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dimanche 9 septembre 2012

Assez de politique


Juste pour partager avec vous un éditorial publié par La Tribune dans son édition de la semaine dernière :
«Encore une initiative, des bons offices. Cette fois-ci, elle vient d’un groupe de Shuyukhs (pluriel de Shaykh) qui voudraient amener les protagonistes politiques à s’entendre et à éviter le pire pour le pays. Plusieurs raisons de se poser des questions sur cette initiative, et sur toutes les autres.
Les auteurs de l’initiative, tout comme leurs prédécesseurs, ne semblent pas avoir pris l’attache des protagonistes. Ils n’ont même pas daigné les approcher pour savoir si leur démarche était la bienvenue ou pas.
Comme leurs prédécesseurs dans ce genre de démarche, ils ont décidé d’eux-mêmes de se lancer dans l’arène et de professer la bonne entente. C’est peut-être bien, et même très bien, mais ce n’est pas suffisant. C’est même dangereux quand on sait que c’est là la meilleure manière de parasiter encore plus l’atmosphère politique et de radicaliser les positions.
Est-ce que les «démarcheurs» partagent la même analyse que ceux qu’ils sont sensés démarcher ? Non.
Pour l’Opposition radicale, le problème est la présence au pouvoir de Ould Abdel Aziz, son départ étant la solution, la seule qui vaille. Cette position est répétée depuis des mois. Elle a justifié les manifestations, les graffitis, les appels au changement violent (révolte populaire, coup d’Etat militaire). Il n’y a rien à discuter tant que Ould Abdel Aziz est là.
Pour le pouvoir, la crise dont parlent certains n’existe que dans leur esprit. Tout tourne normalement, les Institutions, l’administration, les commerces, la sécurité est assurée… et aucun mal à voir, de temps en temps, se rassembler les partisans de l’Opposition pour dénoncer l’exercice du pouvoir. Cela fait d’ailleurs partie des signes de bonne santé démocratique.
Le besoin d’intercession, d’intermédiation, de facilitation n’a jamais été exprimé par les parties. Plus, il ne semble pas être une nécessité. C’est pourquoi, toutes ces initiatives apparaissent plus comme des tentatives de placement dans la lutte de classement qui a toujours caractérisé la scène politique mauritanienne. Comme si on voulait se rappeler au bon souvenir des autres. On ne sait jamais…
D’ailleurs, si vous parlez de crise, vous confortez l’Opposition dans ses positions jusqu’au-boutistes et vous vous aliénez le pouvoir qui vous met automatiquement dans l’autre camp. Alors que faire ?
La seule facilitation qui vaille procède essentiellement de la révision des positions des acteurs eux-mêmes. A chacune des parties de faire son autocritique et de voir où mène l’entêtement à vouloir exclure l’autre. Tout en rappelant que ce qui est nouveau en terme de revendication politique, c’est cette exigence de départ, ce «irhal» (dégage) qu’une partie de notre opposition a emprunté à d’autres scènes.
Aux auteurs de l’emprunt de savoir si cela marche. Cela fait quand même un an et quelques mois que cela dure. Est-ce que l’objectif qui est celui de faire tomber le pouvoir est atteint ? est-ce qu’il est proche d’être atteint ? est-ce que la mobilisation autour du thème est toujours porteuse ? est-ce qu’il y a une année blanche à l’université de Nouakchott qui a connu les plus fortes pressions ? est-ce qu’une administration, une seule, a cessé de fournir ses services tout ce temps ?
La politique, comme on dit, est l’art du possible. Ce n’est pas une administration de l’invisible non quantifiable, qu’on ne peut évaluer. Quand on fixe ses objectifs, on doit savoir quels sont ses moyens pour les réaliser, les définir clairement et les poursuivre résolument.
Ceux qui tentent de se frayer un chemin dans la politique, doivent d’abord éviter de se présenter comme des concurrents aux acteurs qui peuplent déjà la scène. Ceux parmi nos Shuyukhs qui se mobilisent pour cette cause d’intermédiation, doivent se ressaisir pour s’occuper de ce pourquoi ils sont vraiment outillés : l’enseignement des préceptes de l’Islam, de sa morale humaniste, de sa philosophie égalitaire, de son essence tolérante… La politique, il y a assez de fourbes qui s’en occupent. Pas besoin de mobiliser plus de gens que ceux qui n’en font déjà une source de revenus». 

Un grand débat


«Le débat», c’est la nouvelle émission de TVM animée par notre confrère (et ami) Yedaly Fall. Dans sa deuxième édition, celle de vendredi soir, il a pu inviter sur le même plateau deux grandes figures de la politique locale : Mohamed Yahya Ould Horma de l’UPR (Union pour la République), représentant la Majorité, et Pr Lô Gourma Abdoul de l’UFP (Union des forces du progrès) représentant la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).
C’était plus un débat entre les deux hommes qu’entre les deux pôles politiques opposés entre eux, même si chacun a essayé de présenter et de défendre les idées et positons de son camp.
Formellement, le débat était plaisant. Entre deux gentlemen, respectueux l’un de l’autre, avec des pointes de convivialité qui allaient forcer les deux protagonistes à révéler aux téléspectateurs qu’ils restaient amis malgré les divergences, se tutoyant souvent... Aucune dérive, aucun manquement aux règles. On est loin de ce que l’on a vu quand, sur le même plateau, des députés ont failli en venir aux mains.
Sur le fond, toutes les questions ont été abordées par les deux protagonistes : de la crise politique et institutionnelle, de l’historique des relations entre les différentes parties, du refus du dialogue, des réalisations, de la sécurité, des libertés publiques, de la diplomatie, du dossier malien… Chacun des téléspectateurs jugera de la justesse des arguments proposés par l’un ou l’autre des deux débatteurs, l’important ici étant de savoir que la discussion, le débat, voire le dialogue sont possibles.
Sans se faire de cadeau, les deux hommes ont su animer, deux heures durant, une riche discussion qui pourrait être la base d’un «nouveau» départ pour de «nouvelles» approches de la part des acteurs politiques. D’ailleurs, la veille, la COD avait bien pris contact avec la TVM et la HAPA pour dire qu’elle entendait profiter de son temps d’antenne que lui donne la nouvelle législation fruit du dialogue conclu il y a quelques mois avec une partie de cette opposition. Signe que la stratégie du «dégage» (irhal) est en cours d’être abandonnée. Sinon comment comprendre que l’on profite des lois produites par ce dialogue tout en refusant son principe ? Ou est-ce à dire que nous en sommes arrivés à boire la sauce de la viande souillée par l’absence du rituel islamique tout en continuant à dire qu’on ne mange pas cette viande ?
Le débat de vendredi soir a démontré que quelque chose était possible encore, que de nouvelles fenêtres sont ouvertes. Comment fructifier cela ?