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dimanche 30 septembre 2012

L’école, quelle école ?


Demain les classes rouvriront leurs portes. Sans qu’il y ait eu l’ombre d’une réforme. Nous savons cependant que des Etats généraux ont eu lieu au niveau des régions. Quels résultats, quelles perspectives ? On n’en sait strictement rien.
Tout le monde est d’accord pour dire que les problèmes de la Mauritanie sont d’abord ceux du système éducatif. Qui n’a pas pu être le moule formateur, unificateur, normatif de la société.
En 1979, une réforme improvisée est adoptée par les militaires de l’époque. Elle fait suite aux événements provoqués par l’application «incongrue» d’une circulaire – dite 02 – et par laquelle le ministère a décidé, en pleine année scolaire, de revoir à la hausse le coefficient de certaines matières, l’IMCR notamment et de les introduire au baccalauréat de la même année. La Mauritanie qui vivait un reflux des idéologies progressistes unitaires, connaissait alors une résurgence des nationalismes sectaires et chauvins. La circulaire 02 alimentera la contestation des scolaires négro-africains et permettra de cristalliser encore plus l’opposition entre les deux versants du nationalisme mauritanien (arabe et négro-africain).
Aveu d’impuissance, le Comité militaire nomme une commission composée principalement des deux courants. Résultat : la réforme qui va consacrer la division du pays avec une école dite «bilingue» où l’on retrouve essentiellement les négro-africains, une dit «arabe» où l’on retrouve les arabes. De 1979 à 1999, des générations de Mauritaniens vont évoluer parallèlement, ne parlant pas la même langue, ne se frottant pas entre eux, ne se connaissant pas, subissant cependant les mêmes aléas d’un système éducatif en perdition. Baisse des niveaux, absence de programmes, déresponsabilisation des enseignants et des familles, désengagement du public et prolifération du privé… Le système éducatif consacre la faillite du système de gouvernance que les Mauritaniens se sont choisi. Il a pour conséquence immédiate la détérioration des rapports intercommunautaires en plus de son incapacité à répondre aux exigences de la Modernité.
Deux soucis majeurs vont guider les décideurs. D’abord celui de finir l’année scolaire sans heurts. L’objectif de chaque responsable – du directeur au ministre – est de passer l’année sans grève, sans mouvement. Ce qui explique la longévité d’un Hasni Ould Didi (près de onze ans) et l’instabilité qui a suivi (en moyenne un ministre tous les ans).
Le deuxième souci fut celui de la quantité. Il fallait afficher un taux de scolarisation porteur pour permettre aux financements de continuer. Et c’est là où la Banque Mondiale est arrivée avec son «Projet éducation» qui a été une catastrophe pour le pays. Rien que parce qu’il va privilégier la quantité sur la qualité. Cela procède d’une approche qui voudrait que les populations comme les nôtres n’ont pas vraiment besoin  de connaissances académiques de haut niveau, l’essentiel étant de savoir lire et écrire, peut-être de former aux métiers. La recherche de la quantité va donner la pléthore qui se traduit aujourd’hui en termes de chômage, d’incompétence des sortants de notre système…
La sécurité et la recherche de la quantité ne peuvent inspirer la mise en place d’un système éducatif efficient. En 1999, et sur un coup de tête, le Président Ould Taya, alors qu’il était dans une tournée à l’intérieur, décide de rétablir le bilinguisme : une seule école pour les Mauritaniens, des matières scientifiques enseignées en Français, les autres en Arabe.
Sans préparation, on se lance sur cette voie. Les élèves de ce système ont fait le baccalauréat l’année passée. Sans jamais avoir eu les enseignants qu’il faut, ni les livres qu’il faut parce que jamais les programmes n’ont été élaborés pour cette nouvelle réforme qui n’est pas cependant contestée dans son fond. Ne serait-ce que parce qu’elle remet les enfants mauritaniens dans les mêmes classes.
Est donc lancée l’idée des Etats généraux de l’éducation. On ne sait pas ce qu’elle va donner. Cela fait trois ans qu’elle est en marche. Et plus ça dure et plus ce sera difficile de sauver ce qui peut l’être.