristes qui apportaient quelque chose aux autochtones. En 2006, ils étaient 50.000 à passer par Point Afrique pour venir en Mauritanie profiter du désert et de la culture. Il y a eu depuis, les assassinats d’Aleg (décembre 2007), les attaques multiples d’Al Qaeda et une réelle menace sur la vie des citoyens occidentaux vivant en Mauritanie. Mais il y a eu aussi tous les efforts entrepris par la Mauritanie pour mettre à niveau son dispositif sécuritaire. Ce qui a permis d’aboutir à l’équipement d’unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme, de déployer les forces armées sur l’ensemble du territoire national et de verrouiller plus ou moins les frontières. On ne peut jamais dire qu’il n’y a pas de risques aujourd’hui, mais il s’en trouve comme en France, en Algérie ou aux Etats-Unis. En tout cas moins qu’au Mali, au Sénégal, au Niger…
Point Afrique de préciser : «Cette importante fréquentation avait eu des conséquences très positives, immédiatement mesurables : selon une étude du PNUD, le taux de prévalence de la pauvreté qui atteignait 50% en 1996 dans l’Adrar, était tombé cinq ans plus tard à 24%.
De ce point de vue là, le projet constitutif de Point-Afrique Voyages avait bel et bien été atteint… jusqu’à ce que tout s’écroule en 2008, lorsque Point Afrique dut arrêter sa desserte touristique de l’Adrar pour des motifs d’insécurité».
Aujourd’hui, le Tour Opérateur français revient avec «4 circuits programmés en 8 ou 15 jours, en 2x2 ou à pied dans la région de l’Adrar». L’opérateur relaie aussi l’invitation officielle à participer au festival de Walata : «Du 13 au 16 janvier se tiendra à Walata – classée patrimoine mondiale de l’Humanité par l’UNESCO – la 4ème édition des villes anciennes et le gouvernement mauritanien invite les amoureux de désert et les médias à participer à ce bel évènement culturel et sportif !». Le communiqué indique enfin que «du 16 février au 16 mars 2014, Point Afrique proposera à nouveau des vols secs et des circuits dans la région de l’Adrar pour permettre d’accéder au plus près aux merveilles du désert bien vivant de la Mauritanie !»
Au lieu de continuer à travailler en vue de l’isolement des régions sahariennes et de leurs habitants – ce qui est la meilleure manière de les laisser otages du crime organisé – les autorités française devraient plutôt encourager l’établissement de passerelles effectives entre le Nord et le Sud. Surtout que ces mesures ne servent que les intérêts des groupes qui sont combattus par tous et qui posent problème à tous.