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vendredi 31 août 2012

L’exemple du Sénégal


Le 24 août, c’était la mise en place dernier au Sénégal de l’Observatoire des acteurs non étatiques pour la lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion. L’occasion pour le Premier ministre qui a ouvert les travaux d’exprimer la volonté du nouveau gouvernement de recouvrer les biens mal acquis durant l’exercice du président Wade. D’ailleurs, une Cour de répression de l’enrichissement illicite avait été créée à cet effet. La Banque Mondiale a fini par exprimer son soutien et sa disponibilité à aider à cela.
On peut toujours, comme le fait Wade et son camp, rétorquer que l’opération doit couvrir toutes les époques, de l’indépendance du pays à nos jours. Après tout, les responsables actuels, y compris le Président Macky Sall, ont eu à gérer les affaires publiques. Mais là n’est pas la question pour moi.
Imaginons un moment qu’au lendemain du 3 août 2005, la junte arrivée au pouvoir ce jour-là, avait décidé de permettre aux Mauritaniens et à la Mauritanie de recouvrer les biens mal acquis des trois dernières décennies… si elle avait décidé de poursuivre les fauteurs en matière de gestion des affaires du pays… si une commission ou une cour spéciale s’étaient intéressées aux achats à l’intérieur comme à l’extérieur de biens, meubles et immeubles, par les hauts fonctionnaires de l’époque… si on avait poussé pour déceler les connivences et complicités entre les nouveaux riches, ceux dont l’enrichissement s’est fait trop rapidement, et les hauts fonctionnaires, entre cet enrichissement et le blanchiment de l’argent destiné au développement des infrastructures, du secteur agricole, de l’élevage, des mines, des banques, de l’administration, de l’enseignement, de la formation technique…
Nous aurions collecté certainement de quoi financer toutes les périodes de transition, l’évolution politique du pays, son retard… Mais, plus important pour nous, la plupart de ceux qui devaient «raser les murs» pour reprendre l’expression du président du CMJD à l’époque de l’affaire Zeidane Ould Hmeyda, n’auraient pas occupé la scène aujourd’hui, nous assourdissant de leurs propos dont l’objectif premier est de blanchir leur époque après l’avoir volée et violée.
Les milliards détournés et/ou tout simplement offerts ont manqué quand il s’est agi de construire des routes, des écoles, des points de santé, des puits… quand il s’est agi de moderniser le pays et de l’équiper, de faciliter la vie des citoyens, de promouvoir leur bien-être…
Si nous en sommes encore à nous vanter d’avoir désenclavé quelques-unes de nos capitales départementales, c’est parce qu’il y a eu des ministres de l’équipement et du transport, des secrétaires généraux de ces ministères, des directeurs des Travaux Publics, de l’ENER, du Laboratoire des TP, des délégués régionaux… qui ont trouvé des formules pour détourner les financements destinés à cela.
Si l’on court encore derrière l’autosuffisance alimentaire, c’est bien pour la même raison. Tout comme pour l’amélioration de notre système éducatif, de notre système de santé… si les Mauritaniens continuent à aller dans les pays voisins pour se soigner, c’est parce que des ministres de la santé, des secrétaires généraux, des directeurs centraux et ceux des établissements, ont volé les financements… Il en va de même pour l’administration où ministres, gouverneurs et préfets ont perpétué la gestion coloniale marquée par le pillage des ressources.
Heureusement que ce ne sont pas tous les hauts fonctionnaires qui ont été indélicats. Mais les plus exigeants parmi eux, les plus bruyants, les plus présents sur la scène… ceux qui donnent le plus de leçons aujourd’hui l’ont été… et la cabale, comme celle ouverte au Sénégal, aurait pu servir à les calmer, le temps pour le pays d’asseoir un système démocratique acceptable et une des règles durables de bonne gestion.
«’ava Allahu ‘an maa salav» (qu’Allah pardonne ce qui est passé), ce fut le leitmotiv, la grande prière de l’époque, le temps de faire oublier ce qui s’est passé, de faire pardonner ses hommes et ses actes. Réussi jusqu’à présent.