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samedi 27 juillet 2013

Qui va profiter de qui ?

J’ai lu ces derniers jours de nombreux articles parus sur les sites arabophones de Mauritanie appelant tous les Mauritaniens à «profiter» des évènements d’Egypte pour s’en inspirer dans «la recherche d’une issue» à la soi-disant «crise politique qui secoue le pays».
Il y a effectivement des éléments de comparaison entre les deux processus, celui de Mauritanie commencé en août 2005 et celui d’Egypte déclenché en janvier 2011. Notamment la création dans chacun des pays d’un comité militaire promettant une transition désintéressée, appelée d’abord ici «Comité militaire pour la Justice et la Démocratie» (CMJD) en 2005, puis «Haut conseil d’Etat» en août 2008. En Egypte, l’Armée a pris le pouvoir en mettant sur place un HCE directement avec le Maréchal Tantawi comme chef, un ancien apparatchik du système Hosni Moubarak. Exactement comme quand ce fut le colonel Ould Mohamed Val, l’ancien directeur de la sûreté de Ould Taya, a été choisi pour diriger la première transition.
En Egypte les velléités autoritaristes du pouvoir islamiste sorti des urnes ont amené le Président Mohamed Morsi à promouvoir une nouvelle classe d’officiers dont certains étaient pressentis comme sympathisants de la mouvance islamiste. Le général Abdel Fettah Al Sissi fut nommé chef d’Etat Major des Armées pour justement éviter les vieux réflexes de l’Armée. On croyait bien faire en mettant en avant de «jeunes officiers» dont les précédents politiques étaient plutôt «rassurants».
Bien avant en Mauritanie, le Président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait été poussé par ses amis politiques à «évacuer» la vieille garde militaire. C’est le temps de la démission du colonel Abderrahmane Ould Boubacar qu’il avait trouvé chef d’Etat Major et avec lequel il aurait dû avoir des liens sociaux très spéciaux. A ce moment, la plupart des anciens officiers supérieurs avaient été dégagés du commandement. On croyait pouvoir manipuler les jeunes qui avaient pourtant donné les preuves de leur habilité politique en adoubant un inconnu et en le faisant passer grâce au concours d’une grande partie de la classe politique. Cette partie de cache-cache qui va s’engager par la suite mettait en évidence deux camps ennemis : celui des jeunes officiers ayant pris le pouvoir en août 2005 (les véritables auteurs du coup d’Etat) et en face d’eux, les victimes de ce coup d’Etat et toutes les forces centrifuges ayant pour objectif de restaurer l’ancien système.
Vint le coup de poker – ce n’est pas un coup de balai mais une tentative de coup de balai – du mercredi 8 août 2008. Quand le Président élu fut «poussé» par ses soutiens de l’époque à commettre la faute qui consiste à ignorer le rapport de force et à croire qu’on pouvait aussi facilement remettre en cause des équilibres obtenus par miracle.
La différence entre les scènes mauritanienne et égyptienne, consiste en l’absence ici de mouvement de foules anticipant ou accompagnant les changements de pouvoir. En Egypte par contre, des millions sont sortis chaque fois pour préparer le terrain.
Autre différence fondamentale : les officiers mauritaniens n’ont jamais hésité à prendre et à exercer le pouvoir directement, alors que, dans le cas du général Abdel Fettah Al Sissi, il essaye de rester en retrait. C’est très probablement ce qui crée la situation de confusion totale et qui risque de dégénérer en guerre civile.

Si l’une des scènes doit apprendre de l’autre, c’est bien la scène égyptienne. C’est à l’élite égyptienne de trouver un «Accord de Dakar» qui va amener les protagonistes à revenir à la légalité en déclenchant une mise en scène par laquelle le Président élu revient au pouvoir juste pour démissionner et nommer un gouvernement de transition en charge de préparer de nouvelles élections présidentielles. C’est à la classe politique égyptienne d’imaginer un rétablissement de la démocratie à même de garantir la stabilité du pays. C’est à cette classe politique d’éviter les erreurs commises ici, les mauvais calculs, la mauvaise foi, la mauvaise appréciation des rapports de force… Contrairement à la classe politique mauritanienne, l’égyptienne peut compter sur des soutiens populaires réels et surtout sur une capacité de mobilisation et une expertise avérée. Ce n’est pas le cas ici.