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mardi 13 août 2013

Le Président à Néma

L’avion présidentiel atterrit vers onze heures trente du matin. Les pluies du matin et celle de la veille humidifient l’atmosphère et rafraichissent l’atmosphère, empêchant la chaleur «naturelle» de Néma de frapper comme à l’accoutumée. L’intérêt de venir ici en cette période est celui-là aussi : la clémence de la nature qui offre tout ce qu’elle a de beau et de bien. Cela se reflète sur la nature et sur ses habitants.
A l’aéroport de Néma, véritable gâchis pour un pays pauvre qui possède une telle infrastructure sous-utilisée, des centaines de gens s’agglutinent pour saluer le Président. Le fameux «toucher présidentiel» qui procure à son auteur une immense fierté, comme s’il s’agissait d’une baraka qui fera l’effet d’une onction bénie. Le Président tient à saluer tout le monde. Chacun tient à saluer le Président. Résultat : les rangs se défont pour se refaire un peu plus loin. Cela prend le temps qu’il faut : une bonne heure.
L’accueil est fastueux du point de vue de la présence humaine et du déploiement des traditionnels défilés de cavaliers et de chameliers. Ils sont venus de partout de la région pour crier leur «timjida», ce patronyme qui colle à chaque ensemble pour le distinguer des autres et qui sert à exciter la communauté et les individus dans les moments où l’on a besoin d’exciter en eux bravoure et générosité.
C’est «Ejom» quand on passe devant les Ijoumâne, «Ejad» pour les Kounta, «Dicko» pour les guerriers en général (ici les Awlad Dawoud), «Babiih» pour les Tajakant… chaque ensemble veut marquer sa présence. Parce que chaque ensemble est supposé mobilisé autour de l’un ou de plusieurs de ses ressortissants qui se trouvent être des cadres de la République. Il faut bien que l’on sache, là-haut, que ces cadres ont «fait venir» les leurs. Extrêmement important pour eux, surtout qu’il a été question du «boycott par les populations de la visite». Aucune adversité ne semble perturber pourtant le cours de la visite. Sur le tracé du parcours, des milliers de gens, marchant, à dos de cheval ou de chameau, portant des portraits du Président Ould Abdel Aziz… aucune manifestation hostile quelle qu’en soit l’ampleur.
La capacité hôtelière de la ville est presque nulle : deux hôtels d’une trentaine de lits. Des milliers de gens arrivent des autres régions de Mauritanie. En plus de la délégation présidentielle. On fait comme on peut. C’est l’habitant qui reçoit et on doit se suffire de ce qu’on trouve. C’est ce qui permet de résorber les problèmes de résidence : personne ne s’attend au faste et au confort absolu et chacun aura sa portion d’aise qui lui permettra de rester le temps de participer à la fête.
La fête, c’est ce soir, c’est le face-à-face avec le Président. Que va-t-il dire ? comment va-t-il le dire ? qui posera les questions en plus des journalistes sélectionnés pour le faire ? quelles questions seront posées ?