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samedi 3 août 2013

Il était une fois le 6 août (4)

La Tribune N°409 du 14 juillet 2008 :
«Nous sommes sortis de l’époque militaire sans avoir apporté de correctifs profonds à la situation. Même sur le plan mental, nous sommes restés campés dans les donnes du passé. Le système - il faut un moment éviter de dire «le système de Ould Taya» - est resté aux commandes. Ne serait-ce que dans les têtes de notre élite. Nous en avons oublié que quelque chose de salvateur s’est passé.
Pour la deuxième fois de notre courte histoire, notre élite est en porte-à-faux avec notre société. La première, c’était au moment de l’indépendance quand elle a voulu imposer l’Etat moderne. A l’époque, la Mauritanie avait encore des hommes et des femmes pleins de ressources (morales, intellectuelles, physiques…). Ce qui avait aidé. Aujourd’hui, ceux que nous voyons envahir la scène sont plutôt avachis par la fausse opulence, la corruption des mœurs, la culture de la médiocrité…

D’abord positiver. Nous sommes dans une situation inédite. Des députés - désormais une majorité des élus du plus grand parti de la majorité - se sont rebellé contre un gouvernement dirigé par le président de leur parti. Qui mieux qu’eux, peut juger des prédispositions de cet homme et donc de son aptitude à choisir et à diriger un gouvernement ? Qui est mieux placé pour juger de l’opportunité de ce choix ?

On aurait dû en rester là. Le Président de la République s’en mêla et le conflit fut porté sur la voie publique. Après moult tractations, on crût arriver à un compromis avec l’élection d’un bureau de l’Assemblée nationale et la ferme promesse d’une redistribution des cartes.
C’est au président du parti Adil qui a fourni la majorité de la rébellion, à lui qui n’a pas su anticiper ni juguler la crise, à celui-là que fut confiée la mission de refaire l’unité et de soigner les plaies. Dès le montage du bureau de l’Assemblée, on devait comprendre que la retrouvaille avait un goût d’abdication. Indécis et «loyalistes» sont écartés. Blocages. On bute sur le choix des personnes. On en oublie l’essentiel : comment faire gagner la démocratie de cette crise ?
Au lieu de soutenir un camp contre l’autre, au lieu de sombrer sous le flot des rumeurs, au lieu de s’enfermer dans les logiques d’affrontements stériles, les politiques auraient mieux fait d’avancer sur le front du renforcement des institutions démocratiques. Trois lignes :

- Consolider le rôle du Parlement et principalement de l’Assemblée nationale par l’adoption de textes instituant un régime plus parlementaire, moins présidentiel. Nous savons désormais qu’un député peut bloquer l’exécutif. Penser à moyen terme à une profonde réforme du système institutionnel menant à la suppression du Sénat et à l’élargissement de l’Assemblée nationale (meilleure représentation du peuple).
- Encourager la naissance de nouveaux partis nés forcément de l’éclatement des partis existant - majorité et opposition. «Forces du Changement», «députés de la motion» et d’autres factions peuvent chacune créer sa propre formation. Le pouvoir traîne les avatars de la création du pacte national pour le développement et la démocratie (PNDD-Adil). Il refuse de tirer les conclusions de l’échec politique de l’entreprise et s’en prend à tous ceux qui élèvent la voix pour en parler. Imaginons un moment, plusieurs partis de la majorité, le jeu sera plus transparent et plus sain. Refonder pour l’occasion la loi sur les partis pour exiger d’eux une plus grande représentativité sur le terrain (les reconnaître en fonction du poids électoral).
- Ouvrir les médias publics au débat sur toutes ces questions. Il est à remarquer que pour suivre l’actualité en Mauritanie, le citoyen est obligé de se reporter sur la chaîne Al Jazeera dans son édition sur le Maghreb. Aucune allusion, aucune information, aucun débat. Comme au bon vieux temps de la dictature, silence total. Comme si ce que vivait le pays ne concernait en rien le public. L’ouverture de ces médias participera justement à «alléger» la crise. Peut-être à la dépasser. Si jamais il y a volonté de la dépasser.» (409)